15e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

Souvent, peut-être même trop souvent, certaines personnes justifient leur incroyance en attaquant l'Eglise. Nous avons alors droit à la litanie des « comment pouvez-vous encore croire avec les prises de positions de l'Eglise ? », « je ne vais plus à la messe quand je vois qui fréquente l'Eglise ». Quand je reçois ce type de remarque, j'invite toujours les personnes à préciser leurs pensées. Est-ce vraiment à cause des gens ou bien ne vivez-vous pas plutôt un moment de remise en question par rapport à votre foi. Ou encore, quand vous critiquez l'Eglise, est-ce l'Eglise ou certaines parties de l'Eglise ? Est-ce le Vatican ? Ce dernier fait évidemment partie de l'Eglise mais il n'est pas l'Eglise en tant que telle parce que tout simplement l'Eglise est d'abord et avant tout, l'Eglise du peuple de Dieu. Cette Eglise, fondée par le Christ, ne se limite pas à ses structures, elle est formée de l'ensemble des croyantes et croyants qui croient au mystère et se reconnaissant dans la divinité du Fils de Dieu.

Au cours des siècles de notre histoire chrétienne, il me semble que quelques dérapages vont se vivre. L'institution va de plus en plus professionnaliser certaines tâches, certaines fonctions. Pour prendre la parole publiquement, expliciter les Ecritures, il faut quelques années de formation, avoir pris le temps d'étudier et d'entrer dans la lumière du mystère. Mais il y a un certain danger à s'isoler dans ce type d'appréhension de notre vie chrétienne. Laisser la parole aux professionnels, c'est quelque part s'autoriser à entrer dans une démarche de passivité. C'est s'en remettre à d'autre comme si la prédication n'était réservée qu'à quelques élus. Erreur. Grave erreur.

Méditons le texte d'évangile de ce jour. Le Christ ne s'est pas tourné vers de grands scientifiques, des théologiens réputés de l'université de Jérusalem ou d'ailleurs. Non ses disciples, ses apôtres sont des gens tout simples. Ils ne comprennent pas tout du mystère de l'homme-Dieu qu'ils ont pourtant décider de suivre. Pierre croit comprendre se trompe et le niera, Jacques et Jean veulent la meilleure place, Judas trahira et tous l'abandonneront. Et pourtant ce sont de tels hommes que Jésus envoie sur les chemins pour proclamer la bonne nouvelle. Ils n'étaient vraisemblablement pas des érudits du savoir intellectuel, mais ils avaient la connaissance du savoir de la vie, celui qui s'apprend au jour le jour. Par cet évangile, Jésus nous rappelle que toutes et tous nous sommes invités prêcher. La prédication de la foi n'est pas réservée à quelques spécialistes. Même si nous le refusons, nous prêchons que nous le voulions ou non. Lorsque le Christ envoie les premiers apôtres, il se préoccupe d'abord et avant tout de leur style de vie. C'est vrai, nous enseignons, nos mots sont véritablement les nôtres par la manière dont nous nous comportons. C'est pour cette raison précise que je puis affirmer que tout le monde prêche. Si nous sommes avares, médisants, peu scrupuleux, fainéants et si nous sommes connus comme chrétiens, nous prêchons. Nous prêchons c'est vrai, mais nous prêchons contre la religion, contre Dieu. La prédication n'est pas seulement une affaire de paroles mais également d'attitudes. Si notre comportement va à l'encontre de notre foi, des commandements des évangiles, nous sommes des menteurs vis-à-vis des autres mais également vis-à-vis de nous-mêmes. Notre prédication devient alors un contre-témoignage et par notre attitude, nous faisons reculer la bonne nouvelle du Royaume. Par contre, si nous montrons un visage heureux, si nous sommes épanouis, attentifs, compatissants, respectueux, nous prêchons également. Et cette prédication est notre devoir. Une lumière dans un regard, un geste de tendresse, disent souvent beaucoup plus que des mots.

De la sorte la prédication n'est pas un temps de la journée, voire même de la semaine, notre prédication se doit d'être à l'oeuvre à toute heure du jour. Il y va de la crédibilité du message évangélique. C'est notre tâche ; mieux encore, c'est notre responsabilité. Chacune et chacun d'entre nous sommes parcelle de l'Eglise de Dieu. Jésus nous a envoyé par notre baptême sur les chemins de la vie. Que nos paroles, nos gestes, nos attitudes soient alors en harmonie avec cette foi qui nous habite. Amen.

4e dimanche de l'Avent, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

Une jeune adolescente de notre paroisse me racontait, il y quelques semaines, l'épisode suivant. « Après avoir écouté le témoignage d'une religieuse qui avait raconté comment elle avait reçu l'appel de Dieu, la jeune adolescente me confia qu'elle s'était mise à prier Jésus comme jamais pour que ce dernier ne l'appelle pas à devenir bonne soeur ». Comme quoi un simple témoignage peut devenir traumatisant. N'ayant moi-même jamais eu Jésus au téléphone me demandant de devenir dominicain, je n'ai jamais très bien compris cette idée d'avoir été appelé. Ce type d'expression ne fait partie ni de mon vocabulaire, ni de mon expérience spirituelle. A la lecture de l'évangile de ce jour, j'imagine bien notre jeune adolescente se remettre à prier de plus belle. Si déjà être « bonne soeur », pour le dire dans ses mots, n'était pas son idéal, j'imagine que la perspective de devenir la mère de Dieu ne doit pas l'enchanter beaucoup plus.

Ce récit de l'annonce faite à Marie nous le connaissons tous. Il fait partie des histoires merveilleuses et magiques de notre enfance. Cela s'est-il réellement passé de la sorte ? Est-ce un récit historique ? Personne ne peut ni le confirmer, ni l'infirmer. Et pourtant au-delà du merveilleux de l'événement, cette histoire nous parle aujourd'hui encore. Il y a d'abord la disponibilité de Marie face à l'inattendu. Il y a ensuite son « oui » qui va transformer toute notre humanité. Mais il y a surtout la naïveté de cette jeune femme qui accepte de porter en elle le Fils de Dieu, c'est-à-dire Dieu Lui-même. Qui d'entre nous n'aurait pas hésité à sa place ? Et c'est cette idée de naïveté que je voudrais souligner ce matin (soir). La naïveté est souvent comprise en son excès. Elle devient alors synonyme de peu d'intelligence, de bêtise. Par contre la naïveté présentée dans l'évangile de ce jour est belle, positive. La naïveté est signe de cette grâce naturelle empreinte de confiance et de sincérité. Cette naïveté est loin d'être frivole, elle ouvre en nous un espace sur lequel nous pouvons élaborer, rêver, bâtir, en fait, construire tout simplement notre vie. C'est de cette manière que nous pouvons comprendre le sens de l'appel. Marie a été appelée à devenir Mère de Dieu. Et nous, toutes et tous, nous sommes appelés à nous réaliser. Il n'y a pas de chemin tout tracé, à nous de le trouver. Je souris d'ailleurs toujours lorsque quelqu'un me dit : « il faut être bien courageux pour être religieux aujourd'hui ». En disant cela, la personne se trompe de registre. Etre religieux, (s'engager jusqu'à la mort comme soeur Sabine dans trois semaines), ce n'est pas du tout une question de courage mais bien de bonheur. Et à ce type d'interpellation, je réponds toujours : « il faut être bien courageux pour se marier aujourd'hui. Moi en tout cas je n'en aurais pas été capable ». En effet, la vie religieuse, la vie de couple, la vie de famille, la vie de célibat choisi, la vie d'amour dans la fidélité, toutes ces vies ne sont pas dans l'ordre du courage mais bien de l'épanouissement. Ils sont à leur manière le chemin que nous avons choisi d'emprunter pour nous réaliser. Le courage consiste à vouloir marcher sur le chemin de l'autre au risque de ne pas être heureux. L'appel de Dieu, l'appel de Marie sont d'abord et avant tout des appels à la vie. Si nous nous promenons sur le chemin de notre destinée, il ne s'agit pas de courage mais bien de naïveté. En effet, je crois qu'il faut une grande part de naïveté pour se lancer dans la vie que nous choisissons. Tout choix est un pari sur le futur. S'engager dans sa vie demande toujours un minimum d'inconscience et d'audace. Nous ne sommes jamais tout à fait prêt. Il y a toujours mille et une raisons qui pourraient nous dire : attend, ce n'est pas encore le moment ; il faudrait d'abord faire ceci et encore cela. Mais à force de reculer son « oui », de repousser son saut dans les choix qui nous construisent nous risquons de nous enfermer dans une solitude destructrice de ce que nous sommes et avons à être.

La naïveté de Marie, la naïveté de la vie nous invite à toujours continuer de progresser, d'avancer parce qu'il y aussi de la fidélité dans la naïveté. Puissions-nous ne jamais l'oublier. Naïvement Marie a dit oui, il y a 2000 ans. Que notre oui à l'appel de Dieu, l'appel de la vie résonne en nous comme signe de notre désir de vivre heureux enraciné dans les pas du Fils de Dieu.

Amen.

16e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

 

Mt 13, 24-43

Les anges jetteront dans la fournaise tous ceux qui font le mal ; il y aura des pleurs et des grincements de dents. Mais les justes resplendiront comme le soleil.

C'est l'image d'un jugement sévère, violente, implacable, sans pitié et sans pardon. C'est une image qui nous inspire la peur, si nous la prenons au sérieux. Bref, c'est une image très peu chrétienne. Nous savons, n'est-ce pas, que Dieu n'est pas comme cela, qu'il nous aime comme un père, qu'il nous inspire de faire du bien , qu'il nous pardonne le mal que nous faisons. Comment est-ce possible que Jésus parle d'une manière qui correspond si peu à son propre enseignement ? Pourquoi veut-il faire peur à ses disciples ?

Il faut dire d'abord que ce type d'image est traditionnel dans le judaïsme de l'époque de Jésus, et ici Jésus parle bien sûr aux gens de son époque. Ce n'est pas notre langage, il faut l'avouer. Mais si nous voulons comprendre l'évangile, il ne faut pas nous bloquer sur les mots. Jésus rejette parfois le langage violent de ses contemporains, mais parfois aussi il l'emploie dans un but chrétien, et alors il l'emploie d'une manière un peu paradoxale. Je crois que c'est le cas ici.

Rappelons-nous d'autres éléments de cette parabole de l'ivraie. Bien que le maître de maison ne sème que du bon grain, de l'ivraie pousse aussi ; en le voyant, ses serviteurs proposent d'arracher l'ivraie. Bien sûr : ce sont de bons serviteurs qui savent que le projet de leur maître est d'avoir un champ de blé, et ils veulent travailler pour réaliser ce projet. Mais le maître de maison les empêche en leur disant d'attendre la moisson. Le projet du maître est plus compliqué que les serviteurs ne croyaient ; maintenant, pour obéir au maître, il leur faut ne rien faire ; ils doivent simplement laisser le champ tel qu'il est. Nous pouvons voir derrière ce dialogue un problème qui se soulève dans l'Eglise primitive, peut-être parmi les premiers disciples de Jésus. Jésus sème la parole de Dieu, il fonde la communauté des disciples, l'Église primitive, qui va croître jusqu'à ce qu'elle inclue tous ceux qui font le bien, les justes, tous les enfants de Dieu. Mais les serviteurs de Jésus, ceux qui sont chargés de guider les communautés chrétiennes, voient qu'il y a dans ces communautés de mauvais disciples, ceux qui, tout en se déclarant chrétiens, ne suivent pas vraiment l'enseignement de Jésus ; ils font toujours le mal. L'Église devrait être le commencement du royaume de Dieu, une société juste, une communauté des justes, des bons, des purs, des enfants de Dieu, mais maintenant elle est rendue impure par la présence de ces méchants, elle ne correspond plus au projet de Jésus. Il faut donc arracher l'ivraie, il faut expulser les faux disciples pour que l'Église soit purifiée, pour qu'elle redevienne une communauté digne de Dieu, la communauté des parfaits que Dieu veut.

Et Jésus répond : non, ce n'est pas à vous de séparer les justes des injustes, les bons des méchants, les purs des impurs, les vrais des faux disciples. Ce n'est pas à vous de juger. Le jugement n'est pas votre affaire, ce sera l'affaire des anges, à la fin du monde. À vous d'accepter la communauté chrétienne telle qu'elle est, l'ivraie avec le bon grain. Ne rejetez personne, n'expulsez personne. Vivez en paix avec ceux qui, à votre avis, font le mal. C'est-à-dire, s'il y a ceux qui sont loin d'être parfaits, pardonnez leur leur imperfection. En effet, l'Église n'est pas faite pour être une communauté des parfaits, mais pour être une communauté dans laquelle les fautes, les imperfections, sont pardonnées. Ne vous occupez pas de savoir si les autres sont purs, s'ils sont dignes d'être membres du royaume de Dieu. Ne vous occupez même pas de savoir si vous êtes dignes d'en être membres. Mais, si vous voulez en être membres, apprenez à acceptez les autres, à pardonner. Si vous ne pardonnez pas, telles que soient vos perfections et vos vertus, vous n'êtes pas dignes du royaume. Si vous voulez arracher l'ivraie, vous trouverez que vous êtes de l'ivraie. (C'est pour cette raison que Jésus critique souvent les pharisiens ; c'étaient des hommes pleins de vertu, mais ils ne toléraient pas les défauts des autres ; en cultivant la perfection, ils oublient l'essentiel.)

Si Jésus parle d'un jugement brutal qui viendra à la fin du monde, ce n'est donc pas pour faire peur aux gens ; c'est plutôt pour dire aux disciples qui veulent juger brutalement de ne pas juger ; ce n'est pas leur affaire, quelqu'un d'autre s'occupera de tout cela, et pas maintenant. Maintenant, les disciples ne doivent même pas songer à juger. En effet, si nous jugeons les autres, nous montrons que nous avons mal compris l'appel de Jésus ; si nous nous jugeons nous-mêmes, nous avons mal compris l'évangile. Certes, nous sommes appelés à la perfection - Jésus nous dit ailleurs "Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait" (Mt 5:48) - mais la base de toute perfection chrétienne, de toute vraie perfection, est le pardon de l'imperfection.

26e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

En entendant l'évangile, je ne puis m'empêcher de penser à Ludivine. Comme le diraient certains, dans les termes d'aujourd'hui, Ludivine est une enroule et elle est « frappa-dingue » de mener sa vie comme elle le fait. Je traduis pour celles et ceux qui comme moi, ne sont pas habitués à ce type de langage. Ludivine est prostituée, elle est une de celles que nous ne comprenons pas, dont nous désapprouvons le métier. Un brin de condescendance et peut-être même de dégoût, voire de mépris. En tout cas un être qui est tombé bien bas, trop bas sans doute. Et pourtant, nous dit Jésus, elle nous précède dès maintenant, ici-bas dans le Royaume de Dieu. C'est quand même un peu fort de café cette affirmation de Jésus. Comme je vous l'ai déjà dit, je crois, du moins j'espère, être celui dans cette assemblée qui a eu le plus de prostitués et de prostituées dans ses bras. Pour celles et ceux qui ne me connaissent pas, c'était à New York comme aumônier et non pas comme client bien évidemment.

Même si c'était il y a quelques années déjà, leurs visages vivent en moi. Ils étaient tous tombés si bas, blessés par la vie. Et pourtant, je n'ai jamais autant senti la présence de l'Esprit que dans les rues de Manhattan la nuit. Michaël se considérait comme une sous-merde. Peu avant de mourir, nous lui avons fait prendre conscience qu'être trilingue était un atout dans la vie et il était redevenu quelqu'un à ses propres yeux. Cathy avait toujours sur elle une petite boite métallique contenant les cendres de sa maman qui l'avait abandonné à la naissance et qu'elle venait de retrouver juste trop tard. Margareth pouvait à nouveau dire « je t'aime » après tant d'années d'abus incestueux. Vance, poète et prostitué, écrivit un jour ses mots : « à quoi cela sert-il de construire des châteaux de sable, ils sont de toute façon détruits par la mer. Croire cela est faux. Ils restent à jamais graver dans la mémoire des vagues ». Enfin pour ne pas trop allonger la liste, Patrick me dit vers 4 heures du matin, alors que je ne le connaissais pas : « Père, par le simple fait de votre en présence en ce lieu, je découvre que Dieu m'aime encore. Merci ». Et puis, il s'est enfuit dans la nuit. Le point commun de tous ces jeunes dont le plus âgé avait 23 ans, c'est qu'ils sont tous morts au moment où je vous parle. Ils sont morts mais vivent dans le Royaume de Dieu. Oui, ils nous précèdent.

Ils nous précèdent parce que lorsque l'on touche de la sorte le fond de son être, il n'y a plus de place pour la suffisance, l'arrogance, la prétention. Ce que publicains et prostitués nous apprennent à nous les bien-pensants, les ingécos quoi de la première lecture et tous ceux et celles qui leur ressemblent, les nantis de la vie avec notre lot de blessures également, c'est que le Royaume de Dieu se gagne avec les fruits de l'humilité. Etre humble, contrairement à ce que notre culture nous a fait croire, ce n'est pas s'humilier, s'écraser, ne plus exister. Non pour être humble, il faut d'abord bien se connaître, s'apprécier dans ses forces et ses fragilités. L'humilité est la qualité des êtres qui s'aiment d'abord eux-mêmes. Qui s'aiment et non pas qui se suffisent. Les êtres prétentieux s'intéressent à eux et non pas aux autres. Ils se donnent l'impression de se suffire à eux-mêmes. Mais quel mensonge.

Nous sommes des êtres de relation et nous avons besoin de cette dernière pour exister, pour vivre. L'humilité est une attitude du coeur, c'est prendre conscience de notre être mais sans jamais le faire peser sur celles et ceux qui croisent mon chemin. La personne humble reconnaît de la sorte la valeur de l'autre. Je ne te suis ni supérieur, ni inférieur, nous partageons ensemble notre condition humaine. Mon seul désir est de te rencontrer. Pour ce faire, je refuse de m'enfermer dans la spirale du plus et du moins. Tout être, quel qu'il soit, quoiqu'il ait fait, garde sa valeur aux yeux de Dieu. Si c'est vrai pour Dieu, il devrait en être de même pour nous. Ne pas juger, ne pas condamner, simplement rencontrer. Et la rencontre, c'est tout simplement l'union de deux histoires qui se racontent en vérité. Cela nous demande une fameuse dose d'humilité. L'humilité, c'est créer un espace d'abord en nous pour laisser l'autre exister en toutes ses composantes. Prostitués et publicains sont peut-être petits à nos yeux mais grands dans le coeur de Dieu. Ne marchons pas à côté d'eux avec dédain, mais partons à leur rencontre, eux aussi, à leur manière nous montrent le chemin de la vie. En toute humilité. C'est d'ailleurs ce que saint Paul nous dit dans sa lettre aux Philippiens. Amen.

Baptême du Seigneur, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Noël
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Et si cette histoire nous arrivait aujourd'hui. Imaginez-vous un instant au bord d'une rivière. Et voilà qu'au moment où un homme sort de l'eau, des cieux vous entendiez une voix proclamant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis toute ma confiance. Diverses réactions sont possibles : la peur d'abord, ensuite certains chercheraient à trouver la supercherie, le truc, les haut-parleurs, (un de ceux qui a préparé cette célébration entrerait dans l'eau pour que cela lui arrive aussi (il avait oublié que Jésus était Fils unique)), ou encore la fuite face à un tel mystère. Après l'étonnement, certains d'entre nous accepteront peut-être une telle déclaration en provenance des cieux. Honnêtement, je dois reconnaître que je ne ferais sans doute pas partie de leur groupe ; mon scepticisme étant bien accroché. Peur, suspicion, doute, sentiments qui nous traverseraient face à un tel événement aujourd'hui alors que, lorsque nous lisons le texte de l'évangile que nous venons d'entendre, nous le recevons sans trop de difficulté. Cela s'est passé de la sorte et puis voilà. C'est merveilleux, c'est également énigmatique mais c'est tout à fait possible puisque Dieu est Dieu. Hésitation si aujourd'hui ; conviction parce que cela s'est produit hier. Pourquoi une telle différence ? Sans doute, pouvons-nous affirmer : la foi se reçoit par révélation, elle se vit et se confirme par la contagion. Permettez-moi de reprendre cette dernière phrase. La foi se reçoit par révélation, elle se vit et se confirme par la contagion. D'abord, la foi se reçoit par révélation. Comme Jésus, nous aussi, lors de notre baptême, et ce quelle soit notre confession chrétienne, nous avons reçu l'Esprit de Dieu. Cet Esprit, dans sa discrétion et son silence, depuis cet instant, croyons-nous, nous façonne et nous construit. C'est cet Esprit qui nous fait croire que tout cela s'est réellement passé comme l'évangéliste nous le rapporte. Par Lui, nous lisons le baptême de Jésus avec les yeux des croyants. C'est une croyance, une espérance et non une certitude. La foi ne peut pas se prouver. Par le baptême nous entrons dans une dynamique de vie, dans une dynamique divine. L'Esprit de Dieu, reçu au baptême, nous pousse et nous conduit à aller à la rencontre du Fils Jésus. Et ce dernier, nous ramène toujours au Père. Il ne se complaît pas dans sa divinité, il invite à ce retour incessant vers le Père. Jésus, Fils de Dieu, né dans une crèche, reconnu comme tel par des bergers et des mages et puis oublié des siens pendant une trentaine d'années. Il est maintenant à même de commencer sa mission , celle qui nous ouvre une voie de salut, un chemin de bonheur. Mais pour mener à bien une telle tâche, il fallait qu'il se donne et se découvre comme Fils de Dieu. Jésus n'avait pas besoin du baptême de Jean comme tel. Son baptême était important parce qu'il était lieu de révélation, d'une autre forme d'épiphanie. Et pourtant, souvent, notre foi ne peut se contenter de la révélation. Pour se vivre, se confirmer et grandir, elle a besoin de contagion. Notre foi n'est pas seulement lieu d'une relation privilégiée et personnelle entre soi et le divin. Elle se nourrit également de la rencontre avec celles et ceux qui nous entourent. Notre foi doit être contagieuse au point d'en devenir l'une des plus grandes et merveilleuses épidémies de l'humanité. Dieu attend de nous des êtres en chemin et heureux de vivre parce qu'ils trouvent au plus profond d'eux-mêmes les échos de leur raison d'être. Notre foi ne peut s'emprisonner, elle nous a été donnée comme un flambeau à passer, à partager. C'est la manière dont nous la vivons, c'est le bonheur que nous en retirons qui nous rend crédible et qui nous permet de devenir contagieux les uns pour les autres. C'est tout simplement cela inviter l'autre à entrer dans l'eau. Dans la foi, la contagion n'est pas un mal, mais une nécessité. Ne craignons pas de contaminer celles et ceux que nous croisons sur nos chemins. Si la foi nous fait vivre et nous rend heureux, notre contagion sera douce et agréable. Révélation et contagion, deux dynamiques de notre baptême. L'une nous est donnée, l'autre, nous en sommes responsables. Par la contagion, la foi n'est pas un symptôme mais un syndrome de bonheur. Ne l'oublions jamais. Amen.

4e dimanche de Pâques, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

En ce dimanche des vocations, me revient à l'esprit l'histoire suivante : un jour, saint Vincent de Paul reçut une lettre d'une responsable de formation, celle-ci dit au saint : « cher père, nous avons actuellement chez nous deux novices, la première est très pieuse, elle passe son temps à prier à la chapelle mais son regard est tellement mélancolique, elle semble si triste. Puis il y a la seconde, une « indomptable » mais dont la joie se lit sur le visage et qui est toujours de bonne humeur ». Que dois-je faire demanda la s½ur ? La réponse du saint fut cinglante : débarrassez-vous de la mélancolique et gardez l'indomptable. Voilà de quoi remettre un peu les pendules à l'heure. Tout comme les textes de ce jour d'ailleurs puisque tous trois nous parlent de « salut ».

Salut ? Etre sauvé ? Mais qu'est-ce à dire ? La réponse se trouve dans l'évangile que nous venons d'entendre. Etre sauvé, c'est tout simplement avoir la vie en abondance. Voilà le sens premier, le sens principal du salut tel que le Christ nous propose de le vivre. Vivre sa vie en abondance, aller jusqu'au bout de soi-même, c'est-à-dire s'accomplir, se réaliser. Nous pourrions même dire s'épanouir. En fait, tout simplement, être heureux. Voilà le sens du salut, cette abondance de vie à laquelle nous sommes toutes et tous appelés. Jésus, Fils de Dieu, s'est incarné d'abord et avant tout pour nous montrer un chemin précis d'humanité, une porte par laquelle passer. Même s'il n'y avait pas eu le péché, Dieu se serait incarné. Il n'a pas eu besoin de nos manquements d'amour pour venir vivre notre vie d'homme. Dieu attend donc bien de nous que nous allions jusqu'au bout de nous-mêmes. En effet, nous sommes par définition des êtres inachevés, vivant dans un monde inachevé. Nous sommes toujours en quête d'un plus-être, d'un mieux vivre. Un peu comme si nous avions en nous cette certitude que nous ne sommes jamais pleinement arrivés. Pour se réaliser, pour être sauvé, il faut prendre le temps de s'arrêter, prendre le temps de vivre. Je crois même pouvoir affirmer qu'il faut attendre pour pleinement s'atteindre. Notre vocation d'hommes et de femmes, en tant qu'être humain, est donc de ne jamais s'arrêter dans notre quête incessante de l'épanouissement. Voilà le sens premier du salut. L'expérience de nos vies, nous montre, nous démontre que ce n'est pas quelque chose de facile. Que de fois, nous trébuchons sur le chemin de nos vies, nous nous égarons dans les méandres tortueux de nos pensées. Nous devons alors, aussi être sauvé de tout ce qui nous empêche de devenir nous-mêmes. Et voilà le second sens du salut. Hélas pour nous, mais au cours des siècles, ce second sens est devenu premier quitte même à en oublier le salut d'accomplissement au profit du salut des péchés.

Jésus est également mort pour nos péchés, nos manques d'amour. Trop de choses encombrent nos routes pour être ce que nous sommes appelés, par vocation humaine, à être. Mais en quoi, est-ce que Jésus est mort pour nos péchés, puisque nos livres d'histoires mais également nos journaux nous rappellent chaque jour des actes de violence, de mépris, d'absence de tendresse et d'amour. En quoi Jésus nous sauve-t-il donc ? Venant du pays de la bande dessinée, permettez-moi d'illustrer ce second sens du salut par, ce que j'oserais appeler, une parabole moderne. Il était une fois, un homme qui mourut. Il arriva au ciel dans une immense salle de cinéma. Très confortable par ailleurs. Il était là. Seul. Terriblement seul avec tous ces fauteuils vide. Et voilà que tout à coup, de par derrière l'écran arrive un ange qui lui souhaite la bienvenue et lui fait savoir qu'il va assister à la projection du film de sa vie, c'est-à-dire que tout ce qu'il a dit, fait, voire même pensé va apparaître à l'écran. Vous imaginez bien qu'au terme de la projection, notre homme est tout à fait effondré dans son fauteuil et est heureux de voir apparaître le mot « fin » à l'écran. Et voilà, que toujours par derrière l'écran, notre ange revient pour lui dire : nous espérons que tu as apprécié la projection. Tu t'es sans doute demandé pourquoi, il y avait autant de fauteuils dans cette salle alors que tu es tout seul. Et bien voilà, nous allons projeter à nouveau le film de ta vie, mais cette fois, tous ceux et celles qui sont acteurs dans ton film vont venir te rejoindre dans la salle. Vous imaginez l'horreur. Et bien, de manière imagée, c'est cela le second sens du salut. Dieu le Fils nous sauve de cette deuxième projection. Par sa mort, elle n'aura jamais lieu.

Et le Christ ce soir vient nous retrouver dans l'intime de notre être par les mots de saint Jean. Oui, j'ai pris sur moi le poids de vos manquements ; oui, je continue à prendre sur moi, comme si je vivais un vendredi saint éternel, tout ce qui vous encombre, tout ce qui vous empêche de devenir ce à quoi vous êtes appelés, c'est-à-dire vous-mêmes. Tout cela est bien vrai mais c'est second, car dans le c½ur de Dieu, dans la venue de son Fils parmi nous, le salut, c'est tout simplement, tout tendrement, recevoir la vie, mais la recevoir en abondance. Que jamais, ô combien jamais, nous ne gaspillions un tel cadeau. Il vient du ciel. Et cette vie en abondance nous ne la recevons qu'une seule fois. Ne passons pas à côté, nous convie Jésus.

Amen.

32e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Vers la fin de l'année liturgique, l'évangile nous parle souvent de l'attente. Il nous dit : l'époux va arriver, attendez ; le jour du jugement va arriver, attendez ; la mort sera vaincu, attendez. Parfois, comme aujourd'hui dans la parabole des dix jeunes filles, le message peut sembler un peu menaçant : si nous ne sommes pas bien préparés, risquons de rater le moment que nous devons attendre et d'être exclus. Mais toujours, même s'il y a un élément négatif, le message de Jésus est au fond toujours positif et porteur d'espérance.

Attendre, c'est notre lot commun. Chacun de nous doit attendre, tous les jours. Nous attendons le train, le bus, le feu vert. A la caisse au GB, c'est toujours la file, et nous attendons. Il y a des attentes plus importantes : la femme enceinte attend la naissance de son enfant, le prisonnier attend le jour où il sera libre.

Dans un certain sens, attendre, c'est ne rien faire, ce n'est pas une activité. Quand nous attendons à la gare ou au GB, nous restons simplement là, sans rien faire de spécial. En attendant le train, nous lisons peut-être le journal ; au supermarché, nous regardons peut-être les autres clients et leurs achats. Mais lire le journal n'est pas attendre, regarder les autres n'est pas attendre. Attendre, c'est simplement être là. Mais c'est être là parce qu'on espère quelque chose. Si nous restons à la gare sans rien faire de spécial, c'est parce que nous espérons que le train viendra. Nous sommes orienté vers l'avenir, et vers un avenir positif. Si nous croyions que le train ne viendrait pas, si nous n'avions pas cet espoir, nous quitterions la gare tout de suite. Nous espérons que le train viendra, c'est pourquoi il vaut la peine de rester à la gare. Si nous restons dans la file au GB, c'est parce que nous espérons arriver un jour à la caisse. L'attente suppose l'espoir. D'autre part, cesser d'attendre, c'est cesser d'espérer. Si nous cessons d'espérer, nous faisons peut-être quelque chose d'autre, nous quittons la gare ou le magasin pour aller ailleurs ; mais nous sommes déçus. La déception est parfois fondamentale : le prisonnier qui ne croit pas qu'il sera libéré, qui cesse d'espérer le jour de sa libération, ne peut pas aller ailleurs, sans espoir, il tombe dans le désespoir, il est désespéré.

Il n'y a pas que des prisonniers qui tombent dans le désespoir. Beaucoup de gens croient qu'ils n'ont rien à espérer. Pour eux, la vie semble être le feu rouge permanent, la déception permanente. Ou il n'y a que la mort qui les attend. Quand Jésus nous dit d'attendre, il nous dit effectivement que nous avons quelque chose à espérer. Quelles que soient les difficultés de notre vie, quelles que soient les déceptions que nous avons éprouvées, nous pouvons espérer, il vaut la peine d'attendre. Nous pouvons nous orienter vers l'avenir, parce il y aura un avenir positif. C'est la promesse de Jésus.

Parfois, si on attend quelque chose, on risque de rater ce qu'on attend. Pour ne pas le rater, il faut attendre de manière intelligente. Bien attendre le train veut dire attendre à la gare et pas à la maison. Il faut être attentif : si on lit le journal en attendant, il ne faut pas s'y immerger à ce point qu'on ne remarque pas le train qui arrive. C'est en effet le côté négatif de ce que Jésus dit : quelque chose de bon va arriver, quelque chose qu'il est possible de rater. Attendons donc le bonheur qu'il nous promet, mais attendons avec intelligence.

32e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Mt 15, 1-13

Je me rappelle de cette blague circulant dans le milieux ecclésiastiques et commençant par la question suivante : comment sait-on qu'un italien est catholique ? C'est très simple, il est catholique si sa femme va à la messe tous les dimanches. Intéressant comme réponse mais tout à fait à l'encontre de l'évangile de ce jour.

Nous la connaissons toutes et tous cette parabole des jeunes filles insensées et prévoyantes. Depuis le temps que nous l'entendons. Et puis, au premier abord, elle est choquante, dérangeante cette histoire. Elle va à l'encontre des bons principes chrétiens qui nous ont été inculqués tout au long de notre enfance : il faut prendre soin de l'autre, il faut partager avec celles et ceux qui ont moins ou voire même qui n'ont pas. Si nous le faisons, alors nous serons vraiment gentils et le petit Jésus sera content. Dans cette perspective évidemment l'évangile de ce jour est heurtant. Nous sommes un peu déboussolés par l'égoïsme des cinq jeunes filles prévoyantes. Or, je crois, le texte est nettement moins dur que ce qu'il n'y paraît à première vue.

Il rappelle simplement qu'il y a des choses qui ne se prêtent pas, qui ne s'empruntent pas. Je peux vous parler d'une relation d'amitié que j'ai avec quelqu'un, de la relation que je vis avec le Christ. Je peux vous en parler sans problème mais je ne peux pas vous la prêter. Vous ne pouvez pas me l'emprunter et c'est ce que notre cher italien de la blague de tout à l'heure n'a pas saisi. La relation à Dieu est d'abord et avant tout une relation personnelle. C'est à chacune et chacun dans son for intérieur de la trouver, de la composer et surtout de la vivre. Mais Dieu nous semble souvent bien silencieux et parfois ses échos résonnent peu en nous. Un des chemins proposés par Lui est alors sa rencontre au travers des Ecritures. Et aujourd'hui, dans la première lecture, il se présente à nous non pas en Père Tout Puissant mais en Mère pleine de douceur et de tendresse. Dieu dévoile de lui la face sensible de son Etre dans des mots que nous ne lassons pas d'entendre. Ils glissent doucement, ils frôlent tendrement les cordes fragiles de notre foi. Ces mots-là disent quelque chose du mystère de Dieu. Un Dieu d'amour. Un Dieu qui nous façonne puisqu'en le cherchant, il se laisse trouver nous dit l'Ecriture. Un peu comme si en apprenant comment nous sommes aimés, nous aussi nous apprenons à aimer. Mettons alors un peu de douceur dans notre liturgie pour écouter et faire vivre en nous à nouveau cette superbe lecture de la Sagesse.

Cette sagesse nous conduit au coeur d'une rencontre. Elle est là, elle existe. A nous de la trouver. Nous ne sommes plus dans l'ordre du savoir, de la connaissance mais plutôt dans celui de la confiance. Un peu comme l'enfant qui fait confiance à son grand-père même s'il ne comprend pas tout. La sagesse de Dieu, tendresse divine est ce vers quoi nous devons tendre. Elle n'est pas seulement quelque chose à regarder, à contempler. Il ne suffit pas d'y croire, il faut en vivre. Et ça, au risque de me répéter, cela ne se partage pas, cela ne s'emprunte pas. Nous sommes dans un champ éminemment personnel. La relation au Père est un peu à l'image des lampes d'huile de l'évangile. Cette foi en Lui s'entretient, se nourrit. Elle est comme un petit réservoir intérieur ayant ses propres réserves. Et de temps à autre, chacun à son rythme et selon ses propres besoins nous avons besoin de le remplir, de faire le plein de nos batteries.

C'est en ce sens que je comprends l'importance de nos eucharisties dominicales. Elles sont un temps, un moment dans cette course folle de la vie. Un temps donné pour recharger nos accus, pour prendre un peu de hauteur sur nous-mêmes, pour chercher du sens à ce que nous vivons. Un peu de temps pour Dieu et tant de temps pour nous. Les forces que nous trouvons en nous, dans nos réserves intérieures, sont des conduites essentielles de nos existences. Face à la dureté de certaines réalités, face aux souffrances et injustices endurées, notre relation à Dieu, notre rencontre avec la Sagesse divine, notre confiance et notre espérance trouvent leurs sources et leur sens dans le temps que nous nous donnons pour revenir à l'essence de nos vies. Celui qui cherche la Sagesse dès l'aurore ne se fatiguera pas : il la trouvera assise à sa porte. Ouvrons alors chacune et chacun la porte de notre coeur pour laisser entre en nous ce Dieu-Sagesse, Mère de Tendresse et de douceur.

Amen

27e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Cette histoire des vignerons homicides, (ce poème wallon concernant les cloueurs) nous montrent que l'histoire continue d'aller de commencements en recommencements, que notre humanité a bien des difficultés à apprendre les leçons du passé. C'est vrai des dictatures, il y en a eu ; des régimes totalitaires continuent d'exister et nous continuons à clouer ce Jésus Christ déjà Crucifié. Oh, prétendront certains, contre ces puissants nous ne pouvons pas faire grand chose et ils ont sans doute raison.

Par contre, ce qui est folie dans l'évangile de ce matin (de ce soir), c'est de découvrir que dans notre petite vie quotidienne, dans nos relations de tous les jours trop souvent encore nous nous conduisons comme ces vignerons. Heureusement, en n'allant pas jusqu'au meurtre physique. Mais il y a cependant des meurtres intérieurs qui ne tuent pas, des blessures que nous endurons et qui font tant souffrir. Le drame de cette vigne est le drame humain de toute violence qu'elle soit verbale ou physique. Cette violence-là a été mise au grand jour par ce grand anthropologue français René Girard. Cet auteur nous explique que la violence est inscrite en nous, qu'elle fait partie de nous-mêmes et que nous sommes invités à la maîtriser, à la transformer en douceur. Douceur de la vie, douceur de la rencontre. Et cela prend du temps.

C'est ce temps-là que les vignerons n'ont pas voulu prendre. Ils voulaient tout, tout de suite. Ils ne faisaient pas vraiment confiance. Et ils pensaient qu'ils obtiendraient cette unité, ce désir réalisé, cette paix en se séparant de l'autre. C'est toute l'idée du Bouc émissaire dont parle Girard. Qui d'entre nous n'a pas dans sa vie fait l'expérience dans sa classe, son staff, son groupe d'amis, son boulot, du bouc émissaire, de celle ou celui qui prend toutes les remarques, les critiques. Et le groupe se soude autour de cette personne qui devient ainsi le souffre douleur. Et le groupe se sent bien mais tout cela est bien éphémère car c'est fondé sur la violence, l'exclusion d'un être humain. Cette dynamique ne tient pas la route et le premier dans l'histoire de l'humanité à avoir refusé de répondre à la violence, à un tel jeu fut Jésus. Il a été ce bouc émissaire, mais il a refusé de s'exclure et il y a répondu par l'amour et le pardon. Tout simplement par la douceur.

Ce soir, l'évangile nous invite à nous poser les questions suivantes : pourquoi ai-je si souvent besoin d'exclure l'autre ? De le critiquer de manière négative, en le condamnant ? Est-ce le seul moyen mis à ma disposition pour trouver une paix intérieure ? Me rappelle-t-il trop mes propres faiblesses ? Suis-je envieux, voire jaloux de ce qu'il a ? Et même si j'ai du bonheur à me retrouver avec d'autres, est-ce que le bouc émissaire au sein de notre groupe n'a-t-il pas la fonction suprême de me permettre de ne pas devoir me dévoiler, de dire un peu de moi-même ? Si à ces différentes questions nous répondons de façon positive, alors il est sans doute plus que temps nous rappelle Jésus de reprendre sa propre route d'Emmaüs. Pour que le monde vive un jour en paix, il est de notre devoir d'arrêter de clouer encore et toujours le Christ sur le bois de sa Croix. Amen.

Dimanche de Pâques

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : A, B, C
Année: 1998-1999

Jn 20, 1-9

Jésus Fils de Dieu, mais quel Fils exemplaire ? Sans que son Père céleste ne le lui demande, il range sa « chambre tombale » : la pierre est roulée, les bandelettes et le linceul sont pliés et mis à leur place. Voilà le Fils rêvé que tant de parents auraient aimé avoir, je crois. Tout est en ordre, tout semble clair et pourtant un seul verra et croira. Je nous propose de nous arrêter un instant sur le rôle de Jean. De nous arrêter et de nous reposer.

En effet, l'évangile de ce soir est un évangile fatigant, épuisant, surtout en cette fin de week-end. Ils n'arrêtent pas de courir : d'abord Marie-Madeleine, ensuite Pierre et Jean. Je suis déjà essoufflé à leur place rien qu'en lisant cet épisode. Jean, plus jeune, arrive le premier, c'est vrai mais il n'entre pas. Pierre le suit, entre directement dans le tombeau et ne comprend pas. Comment aurait-il pu d'ailleurs.

Pour comprendre la résurrection, pour saisir un tel mystère, tout comme Jean, il faut s'arrêter. Il faut prendre le temps. Un peu comme si cette histoire d'il y a bientôt deux mille était encore et toujours notre histoire aujourd'hui. Nous aussi nous n'arrêtons pas de courir, nous sommes pris tout le temps au risque de nous faire dépasser tant par les événements que par nous-mêmes. Tout va tellement vite, que je n'ai même pas vu le Carême passé, nous confiais l'un de ceux qui a préparé cette célébration. C'est dingue, alors que le Carême était cette occasion qui nous avait été donnée pour revenir à l'essentiel, pour reprendre un peu de temps pour vivre du bonheur, voilà que, pour certains d'entre nous, nous sommes passés à côté. Heureusement, il n'y a pas lieu d'attendre un an, cette quête, cette conquête de l'essentiel, nous pouvons la vivre à chaque instant de notre vie. Mais pour se faire, il faut être capable de s'arrêter. Or de cela, nous en avons parfois peur. Pourquoi ? Peur de croire que nous ne pourrons pas tout faire. Peur peut-être de découvrir le non sens d'un ensemble de choses que nous faisons, comme si je prenais le risque de prendre conscience que je ne fais pas grand chose de ma vie, que je la gaspille. Peur aussi d'être face à nous-mêmes et de se poser les vraies questions. Etre capable de s'arrêter, c'est donc sans doute oser être confronté avec soi-même pour pouvoir contempler ce que nous sommes et ce qui nous fait vivre. Mais comme le fait remarquer l'évangile de ce soir, cela n'est pas suffisant. C'est tout simplement la première partie de la démarche. Pour comprendre, pour tenter de saisir une partie du mystère de la résurrection, de la vie, il faut d'abord s'arrêter, faire le vide.

Vient ensuite une seconde étape, sans doute la plus essentielle, celle du désir de comprendre. Ma démarche n'est pas seulement intellectuelle, elle prend sa source dans le désir. Il faut d'abord désirer comprendre avant de comprendre. Si je veux être à même de réaliser un exercice de maths, de physique ou pire encore de chimie, il faut que naisse en moi d'abord le désir de le faire. Tant que le désir n'y est pas, je n'y arriverai pas et je ne comprendrai pas. Tant pour les maths, le physique ou la chimie, il n'y a pour le moment aucun danger pour que ce désir soit en moi, soyez rassurés. A partir de cet exemple, je crois pouvoir affirmer que pour désirer comprendre, il faut d'abord désirer. Ce qui nous fait continuer, ce qui nous fait avancer, ce qui permet à Jean de comprendre le mystère du tombeau vide, c'est le désir, c'est-à-dire l'amour. Après s'être arrêté, après avoir laissé Pierre entrer le premier, Jean trouve en lui la source du sens, le fondement de l'essentiel. C'est au coeur de son propre coeur qu'il trouve l'amour nécessaire pour entrer dans cette dynamique du chemin de foi qui lui permet soudainement de comprendre ce qui le dépasse totalement. Ce que Jean nous fait découvrir ce soir c'est que même notre raison doit être guidée par les sentiments de l'amour pour que nous puissions saisir ce qui donne sens à notre vie. Sans amour, nous ne sommes que des cymbales retentissantes, chante saint Paul dans son hymne. Il nous faut une dose d'amour pour comprendre la résurrection, il nous faut toujours autant cette dose pour continuer à vivre du Ressuscité. Cet amour se vit en nous, ainsi qu'au coeur des relations que nous avons les uns avec les autres, ainsi qu'avec le Tout-Autre. Prenons alors le temps de nous arrêter, de nous arrêter pour aimer.

Amen.

33e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Dans ma vie, je n'ai jamais eu aussi peur qu'une nuit à Rixensart. J'étais louveteau et nous étions venu de Braine-l'Alleud passer un week-end dans cette charmante commune du Brabant wallon. C'était au cours d'un jeu de nuit terrfiant. Nous étions dans les bois du Château et nous avions tous peur, très peur. Du groupe, j'étais sans doute celui qui a eu le plus peur. Je me suis d'abord caché pour être certain de ne pas être attrapé. Mais ma peur était toujours là. Alors, j'ai pris mon courage à deux mains, le courage d'un enfant de 10 ans et je suis sorti du bois. Je suis allé sonner à une maison où il y avait encore de la lumière, avenue de Terlinden je crois. Et là, j'ai demandé de pouvoir appeler la police. Ce que le propriétaire a gentiment fait puis avec moi, sur le parking en face de cette Eglise (de l'Eglise Ste Croix) nous avons attendu le combi de la gendarmerie. C'était un jeu de nuit, un simple jeu de nuit. Et j'ai eu tellement peur. J'en ris aujourd'hui quand je revois la tête paniquée des animateurs à la vue du gyrophare. C'était au départ leur jeu, avec les gendarmes, il était devenu le mien.

Pourquoi vous racontez cette histoire, me direz-vous ? Parce que, je crois que l'histoire des Talents est d'abord et avant tout l'histoire d'une peur. Et des peurs, nous en avons toutes et tous. La première chose à faire, est d'abord de se l'avouer, de ne pas crâner sinon notre aggressivité sera signe de cette peur intérieure. Ayant pris conscience de celle-ci, il y a lieu d'agir nous dit le Christ. A force d'avoir peur, nous risquons de ne plus rien faire à l'image de l'homme qui n'avait qu'un seul talent. Cet homme a manqué d'audance et de confiance. Il n'a pas pris ses reponsabilités. Nous ne sommes pas sur terre pour subir la vie mais pour la vivre à fond et pour ce faire, il y a parfois des risques à prendre. Refuser d'agir au nom de la peur, c'est donner un terrible pouvoir à l'autre et c'est ne pas utiliser sa liberté. Si je ne fais rien à 15 ans parce que j'ai peur d'être renvoyé alors que j'assiste à une injustice. Si je ne fais rien à 40 ans, parce que j'ai peur de perdre mon emploi. Ou encore, quand j'ai vu quelque chose qui m'a choqué et j'ai failli réagir mais je n'ai rien fait. Des si, si, et si et des j'ai failli jalonnent nos vies. Mais alors quand serais-je libre ? A 65 ans ? Non parce qu'à ce moment là je commencerai à avoir peut-être peur de la mort ? Malgré nos fragilités, nos peurs sont à dépasser. Elles ne doivent pas guider nos vies. Un être qui a peur, enterre sa vie parce qu'il a trop peur de la perdre. Or, une seule vie nous a été donnée, ne passons pas à côté de celle-ci. Elle vaut tellement la peine d'être vécue en plénitude.

Pour ce faire, il nous suffit de repartir des talents, des dons que chacune et chacun nous avons reçus. Peu importe leur nombre, exploitons ce que nous avons, même si cela nous semble tout petit. De toute façon, nous avons toujours l'impression que ce que les autres ont, c'est mieux que ce que nous possédons et nous en arrivons à oublier ce qui est nôtre, comme si c'était rangé au fond d'une caisse de notre être. Et pourtant pour exister, pour vivre pleinement, le Seigneur attend de nous de faire fructifier les talents qu'Il nous a donnés. Rien de plus, rien de moins. C'est à partir de nos dons que nous pouvons construire la vie que nous souhaitons vivre. Gandhi ne disait-il déjà pas : « sois toi-même le changement que tu veux pour le monde ». Soyons d'abord nous-mêmes. Reconnaissons ce que nous avons puis aimons-nous. Oui, aimons-nous. C'est dans le « je m'aime » que je peux trouver les forces nécessaires pour être moi en vérité, utiliser ma propre créativité pour exister. C'est vrai qu'il y a des lieux qui nous empêchent de développer nos richesses personnelles. A nous de les transformer pour qu'ils deviennent eux aussi des lieux invitant à la simplicité, à la spontanéité et donc au refus de posséder ce qui ne nous a pas été donné. Il faut alors arrêter en nous cette machine infernale de passer son temps à tenter d'acquérir les dons des autres. Certains prétendent qu'améliorer ce que nous avons, c'est trop facile. Je crois sincèrement qu'ils se trompent en disant cela. Nous ne sommes pas sur terre pour souffrir mais pour grandir et vivre. Essayons d'abord de prendre ce temps qui nous est donné pour faire fructifier ce qui est à nous, ou plutôt ce qui est nous. Alors et alors seulement nous pourrons devenir qui nous sommes et au retour, de son voyage, sans peur, nous pourrons répondre à la question de Dieu : qu'as-tu fait des dons que je t'ai donnés ?

Amen.

28e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Mt 22, 1-14

Alors qu'Olivier Strelli vient de nous annoncer qu'il ne dessinera pas la robe de mariée de la future reine des Belges, que les médias nous parlent des collections de mode présentées à Paris cette semaine, les couturiers de Ralph Loren, Scapa of Scotland, Cricket and Co doivent être heureux d'entendre l'évangile de ce jour. Quelle belle publicité pour eux. Enfin pour qu'ils en soient conscients, il faudrait évidemment qu'ils assistent à la messe, et ça, je n'en suis pas trop sûr, mais qui sait finalement. Je profite de cette occasion pour formellement démentir le bruit qui a couru chez certains d'entre vous que les habits dominicains allaient être confectionnés par la célèbre marque belge. C'est tout à fait faux.

Et pourtant aussi compétents qu'ils soient ces couturiers, ils n'arriveront jamais à réaliser les vêtements dont le Christ nous parle. En effet, il n'existe à ce jour aucun tissu qui permet de confectionner les habits de la foi pour participer à la noce. Un vêtement spécifique que nous revêtons pour dire l'aujourd'hui de notre bonheur de croire. Il est cousu avec les plus beaux fils invisibles entrelacés d'amour et de douceur. Nous sommes invités à le porter tout le temps, à chaque instant. Et c'est là que les choses se compliquent un tant soit peu. Vivre et croire ne vont pas toujours très bien ensemble. C'est tellement facile pour nous d'être pris par les choses de la vie que nous en arrivons parfois à oublier les choses de l'éternité, de se limiter à ce que l'on voit plutôt qu'à ce que nous ne voyons pas, d'entendre les appels de plus en plus pressant du monde plutôt que la douceur de la voix du Christ. Nous pouvons être à ce point préoccupés de gagner notre vie que nous en arrivons à la perdre en passant à côté d'elle comme si l'organisation, la gestion de cette dernière nous en faisait presque oublier son existence. Je ne vis plus, je survis dans un monde qui me demande de plus en plus et j'en arrive presque à me noyer dans cet océan sans fond, sans îlot pour se reposer ne fut-ce qu'un petit temps au cours de cette course folle. Courir, toujours courir mais après quoi finalement : un bien-être terrestre, des désirs à combler, des plaisirs à fredonner. Au risque de se perdre soi-même. C'est vrai, il est souvent bien difficile à porter cet habit de foi, de vivre en accord avec soi au nom des valeurs auxquelles nous adhérons, au nom du Dieu auquel nous croyons.

Alors, c'est vrai, parfois nous nous déshabillons, nous retirons cet habit et nous succombons à certaines tentations qui ne nous font pas grandir, qui parfois nous blessent nous ou celles et ceux qui croisent nos chemins. Et ces fameuses tentations font elles aussi partie de la vie mais nous gardons en nous l'espérance que si nous ne portons pas toujours l'habit de la foi, il en reste toujours sa trace, comme s'il était imprimé sur notre corps. Même si Dieu n'est pas omniprésent dans nos existences, dans nos gestes quotidiens, la foi a ancré en nous des marques précises. Celles-ci parfois de manière inconsciente nous permettent de ne pas nous trahir, de continuer à avancer avec les valeurs de l'éternité que sont le respect, la tolérance de soi, des autres, du Tout-Autre. Parce que dans le miroir de l'amour nous revient toujours l'image de l'être que nous souhaitons devenir malgré nos errances, nos trébuchements. [Comme le disaient ceux qui ont préparé cette eucharistie, et comme ils sont tous en voie de devenir ingénieur,] « une flamme doit toujours rester comme dans le boiler de la salle de bain ». C'est une image peut-être un peu terre à terre mais elle nous rappelle que l'éphémère ne doit jamais l'emporter sur l'éternel. Le vêtement de la noce à laquelle toutes et tous nous sommes conviés est un habit divin. Il se porte, en tout temps, en tout lieu, avec douceur et en tendresse. Ne l'abîmons pas, ne le négligeons pas, il est souffle de vie. Il nous accompagne dans les plaines, sur des sentiers escarpés et même lorsque la vie nous semble devenir une montagne infranchissable. L'habit de la foi, revêtons-le, au-delà des couleurs qu'il apporte, il donne un tout autre goût à la vie.

Amen.