4e dimanche de Pâques, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

"Je suis le Bon Pasteur"

Berger, pasteur, brebis, ce sont des termes qui évoquent pour nous des images de scènes champêtres, colorées souvent de poésie douce et facile. Mais quand ces qualités sont attribuées à Jésus, il s'agit plus tôt d'un combat. Car, lorsqu'il prononce ces paroles : "Je suis le Bon Pasteur" les forces hostiles sont déjà en action pour le mener à la mort sur la Croix.

Le texte que nous venons de lire est fort court et pourtant il résume assez bien la pensée de l'évangéliste Jean sur Jésus, sa mission et sa relation à Dieu son Père.

Puisqu'il va être livré aux mains des juifs, Jésus, le bon pasteur doit veiller à ce que les brebis, c'est-à-dire ses disciples, ne périssent pas . Il doit veiller à ce qu'elles ne lui soient pas arrachées des mains. Au moment de l'arrestation du Maître à Gethsémani, l'évangile de Jean nous montre le Christ allant au devant de ceux qui viennent l'arrêter. Il les interpelle en leur criant :"Qui cherchez-vous ?" "Si c'est moi que vous cherchez, ceux-ci laissez les aller". Pour Jésus, il ne faut pas que les apôtres périssent avec lui. Il compte sur eux pour reprendre sa cause après sa mort. Aussi donne-t-il librement sa vie pour eux.

A l'inverse des mercenaires, il va se dessaisir de sa propre vie. Le mercenaire, celui qui n'est pas vraiment le berger et à qui les brebis n'appartiennent pas, voit-il venir le loup, il abandonne les brebis et prend la fuite.. Le loup s'en empare alors et les disperse.

A la croix, Jésus se dessaisit de sa vie pour les tous les humains. Il n'a pas pris la fuite. Il a été jusqu'au bout. Jésus est passé par la mort pour nous donner son Esprit et pour rassembler tous les enfants de Dieu dispersés. C'est pourquoi il est le seul vrai pasteur. Il est le seul à pouvoir porter le titre de bon, parce qu'il donne la "vie éternelle". C'est seulement à la lumière de Pâques que s'éclaire le titre que Jésus se donne.

"Mes brebis écoutent ma voix et je les connais" Pour un juif, l'expression "connaître" déborde le savoir abstrait et exprime une relation profonde. Connaître une chose, c'est en avoir l'expérience concrète. Connaître quelqu'un , c'est entrer en relation personnelle avec lui.

Jésus est celui qui vient parler au nom de Dieu. Sa mission est de révéler aux hommes tout l'amour que Dieu a pour eux. Toujours dans la passion selon S. Jean, nous entendons Jésus déclarer devant Pilate : "Je suis né, je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la Vérité".

Les brebis, c'est-à-dire les disciples, écoutent Jésus Mais déjà pour l'écouter, il faut être de Dieu. C'est pourquoi le Christ considère ses apôtres et ses disciples comme un don du Père. "Mon Père, qui me les a données" est-il dit dans le texte de l'évangile de ce jour. C'est l'idée force de Jean : devant Jésus, les hommes se séparent en deux groupes, ceux qui l'écoutent et ceux qui le rejettent. Les premiers peuvent écouter de par le Père et forment ainsi le troupeau. Au moment de la croix, Jésus achève sa mission et apporte la vie à ceux qui le suivent.

Enfin, l'évangéliste est particulièrement sensible à montrer tous les liens unissant Jésus à son Père. D'ailleurs son intention n'est-elle pas de nous amener à croire que Jésus est vraiment fils de Dieu. Le Père et moi, nous sommes UN.

4e dimanche de Pâques, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Il y a une dizaine de jours, un animateur de mouvements de jeunesse de Rixensart posait la question suivante à son staff : « pourquoi continuons-nous à venir presque tous les samedis à 14 heures aux mouvements de jeunesse alors que les jeunes que nous animons nous engueulent et ne sont jamais contents ? ». C'est vrai pourquoi continuer quelque chose alors que nous en retirons très peu de gratitude, de reconnaissance. Est-ce la peur de s'ennuyer le samedi après-midi, un plaisir masochiste dissimulé sous une bonne action. Non, il doit, enfin je l'espère, il y avoir autre chose. « Si nous venons ici constata cet animateur, c'est parce que c'est quelque chose de bien ».

Cette réflexion, me semble-t-il, peut être transposée à nos eucharisties dominicales. Nous y venons, par habitude, par conviction personnelle, par besoin de ressourcement, pour prendre un peu de temps avec soi et avec Dieu. Certains dimanches, nous nous y sentons bien, les lectures nous parlent, nous interpellent et puis d'autres fois, en sortant, nous ne nous rappelons même plus de l'évangile et encore moins de la prédication, durant tout le temps de la célébration, nous étions ailleurs, dans notre ailleurs, c'est-à-dire au plus profond de nos pensées soit à la rencontre de Dieu, soit nourries de préoccupations humaines. Et c'est la vie, tout simplement la vie. Elle est d'autant plus étonnante qu'il nous arrive parfois d'entendre un texte biblique comme si c'était pour la première fois, comme s'il venait d'être écrit. En effet, nous dit le Christ ce soir, mes brebis écoutent ma voix. Nous sommes ses brebis et la manière dont nous écoutons sa voix varie de personne à personne. Notre écoute qu'elle soit celle de Dieu ou celle de nos proches, dépend de multiples facteurs : notre histoire personnelle, nos problèmes et nos joies... Il nous arrive d'entendre et de faire le sourd. Le texte révélé se découvre à nous lors de nos lectures de manière nouvelle, fraîche en fonction de là où nous en sommes dans notre propre vie. A chacune et chacun de le recevoir dans le silence de son coeur, de le méditer pour pouvoir continuer à grandir sur notre propre chemin de vie.

Se serait évidemment fortement réducteur de ne voir l'écoute de Dieu qu'à partir des écritures. D'ailleurs le Christ ne dit pas cela. Il dit simplement : mes brebis écoutent ma voix ; moi je les connais, et elles me suivent. La voix de Dieu s'exprime à nous aujourd'hui encore de multiples manières. Cette voix ne s'est pas éteinte avec le temps. Elle est peut-être plus difficile à entendre dans notre société polluée par le bruit et l'empressement. En effet, la voix de Dieu s'exprime dans la brise légère, elle ne crie pas, elle susurre au creux de nous-mêmes. Et pour pouvoir l'entendre, il nous faut arrêter notre cinéma intérieur. Cette voix divine se laisse rencontrer lorsque nous reprenons le contact avec elle mais elle surgit également là où nous nous y attendons le moins. Dieu continue de nous parler, à travers de multiples signes, à travers de multiples rencontres. A nous de les déceler et de les nommer.

Reconnaître et nommer la voix de Dieu, c'est oser dire, « ici, je crois que Dieu est présent. Je ressens quelque chose qui me dépasse et me fait du bien ». Et ça, c'est un sacrement. C'est vrai, l'Eglise reconnaît aujourd'hui au moins 7 sacrements, mais des sacrements, au sens où ils sont des signes visibles de la présence de Dieu, il y en a non pas 7, dix ou cent mais des millions. Ils parsèment nos vies dans ce que nous faisons et lorsque nous aimons. Ecouter la voix de Dieu, c'est prendre conscience de cette présence et oser la reconnaître. Lorsque les événements de nos vies sont sacramentels, signes visibles de le présence divine, Dieu nous invite à le suivre, à répondre à son invitation. Et si ce soir (matin), nous faisions tout simplement silence en nous pour écouter la voix de Dieu et se mettre à le suivre.

Amen.

4e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

« A ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux ». Mais de quels mots peut-il donc bien s'agir pour que des hommes et des femmes, tout ce qu'il y a de plus ordinaires, soient à ce point furieux, qu'ils sont prêts à commettre un meurtre pour se débarrasser de cet indésirable qui en quelques mots a fait monter en eux une colère telle. Une forme de pseudo-crime passionnel, irrationnel puisque ce sont les sentiments premiers, bruts qui les animent.

Ce soir (matin), nous sommes invités à prendre un peu de temps pour vérifier nos propres colères. Elles disent je crois énormément de nous, en tout cas, certainement plus de nous que ce que la colère tente de combattre. En effet, si cela ne nous touche pas, si je ne suis pas concerné dans mon essence, dans mon existence, les sentiments furieux ne prendront pas le dessus et ne guideront pas ma conduite. A la lecture de l'évangile nous pourrions nous sentir assez loin de la problématique des gens de cette synagogue et pourtant à y regarder de plus prêt, nous voyons que ce thème reste vraiment d'actualité, ici sur notre terre.

Comme le montre le Christ, il est venu pour chacune et chacun, il ne fait pas de différence : Dieu est pour tout le monde. Et la réaction de ses contemporains, c'est un peu comme s'ils disaient, Dieu pour tous d'accord, mais pas pour ces gens-là. « Ces gens-là », comme chante Brel, ont existé de tout temps et de toute culture. Ce sont ceux que nous rejetons car ils sont différents, en tout cas pas comme nous, que ce soit niveau social, culturel, ethnique, religieux... Et hélas, l'histoire de notre humanité est illustrée de ces épisodes où lorsque l'on se met à regarder l'autre comme faisant partie de ces gens-là, très vite, pour ne pas dire tout de suite, il y a des dérapages et un espace grand ouvert à la montée d'extrémismes de toutes formes. Vous l'aurez compris, je ne puis ce soir m'empêcher de vous parler des trois semaines que je viens de vivre au Rwanda. Ce ne sont pas des souvenirs de vacances mais plutôt des souvenirs de souffrance. Souffrance d'un peuple tout entier et désespéré. Au long des ces jours, j'ai rencontré des femmes et des hommes désespérés, soit parce que leurs familles ont été décimées lors du génocide, d'autres parce que de nombreux membres sont en prison, ou encore ne sont jamais revenus des camps de réfugiés. Jusqu'il y a peu je ne savais pas que des gens pouvaient pourrir au sens premier de terme, c'est-à-dire se décomposer dans leurs corps. C'est ce qui hélas se passe en prison là-bas. Comment peut-on continuer à garder l'espoir quand on a vécu une histoire comme celle-ci. Durant la guerre, il avait caché, chez lui, dans un faux plafond, un groupe de gens de l'autre ethnie. Une des ces personnes est tombée malade et toussait, elle a alors quitté la cache pour que les autres puissent rester sans être découvert par ses toussotements. Il fut pris par les milices, torturé et dénonça les autres. Pour punir celui qui avait caché, les milices, sous peine d'abattre sa femme et ses six enfants, exigea que cet homme tue lui-même, l'un après l'autre, celles et ceux qu'il nourrissait depuis des semaines. Il le fit, mais comme il avait quand même fauté, les milices tuèrent ensuite sa femmes et ses six enfants. Cet homme n'a plus le goût de vivre... Cette histoire n'est qu'un exemple parmi tant et fait le lot quotidien de ce que l'on entend.

Voilà, me semble-t-il, un pays qui s'est anéanti en considérant l'autre comme faisant partie de ces gens-là, ceux qui ne doivent pas exister. Les Tutsis et les Hutus opposés au régime étaient appelés les serpents. Et les serpents, pour s'en débarrasser, on les coupe en morceaux, à la machette, c'est pourquoi, tant et tant payaient pour qu'on les tue plutôt par balles. « Ces gens-là » ont été tués, mais je puis vous assurer qu'aujourd'hui encore « ces gens-là », même s'ils ont changé d'ethnie, de majorité politique, continuer à être assassinés. Chaque jour des hommes, des femmes et des enfants meurent. Les massacres ne se sont pas arrêtés. On sent dans le pays un tension très forte, vais-je être attaqué, tué cette nuit par les milices voire même l'armée. Suspicion, peur sont le pain quotidien. En plus de cette guerre-là, il faut également mener celle contre le sida, les chiffres sont éloquents : 30% de la population, plus de 60% des universitaires en sont atteints. Le désespoir se lit sur les visages. A quoi bon, se battre de toute façon, d'ici peu je mourrai... Puissions-nous ne pas les oublier dans notre prière et dans nos coeurs, puissions nous implorer Dieu d'envoyer son Esprit sur ces pays de la région des grands lacs d'Afrique pour qu'ils redécouvrent que seul l'Amour dont saint Paul nous parle, est le fondement de toute réconciliation. Amen.

5e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

"Eloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur". C'est le cri de Pierre face à un phénomène qui le dépasse : l'abondance de la pêche. Il exprime ainsi sa prise de conscience de ses propres limites !

Il s'y connaissait pourtant en matière de capture de poissons. Un vrai technicien. Au courant de toutes les ficelles du métier. La barque d'ailleurs lui appartenait. Il avait pour ainsi dire pris la tête de la petite entreprise, associé qu'il était avec Zebédée et ses fils. Dans la vie des pêcheurs, il y avait de temps en temps des moments de malchance. Ainsi, la nuit précédente, malgré leurs savoirs et leurs astuces, il n'avaient rien pris. Et voici qu'aujourd'hui, avec le maître le poisson afflue. Les filets sont prêts à se déchirer tellement il y en a !

Alors, Pierre prend conscience qu'il est "dépassé". Malgré tout son savoir, malgré toute sa technique, il se sent tout à coup un pauvre homme, "limité". Il mesure la distance qui le sépare de Jésus , lui criant : "Eloigne-toi de moi, je ne suis qu'un pécheur". Ses compagnon autant que lui-même font l'expérience de la finitude de l'être humain. Aussi l'effroi les avait saisi. Tous se sentaient tout petits, face à ce qui arrive !

Nous trouvons un écho de cet effroi qu'éprouve tout être humain, si malin soit-il, devant l'extraordinaire qui lui échoit dans la description de la vison d'Isaïe dans le Temple. "Malheur à moi, s'écrie le prophète, je suis un homme aux lèvres impures et j'habite au milieu d'un peuple aux lèvres impures". Quand l'homme prend conscience de sa finitude, devant la grandeur de Dieu ou la beauté de l'univers, devant l'immensité des espaces et des galaxies que la science aujourd'hui découvre, devant la complexité des êtres, même les plus petits, il éprouve une sorte de vertige ! Qui suis-je ? Si non, un être imparfait, limité dans l'espace - je ne puis être à la fois en Europe et dans le Nouveau Monde-, limité dans le temps- le nombre de mes années peut être de quatre-vingt, nonante tout au plus - perdu dans la foule des êtres et des générations qui ont précédés et de celles plus nombreuses encore qui pourraient venir, un être imparfait, qui certes peut beaucoup mais ne peut pas tout.

Cette finitude de l'être humain me semble très bien exprimée dans les premiers récits du livre de la Genèse. Les premiers chapitres ne sont pas une relation historique des origines du monde, tel que l'entendrait le concept moderne de l'Histoire : relation précise de ce qui s'est exactement passé autre fois. Ce sont plutôt des récits mythiques, mais qui nous révèlent une réalité humaine profonde, présente dans l'homme depuis ses origines, au coeur même de ce qu'il est. Ainsi, au second chapitre de la Genèse, nous découvrons cette mise en scène où Dieu, ayant formé l'humain, Adam, avec la glaise du sol et lui ayant insufflé le souffle, la vie, se met à réfléchir. Le texte emploie la première personne du pluriel, comme si Dieu n'était pas seul et qu'il parla avec quelqu'un : "Il n'est pas bon, dit-il que l'homme soit seul. faisons lui une aide semblable à lui" . Ayant plongé l'homme dans un sommeil, il tira de lui un vis à vis ; la femme, Eve, autre être humain, différend mais complémentaire."Homme et femme, il les créa" nous dit l'auteur sacré.

Ce récit, quelque peu imagé, exprime une réalité profonde : l'être humain, seul, est limité, imparfait. Pour grandir, il a besoin d'un autre, des autres. Il a besoin de l'autre sexe d'abord, mais aussi de tous les autres qui viennent par lui à l'existence. Au plus profond de l'humanité est inscrite la différence entre les humains, présentée comme une richesse et une complémentarité. Chacun étant un être fini, à la puissance limitée, a besoin d'un autre, des autres pour grandir et progresser ! Le drame, qui deviendra faute et péché, serait de penser qu'on est seul, qu'on peut se passer des autres et qu'il est intéressant d'accaparer la place, toute la place, pour soi tout seul, au besoin en éliminant le partenaire

Nous avons besoin des différences, celles des sexes d'abord, celles des générations, celle des races, des nations, des cultures. Il faut le vivre comme une grande richesse, en acceptant que notre faiblesse soit comblée par la présence des autres et même du Tout Autre. Il n'y aurait pas de relation entre nous si nous étions parfaits. C'est notre pauvreté qui est comblée par les ressources des autres et nos propres valeurs remplissent leurs manques. Ainsi toute rencontre de celui qui est différend de moi peut être enrichissante.

Quand, dans le Temple de Jérusalem, Dieu demande à Isaïe "Qui enverrai-je ? cette question suppose un envoi du prophète vers des gens différents, qui attendent le message de Dieu ! Et lorsque Jésus dit à Pierre : "Sois sans crainte. Désormais ce sont des hommes que tu prendras", cela signifie : n'ait jamais peur de la différence. Considère les autres comme pouvant t'apporter ce que tu n'as pas.

Mais que veut dire alors l'expression "pécheurs d'homme" ? Il faut savoir que pour les juifs, et peut-être encore pour les premiers chrétiens de la communauté lucannienne, l'eau, et surtout le lac et la mer sont comme l'habitacle de Satan et des forces opposées à Dieu. Le signe de la pèche extraordinaire provoquée par Jésus, est une manière de dire à Pierre - et à travers lui à tout chrétien - qu'il a mission de tirer les hommes en dehors de ces eaux, de les libérer du mal et surtout de cette violence qu'engendre le désir de vouloir tout pour soi, en écrasant les autres. Dans cette lutte incessante, seul, le chrétien ne peut rien. Comme Pierre, il peinera toute la nuit sans rien prendre. Mais ensemble, avec les autres et avec le Seigneur, tout est possible. Et pour le montrer Luc ne craint pas d'annoncer l'efficacité collective par une accumulation d'images : il y a une quantité exceptionnelle de poissons, les filets se déchirent, les barques s'enfoncent. Etre pécheurs d'hommes, c'est donc participer ensemble à cette entreprise de sauvetage.

Que conclure, sinon que Dieu n'attend pas que nous soyons parfaits pour nous confier ses projets de bonheur pour l'humanité. Il travaille d'ailleurs avec nous, à partir de ce que nous sommes, des êtres limités. Il nous accepte et nous aime avec nos limites. Isaïe se sentait faible quand Dieu l'appelle. Paul avait persécuté l'Eglise quand le Seigneur en fait l'apôtre des nations. Pierre s'est dit pécheur et, en effet, plus tard il a renié. Notre expérience personnelle autant que nos réflexions sur nos conditions d'existence nous font comprendre nos limites, nos imperfections et nos échecs. Malgré cela Dieu nous appelle tous, tous différents, mais tous complémentaires. Cela me fait penser à la petite chanson qu'apprenait autrefois à ses élèves une institutrice d'école primaire : "Seul, on ne peut rien. A deux, c'est déjà mieux. A cent, c'est plus plaisant. A mille, c'est plus facile. Alors, viens !"

6e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Vous avez compris quelque chose à cet évangile ? Tous ces uns. Pour vous, je les reprends et ça me paraît bien compliqué. Qu'ils soient un, comme toi tu es en moi et moi en toi. Qu'ils soient un en nous, comme nous sommes un : moi en eux et toi en moi. Et que moi aussi je sois en eux. Au premier abord, tout cela paraît bien malsain, comme si on se modelait l'un dans l'autre, une fusion parfaite au risque de nier notre propre individualité au nom de cette unité entre le Père et le Fils. Unité, unité au risque de se perdre, sommes-nous en droit de nous demander.

Mais de quelle unité s'agit-il donc ? Je ne pense pas qu'il s'agisse d'une unité d'organisation, une unité d'Eglise, comme certains l'ont prétendu. Cette unité-là n'existe pas. Nous n'organiserons jamais nos églises de la même façon. J'en ai pour preuve la manière de prier : chacune et chacun vit sa rencontre intime avec Dieu à partir de sa propre histoire. Une relation s'établit entre Dieu qu'il soit Père, Fils ou Esprit, valeur de vie, Absolu. Chacun le définit à partir de ce qu'il en pressent. Je crois même pouvoir affirmer qu'au sein de notre propre assemblée, nous ne croyons pas tous les mêmes choses. Notre perception de Dieu est fonction de ce que nous avons reçu de Dieu lui-même et des lieux où notre foi a grandi. Il en va de même de nos célébrations, celles-ci sont influencées par les lieux, les groupes de préparation, les célébrants, la manière de chanter. Et pourtant ce soir, malgré toutes ces différences qui nous éloigne d'une certaine forme d'unité nous sommes là pour vivre de cette rencontre divine. Sans doute parce que l'unité dont le Christ nous parle dans l'évangile est une unité qui transcende, dépasse toutes ces différences pour rejoindre chacune et chacun dans une relation d'amour entendue au sens de respect, d'autonomie laissée à l'autre pour se réaliser.

Il me semble qu'ici nous nous situons donc au coeur de l'unité de relation personnelle. Nous sommes donc bien loin d'une quelconque idée de fusion idyllique qui emprisonne, voire même étouffe. Non le Christ Ressuscité nous convie à établir entre nous des relations d'amour puisque dans sa propre prière il demande au Père : pour qu'ils aient en eux l'amour dont tu m'as aimé. Et l'amour, comme le rappelle Christian Bobin, dans notre deuxième lecture, est manque bien plus que plénitude. Mieux encore, l'amour est plénitude du manque, une chose incompréhensible. Mais ce qui est impossible à comprendre est pourtant tellement simple à vivre, conclut-il.

Simple à vivre, vite dit, surtout lorsque nous lisons l'histoire de l'humanité, notre humanité. Nous sommes confrontés à un certain danger qui risque de tout faire basculer, celui d'aimer plus nos organisations et structures d'Eglise, nos crédos, nos rites, que de nous aimer l'un l'autre. Nous nous enfermons alors en nous-mêmes dans des barrières, importantes peut-être, mais qui ne conduisent pas à la vie, puisque son fondement n'en est plus au coeur. Une organisation, un crédo, un rite sans amour est quelque chose qui petit à petit se dessèche et meurt. Seul l'amour fait vivre et donne vie. Et pourtant, il nous fait peur cet amour et alors nous nous mettons à fuir et nous nous contentons de ce que les journaux, la radio et la télé nous crient chaque jour, c'est-à-dire que des hommes et des femmes tuent, humilient, torturent. Nous nous réjouissons du malheur des autres mais sans le faire nôtre. Et nous voilà partis dans la spirale des cancans et des ragots que nous parviendrons toujours à justifier par un soi disant souci de l'autre, n'oublions pas, nous sommes des êtres intelligents et que nous sommes les rois et les reines des excuses faciles. Mais le ragot est tellement loin de l'amour. Comme si le malheur de l'autre nous rassurait ; par lui nous nous mitonnons notre petit coin de bonheur. Cette dynamique nous conduit à dire : « aimons-nous, comme on s'aime dans le monde de Dieu ». Cependant, l'évangile nous invite à nous aimer comme Dieu nous aime. Là est toute la différence. Et c'est si simple à réaliser. Plutôt que de nous contenter du malheur des autres ou de s'en apitoyer, pourquoi ne pas commencer à nous émerveiller à nouveau devant des simples gestes de la vie véhiculé par l'amour, des actes de tendresse et d'amitié, des solidarités. Nos vies en sont parsemées. Prenons le temps de nous tourner vers tout ce qui se fonde sur l'amour et alors se réalisera la prière de Jésus : « qu'ils soient un comme nous sommes un ».

Amen.

6e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

A force de les avoir tellement entendues, ces béatitudes, nous pourrions être pris par ce sentiment où nous avons l'impression que tout a déjà été dit, qu'il n'y a plus rien à ajouter, comme si elles avaient au cours des années été galvaudées. Cependant, croire que nous les possédons à ce point, risque de nous en faire oublier le caractère particulièrement révolutionnaire.

Les béatitudes sont un chemin de bonheur proposé ; elles nous sont données comme des éclairs au milieu d'une tempête, notre tempête. Elles bousculent, surprennent, déconcertent, et font voler en mille morceaux nos idées bien établies. (Comme si, faisait remarquer un de ceux qui a préparé cette eucharistie, Jésus avait bu un petit verre en trop avant de les dire. Ivre de vin, non, ivre de vie, certainement.) Elles sont la réponse du Christ aux dix commandements, ces lois anciennes qui donnaient déjà un chemin possible de bonheur. Mais à la différence de ces dernières, les béatitudes ne s'enferment pas dans des prescrits de lois énonçant ce qu'il y a lieu de faire. Non, les « heureux » et « malheureux » de l'évangile de ce matin (soir) sont non des normes mais des défis lancés à chacune et chacun d'entre nous dans la quiétude de nos vies et que nous sommes appelés à relever.

Le défi du Christ, dans notre quête incessante de bonheur est de nous inviter à voir si nous souhaitons investir dans le court ou le long terme. Il nous rappelle que, même si sur terre, le tout, tout de suite est une valeur ; cette immédiateté fait hélas de nous des êtres déjà consolés et repus, pour reprendre les termes de Jésus. Or, le bonheur n'est jamais un état atteint, il se projettera toujours dans un avenir. En effet, l'amitié, l'amour prennent du temps, le temps de se construire peu à peu, au hasard des rencontres. Leur objectif n'est jamais comblé, sinon la relation se meurt. Fort de ce constat, pour être heureux à long terme, il y a alors lieu d'oser vivre l'expérience du manque, du vide. C'est à partir de ce dernier que l'existence surgit, qu'une relation plus libre à l'autre et à Dieu peut se réaliser. « Si je suis vide de tout, c'est afin de pouvoir mieux vous attendre » dit Don Camille dans le Soulier de Satin de Paul Claudel. Telle est l'expérience de la pauvreté, de la nudité de l'esprit.

La béatitude devient ainsi un défi au détachement. L'autre, l'être aimé ou Dieu ne peut se donner que si le coeur s'est préparé, dilaté en quelque sorte, pour l'accueillir. N'est-il pas vrai que bien souvent nous ne recevons de l'autre que ce que nous sommes nous-mêmes capables de recevoir. Et pour recevoir, il faut qu'il y ait un espace en nous. Si nous sommes comblés, rassasiés, repus, il n'y a pas de rencontre possible. La faim, l'attente sont des flèches qui nous propulsent dans un avenir où nous espérons que le bonheur se conjuguera toujours au pluriel.

« Fais-toi capacité, je me ferai torrent » entendait Thérèse d'Avila. Avoir soif d'amour, avoir soif de Dieu, voilà le défi des « heureux êtes-vous » de ce matin (soir). Ne jamais se sentir combler pour pouvoir partir à la quête d'un plus et d'un mieux à toujours découvrir et partager. Le merveilleux des béatitudes, c'est qu'elles nous font ressentir que le vide est ce temps nécessaire pour vivre d'un désir de tendresse. Alors effectivement, le Christ a raison d'insister sur les « malheureux êtes-vous ». Non pas pour nous culpabiliser, mais plutôt pour nous faire découvrir que certaines valeurs et attitudes de notre monde, si elles sont vécues de manière égoïstes ou extrêmes empêchent tout naturellement qu'une véritable relation puisse s'établir soit entre nous, soit avec Dieu. Etre, de suite comblé, c'est passé à côté des mille beaux côtés de la vie ; c'est s'enfermer dans une solitude toute nourrie de son confort ; c'est à long terme, perdre le goût de l'existence. Heureux sommes-nous de pouvoir relever chacune et chacun avec ce que nous sommes, ces défis de Dieu. Alors, nos choix quotidiens sont-ils vécus à court ou à long terme, nos options de vie sont-elles guidées par la philosophie des « heureux » ou celle des « malheureux », avons-nous toujours faim et soif de Dieu et des autres. N'attendez pas de moi une réponse, elle est tout simplement, tout tendrement, en vous, puisque « heureux, êtes-vous », nous chante le Christ. Amen.

Assomption de la Vierge Marie 

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 1997-1998

Certains croient que le personnage qui est au centre de notre célébration d'aujourd'hui est Marie, la mère de Jésus. Ce n'est pas tout à fait vrai. C'est finalement pour une messe que nous sommes là. A cette messe, qu'est-ce que nous fêtons ? Nous fêtons Jésus Christ, comme à toutes les messes.

Pourquoi ? Nous faisons mémoire surtout de sa passion et sa mort. Le moment central de cette célébration est celui où nous nous rappelons son dernier repas avec ses disciples , ce repas qu'il a pris juste avant sa passion. C'était lors de ce repas que, prenant le pain et le vin, il leur a dit : "Vous ferez cela en mémoire de moi." Ce n'est pas Marie qui nous concerne ici, mais Jésus, sa passion et sa mort.

Mais pourquoi cela nous concerne-t-il ? Pourquoi, presque deux milles ans après sa mort, accomplissons-nous ce rite en mémoire de lui, de sa passion et sa mort, pourquoi faisons-nous ce qu'il nous a dit de faire ? Dans ce monde violent et inhumain, il y beaucoup d'hommes justes et droits qui ont été mis à mort, et nous ne faisons pas mémoire d'eux et de leur mort comme nous le faisons pour Jésus.

Jésus a cette importance spéciale pour nous parce sa mort n'était pas sa fin. Les supplices qu'il a subis et la mort qu'il a soufferte ne l'ont pas vaincu. Il est ressuscité. Dieu, source de la vie, l'a justifié en lui rendant la vie. Pour Jésus, le fait de vivre, le fait que son histoire ne se soit pas terminée dans la souffrance et la mort est très important. Pour nous aussi, cela a un certain intérêt. Nous pouvons reconnaître que c'est vraiment extraordinaire que quelqu'un soit ressuscité. Mais cela ne justifie pas deux mille ans de célébrations comme celle d'aujourd'hui. Qui est plus, on pourrait dire que si Jésus était vraiment divin, fils de Dieu, comme le prétend l'Eglise, il n'est si étonnant que cela qu'il triomphe sur mort, que son père lui rende la vie. Les dieux sont de nature immortels. Si le triomphe de Jésus sur la mort est seulement pour lui-même, la résurrection est peut-être une merveille, mais elle reste un simple fait historique qui ne nous touche pas aujourd'hui. Mais nous croyons que cette victoire est aussi pour nous. Ce n'est pas en tant que divin que Jésus est ressuscité, mais en tant qu'humain. C'est parce qu'il partage notre nature, parce qu'il est mortel comme nous, qu'il est mort, et sa victoire sur la mort est la victoire d'un homme. C'est un homme qui est mort pour nous et ressuscité pour nous. La mort qu'il a vaincue est aussi notre mort. Nous vivrons parce que Jésus vit. Jésus vit dans la résurrection. C'est la résurrection qu'il nous offre. Puisqu'il a partagé notre mort, nous partagerons sa vie. C'est le destin de nous tous, si nous nous tournons vers la vie, vers Dieu qui donne la vie. Nous croyons que nous devrons attendre la fin du monde pour partager cette vie en plénitude, mais nous ne le savons pas. Il y a peut-être des milliers de personnes qui partagent déjà cette vie de la résurrection. L'Eglise a toujours été certaine qu'il y a au moins une personne qui la partage déjà ; c'est Marie, mère de Jésus. On parle de l'Assomption comme d'un privilège extraordinaire, et c'est correct. Mais c'est aussi quelque chose d'ordinaire, parce qu'elle a déjà ce qui est offert à tout le monde. L'Assomption de Marie nous montre que la mort de Jésus était vraiment pour nous, que sa vie est aussi vraiment pour nous. C'est pourquoi il vaut vraiment la peine de célébrer sa mort et sa résurrection comme nous le faisons aujourd'hui. C'est pour nous que Dieu, en Jésus a fait tout cela, et nous pouvons vraiment chanter avec Marie : "Le Puissant fit pour moi des merveilles".

Assomption de la Vierge Marie 

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 1997-1998

Faisant l'éloge de Marie, Elisabeth s'est écriée, pleine d'admiration : « Heureuse celle qui a cru ! » A sa suite, tous les chrétiens, au cours des siècles, ont repris sans cesse cet éloge pour célébrer la mère de Jésus. L'Eglise lui a donné tous les noms, en de longues litanies, à commencer par le beau titre de « mère de Dieu ». Mais encore « reine du ciel, reine des anges, refuge des pécheurs, consolatrice des affligés, secours des chrétiens, mère des pauvres, reine de la paix, vierge immaculée ». Nous lui avons dédié de nombreux sanctuaires et parmi les plus beaux : les cathédrales de Chartres, de Paris, de Reims, et d'autres lieux..., mais aussi beaucoup d'humbles chapelles, dans les villages, les campagnes, les montagnes et jusqu'aux coins des rues de nos villes. Nous l'avons aussi vénérée, sous des vocables les plus variés : Notre-Dame de France, Notre-Dame d'ici, Notre-Dame de là-bas... Nous l'avons installée sur des trônes, habillant ses statues avec des vêtements cousus d'or. Nous les avons couronnées. A tel point que, parfois, on avait l'impression qu'elle éclipsait son fils. Ce que nos frères séparés, les protestants, nous ont reproché. Et l'homme moderne, scientifique, technique, préoccupé d'efficacité et de rendement, a pu aussi se demander ce que cette dévotion voulait bien dire.

« Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles du Seigneur » chantait Elisabeth. Et voici qu'en réponse, Marie chantait les paroles du Seigneur. « Il disperse les superbes, renverse les puissants de leur trône et élève les humbles. Il comble de biens les affamés et renvoie les riches les mains vides. » Dans son action de grâces et sa louange, Marie s'inspirait d'un cantique prophétique de la Bible. Celui de Anne, remerciant Dieu de mettre fin à sa honte de femme stérile et d'effacer son opprobre, en lui donnant de mettre au monde un enfant qu'elle consacrera au Seigneur. Celui qui sera plus tard le prophète Samuel. Anne chantait : « Le Seigneur fait descendre aux enfers et en ramène ; il appauvrit et enrichit, il abaisse et encore il relève. De la poussière il retire le faible, du fumier il relève le pauvre pour l'asseoir au rang des princes et lui assigner un trône de gloire. »

Devenue par l'Esprit-Saint la Mère du Sauveur, Marie chante le Seigneur, qui triomphe dans la faiblesse, élevant les humbles et abaissant les orgueilleux. Comme si elle voulait détourner les regards de sa propre personne pour les tourner vers Dieu. « Le Puissant qui fait merveille. Celui dont le nom est Saint ». Comme si elle voulait détourner les regards de sa propre personne pour les tourner en même temps vers les hommes et les femmes de son temps. Vers les petits, les pauvres, les malades, les pécheurs que l'avènement du Règne de Dieu va bientôt relever et remettre debout. Mais aussi vers les riches, les bien-pensants, vers ceux qui se croyaient justes et méprisaient les autres, et qui ne pourront donc entrer dans ce Royaume de Dieu.

« Heureuse celle qui a cru » chantait Elisabeth. « Merveilles du Seigneur » lui répondait Marie. Et depuis ce jour-là l'Esprit du Seigneur pousserait ceux qui croient, à temps et à contretemps, à comprendre et à admettre que ce chant sonnerait faux s'il ne s'accompagnait pas d'une mise en action pour élever les humbles, disperser les superbes, renverser les puissants, nourrir les affamés, appauvrir les riches et apporter ainsi les merveilles du Seigneur aux hommes de leur temps. Il serait donc vain de chanter aujourd'hui « Magnificat », si nous ne nous efforcions pas à vivre l'Evangile de Jésus et de créer autour de nous un climat tout autre.

« Apporter les merveilles du Seigneur ! Elever les humbles, disperser les superbes, renverser les puissants, combler de biens les affamés, renvoyer les riches les mains vides. » Cela demande de notre part un changement total de nos mentalités.

« Disperser les superbes »Nous qui sommes chrétiens, dévots de la Vierge Marie, souvent nous nous croyons justes et fidèles. Il nous arrive parfois de mépriser ou simplement de plaindre les autres qui ne sont pas en règle avec la morale, les lois civiles ou de l'Eglise ou simplement qui suivent un autre chemin. Nous oublions trop souvent que notre Dieu est plein de miséricorde et de compassion pour tous ceux qui souffrent et pour les pécheurs. Dieu pardonne toujours et à tous. Qui sommes-nous donc pour juger parfois plus sévèrement que lui ?

« Renverser les puissants de leurs trônes » C'est considérer les gens qui nous entourent, non en raison de préjugés favorables ou défavorables, non en raison de leurs avoirs, de leurs grands biens, de leur argent ou de leurs richesses, non en raison de leurs puissances ou de leurs passe-droits, mais bien plus en raison de leurs qualités d'être, de leurs richesses humaines. C'est donc avoir un respect pour tout homme. Quel qu'il soit. C'est aussi respecter le pauvre et le petit, la femme, l'étranger, le sans papier, le SDF, parce que chacun est d'abord et avant tout un être humain, comme les autres humains. Trop souvent encore dans notre société moderne, nous n'accordons notre attention et notre considération qu'à ceux qui ont « réussi », qui ont beaucoup d'argent, beaucoup de pouvoir, ou qui sont des « battants », capables de faire leur chemin seul, au besoin en écrasant les autres. « Combler de biens les affamés et renvoyer les riches les mains vides. ».C'est encore et toujours apprendre à partager nos biens avec ceux qui ont moins, sans considérer que les immenses populations qui souffrent aujourd'hui de la faim et des épidémies de toutes sortes, soient composées de gens arriérés, paresseux, culturellement inférieurs et incapables de s'en sortir. C'est donc contester un ordre mondial économique établi, profondément injuste, et contribuer, dans toute la mesure du possible, à l'établissement de plus de justice entre les peuples de la terre et encourager tous les efforts vers le développement et la paix.

Il nous faut donc écouter attentivement cette Parole de Dieu, à laquelle Marie a cru de toute son âme et qu'elle a proclamé dans son cantique d'action de grâces. Si nous mettons cette Parole du Seigneur en pratique, alors, mais à cette seule condition, nous pourrons en toute sincérité chanter avec la Vierge Marie : « Le Seigneur, fit pour nous des merveilles. Saint est son nom. Il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères en faveur de son peuple à jamais.

Dimanche de Pâques

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : A, B, C
Année: 1997-1998

Cette fête de Pâques est très riche symboliquement. En la résurrection de Jésus, nous voyons le renouvellement de la vie, le triomphe de la vie sur la mort, de l'amour sur la haine, du bien sur le mal, de l'espérance sur le désespoir, de la lumière sur les ténèbres, de l'esprit humain qui refuse d'accepter la défaite. La commémoration de Pâques peut nous donner une nouvelle énergie, et peut-être un nouveau courage, la possibilité d'espérer dans une situation qui semble impossible. Le fait que nous célébrions Pâques au printemps, quand les arbres et les plantes refleurissent après un hiver où ils semblaient morts, quand la lumière revient après des mois de ténèbres, renforce le message symbolique de Pâques.

Tout ce symbolisme nous dit quelque chose d'essentiel, qui va au plus profond du coeur humain. C'est pourquoi il y a une fête de vie, une fête de renouvellement, dans beaucoup de religions. Mais, confronté à ce symbolisme, il ne faut pas être trop romantique, il faut être réaliste. En fait, en ce monde, l'amour ne triomphe pas toujours sur la haine ; au contraire, le mal triomphe trop souvent sur le bien. La vie n'est pas toujours vainqueur sur la mort. Même les arbres meurent. Tout ne finit pas bien.

L'importance de notre fête de Pâques est le fait qu'elle est réaliste. En célébrant Pâques nous ne fêtons pas qu'un symbole. Chaque année, nous soulignons le fait que Jésus est vraiment ressuscité des morts. Nous ne disons pas seulement que l'histoire de la résurrection est une belle histoire, nous disons que c'est une histoire vraie. Jésus est réellement ressuscité des morts : ce n'est pas qu'une belle image, c'est la réalité, même si c'était impossible.

Les premiers disciples n'étaient pas des romantiques mais des réalistes. Ils ne croyaient pas en la victoire du bien sur le mal, de la vie sur la mort. Jésus était mort, c'était la fin. Ils ne croyaient pas d'abord que Jésus soit ressuscité. Ils avaient raison, car il est vraiment impossible que quelqu'un ressuscite des morts. La mort est définitive, elle n'est pas un sommeil transitoire. La mort, c'est vraiment la fin d'un être humain comme de tout animal. Aujourd'hui, parfois, les médecins réussissent à sauver la vie de quelqu'un, même s'il ne respire plus, même si son coeur ne bat plus, même s'il semble mort. On refuse d'accepter qu'il soit vraiment mort, et on se bat pour qu'il vive. Mais les efforts des médecins ne réussissent pas toujours. Souvent, trop souvent, on doit accepter que le patient est vraiment mort, et cela veut dire qu'il ne respirera plus jamais, que son coeur ne battra plus, qu'il ne parlera plus jamais avec ses amis, qu'il ne rompra plus jamais de pain avec eux. Il y a deux mille ans, ayant passé déjà deux jours dans la tombe, Jésus était définitivement mort ; tout le monde le savait, y compris ses disciples. L'affaire triste de Jésus était terminée. C'était la fin.

Mais ce que les disciples ont vu, ce qu'ils ont entendu, ce qu'ils ont touché les a contraints, si réalistes qu'ils soient, à croire que Jésus était vraiment ressuscité des morts. C'était tout à fait inattendu, parce qu'impossible. Ce n'était pas une tournure étonnante au milieu de l'histoire de Jésus, parce que cette histoire était déjà terminée. Mais, après la fin d'une histoire d'espoir et de déception, de l'amour écrasé, une nouvelle histoire avait commencé. Dieu, créateur du ciel et de la terre, avait fait un nouveau commencement, il avait lancé une nouvelle création.

La fête de la résurrection ne nous dit pas que, malgré les apparences, tout finira bien. Cela ne serait pas réaliste, ce n'est pas notre expérience. Il ne faut pas s'attendre à ce que Dieu intervienne juste avant la fin de l'affaire pour nous rendre heureux. La résurrection nous dit que, après nos déceptions et nos défaites, même définitives, après la fin de notre histoire, Dieu crée une nouvelle histoire, tout à fait inattendue. En Jésus ressuscité, nous sommes intégrés dans une nouvelle création, dans une nouvelle histoire, où la vie triomphe vraiment sur la mort, la joie sur la tristesse.

Joyeuses Pâques !

Dimanche de Pâques

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : A, B, C
Année: 1997-1998

La résurrection de Jésus, c'est le triomphe de la vie sur la mort. Pas seulement pour Jésus, mais pour nous tous. Jésus ne triomphe pas que pour lui-même. Dans la résurrection de Jésus, Dieu nous promet à tous la vie éternelle. Jésus est les prémices, nous le suivrons. Quelle merveilleuse promesse, cette résurrection ! Quel merveilleux cadeau, la vie éternelle !  Ou est-ce que c'est plutôt une menace ? Pour comprendre la résurrection comme une promesse, il faut vouloir vivre. La vie à jamais : est-ce que c'est vraiment ce que nous voulons ? Certainement, nous ne le voulons pas tous. Il y a ceux pour qui la vie n'est pas un cadeau, qui attendent, même avec impatience, la fin de leurs jours.  Pensons à certains malades qui savent qu'il n'y aura pas de guérison pour eux et à qui la vie apporte chaque jour des douleurs ou des humiliations nouvelles ; dans la Bible, c'est le cas de Job, qui n'espère que mourir.  Pensons aux prisonniers qui n'ont aucun espoir d'être libérés, qui sont peut-être humiliés et torturés par leurs gardiens, et qui ne veulent qu'être tués.  Pensons à ceux qui, pour n'importe quelle raison, se méprisent ou se détestent, pour qui chaque jour est un supplice parce que, quoi qu'ils fassent, où qu'ils aillent, ils sont accablés d'une manière insupportable par eux-mêmes.  Pensons à ceux qui vivent dans une solitude profonde, qui sont au milieu d'une société ou d'une famille pour laquelle ils n'existent pas, qui semble les rejeter ou simplement les oublier. Souvent, leur seul soulagement et de dormir, et pour eux le sommeil est un avant-goût d'une mort soulageante.  Aussi, le nombre de personnes qui se suicident ou qui tentent de se suicider est témoin du fait que la vie n'est pas toujours un cadeau.  Il y a beaucoup de cas moins dramatiques, de personnes qui, quoiqu'elles supportent assez bien leur vie, acceptent voire guettent la fin de leurs jours : par exemple, ceux qui sont usés et épuisés par une vie trop pleine de travail et de soucis et qui veulent se reposer ; ou ceux dont le corps, trop âgé et ne fonctionnant qu'à moitié, est plutôt un fardeau que l'expression de leur humanité.  Non, il n'est pas évident de dire que la résurrection de Jésus est une promesse à accepter avec joie. Pourtant, l'Église nous invite tous à en faire la source de notre joie, parce que cette résurrection n'est pas la menace d'une vie sans fin, elle est la promesse d'une vie transformée.  La résurrection de Jésus ne peut être comprise que dans l'optique de sa vie sur terre avant sa mort. Il guérit les corps et il guérit les âmes. Il guérit les malades, les paralysés, pour que leur corps ne soit plus un poids à supporter, et il change le coeur humain pour qu'il soit capable d'aimer. Cette guérison, physique et spirituelle, est un avant-goût et un gage de la résurrection. Comme le dit saint Paul : "Le corps est semé corruptible ; il ressuscite incorruptible ; il est semé méprisable, il ressuscite glorieux ; il est semé infirme, il ressuscite plein de force ; il est semé corps animal, il ressuscite corps spirituel" (1 Cor 15:42 - 44). Si Dieu remplit le corps de vie et de force, la force et la vie qu'il donne à l'âme est l'amour. Si nous aimons, nos voisins ne vivront plus dans une solitude insupportable ; si nous aimons, nous ne nous maltraiterons plus les uns les autres, nous ne nous exclurons plus les uns les autres ; si nous aimons, nous nous pardonnerons mutuellement, nous nous pardonnerons nous-mêmes. Vivre dans l'amour, c'est un élément essentiel de la résurrection, et cet amour nous permettra de vouloir vivre à jamais.  Par amour, Dieu, qui est amour, nous invite à partager sa vie éternelle ; c'est-à-dire qu'il nous invite à vivre éternellement dans l'amour. C'est pourquoi déjà, chaque fois que nous faisons à un autre un geste d'amour, nous vivons ensemble un avant-goût de la résurrection. C'est aussi pourquoi l'Église a raison de nous inviter à fêter dans la joie le triomphe de Jésus, le triomphe de la vie et de l'amour sur la mort. 

Fête de la Pentecôte

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : A, B, C
Année: 1997-1998

Dieu a créé le monde en se retirant, écrivait Holderling, poète allemand du siècle passé. Jésus est venu en notre monde pour partager notre condition humaine et nous montrer un chemin de divinité, puis, lui aussi, comme son Père, s'est retiré. Père et Fils, main dans la main, ont commencé quelque chose et puis, ils nous laissent à nos solitudes les plus profondes. Nous pourrions être désemparés, attristés de cette forme d'abandon divin. Cela ne serait encore rien, mais en plus, ils ont le culot de nous prétendre que c'est comme cela que cela devait se passer, que c'était programmé pour que quelque chose d'autre puisse advenir : l'Esprit.

Déjà tenter de comprendre le Père et le Fils pour pouvoir entrer en relation avec eux, n'est pas si facile mais nous mettre en présence de cette troisième personne de la divinité complique encore un peu plus notre affaire. Sans pour autant le réduire à ces dimensions, l'Esprit auquel nous croyons, cet Esprit de la Pentecôte que nous célébrons, est force divine et souffle de Dieu. Il vit en nous. Il a sa source en Dieu et vient se reposer au plus profond de nous-mêmes là où les mots n'ont plus de sens puisque nous naviguons dans les eaux du ressenti de la foi. Il est là et comme toute force, il nous donne des ailes pour accomplir ce qui nous semble humainement tellement lourd. Il est cette source à laquelle nous allons puiser et qui nous fait faire ou dire des choses qui nous dépassent, comme si nous ne nous appartenions plus vraiment. Il nous invite à aller toujours au-delà de nous-mêmes. Il surgit en nous et nous étonnera toujours.

Cet Esprit reçu par les Apôtres et qui construit l'Eglise que nous formons est également souffle. D'abord souffle fragile, comme une brise légère. Dieu, le Père n'est plus au coeur de notre monde, mais son Esprit en est rempli. L'Esprit ne s'est jamais arrêté de souffler doucement, tendrement dans les petits signes, ô combien merveilleux de la vie, qui font toute la richesse d'une relation. Il devient de la sorte un lien possible entre nous autres êtres humains. Toutefois, je ne crois pas que l'Esprit, comme tel, puisse changer le cours des événements de manière radicale, comme par exemple permettre la guérison. Par contre, je reste convaincu qu'il se révèle au coeur de cette souffrance dans tous les gestes d'amitié, de solidarité qui se mettent en place autour de la personne en désarroi physique ou d'âme. Il donne la force, parfois surhumaine, de se battre pour vaincre cette maladie, ce manque de chance qui vous colle à la peau. C'est également ce même souffle léger qui susurre au creux de nos coeurs d'entrer en relation avec le Père ou le Fils. Il est en nous pour vivre de cette intimité divine dans les silences de ce que nous sommes. Par là, il donne vie à Dieu en nous. Ce sera alors notre décision personnelle d'y répondre de manière positive ou négative.

Hélas, les êtres que nous sommes, sommes souvent aveuglés ou sourds devant les signes visibles de l'Esprit. Nous sommes enfermés en nous-mêmes et nous ne permettons plus cette intrusion divine dans nos vies. Les barricades intérieures se mettent en place, plus solides les unes que les autres et il n'y a plus de possibilité d'évolution. Nous stagnons, voire même nous régressons. Or nous sommes des êtres créés en devenir. Pour nous permettre de continuer d'avancer sur notre propre chemin, l'Esprit se doit alors de souffler fort, beaucoup plus fort et nous sommes alors bousculés dans nos habitudes, rites, croyances et manière de vivre. Ce qui était établi pour nous se met à chanceler, vaciller et parfois ira jusqu'à s'écrouler. Ces changements radicaux nous mettent mal à l'aise, nous font peur et également mal. La seule manière de s'en sortir, c'est de continuer à faire confiance en l'Esprit puisque celui-ci donne vie.

Comment me direz-vous savoir si c'est vraiment l'Esprit qui a soufflé, lorsqu'il n'est plus brise légère mais bourrasque violente. Je crois qu'il n'y a qu'une seule réponse : laisser le temps au temps pour pouvoir être à même de décrypter les signes de l'Esprit et voir si la vie renaît au coeur de nos ruines. Pour ce faire, il faut être capable de s'arrêter. Or dans notre monde, nous courons, nous sommes pressés. La vie devient comme un paysage aperçu au travers d'une vitre d'un TGV, on a à peine le temps de l'apercevoir qu'on est déjà 10 kilomètres plus loin. En ce jour de Pentecôte, que l'Esprit vienne en chacune et chacun de nous pour reprendre le temps de le découvrir dans tous ces gestes qui donne vie. Amen.

Fête de la Sainte Trinité

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 1997-1998

Dieu n'est pas évident.

Dans la société d'aujourd'hui, beaucoup de gens s'en passent et ne s'en portent pas plus mal. Beaucoup ont une famille, des amis, une profession honorable, un emploi qui leur donne des ressources pécuniaires leur permettant d'accéder aux biens matériels, culturels, aux loisirs, aux voyages.

Sans nécessairement croire en Dieu, ils cultivent des valeurs humaines comme l'équité, la justice, la tolérance et la philanthropie. Lorsque les épreuves surviennent, comme la maladie, la mort, ils font preuve de courage et de dignité.

Il ne faut donc pas nécessairement croire en Dieu pour être heureux.

Dieu n'est pas évident.

Mais il y a cependant tous ceux qui y croient, qui lui font confiance et lui font une place plus ou moins grande dans leur vie !

Certains ont pour mission d'amener les autres à croire en Lui. Mais, hélas, ils s'en servent bien souvent pour imposer leur vues. Ils disent : "Dieu exige ceci." ou "Dieu interdit cela"

Et avec menaces à l'appui : la damnation éternelle, le paradis.

Maintenant qu'on vienne dire que Dieu est Trinité, ne change rien à rien. ce n'est qu'un exercice intellectuel pour théologiens. De toutes manières, c'est hors de la vie ! En plus, cela irrite aujourd'hui les frères musulmans qu'il nous arrive de cotoyer.

Eux insistent sur l'unicité de Dieu. Pour eux, il est l'Unique.

Ce qui intéresse : c'est de passer au mieux le peu de temps qu'on a sur la terre. Car la vie est si courte et le bonheur si rare. Les jeunes font des projets. Puis la vie a tôt fait de leur faire prendre conscience de la réalité : les enfants, le ménage, les maladies, les deuils, les séparations, aujourd'hui les divorces, l'avenir incertain, les inquiétudes et les souffrances.

Quand on est heureux, il arrive même parfois que l'on en soit gêné, devant tous les malheurs qui atteignent les autres.

Et puis, petit à petit, on en vient à comprendre qu'il n'y a pas de bonheur sans amour ; sans amour qui se donne et sans amour qu'on reçoit.

Il n'y a pas de bonheur sans amour, quand on veut vivre seul ou replié sur soi.

Dans ma vie pastorale déjà longue, j'ai sans doute rencontré beaucoup de gens, auxquels j'ai donné un peu de mon temps, de mon dévouement, un peu de mon coeur ! Mais j'en ai reçu bien davantage de leur part ! Et si je devais écrire mes souvenirs, j'intitulerais mon livre : "Ils m'ont apporté tant de bonheur !"

Quand on est chrétien, on est invité à comprendre que Dieu lui-même, non plus, ne veut pas être seul, tout là-haut, dans son ciel, dominant la terre, écrasant de sa toute-puissance. Pour Dieu, il faut être trois pour donner, pour recevoir, pour échanger, pour aimer.

C'est ce que nous explique l'évangile que nous venons de lire.

C'est le Père qui, dans sa bonté, envoie l'Esprit sur la terre et sur les hommes. Déjà dans le passé, maintes fois, il fit don de son Esprit, de son souffle de vie. Depuis la création du monde, où l'Esprit de Dieu planant sur les eaux, transforma le chaos initial, séparant la lumière des ténèbres, les eaux d'avec la terre ferme. Dans son immense Sagesse, il créa les grands luminaires, le soleil, la lune, les étoiles ; et tous les êtres vivants.

C'est encore son Esprit, son Souffle de vie, que le Père insuffle en l'homme et en la femme, pour les créer à son image. Tout au long de l'histoire humaine c'est le Père qui envoie ainsi son Esprit sur les hommes, depuis Abraham, en passant par Moïse et tant de prophètes, connus ou inconnus. Aujourd'hui, encore dans sa tendresse, il nous donne son Esprit, à nous qui sommes croyants. "Cet Esprit qui vient du Père, c'est l'Esprit de vérité." nous dit Jésus.

Guidés par cet Esprit qui nous est donné, nous allons aujourd'hui à la rencontre du Christ.

"Il me glorifiera." dit encore Jésus. "Il prendra de ce qui vient de moi pour vous l'expliquer.

Ce que j'ai à vous dire, pour l'instant, vous n'avez la force de le porter. Plus tard, il vous mènera vers la vérité toute entière."

Ainsi aujourd'hui, c'est le rôle de l'Esprit de Dieu de nous guider vers Jésus, l'homme de Nazareth, celui sur lequel il repose entièrement depuis son baptême au Jourdain, parce que Dieu le reconnaît comme son Fils, sa propre image.

Alors, en regardant cet homme de Nazareth agir avec humanité, c'est Dieu le Père lui-même que nous découvrons. "Tout ce qui appartient au Père est à moi." nous dit Jésus.

Ce qui a frappé les disciples dans l'évangile, c'est le lien permanent qui existe entre Jésus et son Père. "Qui me voit, voit le Père." "Il y a tant d'années que tu es avec moi, Philippe, et tu n'as pas encore compris que je suis dans le Père et que le Père est en moi."

Le Christ Jésus nous ramène sans cesse vers le Père. C'est ainsi que nous prenons conscience que nous entrons nous-mêmes dans ce mouvement divin. Dieu donne et reçoit. Dieu donne l'Esprit à Jésus qui le reçoit et qui réfère tout son amour au Père. Le cercle est donc bouclé. Le mouvement de l'un à l'autre est complet.

Ce qui est extraordinaire, c'est que, recevant nous même l'Esprit qui vient du Père, celui-ci nous mène vers Jésus, qui à son tour nous conduit au Père. Avec Jésus, nous entrons dans le mouvement de retour vers le Père. Placé entre l'Esprit et Jésus, nous sommes insérré dans le mouvement trinitaire.

On a souvent représenté la Sainte Trinité par un triangle isosèle, ayant les trois côtés et les trois angles égaux. La pointe, représentant le Père, est au sommet et la base en dessous.

Ne faudrait -il pas le renverser et le mettre sur sa pointe ? En élargissant la base du triangle, placée cette fois en haut, depuis l'Esprit à gauche jusqu'au Fils à droite et en y plaçant toute l'humanité, l'angle du Père à la base aurait tendance à s'élargir jusqu'à faire du triangle un cercle. Le mouvement dans lequel nous serions inclus serait ainsi circulaire. Partant vers la gauche, c'est le Père qui envoie son Esprit. Celui-ci vient en nous pour nous conduire vers le Fils, qui lui ramène vers le Père. Pour conclure, je dirais volontiers que c'est ce mouvement qui donne sens à tout amour humain, seul source de bonheur ! Recevoir et donner, sont les deux composantes du mystère de Dieu. Pour recevoir, il faut les autres. Pour donner, il faut aussi les autres. Dans notre monde moderne, où chacun est marqué par l'individualisme, on admet encore facilement de donner, mais recevoir des autres est plus difficile, car chacun veut être autonome et libre. On cherche à monter, peut-être pas bien haut, mais tout seul. Recevoir, c'est admettre sa pauvreté, admettre que l'on a besoin des autres. Comme dans le mystère Trinitaire, il n'y a pas de bonheur pour nous sans que nous recevions des autres et sans que nous leur donnions.