2e dimanche de l'Avent, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Mais pourquoi saint Luc s'encombre-t-il l'esprit et donc le nôtre également de tant de détails tout à fait insignifiants. Ces derniers ne semblent rien apporter au récit : l'an 15, Pilate, Tibère, Hérode, Philippe, Traconitide, j'en passe et des meilleures. Il avait peut-être le goût de l'histoire mais quand même. Il y a moyen de prendre des chemins nettement plus rapides pour aller droit au but. Le message est très simple, juste une phrase, une petite phrase, la dernière : « et tout homme verra le salut de Dieu ». Il ne fallait rien dire de plus, tout est résumé en ces quelques mots. Ils se suffisent eux-mêmes. Oui, mais si nous n'avions pas eu tous ces petits détails en introduction aurions-nous pu nous préparer à recevoir une telle bonne nouvelle ? C'est un peu comme si on lisait l'évangile en commençant la célébration. D'abord, il y aurait tous ceux qui l'auraient manqué parce que leurs montres n'indiquaient pas la bonne heure ou que la nôtre avançait, et seraient arrivés en retard, puis il y a tous les autres, qui n'auraient pas eu le temps d'entrer dans un tel texte sans aucune rupture avec ce qu'ils faisaient avant.

Il y a donc lieu de se préparer. Tout simplement. Une bonne nouvelle se prépare à être reçue, pour être ensuite intériorisée. De la sorte, elle n'est pas seulement quelques phrases gribouillées sur le coin d'un parchemin, elle est devenue vie en nous. Alors heureusement que saint Luc a pris le temps, il nous permet de nous préparer. Et cette préparation à laquelle nous sommes conviés est une invitation personnelle faite à chacune et chacun d'entre nous. Pas moyen d'y réchapper, comme s'il y avait un RSVP (ou RSLP) dans le coin inférieur gauche de l'invitation et ce avant le 25 décembre de ce mois, s'il vous plaît. Il nous reste peu de temps pour aplanir cette route, notre chemin nous conduisant vers Dieu puisque c'est bien de cela qu'il s'agit en ce temps de l'Avent. Dieu, ce soir, nous fixe à nouveau rendez-vous pour une grande fête, celle de sa rencontre en notre humanité. Il nous indique l'endroit, c'est-à-dire au plus profond de nous-mêmes. Et malheureusement pour nous, il ne nous indique pas le chemin à suivre. A chacune et chacun de le trouver, à partir de son histoire et de ses certitudes. Il y a autant de chemins qu'il n'y a de personnes dans cette assemblée. Cependant, c'est la même voix, celle de Jean le Baptiste qui crie dans nos déserts intérieurs : préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route.

Qu'est-ce à dire ? Tout simplement, inviter Dieu à entrer en nous, et cela exige un fameux remue-ménage. Nos routes intérieures sont tortueuses de nos maladresses, parsemées de nid-de-poule d'hésitations et d'objections, glissantes de nos trébuchements et nos hésitations, durcies par nos entêtements. Elles ressemblent drôlement à certaines routes de Rixensart... Nous pourrions alors nous morfondre face à l'immensité de ce travail. Mais ce ne serait pas lire et comprendre l'évangile de ce soir jusque dans son dernier drapé : tous les hommes verront le salut. Une telle phrase serait une promesse de rêveur si elle ne nous ramenait à ce qui doit être sauvé en chacune et chacun de nous. Comme si se préparer c'était creuser dans notre terre propre jusqu'au moment où nous atteignons cette source d'eau claire à laquelle nous pouvons à nouveau venir nous abreuver, nous ressourcer pour repartir à la conquête de notre être intérieur, lieu de la rencontre avec le Christ. C'est faire de la place, enlever le secondaire et ainsi retrouver l'essentiel de nos existences.

Et si l'essentiel c'était d'oser à nouveau croire et proclamer à voix forte que Dieu s'est fait homme pour nous sauver. Mais, qu'est-ce, au fond, l'idée de salut ? Essentiellement ceci : que les choses peuvent être reprises, que rien n'est jamais perdu, définitif. Tout peut toujours reprendre, rien n'est inexorable, bref tout peut être sauvé. Comme s'il y avait une sorte de surabondance dans la venue de Dieu en nous. Si c'est tout cela, alors je crois que cela vaut vraiment la peine de s'y préparer.

Amen

2e dimanche de Pâques, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Mais comment peux-tu croire à tout cela, lui dit-elle ? Une vraie perte de temps, ça ne sert vraiment à rien, ce sont des histoires de grand-mère ? Comment peux-tu imaginer aujourd'hui encore croire à cette idée qu'un homme tel que ce Jésus est ressuscité ? Je ne comprends pas que tu puisses avoir la foi ? Oui, sans doute cela te rend la vie plus facile, conclut-elle avec un brin de condescendance, voire de mépris dans le regard. Pauvre de moi, pauvre de nous face à de telles questions, de tels jugements. Comme si c'était si facile de croire « à tout cela ».

La foi n'est pas une certitude, elle est plutôt une espérance, une conviction intérieure que face à tous les mystères de vie qui nous entourent, il doit bien exister une explication. Mais cette espérance ne suffit pas à elle-même, une fois pour toute, comme si tout était dit, comme si notre décision étant sans appel possible. Non, la foi en ce Dieu trinitaire dont nous célébrons en ce temps de Pâques, le mystère de la résurrection, est à conquérir, reconquérir chaque jour. Elle ne nous est jamais acquise, un peu comme l'amour d'ailleurs. Cette foi, qui par moment nous colle à la peau et à d'autres reste une question, demande que nous nous investissions, elle ne peut se contenter de nos somnolences. En effet, ce Dieu en qui nous croyons et qui est la raison de notre présence en ce lieu, est un Dieu exigeant qui nous offre la liberté de croire, la liberté de répondre au don de la foi.

Ce serait tellement plus facile de ne plus se poser de questions, de vivre une foi de charbonnier mais nous risquons alors de stagner, de vivre en des eaux dormantes, troubles où nous ne partirions plus à la rencontre d'un Dieu, notre Dieu, qui continue de se dévoiler à nous chaque jour dans les signes des temps. Signes qui ne peuvent être lus qu'avec les lunettes de la foi. Une foi qui parfois brûle en nous comme un feu ardent, parfois tout simplement, tout silencieusement comme la flamme d'une bougie. Ne craignons pas cette dernière, n'est-ce pas elle qui illumine notre tabernacle intérieur, tout empreint de sa présence divine. Elle est là, nous indiquant au plus profond de notre silence, que Dieu ne s'est pas éloigné de nous, qu'il vit en nous. Il nous suffit de reprendre notre pélerinage pour repartir à sa rencontre. La foi devient alors un peu comme les marées de la mer, elle vient et elle va. L'important, c'est qu'elle soit toujours là et ça, c'est à nous, et uniquement à nous, d'y veiller.

Mais le doute est bien là, me direz-vous ? Et c'est vrai, il est en nous, parfois, de temps à autre ou souvent même. Cela dépend de tant de facteurs. Ce doute peut nous faire peur, faire ébranler un édifice de certitude et pourtant, il est intégralement lié à notre désir de croire. C'est en cela que l'histoire de l'évangile de ce jour est merveilleuse. L'histoire de Thomas devient ainsi un peu notre histoire. Il n'est pas le jumeau d'un quelconque frère de sang comme nous pourrions l'imaginer, non il est notre jumeau dans la foi, notre jumeau dans l'incrédulité, dans le doute. Thomas, il est un peu une partie de nous. Il est celui qui doute. Mais heureusement pour lui, heureusement pour nous, lorsqu'il se met à douter, il ne se coupe pas de sa communauté. Il ne jette pas l'éponge, retournant à sa vie d'avant comme s'il n'y avait rien eu. Non Thomas, tout en doutant, reste auprès des autres apôtres. Il sait que la foi ne se nourrit que dans un partage, en communauté. Sans cette dernière, il ne pourrait pas tenir. L'incertitude se transforme en certitude au contact de nos pairs, de celles et ceux qui nous entourent et partagent nos convictions. Grâce à cela, il se laisse approcher par le Ressuscité et dépasse son incrédulité. De son doute, va naître son cri, déchirure au coeur de lui-même, lorsqu'il dit au Christ : « mon Seigneur et mon Dieu ». Pour la première fois, Jésus est reconnu Dieu par l'un des siens. Il aura fallu qu'il passe par le mystère de la croix pour être reconnu comme tel. Que de nos doutes à nous, naissent également pareil cri. Alors, c'est vrai, il n'est pas facile de croire tous les jours, mais quand revient en nous cette conviction, cette certitude, cette espérance, la vie reprend ses couleurs vives de Pâques. Amen.

30e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

La parabole de l'évangile met en opposition deux prières : celle du pharisien, qui se dit juste, et celle du publicain, qui s'avoue pécheur. Contrairement à ce que nous pourrions penser, c'est celle du publicain qui fut exaucée. Les pharisiens sont pourtant les héritiers de juifs courageux, qui ont animé l'héroïque résistance durant la persécution païenne au temps des Maccabées, deux siècles avant le Christ ! Au temps de Jésus, ils représentent sans conteste ce qu'Israël compte de plus pur et de plus noble et cette fidélité aux traditions des anciens leur vaut la faveur et l'estime de beaucoup.

Les publicains, au contraire, sont l'image de la déchéance morale et de l'impureté religieuse. Chargés de percevoir taxes et impôts, ils devaient verser d'avance au fisc une somme déterminée, qu'ils avaient ensuite à récupérer, augmentée bien sûr d'un intérêt personnel laissé à leur libre appréciation, en extorquant le plus possible le malheureux contribuable. Ces percepteurs étaient directement au service de l'occupant romain.

Les premiers chrétiens, juifs convertis pour la plupart, se sont montrés sévères à l'égard des pharisiens, les plus religieux de leurs compatriotes. Certes, Jésus les a traité d'hypocrites, mais à ses yeux le pharisaïsme n'est pas seulement l'hypocrisie, c'est aussi croire que Dieu nous doit quelque chose. Or Jésus nous révèle un Dieu tout autre, un Dieu qui ne veut pas compter, mais qui donne en abondance, qui se donne et pardonne en toute gratuité. Jésus reproche donc aux pharisiens leur sûreté, leur prétention à acquérir le salut à coup de bonnes ½uvres, comme si. Dieu serait obligé de le leur donner. Mais Dieu est celui qui donne le Salut gratuitement et ce Salut de Dieu se reçoit. Il ne peut jamais être exigé comme prix de vertus.

L'évangéliste termine la parabole par une sentence de Jésus : « Qui s'élève, sera abaissé ; qui s'abaisse, sera élevé » Ce n'est pas qu'un bon conseil. Mais cela évoque une révélation sur Dieu, celle qui est présnetée dans le « magnificat ». Dieu est celui qui abaisse les puissants, c'est-à-dire ceux qui trouvent leur soutien dans leurs seules richesses ; il élève les humbles, ceux qui attendent tout de lui.

Peut-être avons-nous à réformer quelque peu notre conception de la vie chrétienne ? Autrefois, nos éducateurs nous invitaient à accomplir les petits sacrifices, à multiplier nos bonnes actions, à chercher à gagner des indulgences, tout cela en vue de mériter le ciel ! L'histoire racontée ici par Jésus est en réalité une mise en garde contre un danger subtil qui guette sans cesse le croyant : croire que le salut s'obtient par ses propres forces. A la limite, on n'aurait plus besoin de Dieu. On pourrait même être tenté de croire que, selon la justice, le Seigneur est tenu de récompenser toutes les bonnes actions accomplies. Or la valeur du chrétien ne se mesure pas au nombre d'exercices de piété ou de bonnes ½uvres. Le disciple de Jésus n'est pas nécessairement celui qui en fait le plus. L'important, c'est la qualité intérieure commandant les actions. L'important aux yeux du Christ, c'est l'amour que chacun y met. Le croyant n'a donc pas à se glorifier de sa foi, ni ses ½uvres : cela lui vient d'ailleurs. Il doit simplement reconnaître les dons reçus de Dieu et l'en remercier.

Ainsi la parabole du pharisien et du publicain nous dit que le croyant n'est pas celui qui se fait « juste », mais plutôt qu'il est « justifié par Dieu ». Si la foi pousse le croyant à plus de générosité, c'est encore une grâce et non pas un mérite. Les bonnes actions ne nous donnent pas un ticket pour le ciel. Le Salut est toujours accordé gratuitement et librement par Dieu. Cette attitude d'humble réception des dons divins n'est pas seulement un comportement individuel, elle est aussi affaire de communauté, qui concerne l'ensemble des croyants : l'Eglise. Et pour vous le montrer, je traduirais volontiers la parabole en termes plus actuelactuels : Dans l'église du village, il y avait deux hommes en prière. L'un était tout en haut, près du ch½ur, sur une chaise de velours rembourrée comme autrefois. Revêtu de beaux vêtements, comme habillé de ses vertus. Un saint homme. Il représente ainsi une Eglise, qui entend occuper le devant de la scène, qui seule possède la vérité, qui ne peut se tromper et qui fait la leçon à tout le monde. Elle entend être écoutée, respectée et admirée. Ce qui est important pour l'Eglise c'est d'être reconnu et récompensé à sa juste valeur.

L'autre était au fond, près du bénitier. Tout gêné, il se faisait tout petit. On le savait pécheur. Il le savait aussi. Derrière lui, il y a la foule de ceux qui n'entrent même plus dans l'église du village, parce qu'on les a refoulés car ils n'étaient pas en règle avec la loi. Il y a la foule de tous ceux qui ont encore tant d'autres choses à se faire pardonner.

En regardant cet homme, à genoux dans l'ombre du Temple, cela me fait penser à un autre. Celui-là, je l'ai vu marcher dans une rue de Jérusalem. Il avançait, comme tout le monde, sans fierté, ni gloire. Ses vêtements étaient déchirés. Il traînait derrière lui une lourde croix. Sur cette route, il s'est cogné aux pavés, il a trébuché, il est tombé. Il n'est donc pas étonnant qu'à cause de cela, il s'est pris d'amour pour tous ceux qui, comme lui, ont aujourd'hui les pieds écorchés ou traînent la jambe !

33e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Trop de siècles nous séparent de la rédaction de l'évangile, pour que certains de ses passages nous livrent spontanément leur secret.

Nous avons affaire aujourd'hui à une sorte de « message codé ». Dans la tradition biblique, parler de « fin du monde », est une façon d'exprimer sa foi au Dieu de l'Alliance. Déjà le prophète Malachie, annonçait la venue du règne de Dieu. Le « jour du Seigneur » serait comme l'apparition d'un soleil dont les rayons guériraient les justes, mais brûlant comme une fournaise pour consumer les impies. Encore au temps de Jésus, les juifs pieux croyaient que ce monde-ci devait un jour disparaître pour laisser place à un monde nouveau, pleinement en harmonie avec Dieu, un monde tout autre, où il n'y aurait plus de mal, de souffrances, ni de catastrophes naturelles mais un monde où le peuple de Dieu, régnant sur toutes les nations, conduirait celles-ci vers le Seigneur.

Souvent les mots manquaient pour décrire le passage de ce monde perverti à un autre plus parfait. C'est pourquoi la tradition biblique s'est forgé un langage, une sorte de code. Avec des images de bouleversements cosmiques, elle cherche à signifier et à symboliser la fin de ce monde mauvais. Ces expressions de catastrophes n'indiquent nullement le « comment » de ce qui va arriver, mais bien plus l'espérance en un monde meilleur, donné par Dieu. Et comme dans un message codé, le plus important n'est certainement pas le code, mais plutôt le message, l'important pour nous n'est pas de nous appesantir sur ces images étranges qui abondent dans le texte, mais bien de rechercher la foi qui se cache derrière ces images. Il faut aussi savoir qu'au moment où l'évangéliste Luc écrit cette page, la ville de Jérusalem à déjà été assiégée par le général romain Titus. En l'an 70, elle fut totalement détruite et le Temple fut incendié. « Il n'en reste rien. Tout a été détruit. ». Et pourtant le retour du Christ, revenant dans la gloire pour établir définitivement le règne de Dieu, n'est pas encore là. Luc avertit ses lecteurs : « Ce n'est pas une raison de croire que le moment de la fin du monde est arrivé. Elle n'est sans doute pas pour tout de suite. L'essentiel est donc de persévérer dans la foi et de demeurer disciple du Christ. Et si la persécution découle nécessairement du témoignage porté au nom du Christ, le chrétien ne doit pas s'en effrayer : le ressuscité reste avec lui.

Ainsi donc, nous n'avons pas besoin d'agitations mais de persévérance. Le Christ doit revenir certes, mais il reste mystérieusement présent à son Eglise, la soutenant dans le témoignage qu'elle a à donner, inspirant même les réponses que chacun devra proclamer face à ses détracteurs. D'une certaine manière, c'est tous les jours qu'il revient, pour établir son règne et rendre courage à chacun. De nos jours, face à l'évolution rapide de la société, à la démocratisation, à l'accès facile à tous les biens de consommation, face aussi aux progrès de l'incroyance, aux changements profonds des m½urs et à la perte de certaines valeurs morales, il n'est pas rare de rencontrer des gens perturbés, inquiets quant à l'avenir de l'humanité ! Où va-t-on ? demandent-ils. Où va-t-on si les grands de ce monde ne sont plus considérés ? Où va-t-on si ceux qui sont chargés de nous gouverner ou de maintenir l'ordre sont sans cesse remis en question ? Où va-t-on si l'aide sociale finit par encourager le chômage, si ceux qui ont de l'argent comptent moins que ceux qui n'en ont pas ? Où va-t-on si dans la société religieuse les dignitaires et la hiérarchie ne sont que serviteurs ? Et Dieu dans ce monde-là ou se retrouvera-t-il ? En haut, en bas, nulle part ? Ces gens perturbés souvent se plaisent à croire aux prophéties de malheurs, comme celles du secret de Fatima, des écrits de Nostradamus ou d'autres. Ils annoncent des révélations de faits terrifiants, des catastrophes prochaines. Ce serait la fin du monde !

Il nous faudra cependant, aujourd'hui encore, envers et contre tout, suivre cet homme : Jésus de Nazareth ! Sans nous laisser égarer par ceux qui se prétendent des envoyés spéciaux. Sans craindre ceux-là qui défendent leur pouvoir, en s'accrochant au passé, en rejetant à priori toute évolution sociale, en méprisant ceux qui ne pensent pas comme eux, en excommuniant ceux qui ne sont pas en règle et surtout en cherchant à faire peur par des annonces de malheur. Cessons donc de trembler et relevons la tête ! Il n'y a aucune raison de croire que la fin du monde est pour bientôt. « Mais c'est par votre persévérance, nous dit Jésus, que vous obtiendrez la vie ».

« Le jour du Seigneur », mais c'est chaque jour. C'est aujourd'hui, c'est demain, c'est chaque jour de notre existence. Le Seigneur est là !Depuis sa résurrection, il est sans cesse avec nous. Il nous soutient de son amour. Son Royaume est déjà là, mais il n'est pas encore achevé. Chaque jour, par notre persévérance et notre confiance en Lui, nous construisons un peu plus ce Royaume, jusqu'au jour inconnu de son achèvement.

34e dimanche ordinaire, année C (Christ Roi)

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Au cours des dernières décennies, le système monarchique a connu des vicissitudes et même, dans certains pays du monde, des reculs considérables. N'est-il pas un peu vieillot, sinon inconvenant, de maintenir la fête du Christ en tant que roi de l'univers ?

Il y a, en effet, une façon tout humaine d'envisager la royauté du Christ qu'il faut s'empresser d'éliminer. Elle consiste à comparer Jésus-Christ aux puissants de ce monde qui possèdent domination, honneurs et richesses. Jésus a toujours refusé pour lui-même cette sorte de royauté. Rappelez-vous, après la multiplication des pains, il s'esquive lorsque la foule enthousiaste cherche à en faire son chef et son roi.

Et cependant, les évangiles l'attestent fermement : Jésus est roi. Voilà qui est surprenant ! car il n'a rien d'un roi. On le disait le Très-Haut, mais il fut le Très-Bas. Une étable pour naître et pas même une pierre où reposer la tête. Sa cour, n'en parlons pas : des petits, des sans grade, des bergers, des pécheurs, des lépreux, et pour compagnons des pêcheurs. Aux jours de sa souffrance, son sceptre est un roseau. Sa couronne est d'épines. Son grand manteau royal est rouge de son sang. Son trône est en fin de compte une croix. Et le peuple qui, voici quelques jours l'acclamait, cette regardait en silence, et les puissants ricanaient, et les soldats se moquaient. Seul un brigand comprend. C'est son dernier compagnon et son premier invité : « Aujourd'hui, avec moi tu seras dans mon Royaume »

.En quoi donc et comment Jésus peut-il être roi ? Le récit de Luc, que nous venons de lire, n'est pas un simple reportage sur les derniers moments de la vie de Jésus. Le langage des divers personnages montre que nous sommes devant un enseignement sur l'importance de la croix. Tout d'abord les adversaires de Jésus ne comprennent rien. Pour eux, la croix est un échec qui vient sceller les échecs de la vie du Nazaréen. « Il en a sauvé d'autres ». Beaucoup ont été témoins des faits et gestes de Jésus. Mais ne croyant pas en lui, ils n'ont vu dans les miracles et les signes opérés par le Christ que l'exercice d'un don de guérisseur.

D'autres ont été déçus. Ils espéraient avant tout un Messie qui serait un chef politique, qui redonnerait à Israël l'éclat du royaume de David, la magnificence du règne de Salomon. Et Jésus ne leur a pas apporté ce genre de salut.

Une dernière chance lui est laissée : « qu'il se sauve lui-même, s'il est le messie de Dieu. » Puisqu'il prétend être l'élu du Dieu, il n'a qu'à se détacher de la croix. Ce sera alors vraiment la preuve de sa messianité. Tout le monde sera d'accord pour faire de lui un chef, le « roi des juifs », et obéir à sa politique. L'occupant romain pourra être chassé et le royaume davidique reconstruit. Si les adversaires de Jésus ne comprennent rien au mystère de la croix, par contre Luc propose aux croyants une autre lecture, celle de la foi, que l'on pourrait dire symbolisée et exprimée par l'attitude d'un des malfaiteurs, celui que l'on a appelé le bon larron.

Si Jésus a sauvé des malades et des infirmes c'est en conformité à la volonté du Père. « Il en a sauvé d'autres », mais en vue de manifester par ces signes la bonté et la miséricorde divines envers tous. « Lui, du moins, Il n'a rien fait de mal » et pourtant il est condamné. S'il ne se dérobe pas c'est pour accomplir jusqu'au bout la volonté de Dieu son Père et sauver ainsi tous les hommes. La croix devient la preuve par excellence de la messianité de Jésus. Par elle le royaume est offert à tous.

Ainsi le Royaume de Dieu est inauguré par le pardon et le premier bénéficiaire en est un malfaiteur. Tel est le point de départ de l'accomplissement total de toute chose, selon l'expression de saint Paul

Un pardon, c'est peut-être pas grand chose, mais c'est un simple pas qui fait avancer la personne humaine, si perverse soit-elle, vers plus d'humanité, un pas qui fait avancer l'humanité vers son accomplissement. Et Luc d'ajouter encore une précision importante. Certains chrétiens de son temps pourraient penser que le salut n'est que pour tout de suite, qu'il est seulement pour plus tard, au moment du retour du Christ, « quand il viendra comme roi », c'est-à-dire à la fin des temps. Mais l'évangéliste insiste : c'est aujourd'hui que ce salut est donné à tous, à commencer par celui qui reconnaît ses torts et accepte d'être pardonné. Nos réconciliations entre nous, aujourd'hui, ne sont-elles pas le plus sûr chemin vers la paix et l'accomplissement du royaume de Jésus ?

34e dimanche ordinaire, année C (Christ Roi)

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne ». De nombreuses légendes ont été écrites sur ce voleur repenti. L'une d'elles fait de lui, une sorte de Robin des Bois qui volait les riches pour redistribuer le fruits de ses larcins aux pauvres de sa région. Mais la plus belle d'entre elles, est sans doute celle-ci. Lors de leur fuite en Egypte, au début de la vie de l'Enfant-Dieu, Joseph, Marie et Jésus, furent attaqués par une bande de voleurs. Le fils du chef fut ébloui par la bonté qui émanait déjà de l'enfant, il refusa de porter la main sur eux et décida de sauver ainsi toute la famille. Prenant l'enfant dans ses bras, il lui dit : « enfant béni, si un jour j'implore ta miséricorde, rappelles-toi de moi et n'oublies pas ce moment-ci ». C'est ce jeune voleur qui rencontra Jésus bébé, nous dit la légende qui est celui qui se repent au calvaire. Et cette fois, c'est le Christ qui le sauve. Il n'avait pas oublié.

Une légende, une douce légende pour nous dire tout simplement ce matin (soir), en ce dernier dimanche de notre année liturgique, qu'il ne faut pas désespérer, qu'il est toujours temps, même en des temps apocalyptiques. Temps pour quoi, me direz-vous ? Un temps pour se convertir. Il n'est jamais trop tard quand il s'agit de Dieu. Au cours des étapes de nos vies, nous avons parfois l'impression que nous avons raté des marches, que nous sommes passés à côté d'occasions qui ne se sont jamais représentées. Etait-ce par crainte, par manque de courage, par aveuglement, par trop de préoccupations ? A chacune et chacun d'y répondre dans le silence de son coeur. Et nous pouvons le regretter, notre vie aurait sans doute été autre. Comme le dit le philosophe, nous ne nous baignons jamais deux fois dans la même eau de la rivière. C'est passé, c'est passé et tant pis. Si ceci semble être vrai pour la vie, il en va, d'après l'évangile de ce jour, autrement pour Dieu. Nous ne sommes jamais devenus trop âgés. Tant que le souffle de vie est en nous, même la dernière seconde, il est toujours temps pour se tourner vers le Christ. Comme si Jésus nous disait, tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir. Et quelle espérance : « aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis ».

Ne perdons jamais espoir, ni pour nous, ni pour celles et ceux qui nous entourent, tout peut arriver, même au dernier instant nous dit Jésus. La conversion, cela ne se commande pas. Nous pouvons toujours nous laisser surprendre pour vivre un jour dans ce Paradis promis. De celui-ci nous savons bien peu de choses, si ce n'est que c'est un mot persan qui signifie, un jardin entouré d'une muraille. Quand un roi perse souhaitait offrir certains honneurs à un de ses sujets, il faisait de lui « un compagnon de jardin », c'est-à-dire que cette personne était élue pour se promener avec le roi dans le jardin. Quel honneur, quel moment de bonheur de pouvoir passer quelques instants avec son roi pour le rencontrer dans cette intimité relationnelle. Et voilà une tradition royale persane, traduite en invitation royale mais divine cette fois. Christ-Roi, que nous célébrons aujourd'hui, nous convie, sur le bois de nos croix respectives, à un jour, prendre place au Paradis. De la sorte, Jésus nous invite à quelque chose de plus grand encore que la vie éternelle. Il nous promet, tout simplement, de venir partager son chemin divin pour le temps de l'éternité. Il fait de nous ses propres « compagnons de jardin », comme si, pour lui, une promenade au Paradis, c'était à jamais de vivre pleinement de cette vie divine à laquelle toutes et tous nous avons été appelés. Comment mériter un tel honneur, sommes-nous en droit de nous demander ? Simplement. Tout simplement. En nous tournant vers Jésus, en faisant ce chemin intérieur de conversion de le reconnaître pleinement comme Fils de Dieu. Alors, en choeur, nous pourrons lui chanter : « Jésus, souviens toi de moi, quand tu viendras inaugurer ton Règne ». Amen.

3e dimanche de Carême, année C

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Ce passage du livre de l'Exode est un des plus mystérieux et un des plus essentiels de toute l'écriture sainte. Moïse garde le troupeau de son beau-père, chez qui il habite. Rien de plus quotidien pour un berger que d'être avec ses brebis. Mais au milieu de cette vie quotidienne, Moïse voit quelque chose d'extraordinaire, un buisson qui brûle sans se consumer. Et bientôt, il se trouve en conversation avec Dieu. Il n'y rien de plus impossible.

Dans le contexte du Carême, l'importance de ce passage est que Dieu y annonce qu'il va libérer son peuple ; c'est une libération qui préfigure la libération qu'effectue Jésus par sa passion, sa mort et sa résurrection. Mais il y a dans ce texte un mystère encore plus profond et essentiel que cela, et c'est le mystère de Dieu lui-même. Cette conversation avec Moïse est le moment où Dieu se présente, où il se révèle, où il dévoile son nom. C'est une procédure tout à fait compréhensible. Ici, Moïse et Dieu se rencontrent pour la première fois, et il est normal que Dieu, qui connaît déjà le nom de Moïse, lui donne le sien. Désormais, Moïse va connaître Dieu, il faut donc qu'il connaisse son nom. La connaissance du nom d'une personne est normalement un élément intégral de la connaissance de la personne elle-même. C'est en employant le nom de quelqu'un qu'on dialogue avec lui, qu'on pense à lui, qu'on parle de lui, et qu'on le connaît de plus en plus.

Mais le grand mystère de cette rencontre est ceci : le nom que Dieu révèle à Moïse n'est pas un nom. Il dit simplement "Je suis celui qui suis". Même cette traduction n'est pas certaine. L'hébreu pourrait signifier également "Je suis ce que je suis", "Je serai ce que je suis", "Je suis celui qui je serai", etc. Si Moïse souhaite savoir qui est ce dieu avec qui il parle, la réponse "Je suis celui qui suis" n'est pas une réponse. Moïse ne connaîtra jamais le vrai nom de Dieu ; il saura seulement que ce dieu est celui qui est. Ce qui veut dire qu'il ne connaîtra jamais Dieu. Dieu, en se révélant à Moïse, révèle effectivement qu'il est inconnaissable, qu'il n'a pas de vrai nom ; il est impossible de lui imposer une étiquette qui corresponde à qui il est. Dieu est en soi mystérieux ; il n'est pas qu'inconnu, mais il est inconnaissable. Quand nous parlons de Dieu, nous parlons de ce nous ne connaissons pas, de ce que nous ne comprenons pas. Il faut quand même en parler de temps en temps. Dans l'Ancien Testament, en parlant de Dieu on remplace toujours ce nom qui n'est pas un nom par le titre 'le Seigneur'. Quand on parle du Seigneur, on emploie un mot compréhensible, et cela peut nous donner l'impression que nous savons de qui ou de quoi nous parlons. Mais ce n'est pas le cas. On impose cette étiquette maniable à Dieu, mais elle se décolle tout le temps, la réalité de Dieu est trop glissante, trop insaisissable, pour qu'elle colle. Il en va de même pour le mot 'Dieu' que nous employons fréquemment ; ce n'est qu'une étiquette qui ne correspond pas à la réalité. On commence à comprendre Dieu seulement quand on sait et accepte qu'il est incompréhensible. C'est pourquoi, pour les juifs, il était toujours interdit de faire une image de Dieu. Toute image de Dieu est trompeuse ; non seulement elle ne correspond pas à la réalité de Dieu, mais elle peut aussi nous faire croire qu'elle y correspond et nous fourvoyer ainsi. Une image de Dieu est toujours une fausse image de Dieu, et elle devient facilement l'image d'un faux dieu. Il en va de même pour toutes nos images verbales. Malgré toutes nos Bibles, tous nos livres de théologie et tous nos dogmes, nous ne comprendrons jamais Dieu, et s'ils nous font croire avoir compris Dieu, ils sont dangereux.

Nous savons simplement qu'au fond de l'existence, au fond du ciel et de la terre, il y a cette réalité mystérieuse et inépuisable qui nous dépasse et nous dépassera toujours, une réalité qui est ce qu'elle est. On peut d'une certaine manière rencontrer cette réalité, même au milieu de la vie quotidienne, comme l'a fait Moïse, et cette rencontre peut changer notre vie, comme elle a changé celle de Moïse. En fait, nous allons à la rencontre de ce mystère chaque fois que nous nous mettons à prier, et chaque fois que nous venons, comme aujourd'hui, à la messe.

3e dimanche de Carême, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Ca, jamais je ne lui pardonnerai me dit-elle avec un brin d'agressivité. Tant pis pour lui, il n'aura qu'à vivre avec cela toute sa vie. Il verra que ce n'est pas le genre de chose que j'accepte. Non je ne l'accepterai jamais, il n'avait qu'à réfléchir avant. Maintenant c'est trop tard et j'espère qu'au fond de lui-même, il s'en mord les doigts, à en saigner. Tout en affirmant cela, elle ne voyait pas que sur son visage se lisait une profonde tristesse, elle ne se rendait pas compte que son regard vers celui qui l'avait blessé, peu à peu l'emprisonnait, l'empêchait d'être elle-même. Quel pouvoir lui donnait-elle et sans s'en rendre compte. Ce dialogue, chacune et chacun nous en avons sans doute vécu de semblables au cours de nos vies. Notre relation s'en est trouvée altérée, abîmée, voire même détruite parce qu'il n'y a jamais eu vraiment place pour une réconciliation. Cette dernière naît de la rencontre d'un pardon donné et d'un pardon reçu en humanité et en Dieu.

Pardonner, c'est entre autre accepter de reconnaître l'autre, celui qui m'a fait mal, dans ce qu'il est, en son altérité. C'est accepter de reconnaître en lui ou en elle une part d'inconnaissance, d'imperfection, une sorte de nocturnité dont lui-même n'a pas pleinement la maîtrise. Pardonner, c'est donc ouvrir en l'être offensant un nouveau chemin sur lequel il ou elle pourra continuer d'avancer, de vivre avec un fardeau moins lourd. C'est lui permettre ainsi d'aller à la rencontre du meilleur de lui-même. Nous découvrons alors que le pardon est une forme particulière d'amour de l'autre. Jamais rien n'est perdu, tout peut toujours recommencer. Cependant, il y a également dans le pardon une dimension plus personnelle et que nous oublions souvent, c'est-à-dire qu'il y a aussi lieu de se libérer soi. Nous avons à prendre conscience que faute de pardon, nous resterons toujours hantés par un souvenir douloureux. Ce dernier ne cessera de resserrer en nous un noeud de haine et de colère. Cette colère que nous éprouvons à la fois contre nous-même puisque, quelque part, nous nous reprochons de n'avoir pas su nous défendre contre notre offenseur mais également contre celui-ci qui, outre la blessure, reste le maître de notre existence par l'emprise qu'il a sur nos souvenirs, si douloureux soient-ils. Le pardon devient pour nous, dans cette dimension personnelle, l'expression d'une farouche volonté de reprendre sa liberté. Par cette démarche, nous allons délier au fond de nous-même cette tension qui nous empoisonne la vie et nous rend prisonnier de l'événement. Ainsi, arriverons-nous à retrouver une certaine estime de nous, où la blessure n'aura plus le dernier mot, notre propre volonté ayant pris le dessus. Dès lors, nous pouvons affirmer que seule une démarche de pardon peut éliminer la haine entre nous, pour nous permettre de sortir de ce fameux cercle vicieux du « oeil pour oeil - dent pour dent ». Nous évitons ainsi une escalade dans la violence qui conduit inévitablement à l'exclusion de l'autre. Le pardon ouvre alors au plus intime de nous-même une nouvelle voie faite d'amitié, de tendresse où chacune et chacun en se "déliant" mutuellement retrouve sa liberté et redonne une certaine dignité à la relation blessée.

Il est pour nous ce passage qui va permettre d'abandonner notre passé-souffrance pour prendre possession d'un futur possible, notre futur, celui qui va libérer toutes nos forces de vie, d'amour et de création, pour remarcher sur le chemin de nos existences. Alors et alors seulement, nous vivons entre nous ce que nous appelons la réconciliation, à l'image de celle proposée dans la parabole du fils prodigue. Cette dynamique de réconciliation peut sembler bien simple lorsqu'elle est enfermée dans un drapé de mots mais ô combien difficile dans la réalité de la vie. C'est pour cela que je crois que la réconciliation trouve avant tout sa source dans notre relation à notre Dieu, Père de tendresse et de miséricorde. En lui, nous pouvons la force pour dépasser ce qui semble impossible à l'être humain et par lui, nous percevons une capacité de pardon qui va au-delà de toutes nos espérances puisque le pardon divin nous est donné lorsque nous le demandons. Tout un chemin d'humilité. Au coeur de nos vies, sommes-nous capables de vraiment pardonner ? Suivons-nous l'attitude du père ou du frère de la parabole ? A chacune et chacun d'y répondre, en conscience.

Amen.

3e dimanche de Pâques, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

« Je me casse que Jésus soit ressuscité, pour moi c'est le message qui est le plus important. Ma foi en la morale est plus forte que ma foi en Dieu », disait l'un d'entre nous en préparant cette eucharistie dominicale. Nous pourrions nous étonner de tels propos, cependant je crois qu'ils seront partagés par de nombreuses personnes de notre assemblée. C'est vrai, il est plus facile de croire en des valeurs de vie, qui nous aident à nous construire, que de croire en ce mystère, cette énigme, voire même cette question qu'est Dieu.

Celui-ci se révèle à nous de manière intéressante dans l'évangile de ce jour. Nous retrouvons un Christ que ses propres disciples ne reconnaissent pas. Et malgré cela, ils continuent de lui obéir et constatent que cette obéissance leur sera bénéfique. Ce soir, nous n'avons pas souhaité nous arrêter sur la pêche miraculeuse des 153 poissons représentant l'humanité entière mais plutôt sur le dialogue entre Jésus et Pierre. Quelqu'un me disait un jour que les « je t'aime » prononcés et offerts sont plus souvent des questions appelant une réponse similaire plutôt qu'une affirmation. C'est possible, je reste cependant convaincu que les « je t'aime » véritables sont ceux qui ne demandent aucune réponse, si ce n'est l'espace entre deux êtres pour que de tels mots puissent se chanter. S'il est vrai qu'ils sont trop souvent encore dans notre société difficile à dire, combien plus serons-nous mal à l'aise si nous avions à poser la question, « et toi, m'aimes-tu ? ». Nous ne la posons pas, pour ne pas embarrasser l'autre et peut-être aussi pour ne pas être déçu de sa réponse. En amour, en amitié, on ne ment pas... au risque de tout perdre sinon.

Le dialogue entre Jésus et Pierre est d'autant plus intéressant qu'il se situe à deux plans différents que le texte français occulte par sa pauvreté de langage. Nous sommes alors retourné au texte grec. Rappelez-vous, comme je l'ai déjà souvent dit, dans cette dernière langue, il y a plusieurs mots pour aimer. Le texte de ce soir nous en offre deux. D'abord, l'amour d'agapé, c'est-à-dire l'amour de raison, celui qui exige un acte de la volonté pour respecter chaque être qui nous entoure, lui donner l'espace nécessaire pour qu'il ou elle puisse se réaliser, s'accomplir sur le chemin de sa destinée. Vient ensuite, l'amour de philia, l'amour d'amitié, celui qui vient du coeur, que l'on ne peut justifier. Celui qui nous lie à l'autre par les sentiments. Amour de raison, amour d'amitié, deux types de relation. Nous savons au plus profond de nous-mêmes que nous ne pouvons nous contenter de nos solitudes, nous sommes avant tout des êtres de relation. Par trois fois, Jésus demande à Pierre s'il l'aime. Lors des deux premières questions, Jésus, dans le texte grec, pose la question en termes d'amour de raison que l'on pourrait traduire par « me respectes-tu, me permets de vivre ma vie comme moi je le désire » et Pierre réponds chaque fois « oui, je t'aime » mais son amour est un amour d'amitié. Ce n'est qu'à la troisième question que le Christ pose sa question d'aimer en terme d'amour d'amitié. Entre eux, il y a d'abord, le respect d'une autonomie nécessaire pour que la relation puisse s'établir. Ayant la conviction que cet espace existe entre eux, Jésus peut alors demander à Pierre si au-delà du respect, il y a des sentiments.

La relation entre le Christ et Pierre peut aujourd'hui encore dire quelque chose de notre propre relation à Dieu. Nous sommes conviés à ne pas nous enfermer dans une relation de raison, une relation intellectuelle, philosophique. La foi comporte aussi sa part de sentiments. Elle est un sentiment instinctif que nous essayons de comprendre tout au long de notre vie. Elle nous donne un cadre de valeurs. Et ce cadre, loin de nous emprisonner, nous donne des balises pour arriver à mieux vivre notre humanité telle que Dieu l'a vécue en se faisant homme. Pour nous le Christ devient un chemin à suivre pour vivre un jour le partage de sa divinité. Que préférons-nous, un amour de raison, un amour des valeurs ou un amour d'amitié, un amour de relation entre Dieu et nous ? Agapè ou philia ? A nous dans le plus secret de son être d'en décider.

Amen.

3e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

"Tous avaient les yeux fixés sur lui"

Dans la synagogue de Nazareth, en ce jour de sabbat, il s'était mis debout pour faire la lecture. Et, bien sûr, tous les regards des assistants étaient tournés vers lui. Pensez donc, ce fils du charpentier avait quitté le village depuis quelque temps. Maintenant on parlait de lui dans toute la région. Partout on faisait son éloge. En revenant chez lui, qu'allait-il donc leur dire ?

Dans le livre d'Isaïe, Jésus choisit le passage qui décrit la vocation d'un prophète investi par l'Esprit de Dieu. Ce prophète est envoyé pour proclamer une bonne nouvelle de libération en faveur des pauvres, des prisonniers, des aveugles et des opprimés. Ce choix de Jésus était déjà étonnant ! Car le maître de la synagogue les avait habitués à écouter, à chaque assemblée, les multiples préceptes de la thora, ...au point même de leur donner des complexes. En effet, à tous les tournants, il les traitait d'ignorants, d'incapables d'accomplir la loi. Il les accusait d'être des pécheurs. Et Jésus lui, se mit à lire : " Le Seigneur m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle " Tous avaient les yeux fixés sur lui. Ainsi donc, c'était possible : une parole de Dieu qui soit Bonne Nouvelle !

Raison de plus de garder les yeux fixés sur lui quand il ferma le livre et se mit à parler. "Cette parole, dit-il, que vous venez d'entendre, c'est aujourd'hui qu'elle s'accomplit". Il ne s'agissait pas d'une parole du passé, du bon vieux temps quand Dieu parlait encore par les prophètes pour corriger les rois ou reprocher les infidélités de la nation. Il n'était pas question non plus de s'évader, en rêve, dans un avenir lointain, attendu patiemment, où le messie viendrait chasser l'occupant, rétablir la justice et assurer la suprématie d'Israël sur les autres peuples. Ainsi, c'était possible une parole de Dieu qui soit pour aujourd'hui. !

Ces gens de Nazareth ont eu raison de garder les yeux fixés sur lui. Car voici qu'il précisait : "Bonne Nouvelle aux pauvres, aux prisonniers la liberté, aux aveugles la vue et la libération pour tous les opprimés. Pour tous une année de bienfaits de la part du Seigneur". Dès lors, ils ne pouvaient plus rester là à regarder. S'ils le voulaient, ils pouvaient eux-mêmes devenir partie prenante du bouleversement que Jésus déclenchait. Il invitait au bonheur et il apportait une parole de Dieu qui soit pour les petits, pour les pécheurs, une parole de Dieu qui soit enfin libératrice ! Il annonçait cette année de bienfaits accordée par Dieu. Une année jubilaire, non pas comme celle que nous allons vivre en l'an 2000, faite principalement de réflexions et de prières, mais une année jubilaire qui arrive tous les cinquante ans, où les champs demeurent en repos, où les esclaves recouvrent leur liberté, où les terres aliénées reviennent à leurs anciens maîtres, où les dettes sont remises. La vie peut donc recommencer à neuf. En effet, quand Dieu parle, quand Il vient lui-même à la rencontre des siens, son message est toujours porteur d'un amour pour les plus faibles, porteur d'une libération pour ceux qui souffrent et d'une grande joie pour tous ! C'était déjà le cas, 400 ans auparavant, lors du retour d'exil, quand les rescapés sont rentrés au pays, que les murs du temple ont été relevés et que toute la ville de Jérusalem a célébré à nouveau la fête des tentes. Le prêtre Esdras fit la lecture publique de la Loi. Si certains pleuraient en regrettant de n'avoir pas observé les commandements, Esdras les rassurait en leur disant : "Ne vous affligez pas. Festoyez et partagez avec ceux qui n'ont rien de prêt. La joie du Seigneur est votre rempart". Dans le récit de Luc, Jésus a conscience d'être cet Envoyé de Dieu qui révèle à ses contemporains la puissance de l'amour divin et actualise la volonté de salut du Dieu vivant ! Toute sa prédication, tous ses comportements, tous ses gestes ne seront que la réalisation et la mise en oeuvre de cette Bonne Nouvelle de salut pour tous. La suite du récit de Luc nous dira que les Nazaréens, interpellés par la prédication de Jésus, ne l'ont cependant pas suivi. Pouvons-nous juger sévèrement ces gens de Nazareth ? Non, car si les siècles ont passé depuis la rédaction des textes de Néhémie et de Luc, la situation précaire de l'ensemble de l'humanité n'a guère évolué. Les injustices, le mal moral et social sont toujours bien présents comme si le message biblique n'avait rien changé et restait un voeu pieux, une vue de l'esprit, réservé au domaine de l'utopie. Et "Aujourd'hui, cette parole s'accomplit-elle ?" La question est posée. Nous qui prétendons tous être disciples de Jésus aurons-nous à coeur de traduire dans nos actes cette Bonne Nouvelle de salut que leur Maître nous a chargés d'annoncer ? Comprenons-nous que, maintenant encore, nos yeux peuvent fixer le visage de Jésus ? Car lorsque nos coeurs battent en harmonie avec son message et surtout quand nos actes s'y conforment, nous accomplissons aujourd'hui cette parole de tendresse que Dieu lui-même adresse à notre monde.

4e dimanche de Carême, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Confiance en toi, confiance en moi. Retrouver la confiance au creux même de cette déchirure, alors que mon coeur baigne au risque de se noyer dans une mer de larmes qui de temps à autre viennent se mourir dans un pli de mon visage. La blessure est béante. Elle saigne et arrive si difficilement à se refermer, comme si une part de moi-même s'était affaisée, écroulée. Et voilà, que toi, trahison, tu deviens compagne de ma vie. Je ne puis t'ignorer, t'oublier. Tu es en moi, tu es là, prête à surgir au moment où je m'y attend le moins. Trahison, ennemie qui dès à présent me façonne et m'offre un autre regard, une image blessée sur mon existence. J'ai mal à mon âme et je me sens si seul, au plus profond de ma solitude. Qui peut m'aider ? L'amitié qui vient d'être trahie ? La confiance à retrouver ? Qui ? Un Père aimant qui part à la rencontre de son fils ? Un Père qui remontre le chemin de la tendresse, celle qui sommeille dans un recoin de ce que je deviens. Un Père, un Dieu, mon Dieu, qui ce soir encore me fait retrouver le sens profond du pardon, celui qui conduit à la réconciliation.

Pardonner, c'est entre autre accepter de te reconnaître, toi qui m'a fait si mal, dans ce que tu es, en ton altérité. C'est accepter de reconnaître en toi une part d'inconnaissance, d'imperfection, une sorte de nocturnité dont toi-même n'a pas pleinement la maîtrise. Pardonner, c'est ainsi ouvrir en toi qui m'a blessé un nouveau chemin sur lequel tu pourras continuer d'avancer, de vivre avec un fardeau moins lourd. C'est te permettre, je l'espère et te le souhaite du plus profond de mon coeur, d'aller à la rencontre du meilleur de toi-même. Le pardon est alors une forme particulière d'amour. C'est pouvoir continuer à dire tendrement « je t'aime », malgré la peine reçue de toi, être aimé. Jamais rien n'est perdu, tout peut toujours recommencer. Mais, il y a également dans le pardon une dimension plus personnelle et que nous oublions souvent, c'est-à-dire que j'ai aussi à me libérer de moi-même. En effet, j'ai à prendre conscience que faute de pardon, je resterai toujours hanté par un souvenir douloureux. Et ce dernier ne cessera de resserrer en moi un noeud de tristesse et peut-être de colère. Cette colère que j'éprouve à la fois contre moi-même puisque : quelque part, je me reproche d'avoir trop vite fait confiance mais également contre toi qui, outre la blessure, reste le maître de mon existence par l'emprise que tu as maintenant sur ma destinée, sur mes souvenirs, si douloureux soient-ils. Le pardon devient pour moi, dans cette dimension, l'expression, mon expression d'un farouche désir de reprendre ma liberté. Par cette démarche, j'espère pouvoir délier au fond de moi-même cette tension qui m'empoisonne la vie et me rend prisonnier de l'événement. Ainsi, arriverais-je à retrouver une certaine estime de moi, où la blessure n'aura plus le dernier mot, ma propre volonté ayant pris le dessus.

Si cette dynamique m'est donnée à vivre, alors, je peux affirmer que seule une démarche de pardon pourra éliminer cette tristesse installée entre nous. Nous éviterons ainsi une escalade dans la violence négative des sentiments qui me conduiront immanquablement à t'exclure de ma vie. Le pardon ouvre au plus intime de nous-même une nouvelle voie faite d'amitié, de tendresse où toi et moi en nous "déliant" mutuellement, nous retrouvons notre liberté et redonnons par là une certaine dignité à la relation blessée. Il sera pour nous ce passage qui va permettre d'abandonner notre passé-souffrance pour prendre possession d'un futur possible, notre futur, celui qui va libérer toutes nos forces de vie, d'amour et de tendresse, pour marcher à nouveau sur le chemin de nos existences. Alors et alors seulement, nous vivrons entre nous ce que nous appelons la réconciliation. Cette dernière, à l'image de la parabole du fils prodigue trouve, avant tout sa source, dans notre relation à Dieu, notre Dieu, Père de tendresse et de miséricorde. En lui, en prenant le temps, nous puiserons la force pour dépasser ce qui nous semble impossible humainement. L'évangile est une invitation à choisir entre l'attitude du père et du frère, ce soir, quant à moi je ne puis hésiter. Que Dieu nous donne la force de traverser ce chemin de réconciliation. A toi l'ami qui m'a blessé, je te pardonne. A toi l'ami, pardonné, je t'aime. Amen.

4e dimanche de l'Avent, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Noël, c'est une naissance ! Pour nous y préparer, la liturgie nous présente aujourd'hui la rencontre de deux femmes qui sont enceintes, sans doute d'une manière exceptionnelle. Mais de quoi peuvent parler deux femmes qui ainsi attendent famille, si ce n'est de l'évènement qui les concerne : l'enfant que chacune porte en elle, les sensations qu'elles éprouvent et surtout le prochain moment où elles le mettront au monde ! Chacune, avec sans doute une certaine crainte, s'éveille à ce qui va venir, au futur accouchement. C'est déjà un grand bonheur d'en parler !

C'est dans ce style affectueux et familier que nous pouvons découvrir en premier lieu l'épisode de la Visitation que Luc nous présente dans son évangile de l'enfance. Il faudrait nous garder d'en donner une interprétation moralisante, comme on le fait habituellement pour inviter les chrétiens à rencontrer leurs frères et soeurs et à être serviables, selon le bon exemple de Marie. Ce récit est porteur d'une réalité bien plus profonde. Il est porteur d'une théologie.

En effet, dans l'antiquité, à personnage célèbre on a coutume de fabriquer une origine et une naissance exceptionnelle. L'auteur sacré a suivi cette coutume. Il n'a pas d'abord cherché à nous rapporter l'historicité des faits. Il s'est efforcé plutôt de traduire pour nous sa foi en Jésus, Messie promis et attendu depuis des siècles et Fils de Dieu dès le premier instant de sa conception ! Tout l'Evangile de l'enfance, qui fut plus tard placé en tête de l'évangile de Luc, est donc une "profession de foi" des premières communautés chrétiennes en la filiation divine de Jésus.

Vous vous rappelez comme moi les Litanies de la Sainte Vierge, récitées souvent à la suite du chapelet. C'est une série impressionnante de vocables par lesquels nous nous adressons à Marie, en lui demandant de prier pour nous. Parmi ces invocations, il y a celle-ci : "Arche d'Alliance". Je me suis souvent demandé que pouvait bien signifier ce titre, appliqué à la Sainte Vierge. En regardant de plus près, j'ai constaté que le récit de la visitation était tissé d'allusions au transfert de l'Arche à Jérusalem par le roi David. L'Arche était ce coffret de bois précieux, muni de barres dorées pour le transporter, et qui contenait les tables de la Loi. Dieu lui-même avait donné ses commandements à Moïse qui les avait gravés sur des tables de pierre. Par le don de ces préceptes, Dieu faisait alliance avec son peuple. Celui-ci s'était solennellement engagé à les observer. L'Arche contenait donc le témoignage de l'Alliance sacrée entre Dieu et Israël. Sur le couvercle de ce coffre, il y avait deux chérubins, sorte d'anges avec des ailes, entre lesquels reposait l'Esprit de Dieu, sa présence en cet espace.

Pendant longtemps, l'Arche séjourna à Silo sous une tente, comme c'était le cas dans le désert après la rencontre avec Dieu au Sinaï. David résolut de la ramener à Jérusalem pour la placer sur la colline de Sion. Au second livre de Samuel, on nous raconte que "David se leva et partit pour Baala en Juda pour en faire monter l'Arche de Dieu". Dans la visitation, nous avons vu que "Marie se leva et partit dans la montagne vers une ville de Juda". En peu plus loin, l'Arche monte en procession vers Jérusalem et on s'arrête à Edom dans la maison d'Aved. Celui-ci s'écrie : "Comment l'arche du Seigneur entre chez moi ?". Dans la visitation, c'est Elisabeth qui s'étonne :"Comment ai-je cet honneur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ?" Ajoutons encore un autre rapprochement : la joie du peuple hébreu et celle de David dansant devant l'arche mise en parallèle avec celle d'Elisabeth et de Jean-Baptiste à l'approche de Marie. Notons également que l'Arche, montant à Jérusalem, s'arrête dans la maison d'Aved à Edom et y reste trois mois, comme Marie entre dans la maison de Zacharie et y reste trois mois. Il y a manifestement un rapprochement littéraire entre les deux récits. L'auteur de la visitation a sans doute voulu marquer la continuité qui existe entre l'ancienne alliance et celle que le Messie Jésus va inaugurer. Ainsi la montée vers Jérusalem de l'Arche qui contenait les paroles de la Loi, trouve la plénitude de sa signification lorsque Marie, nouvelle Arche, portant en elle le Verbe fait chair, va vers la Judée dans la maison du prêtre Zacharie, celui qui officia dans le Temple. L'aboutissement s'accomplira parfaitement lorsque Jésus montera vers Jérusalem pour y être "élevé", sa mère se trouvant alors au pied de la croix.. Nous pouvons encore aller plus loin dans ce parrallèle entre l'ancienne et la nouvelle Alliance. Marie qui porte le Christ est aussi figure de l'Eglise, porteuse de la Bonne Nouvelle de Dieu ! Or, comment Marie est-elle Arche d'Alliance ? Comment est-elle porteuse du Seigneur de l'univers ? Elisabeth nous en donne la réponse :"Heureuse celle qui a cru en l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur !". De la même manière, c'est la foi en l'accomplissement des promesses qui fait de l'Eglise le peuple porteur de la Parole d'Alliance nouvelle. Nous qui sommes l'Eglise aujourd'hui, ne sommes-nous pas par notre foi porteurs du message d'amour et d'alliance de notre Dieu pour notre monde ? Elisabeth, Marie : l'ancienne alliance rencontre la nouvelle. Jean-Baptiste et Jésus : l'ancienne alliance rend louange à la nouvelle. Comment ai-je ce bonheur s'écrie Elisabeth ? Ce bonheur peut toujours être le nôtre en ce dimanche de l'avent où nous nous éveillons à ce qui vient, à la venue prochaine d'un enfant, le Fils de Dieu !