14e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Evangile idéal en cette période du Mondial, même si la Belgique n'en n'est plus. Celles et ceux qui me connaissent savent bien que je ne suis pas un adepte du football loin s'en faut et pourtant ce soir (matin), sans faire de la récupération médiatique, je crois qu'il y a, d'une certaine manière, un lien entre ce sport et ce que nous célébrons. Ils sont d'abord douze disciples et maintenant septante deux à partir deux par deux. Partir. Voilà qu'un mouvement s'installe au coeur de notre évangile, au coeur de notre foi. Il faut bouger, annoncer, partager ce qui nous fait vivre.

L'Eglise que nous formons ne peut s'enfermer sur elle-même. Nous sommes parfois en tension entre un désir de vivre en cocon avec celles et ceux qui partagent nos convictions et une ouverture à celles et ceux qui n'en sont pas encore là. Il peut arriver que cet entre nous, ce bien-être ensemble prenne le dessus. L'élan de l'annonce de notre foi en est fortement diminué. Nous avons à vivre cela comme une faiblesse, une blessure que nous nous faisons à nous-mêmes. En effet, si nous nous enfermons dans une spirale d'absence d'annonce, nous ne penserons plus qu'à tous ceux et celles qui ont abandonné la foi et nous nous mettrons à gémir. Cette attitude est hélas trop facile et peut être même un peu lâche. Comme Jésus nous le rappelle ce soir (matin), nous devons nous lever et nous engager dans cette dynamique de la transmission de la foi en ce Dieu, Père de tendresse et de miséricorde. C'est la dynamique qui fait vivre, qui fait naître de nouvelles choses. La vie va à la vie, comme le dit si bien André Sève ; la vie n'appartient pas aux pleureuses, à ceux qui se confortent dans leurs lamentations. Ca nous donne bonne conscience et surtout, cela ne nous oblige pas à nous remettre en question. Mais voilà, vivre de la sorte, c'est passer à côté de l'évangile du Christ.

La mission des septante deux disciples est là, pour nous rappeler que contrairement à ce que l'on demande aux spectateurs d'un Mondial ou d 'un autre match de foot, nous, nous n'avons pas à nous installer dans les gradins, à y rester le plus calme possible pour ne pas troubler le bon ordre de la représentation. La mission à laquelle nous sommes conviés est tout le contraire. Quittons les gradins du stade et descendons sur la pelouse. C'est à nous, et seulement à nous, chacune et chacun selon ses dons, de jouer. Osons regarder en face notre dynamisme dans l'exercice de la contamination de la foi. Celle-ci est bonne et fait vivre, elle donne un sens à nos existences. La discrétion ne peut dès lors être de rigueur. Cela ne signifie évidemment pas entrer dans une démarche triomphaliste, mais simplement d'oser vivre une rencontre de partage sur l'essentiel de ce qui nous anime. Et, je crois pouvoir dire, qu'ici à Rixensart, nous sommes au sein de nos communautés paroissiales des privilégiés. Cependant n'oublions jamais que même si nos lieux de célébrations sont bien fréquentés durant l'année, ils sont et restent, malgré tout, des îlots dans un océan où Jésus est aujourd'hui encore fort absent.

Notre prière nourrie par la méditation de cet évangile ne doit pas nous conduire à simplement prier pour les vocations, comme s'il ne s'agissait que d'augmenter le nombre de celles et ceux qui assureront certaines tâches spécifiques au sein de nos communautés. Même si cette prière à toute sa valeur, elle risque d'être tranquillisante et démobilisatrice. Elle nous donne, elle aussi, bonne conscience. A toi, Esprit de Dieu de faire le reste. Prier le Père pour susciter des ouvrier n'a de sens, me semble-t-il, que si cette prière fait vibrer la communauté toute entière. C'est-à-dire lorsque celle-ci se sent pleinement responsable de son destin. Une communauté qui fuit ses responsabilités, fait mourir les vocations, par contre une communauté qui s'engage plus en avant les fait naître. Aujourd'hui encore, la moisson reste abondante, alors Père nous te prions : envoie des ouvriers, non pas pour nous permettre d'entrer dans une phase d'oisiveté, mais pour engendrer de nouvelles manières de nous engager au service de la foi. Amen.

15e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

"Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ?" C'est dans un climat lourd de méfiance et de ruse que fuse cette question du légiste. Car, il ne vient pas pour s'informer mais pour mettre Jésus dans l'embarras.

Déjouant le piège, celui-ci répond par une autre question : "Dans la loi, qu'y a-t-il d'écrit ? Que lis-tu ?". En guise de réponse le docteur de la loi met bout à bout deux textes, séparés dans la Bible, concernant l'un l'amour de Dieu et l'autre celui du prochain.

Le légiste ayant bien répondu, Jésus lui dit : " Fais ainsi et tu vivra." Le verbe aimer et le verbe vivre sont conjugés au futur. Car, pour Jésus, aimer et vivre deviennent synonymes jusque dans l'éternité !

Voulant cependant soigner son image de marque et montrer qu'il est un homme juste, le légiste pose une nouvelle question piège : "Et qui est mon prochain ?". Autrement dit peut-on appeler prochain un étranger au peuple juif ? Mais Jésus ne se laisse pas piéger par cette nouvelle question ; il l'ouvre simplement sur une histoire. Dans cette parabole, il est question de brigands, d'un prêtre, d'un lévite, d'un samaritain, d'un aubergiste. Le seul a ne pas avoir d'appartenance sociale, religieuse ou géographique, c'est l'homme laissé pour mort par les brigands. Mais il sera le seul à rester en scène tout au long de l'histoire. Cet homme descend de Jérusalem vers Jéricho. Entre ces deux villes, le dénivelé est de plus de mille mètres. Sur cette descente l'homme subit violence, dépouillement, aliénation et est laissé pour mort.

Tout se passe comme par hasard. Face au blessé qui encombre le chemin, le prêtre et le lévite vont avoir la même attitude mortelle : "passer à bonne distance". Ces deux familiers du Temple passent outre. Ces deux officiels de la religion tournent le dos à Dieu. Ils n'ont même pas l'excuse de se hâter pour le service divin immédiat ! Pour eux, les commandements, voilà ce qui compte d'abord et avant tout.. La loi c'est la loi. Elle leur interdisait de toucher un mourant sous peine d'impureté. Ainsi donc le prêtre et le lévite virent l'homme allongé sur le bord de la route, mais, avec le conscience de faire leur devoir, détournant le regard, ils changèrent de côté.

Ce sera un samaritain, un métèque détesté, un hérétique, qui va retrouver l'inspiration profonde de la loi et des prophètes. Mieux encore, la prodigalité du samaritain révèle l'excès d'ouverture de ce royaume que Jésus annonce : ouverture qui efface les différences et les antiques méfiances, qui méprise les interdits et les barrières, pour risquer l'amour !

Le samaritain, en voyage, est le seul qui, comme Dieu, a des yeux et des entrailles. Ce qu'il voit, provoque en lui un choc émotionnel, qui le fait agir très concrètement. Plein de compassion, il se fait proche du blessé et trouve les gestes de tendresse qui viennent toucher l'homme au plus profond de la douleur et de la solitude où les brigands l'ont plongé. Son action charitable est d'une efficacité remarquable.

Nous sommes ensuite saisis d'étonnement et d'admiration, devant l'effacement total du samartitain qui n'utilise pas son action généreuse pour accaparer l'autre ou en faire son obligé. Il n'attend même pas de merci. Il sort de la parabole, en gardant le souci du blessé, mais sans lui imposer sa présence, puisqu'il le confie à l'aubergiste. Cette extrême discrétion laisse l'autre libre, car l'amour véritable libère, fait grandir. L'amour vrai accomplit celui qui aime, en même temps qu'il respecte l'autonomie de l'être aimé.

Prodigieux renversement dans la question posé par Jésus au légiste : "lequel des trois est devenu le prochain de l'homme blessé ?". Le prochain n'est plus l'objet mais le sujet de l'amour. L'acte de bonté ne renvoie pas à une émotion passagère, mais à une compassion agissante, qui pousse l'homme "à ne pas se dérober devant celui qui est sa propre chair" selon l'expression même du prophète Isaïe. Si autrefois un homme gisait là, blessé, à moitié mort, sur le bord de la route, aujourd'hui, il n'est plus seul. Dans notre monde actuel, tant d'hommes et de femmes sont aussi sur le bord du chemin, blessés et rejetés par notre société : victimes innocentes de la loi du plus fort, de la guerre, de l'argent ; immigrés qu'on rejette d'une frontière à l'autre, d'un taudis à un autre ; familles déchirées, jeunes mères en détresse, personnes âgées reléguées dans l'oubli. Mais il y a aussi ces petits, ces faibles et ces pécheurs, qu'une parole dite d'autorité par l'Eglise ou qu'un simple regard venu d'un bien-pensant, repoussent et excluent. Tant de laissés pour compte sur le bord de nos routes !

"Va, et toi aussi, fais de même". dit Jésus. Il ne s'agit pas d'un amour universel qui nous ferait aimer tout homme. Cela relèverait de l'utopie et du rêve. Ce récit, au contraire, nous appelle aujourd'hui à aimer très concrètement, à nous faire proches de ceux que les imprévus de l'existence mettent sur notre chemin.

"Va et fais de même". Nous sommes donc invités à imiter le samaritain, pour qui tout homme, toute femme, tout enfant qui souffre, a droit à notre compassion humaine. La préoccupation de l'homme passe avant toute catégorie de pureté, de péché, avant toute appartenance à un milieu social, religeux ou culturel, sans considération aucune de mérites ou de préséance.

"Va et fais de mëme". nous dit Jésus. Comme le Samaritain qui continue son voyage, n'exige rien de celui que tu as aidé ou remis debout, aucune reconnaissance, aucun merci. Trop souvent dans la charité dite chrétienne, nous demandons que ceux que nous asistons nous soient reconnaissants, nous exigeons souvent qu'ils utilisent, selon nos critères ou nos souhaits, les avantages que notre aide leur a procurés. Selon l'esprit de l'évangile, notre dévouement et notre amour pour celui dont nous nous sommes volontairement approché, devra toujours le laisser libre et autonome. Ainsi donc comme le samaritain, acceptons de le confier à l'aubergiste, de passer le relais à d'autres, sans maintenir aucun lien de dépendance ou exiger quelque reconnaissance. La charité n'est pas seulement une affaire personnelle, individuelle, elle s'insère dans une collectivité et plus spécialement dans une communauté chrétienne.

C'est dans ce sens que Jésus dit encore à chacune et chacun d'entre nous : "Va, et toi aussi, fais de même."

17e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

REGARDS SUR JESUS.

La prière de Jésus.

C'est sa prière personnelle que Jésus enseigne à ses amis. Pour que les chrétiens prient comme Jésus, regardons ensemble sa prière.

« Un jour, quelque part, Jésus était en prière. » C'est ainsi que Luc aime souligner la fréquence de la prière de Jésus, l'importance pour lui de prier aux moments importants de son existence. C'est comme s'il s'agissait d'une habitude, d'un comportement naturel.

Il a vécu à tous les moments de sa vie le mouvement de confiance et d'abandon en celui qu'il appelait « père ». L'intimité immédiate avec Dieu le conduisit au désir violent de le faire connaître et aimer par ses frères les hommes. D'inviter ceux-ci à demander l'essentiel : le pain, le pardon et la liberté.

Il a pu s'en remettre à Dieu, mais sans se démettre de ses responsabilités de travailler au changement du monde, en nourrissant les foules, en pardonnant et donnant ainsi une nouvelle chance, en libérant les prisonniers d'eux-mêmes ou des préjugés.

Il nous fait entrer dans l'élan de sa prière car il le Fils qui s'adresse à Dieu mais bien sûr avec des mots humains. Jésus est un « maître à prier ». Les disciples en sont persuadés qui viennent lui demander de le leur apprendre, comme Jean-Baptiste l'avait fait pour les siens.

REGARDS SUR NOTRE VIE.

Prier, est-ce bien nécessaire ? N'est-ce pas perdre son temps ? D'abord, je prie et je ne suis pas nécessairement toujours exaucé. Et puis il y a peut-être mieux à faire. Ouvrir tout grand les bras aux enfants, aux petits.

Accueillir l'étranger et faire place au malade. Lutter pour la justice et aider son voisin. S'engager au service de ceux que l'on rejette. Je ne suis pas prêt à dire comme les apôtres : « Apprends-nous à prier ».

En regardant Jésus, je comprends que prier et demander ce n'est pas attirer mon Dieu, attendre des miracles et des consolations. C'est d'abord admettre ma fragilité et autant que celle des autres, notre fragilité commune. C'est surtout apprendre à regarder les hommes comme Dieu les regarde, chercher un nouveau souffle pour poursuivre le combat au service de tous ceux qu'il aime avec passion. Rien de ce qui nous intéresse n'est étranger à Dieu et rien de ce qui intéresse Dieu ne devrait nous être étranger. Prier à la suite de Jésus, ce sera donc prendre le temps de vérifier si ce qui a de l'importance pour Dieu en a aussi pour nous. Quand nous disons : « Que ton nom soit connu de tous, que ton règne vienne » nos projets, nos entreprises sont-ils proches du sien ?

Prier à la suite de Jésus, ce sera donc demander ce qui est important pour nous : le pain, le pardon, la liberté. C'est souhaiter adopter toujours plus un comportement familial avec tous. C'est en famille qu'on partage la nourriture quotidienne et le pain, c'est en famille qu'il faut savoir pardonner pour maintenir l'amour et l'entente, c'est en famille qu'il faut apprendre l'autonomie de chacun dans le respect de sa liberté et de son épanouissement. Or nous sommes de la famille de Dieu ! Enfants d'un même Père, nous avons besoin de partager, de nous réconcilier, de vivre en liberté tout en respectant celle des autres.

Prier à la suite de Jésus, c'est m'adresser à Dieu avec mes soucis quotidiens, en n'ayant pas peur d'être parfois casse-pieds. Il n'y a pas à craindre d'être importun. C'est à force de demander que grandit le désir et que s'affirme la confiance en quelqu'un. Il n'y a pas à craindre d'être sans-gêne ou trop familier, car - nous dit Jésus- le c½ur de Dieu est plus humain que tous les c½urs des pères de ce monde. « Frappez, cherchez, demandez » Est-ce à dire que Dieu va changer le cours du monde ? La prière n'a pas pour but de convertir Dieu à notre manière de voir : c'est nous qu'elle convertit, c'est notre c½ur qu'elle change.

Dans un de ses romans, Agatha Christie donne une excellente définition de la bigote : « Madame passait chaque jour une heure à l'église pour expliquer à Dieu comment les choses devaient être faites pour être bien faites. » Si nous prions ainsi, nous ne pouvons être exaucés. Mais si nous nous engageons dans un échange c½ur à c½ur avec Dieu, il nous fera entrer petit à petit dans sa manière de voir, sans son Esprit. « Combien plus le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent » Nous serons donc prêts à voir les choses autrement, à lutter nous même pour changer les situations de mal.

18e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Il était fier, cet homme de la parabole, légitimement fier ! Il avait travaillé, sa terre avait produit. Il entasserait son blé, il aurait des réserves pour de nombreuses années. Il pourrait se reposer, jouir de l'existence.

Jésus nous parle ainsi d'un riche fermier, tirant de ses biens fonciers un profit croissant. Habile homme d'affaires, il calcule ses revenus et décide de construire de nouveaux entrepôts. Il réinvestit ses bénéfices, au lieu de les partager avec ses ouvriers.

Jésus met donc le doigt sur l'instinct de propriété qui se cache derrière ce type d'entreprise, par ailleurs si naturelle : stocker pour se protéger des coups du sort, s'assurer contre les risques et les concurrents. Aujourd'hui comme autrefois, il y a tant hommes parmi nous qui sont fiers eux aussi d'avoir réussi à la force du poignet. Ils ont acquis une situation stable. Leur avenir est assuré.

Parmi eux, il n'y a pas seulement des hommes et des femmes plus âgés qui ont acquis une bonne retraite, qui se sont assurés de gros revenus. Il y a tous ces hommes et ces femmes qui s'efforcent d'exceller dans leur profession, qui luttent sans cesse pour gagner plus, pour remporter des marchés, qui sont des « battants » dans notre société compétitive. Il y a aussi tous ces jeunes qui espèrent réussir mieux encore dans cette course au profit et à l'argent. S'il est vrai que l'argent ne fait pas le bonheur, du moins il y contribue considérablement. En tous cas aujourd'hui il est indispensable pour pouvoir consommer davantage.

Il y a aussi parmi nous tant d'hommes et de femmes qui ont lutté et luttent encore pour être et demeurer de bons chrétiens, pour rester fidèles, pour obéir aux lois et aux commandements de l'Eglise. Ils ont bien du mérite.

Mais voilà ! Jésus réagit autrement « gardez-vouss, dit-il, de toute âpreté au gain, car la vie d'un homme fut-il dans l'abondance ne dépend pas de ses richesses. »

En effet, ce qui intéresse le riche propriétaire de la parabole, c'est simplement avoir, entasser, engranger. De même, ce qui intéresse les hommes et les femmes d'aujourd'hui qui réussissent, c'est non seulement de gagner, d'amasser pour assurer l'avenir, mais surtout d'avoir toujours plus. Il n'y a que les premiers millions qui coûtent. Il suffit de les placer à la banque, ils font des petits. Dans le monde nous passons souvent notre temps à thésauriser. Bon nombre de discours nous incitent d'ailleurs à développer le « chacun pour soi » et le »chacun chez soi ».

Et ce qui intéresse ceux qui ont obéi aux lois et aux commandements, c'est ce qu'ils ont acquis : nombreux mérites et vertus.

Tous ces gens ne sont plus eux-mêmes ; ils ne sont plus que ce qu'ils ont : un grenier bien rempli, une bonne situation ou un bon compte en banque, une conscience en paix ! C'est ainsi que Dieu leur dit : « Insensés ! » « Vous êtes fous : cette nuit même on vous redemande votre vie et ce que vous aurez mis de côté qui l'aura ? »

Ainsi, aux yeux de Dieu, ce n'est pas ce qu'il possède, même s'il en est fier, qui donne du prix à l'homme. Car tout cela est périssable. L'évangile oriente notre regard non vers une richesse matérielle de plaisirs éphémères, mais vers une richesse de l'être. Ce qui donne du prix aux yeux de Dieu, c'est ce que l'homme est.

L'être est bien plus important que l'avoir. Le riche propriétaire de l'évangile qui ne pense qu'à son grenier, est-il encore capable de voir autour de lui tous ceux-là qui ont faim ? Tous ceux qui sont malheureux et qui manquent de tout ? Et celui qui a réussi, comment regarde-t-il ceux qui ont échoué ? Sont-ils seulement à ses yeux des malchanceux, des minables ou des paresseux ? Le chrétien vertueux, quel regard porte-t-il sur ceux que l'on dit pécheurs ? Et cependant, nous dit Dieu, ce qui compte pour moi c'est l'homme. C'est lui qui a du prix et est impérissable.

Comment donc être riche aux yeux de Dieu ? Bien sûr en partageant. Nous croyons que nous nous enrichissons en amassant, en amusant avec les pièges tendus aux consommateurs que nous sommes et, tout en gardant bonne conscience, nous nous trompons d'itinéraire.

Le bonheur de l'homme, pour Dieu, passe nécessairement par le bonheur de l'autre ! Ne se sentons pas plus heureux quand on peut partager avec quelqu'un une joie personnelle ? En vacances, découvrir une balade à plusieurs, visiter un musé avec des amis ou bien jouer avec des enfants, ces moments resteront inoubliables tandis que les plaisirs égocentriques disparaissent comme de la fumée. Nous pouvons donc comprendre très concrètement ce que signifie s'enrichir en partageant. Essayons de casser l'isolement dans lequel la vie moderne nous enferme souvent, pour recréer le tissu communautaire et faire renaître le partage qui grandit l'homme et le rapproche de Dieu !

19e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Maître, serviteur, ces mots reviennent souvent dans l'évangile de ce jour. Si ce n'est pas spontanément un vocabulaire que nous aimons, surtout en ce temps de vacances, cela vaut cependant la peine de s'arrêter pour en chercher le sens.

Jésus est sur la route de Jérusalem et il va vers sa passion. Ses paroles s'adressent à ses disciples qui doivent se préparer à son départ. En l'absence de Jésus, après sa mort, ils devraient être en attente, préparer l'établissement du Règne de Dieu, qui viendrait en son temps.

Avant donc de quitter ses disciples, Jésus leur avait dit : « Soyez comme des gens qui attendent leur maître. » Et il était parti. Il leur avait demandé de rester en tenue de service, de garder leurs lampes allumées. Il s'agissait donc pour eux de veiller et d'attendre activement . Les premières communautés chrétiennes ont espéré avec impatience un retour de Jésus. Elles étaient persuadées que le Seigneur reviendrait bien vite, qu'il ne tarderait pas trop. Il ferait lui-même justice et rendrait à chacun selon sa conduite. Cet espoir les a beaucoup aidé pendant les temps difficiles de la persécution. Il était une condition indispensable au soutien de leur persévérance. Mais avec les siècles, l'absence durait beaucoup plus que prévu et ses effets commençaient tout doucement à se faire sentir.

Comme le Christ ne semblait pas revenir, certains ne croyèrent plus à son retour, d'autres cherchèrent ailleurs. Plusieurs rêvaient aussi de recréer ici, dès maintenant, ce monde pacifié où il était allé. Ils cherchaient un peu à établir le paradis sur terre. Alors, pour cela ils se mirent à préciser, en son nom, des lois et des codes de morale. Ils imposèrent des règles de foi avec un pouvoir fort, qui pourrait s'exprimer au nom du grand Absent. Ainsi parviendraient-ils à resserrer les liens et à redorer un peu le blason du petit troupeau restant.

Oui, mais voilà, peut-être oubliait-on trop vite qu'il avait dit : « Restez en tenue de service et la lampe allumée » Alors, il faudrait, par delà nos prudences, nos craintes, nos manques de foi, devenir serviteurs comme il l'avait été lui-même. Hommes du XXème siècle nous savons bien que la fin du monde n'est pas pour bientôt et qu'à moins d'une catastrophe écologique, notre monde moderne peut toujours évoluer encore pendant bien des siècles. Il nous faudrait donc éclairer nos pas vers l'avenir à la lumière de son message, l'Evangile.

Tout d'abord ce maître attendu et tardant à venir est quelqu'un de surprenant : « Heureux les serviteurs que le maître trouvera ainsi en train de veiller. Amen, je vous le dis : c'est lui-même qui prendra la tenue de service et les servira chacun à son tour. » Avez-vous déjà vu un maître qui sert son serviteur ? Un maître qui, rentrant de voyage prend lui-même la tenue de service et sert son domestique ? Aucun maître sur terre n'agit comme cela.

Pourtant Jésus est capable de proposer un tel comportement. Alors que ses disciples se disputaient pour savoir qui était le plus grand, il leur déclare : « Je suis au milieu de vous à la place de celui qui sert » En une autre occasion, il dira encore : « Le Fils de l'Homme est venu non pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude ». Et en effet, au soir du jeudi-saint, il se lève de table, dépose son vêtement et prend un linge qu'il noue à sa ceinture. Il verse de l'eau dans un bassin et commence à laver les pieds de ses amis et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. « C'est un exemple, dit-il, que je vous ai donné ». Nous avons donc un maître qui se fait serviteur de ses serviteurs. Voilà pourquoi il nous demande de rester en tenue de service. Puisque lui-même a vécu le service jusqu'à la mort, jusqu'à donner sa propre vie, nous pouvons lui ressembler lorsque nous nous faisons serviteurs et rendons service à ceux qui nous entourent. C'est l'occasion pour nous de nous demander si nous sommes comme lui d'abord et avant tout des serviteurs ? Sommes-nous aussi des veilleurs ? « Soyez comme des gens qui attendent » nous a-t-il dit.

Mais justement qui peut avoir encore aujourd'hui le temps d'attendre ? Le temps n'est-il pas de l'argent ? Et actuellement n'est-ce pas le temps qui coûte le plus cher ? En économie, ne sont-ce pas les délais qui sont les plus ruineux ?

Il est important pour nous chrétiens de ne plus confondre l'attente et l'impatience. L'attente du Royaume n'est pas celle d'un départ de T.G.V. ! Elle est davantage un c½ur en désir plutôt que la peur d'être en retard. Celui qui attend, c'est celui qui, regardant autour de lui, trouve encore un peu d'espérance et intensifie celle-ci d'un grand désir.

Ainsi nous verrions autour de nous et en nous, tant de gestes d'amour, de luttes pour la justice, pour la paix et l'entraide, pour la solidarité, tant de passions pour l'homme, pour son respect, pour sa grandeur que nous nous écrierions : « Mais le Seigneur est déjà là et nous ne l'avions pas reconnu ! » Nous le decouvririons présent et agissant, à travers tant d'hommes et de femmes au c½ur droit et sincère, à travers nous aussi ! Il est là présent et agissant dans le monde et dans les chrétiens, par son Esprit.

1er dimanche de Carême, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Permettez-moi de râler quelques instants. Foutu Carême. Nous voilà reparti pour 6 semaines de privation, d'épreuves, d'objectifs à atteindre. Un bol de riz par ci, pas de chocolat par là, j'en passe et des meilleures. C'est vrai quoi, Jésus, d'accord il a été tenté dans le désert pendant 40 jours. Ca n'a pas du être rose tous les jours, se faire tenté comme il s'est fait tenté c'était pas évident. Mais enfin, il n'a du le faire qu'une seule fois dans sa vie. Alors que moi, c'est mon 32ème Carême, 32ème fois que je suis obligé de vivre cette traversée du désert, de me priver, de faire un effort, d'être gentil avec les autres. Et si vous êtes plus âgé que moi, je vous plains encore plus. Quand je pense que ma grand-mère va vivre ce Carême pour la 91ème fois. J'en ai les larmes aux yeux, même s'il paraît que les conditions de privation sont plus souples après 60 ans, en Belgique en tout cas, selon José Lhoir. Plus que 28 Carêmes à attendre un assouplissement.

Oui mais finalement, est-ce que le Carême est vraiment le moment de l'année qui m'est offert pour râler un bon coup ou bien y-a-t'il autre chose. L'an passé, à la même époque je me trouvais au sud du Rwanda dans un camp de réfugiés du Burundi. Ils étaient plus ou moins 500 jeunes de 15 à 25 ans. L'ONU leur donnait une ration de nourriture par jour : 120 grammes de haricots et c'était tout. Ils avaient tout perdu. Lorsque l'on m'a demandé de célébrer le Mercredi des Cendres avec eux, je me voyais mal commencer à parler de privation, de jeûne et d'abstinence. Non le Carême signifie autre chose. Surtout quand je les entendais chanter avec un tel plaisir, je les voyais rayonner de bonheur parce qu'ils se mettaient en route pour Pâques. Ils ont donné sens aux six semaines que nous sommes invités à vivre. Reprenons alors ensemble les diverses tentations de l'Evangile.

Le démon dit : "si tu es le Fils de Dieu ordonne à cette pierre de devenir du pain". Jésus refuse de jouer au magicien. Il ne sera pas le David Copperfield de la Trinité. Il ne pouvait accepter cela car il a pris notre condition humaine sans protection sans pouvoir spéciaux. Il ne fallait pas qu'il devienne un surhomme. Un surhomme n'aurait pas pu nous dire : "Viens, suis-moi". Cela aurait été au-delà de nos forces. La conversion par la magie, c'est une forme de pot-de-vin pour vous faire croire. De cela, le Christ n'en veut pas. Non à la conversion par la corruption. La rencontre avec le Père, doit se vivre en vérité. C'est le coeur qui est atteint non un sentiment éphémère.

La seconde tentation pourrait s'intituler la tentation du compromis. C'est comme si le démon lui disait : J'ai tous ces gens sous ma coupe. N'exige pas trop d'eux. Faisons un affaire ensemble. Juste un petit compromis avec moi, et les hommes te suivront et tu en feras ce que tu voudras. Le compromis, s'il y bien une nation qui vit de compromis c'est la nôtre. Au regard des valeurs humaines, le compromis permet à l'humanité de vivre dans une certaine sérénité. En termes de couleurs, la tendance humaine est de voir les choses en gris, alors que pour le Christ, la Vérité doit être vécue comme blanche ou noire et pas entre les deux. Il n'y a pas de compromis possible entre le bien et le mal. Nous sommes tout simplement appelés à aimer, oui mais à aimer sans condition, à donner l'espace à l'autre pour que lui aussi puisse exister.

Enfin la troisième tentation peut se résumer à la tentation d'offrir des sensations. Le sensationnel plaît toujours, il fait chavirer, il donne du piment à l'existence, c'est un peu le cancan à mille francs. Le Christ avait cependant compris que le sensationnel, même s'il est facile à réaliser, ne dure pas dans le temps. Du sensationnel on s'en lasse, et ce n'est sans doute pas pour rien que les journaux qui s'en délectent se voient obliger d'inventer chaque semaine des histoires pour garder leur public. De cela, le Christ n'en veut pas.

Pas de corruption, pas de compromis, pas de sensation : voilà le sens du Carême. Un appel, un chemin à retrouver le sens premier de notre humanité : aimer, aimer en vérité. Amen

1er dimanche de l'Avent, année C

Auteur: Berten Ignace
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

La figure de Jean-Baptiste est centrale dans la liturgie de l'avent : par là, l'Église fait retentir son appel dans le présent : « Préparez le chemin du Seigneur ». Selon Luc, Jean prêche en prenant appui sur le prophète Isaïe et en l'actualisant : « Comme il est écrit dans le prophète Isaïe », dit-il. De même, un peu plus tard, quand Jésus commence à prêcher, il va à la synagogue de Nazareth et ouvre le lire d'Isaïe pour en faire le commentaire : « L'Esprit du Seigneur est sur moi pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres ». Comme croyants, nous sommes habités par une longue mémoire, des paroles et des textes reçus de la tradition, que nous relisons dans le présent, en les transposant dans notre propre temps. Nous leur permettons ainsi d'être des paroles vivantes qui viennent éclairer notre propre chemin.

Dans des temps difficiles, marqués par la déportation et l'exil, par la guerre ou par la domination et l'occupation étrangères, des prophètes, - Isaïe, repris plus tard par Baruch, puis par Jean, - prennent la parole nourrir une espérance, quand tout semble conduire au découragement voire au désespoir, quand tout semble dire qu'il n'y a plus rien à espérer. Chacun, en son temps et à sa manière, ouvre le présent sur un avenir offert par Dieu.

Isaïe comme Baruch invitent à garder confiance, car disent-ils, l'avenir reste ouvert : cet avenir appartient à Dieu, et Dieu est fidèle à ses promesses ; il va intervenir. Cependant, en reprenant les textes prophétiques et en les actualisant, Jean effectue un déplacement important dans la dynamique de l'espérance : « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route... et tout homme verra le salut de Dieu ». L'espérance trouve sa source et sa force dans une confiance faite à la promesse de Dieu, mais elle prend corps dans une pratique qui contribue, de quelque façon, à la venue de Dieu.

Préparer le chemin du Seigneur est une responsabilité à la fois éthique et spirituelle. Les images utilisées par Jean évoquent des obstacles à la venue de Dieu : ravins et montagnes, passages tortueux et routes déformées... Ces obstacles, Jean en précise la nature. En effet, quand les auditeurs de cette prédication lui demandent : que nous faut-il faire ? celui-ci les renvoie vers leurs responsabilités immédiates : que celui qui a deux vêtements en donne un aux pauvres, que le collecteur d'impôt ne s'emplisse pas les poches, que le soldat n'use pas de violence... Telle est la suite du texte que la liturgie nous proposera en lecture dans une semaine. Les trois exemples proposés par le texte vont dans le même sens : ils désignent chacun un rapport inégal du fort au faible, et ils mettent en cause une pratique habituelle, socialement admise par la partie privilégiée, pour laquelle il est normal qu'on profite de sa situation. Mais tel est précisément l'obstacle qui demande à être levé. Jean met en cause cette évidence et cette légitimité ; il requiert une pratique différente, une conversion, car cette mentalité commune au point de sembler aller de soi est précisément l'obstacle à la venue de Dieu, qu'il s'agit de lever afin de préparer le chemin du Seigneur. C'est en cela, en effet, que consiste l'acte de rendre droits les sentiers et de combler les ravins... et alors, tous verront le salut de Dieu.

Comment cette prédication de Jean-Baptiste peut-elle retentir aujourd'hui aux oreilles d'universitaires chrétiens ?

Le monde dans lequel nous vivons est bien loin de ressembler à ce qu'avaient espéré et annoncé les prophètes : « Voici venir des jours où j'accomplirai la promesse de bonheur que j'ai adressée à la maison d'Israël », proclamait le prophète Jérémie en ouverture du temps de l'avent. Notre histoire est faite de trop de contradictions et de violences que pour qu'elle puisse être le lieu de la présence visible du salut de Dieu. Et c'est bien pourquoi, l'avent nous rappelle, chaque année, que nous sommes en attente et en espérance. Il nous est dit cependant : « Préparez le chemin du Seigneur ».

Notre monde est façonné par d'innombrables pratiques tortueuses, de discours déformants, de violences faites aux plus faibles. Nous participons souvent à cet ordre de choses de façon plus ou moins aveugle ou délibérée : l'idolâtrie du marché annoncé comme sauveur universel, la brutalité des pratiques économiques, les manipulations et multiples formes de corruption et de détournements, les jeux de pouvoir et les comportements institutionnels tordus... La confiance dans les institutions s'en trouve profondément ébranlée ; toutes les institutions sont aujourd'hui plus ou moins profondément discréditées, quelles qu'elles soient : économiques, judiciaires, politiques, mais aussi ecclésiales. Les plus faibles en sont d'abord et partout les victimes. Et pour beaucoup, l'avenir est porteur de bien plus de menaces que de promesses. Dieu ne peut survivre dans une monde de mensonge. Préparer le chemin du Seigneur, n'est-ce pas dès lors et d'abord faire ½uvre de responsabilité et de vérité ? Le messie attendu et annoncé par Jérémie devait faire prévaloir le droit et la justice de sorte que tous puissent habiter en sécurité dans le pays. Jean Baptiste disait en son temps qu'il était de la responsabilité de chacun de faire cela, et que c'était la condition de la venue du messie... Difficile exigence pour aujourd'hui, dans nos pratiques personnelles, privées ou professionnelles et dans nos pratiques collectives. La protestation dont a été porteuse la marche blanche et l'espoir mis dans les commissions parlementaires expriment l'immense aspiration à une société plus juste et plus vraie, libérée du mensonge et de l'hypocrisie. La recherche de vérité et de transparence est une urgente exigence de société. Exigence de cohérence et d'authenticité dans les comportements personnels et professionnels, exigence de clarté dans les pratiques institutionnelles, exigence d'honnêteté dans les affaires, exigence d'intégrité en politique, exigence de vérité et de participation dans les fonctionnements ecclésiaux. Pour nous chrétiens, cette droiture dans tous les domaines de l'existence personnelle et sociale est en quelque sorte aussi une condition de crédibilité de toute parole que nous pourrions dire sur Dieu : par là, nous ouvrons ou nous fermons des chemins par lesquels Dieu pourrait passer.

Mais l'attitude chrétienne d'attente et d'espérance peut-elle s'exprimer complètement à partir de la figure de Jean-Baptiste ? Pour nous, Dieu n'est-il pas déjà venu à nous en Jésus ? Selon Luc, je l'ai déjà relevé, Jésus commence aussi sa prédication en citant et commentant Isaïe : « L'Esprit du Seigneur est sur moi pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres ». Jésus n'invite plus à préparer le chemin du Seigneur. Il dit : « Le royaume est au milieu de vous ». Et il en fait les signes. Son attitude d'accueil et de vérité est telle que le pauvre ou le pécheur qui se sent reconnu et pardonné, le malade qui retrouve la santé, le marginal qui est remis au centre, le riche enfermé dans son égoïsme qui se découvre la capacité de partager, tous ceux-là qui retrouvent leur véritable humanité, voient le salut de Dieu dans cet événement même : Dieu vient à eux, au c½ur même de leur existence transfigurée. Et les gens s'étonnent et se réjouissent de ce que « Dieu ait donné une telle autorité aux hommes » dit Matthieu.

S'il reste donc vrai qu'il faut constamment préparer le chemin du Seigneur en écartant les obstacles à sa venue, passages tortueux et routes déformées, tout l'Évangile dit en même temps : le Seigneur est présent parmi nous ; il se donne à voir, à entendre, à toucher là où la puissance de l'amour suscite la vie, dans cet entre deux de la relation interpersonnelle ou communautaire de la rencontre et de l'échange en vérité, qui se libère des multiples processus de marginalisation et de mépris, d'ignorance de l'autre. Dieu peut se donner à voir et à entendre au c½ur des pratiques sociales qui révèlent le vrai visage de l'humanité.

La conversion à laquelle Jean-Baptiste appelle n'est donc pas un préalable à la venue de Dieu : cette conversion, lorsqu'elle va jusqu'au bout d'elle-même, est l'acte qui permet à Dieu de s'offrir dans le présent. Ainsi le Royaume se donne comme une pousse fragile, dont la maturité se fait par lente germination et croissance. Par les difficiles et exigeantes conversions sur le chemin de la vérité et de la responsabilité, et par les moments lumineux où l'existence se transfigure par la force de rencontre et de réconciliation de l'amour, se maintiennent vive l'attente et l'espérance de ce jour où tout homme verra le salut de Dieu, cet horizon universel de notre espérance anticipé et annoncé dans la résurrection de Jésus.

1er dimanche de l'Avent, année C

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : "Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées par le fracas de la mer et de la tempête..."

Ces paroles de Jésus sont bizarres ; elles sont aussi perturbantes, si nous les prenons au sérieux. Il n'est pas évident non plus de savoir pourquoi nous les lisons et les écoutons le premier dimanche de l'Avent. L'Avent est la saison de l'attente, où nous nous préparons à fêter la naissance du Christ. Qu'est-ce que ces paroles ont à voir avec Noël ou avec la préparation à Noël ?

Elles font partie d'un discours où Jésus parle du temps où Jésusalem sera encerclée par les armées, et où elle sera détruite ; c'est l'heure de sa dévastation. Beaucoup tomberont au fil de l'épée. Tout ordre, toute paix dans la vie humaine disparaîtra. C'est ce que Jésus dit dans les versets précédents. Et maintenant il ajoute que tout l'ordre naturel va être dérangé aussi : il y aura des prodiges dans le soleil, la lune et les étoiles, et la mer sera violente et menaçante. L'ordre deviendra le chaos. Et c'est à ce moment-là que Jésus apparaîtra pour établir le Royaume de Dieu. Le moment de Dieu est un moment de chaos, où toute certitude humaine se perd.

Certains disent que nous, le peuple de Dieu, sommes là pour construire le Royaume de Dieu ; nous pouvons le faire en essayant de construire un monde plus juste, plus humain. C'est ainsi que le salut viendra à nous. Nos efforts peuvent nous sembler faibles pour le moment, et ils le sont ; mais Dieu les comblera. Puisque nous aidons Dieu à faire venir son règne, il nous aidera de sorte que ce que nous faisons maintenant aboutira au Royaume. C'est peut-être vrai, mais ce n'est pas ce que dit Jésus ici. Selon lui, tous nos efforts pour construire un monde civilisé, un monde de justice et paix, aboutiront au chaos. L'homme détruira tout ce qu'il aura construit, et ce qui survivra aux guerres sera menacé par le chaos dans la nature. Jésus n'est pas partisan de l'idéologie du progrès ultime dans les affaires humaines. Certes, le progrès existe, mais il est toujours provisoire. Le Royaume de Dieu ne sera pas construit par ce que nous faisons. La justice et la paix que nous essayons d'établir ne se répandront pas jusqu'au point où on pourra dire du Royaume de Dieu qu'il est arrivé. C'est dans les ruines de notre civilisation et de toute civilisation que Dieu va paraître, selon Jésus. Les juifs croyaient que la Jérusalem qu'ils avaient construite était la cité de Dieu, que le temple qu'ils avaient bâti et qu'ils vénéraient était la véritable maison de Dieu, donc que les deux étaient protégés par Dieu. Mais ce n'était finalement qu'une cité humaine et un bâtiment humain. Ils finiraient par être complètement écrasés.

Ces paroles peuvent nous paraître un peu décourageantes, même déprimantes. Mais, d'autre part, elles nous montrent que le Royaume de Dieu ne dépend finalement pas de nous, de l'humain ; il dépend de Dieu. Et cela nous libère. Nous n'avons pas à travailler pour Dieu. Dieu, créateur du ciel et de la terre, n'a pas besoin de nos petits efforts. C'est plutôt Dieu qui travaille pour nous, et qui se révèlera malgré nous. Le Royaume de Dieu n'est pas une construction humaine, c'est un don divin. Ce n'est pas quelque chose pour lequel nous travaillons ; il ne vient pas de nous, mais de l'extérieur, comme quelque chose de gratuit. C'est pourquoi nous ne voyons pas Dieu dans la force de l'homme, mais dans sa faiblesse, pas dans la victoire mais dans l'échec ; pour nous, le roi de ce Royaume est un homme crucifié. Le salut que nous espérons est un don ; nous n'avons pas à construire ce don, nous avons à l'attendre.

C'est pourquoi nous lisons ce texte aujourd'hui, au début de la saison de l'attente, de cette saison où nous nous préparons à célébrer, non pas ce que nous avons fait pour Dieu, mais ce que Dieu a fait pour nous, à célébrer le don gratuit de Dieu qui est Dieu lui-même.

1er dimanche de l'Avent, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Devant les perspectives d'avenir, aujourd'hui beaucoup de gens ont peur... Peur d'une catastrophe écologique ou nucléaire... Peur de perdre un emploi, de régresser dans l'échelle sociale, de disposer de moins de ressources pécuniaires... Peur d'aller au fond de soi-même et de découvrir la profondeur de nos attentes.

Alors beaucoup se réfugient au coeur des villes dans des déserts au silence assourdissant et au goût de paradis artificiel. Ils cherchent des petits bonheurs dans des à-côtés. La société de consommation invite d'ailleurs à acquérir toutes sortes de biens éphémères. Et le qu'en dira-t-on excite à suivre le mouvement afin de rester dans le vent.

Et pourtant, elle se fait entendre aujourd'hui la voix de la promesse. Elle raisonne, claire comme le rire d'un enfant, lumineuse comme l'avenir dont il rêve.

"Voici venir les jours où j'accomplirai la promesse de bonheur que j'ai adressée à la maison d'Israël et à la maison de Juda".

Elle n'est pas facile à entendre surtout dans le tintamarre du monde, cette voix de l'espérance. Elle vient d'ailleurs, de l'au-delà de toute créature. C'est une Parole du Seigneur qui vient.

Au moment où Jérémie la prononce, la situation de son pays est aussi dramatique. Le royaume de Juda est ravagé par l'envahisseur, la ville de Jérusalem détruite. Beaucoup ont été tués et d'autres, dont le roi, ont été déportés à Babylone. Mais Dieu veut restaurer la confiance chez ceux qui sont restés au pays. Un monde, leur fait-il dire, s'en est allé, mais mon amour pour le peuple et mon pouvoir de créer sont intacts. Un roi, issus de David, régnera à nouveau sur le pays redevenu libre et il rétablira une ère de justice, de paix et de bonheur pour tous.

Promesse de bonheur, adressée autrefois par le prophète à ceux qui étaient dans le malheur. Promesse de bonheur qui nous est adressée encore aujourd'hui par Dieu. Si vraiment nous croyons qu'il nous aime, qu'il est un Dieu d'amour, nous pouvons imaginer qu'il s'intéresse à nous et que son désir le plus cher est de nous voir heureux sous son regard, comme nous-même nous souhaitons le bonheur à ceux que nous aimons. Mais voilà, le bonheur des autres ne se fait jamais sans eux, comme notre bonheur à nous ne se fait pas sans nous.

Alors la grande question à se poser pour soi-même, comme pour chacun d'autre. Qu'est-ce qu'être heureux ? Qu'est-ce qui fait ta joie, qu'est-ce qui fait aussi la mienne ? On ne sait pas toujours ce qu'est le vrai bonheur ou plutôt, on sait parfois mieux ce qu'il n'est pas. Les souffrances, les malheurs, les privations, les manques, les nôtres autant que ceux des autres, peuvent nous faire prendre conscience de l'absence de bonheur. On dit alors, que c'est mal-heureux.

Le bonheur est fait souvent d'un tas de petites choses qui comblent nos attentes et nos désirs.

Dans notre monde actuel, il peut être important de rappeler qu'il est d'abord une qualité d'être, plutôt qu'un avoir. ETRE HEUREUX, Ce n'est pas avant tout, une possession d'objets, de biens. C'est bien d'avantage une HARMONIE avec soi-même et avec les autres. Et c'est sans doute pour ce motif que la justice, la paix et le pardon et la réconciliation sont des conditions nécessaires pour que chacune et chacun, se sentant respecté et important, trouve la confiance en soi-même et dans les autres.

Jésus invitait au bonheur. Il invitait à oser croire que Dieu est tendresse et bonheur en lui-même et pour toutes et tous. Par son comportement et dans ses relations, il donnait les signes de ce respect immense qu'il avait pour chacune des personnes qui était devant lui.

Mais voici qu'aujourd'hui il nous parle de sa venue : "Veillez et priez" nous dit-il. Oui, pour voir le Seigneur venir, il faut être vigilant. Si nous gardons les yeux ouverts, nous pourrons discerner les signes de son amour. Si nous sommes éveillés, nous pourrons aussi découvrir ces tas de petites choses qui font plaisir aux autres autant qu'à nous mêmes et qui contribuent à créer l'harmonie entre nous. Si nous restons attentifs à une qualité d'être, nous pourrons construire des relations justes avec les autres et contribuer à plus d'harmonie dans nos sociétés. Nous serons alors, à notre tour, des semeurs de bonheur !

Certes, on pourrait dire que depuis toujours des gens ont espéré le bonheur et, malgré toutes les bonnes volontés, les puissances de mort sont encore à l'oeuvre, ici maintenant. Mais si ces puissances du mal sont toujours présentes, elles ont déjà été définitivement ébranlées. Le jour du Seigneur, l'avènement du Fils de l'homme dont nous parle Luc dans l'évangile, c'est bien le matin lumineux de Pâques. C'est sa victoire sur toutes les forces de mort et du mal. C'est là le coeur de notre foi et le fondement de notre espérance. Nous attendons l'achèvement de ce qu'il a inauguré par sa résurrection. Aujourd'hui, il nous enseigne ce chemin, rempli de moments de bonheur et qui nous prépare à sa venue, à son retour : "Restez éveillés et priez. ainsi vous serez jugés dignes de paraître debout devant le Fils de l'homme."

20e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Jésus s'adresse à ses disciples pour leur parler de lui. « Je suis venu sur la terre pour... ! » Il est rare dans les évangiles que Jésus fasse ainsi des confidences sur ce qui lui tient à c½ur, sur ce qui le passionne et donne sens à sa vie. . « jee suis venu apporter un feu ! » Voilà ce qu'il voulait.

Mais les disciples et, après eux, tous les chrétiens ont eu peur. Le feu, c'est dangereux. Il peut brûler. Et en nous tous, il y a tant de bois sec et mort, mais auquel nous tenons fort. Il y a tant d'habitudes acquises, il y a tant de compromis avec le ciel, avec les exigences du christianisme. Le feu de l'Evangile, cela peut nous mener très loin, là où nous n'aimons pas tellement d'aller ! C'est pourquoi chacun n'hésite pas à tailler des coupe-feu. On se dit : voilà ce qui est bien et voilà ce qui est mal ; ceci est important tandis que cela l'est beaucoup moins ; Il y a bien sûr des manquements graves, les péchés mortels, mais beaucoup de fautes sont vénielles. Et, pour se rassurer, on se dit qu'il suffit d'être en règle, d'obéir à l'autorité religieuse et l'on sait alors où l'on va. Mais Jésus lui, avait dit : « Comme je voudrais que ce feu soit déjà allumé ! » Et il avait ajouté en parlant de sa Passion et de sa mort : « Je voudrais être baptisé » Le baptême que doit recevoir Jésus est essentiel dans sa mission. Ce baptême a tout d'abord un goût d'épreuve. Seul le don total et unique de sa propre vie portera du fruit à jamais ! Sa hâte à marcher vers ce moment est autant liée à la difficulté de la passion, qu'à l'enjeu de vie éternelle que sa mort comporte.

Ensuite le baptême qu'il annonçait, c'est comme une naissance : la naissance d'un monde nouveau : Un monde où l'homme passerait avant la loi ; un monde où le publicain dans le fond de l'église aurait plus de valeur aux yeux de Dieu que le pharisien qui fait la leçon ; un monde où celui qui ne parvient pas à respecter la loi et qui se sait pécheur est pardonné avant le juste qui est irréprochable et le fait sentir à tous ; un monde où l'humble femme du temple qui n'a qu'une petite pièce à donner est plus généreuse que l'homme qui est riche et fait de grandes offrandes.

A l'aube de ce monde nouveau, ce serait la croix du Christ qui allumerait le feu. Et depuis lors, jamais, les chrétiens ne seraient en paix. Dans cette paix tranquille qu'affectionnent les puissants et les autorités, où le chef est le chef et le fidèle est le fidèle.

Depuis lors, il y aura toujours des divisions : comme dit Jésus dans l'évangile « trois contre deux et deux contre trois, le fils contre le père et le père contre le fil ... » Il y aura toujours des Jérémie, des gens accusés comme le prophète de démoraliser tout ce qui reste de combattants, des témoins parlant à contre-courant de la pensée véhiculée en leur temps. Il y aura toujours des contemplatifs et des spirituels qui consacreront leur vie ou leur temps à la prière et à la louange de Dieu. Il y aura toujours des théologiens, poussés par l'Esprit-Saint, qui secoueront les opinions traditionnelles, poseront des questions à partir des situations actuelles et bousculeront les certitudes établies. Il y aura toujours des hommes et des femmes suscitant des débats, ramenant à l'Evangile et retournant à la croix. Et chacun sera ainsi amené à dépasser sa médiocrité et à prendre position.

Ce sont ces témoins évangéliques - des gens parfois célèbres comme Mère Thérèsa, S½ur Emmanuel, l'Abbé Pierre - mais aussi des simples chrétiens anonymes qui aujourd'hui rallument le feu, allumé sur la terre par Jésus. Grâce leur soit rendue !

21e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Si nous nous étions assoupis au cours de notre liturgie de ce jour, avec un évangile pareil nous voilà bien réveillés. La vie éternelle est pour chacune et chacun d'entre nous, une grande question. On se l'imagine, on la pressent, en tout cas, nous l'espérons et voilà que le Christ ce matin (soir), nous annonce que nous y aurons des surprises. Et des surprises pas toujours heureuses. Qu'est-ce à dire ?

La vie chrétienne, le chemin d'humanité sur lequel nous avançons n'est pas quelque chose de fini. Nous sommes comme des ascensionnistes sur une montagne dont nous ne verrions jamais le sommet et nous sommes invités à grimper, à toujours grimper. Jésus, avec force, nous rappelle à nouveau que nous sommes des êtres en devenir, que jamais nous ne pouvons nous considérer comme étant arrivés. Tout comme celles et ceux qui s'adonnent au sport de l'escalade, nous aurons des temps de pause, des temps de repos après l'effort fourni. Lors de cette ascension qu'est notre vie, il y a aussi des arrêts important. L'essentiel est de ne jamais oublier que s'arrêter n'est que passager, éphémère. La vie se marche, la vie se vit. Elle a ses moments heureux puis ceux qui sont plus douloureux, mais elle avance toujours à son pas, à son rythme. Chacune et chacun, nous avons le nôtre. Il n'y en a pas un meilleur que l'autre puisque c'est à nous de trouver celui qui nous convient tant que nous n'arrêtons pas de marcher. Je suis le chemin, la vérité, la vie, nous dit Jésus ailleurs dans les évangiles. Et nous sommes conviés à le suivre tout simplement. Il n'y a rien d'extraordinaire là dedans si ce n'est que sur un tel chemin, nous ne sommes jamais, jamais arrivés au bout, nous n'atteindrons jamais le sommet ici sur terre. L'imaginer, c'est se leurrer.

Etre sauvé, telle est notre destinée. Mais se dire croyant, sans que cela se vive, c'est être comme celles et ceux qui ont pris place un jour à la table du Christ et s'en sont contentés. Or la foi en Jésus, est d'abord et avant tout un mouvement, un élan vers un avant, un ailleurs dont nous ne percevons pas toujours les contours. S'asseoir à la table de Dieu, c'est le rencontrer pour mieux repartir, pour mieux vivre de ce qui habite au plus profond de nous-mêmes. D'après le Christ aujourd'hui, la foi n'est pas d'abord un temps, mais plutôt un état. Un état de vie en marche, en mouvement. Un peu comme si Jésus nous disait le que le salut n'est pas garanti par la carte du parti. Il ne suffit pas de se dire chrétien pour vivre pleinement de la vie éternelle. Celle-ci requiert certaines exigences non pas comme une sorte de ticket d'entrée mais plutôt parce que la vie éternelle est entendue comme la continuation de ce que nous avons commencé ici sur terre. Il y a cette histoire qui illustre assez bien me semble-t-il les propos du Christ de ce jour. C'est l'histoire d'une femme, ça aurait pu être un homme aussi, mais comme ce n'est pas moi qui l'ai écrite, je respecte son auteur. Cette femme était habituée à un confort certain. Elle se plaisait dans le luxe, l'argent et aimait se faire reconnaître par ses richesses. Comme tout un chacun, un jour, elle mourut. Lorsqu'elle arriva au ciel, un ange lui fut envoyée pour la guider vers sa demeure éternelle. Il parait que c'est l'habitude là-haut. Ils passèrent d'abord devant de nombreux châteaux, plus superbes les uns que les autres. Et elle pensa chaque fois que l'un d'entre eux serait pour elle. Ce furent ensuite le tour des villas. Mais aucune ne lui fut attribuée. L'ange et elle traversèrent ensuite plusieurs rues de ce qui semblait être le centre d'une petite ville ; ils arrivèrent dans les faubourgs et toujours rien pour elle alors que les maisons devenaient de plus en plus petites. Enfin, nous dit l'histoire, ils s'arrêtèrent devant une maison qui était à peine plus grande qu'une hutte. C'est ta maison lui dit l'ange. Quoi, répondit la femme, ça ! Mais je ne peux pas vivre dans ça. Désolé lui répondit l'ange mais c'est tout ce que nous avons pu construire avec les matériaux que tu nous as envoyés de la terre.

C'est cela marcher sur le chemin de sa vie, accepter de n'être jamais arrivé. Nous sommes des êtres reçus et en devenir. Nos pas si maladroits soient-ils sont les matériaux construisant notre demeure éternelle. Château ou hutte, à nous d'en décider. Amen.

21e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Au cours de sa marche vers Jérusalem, pour souffrir la passion, Jésus est interpellé au sujet du nombre des élus. Quelqu'un lui demanda : « Seigneur, n'y aura-t-il que peu de gens sauvés ?

Eternelle question, poussée par la peur de l'au-delà ! Question si bien manipulée par les prédicateurs, qui brandissent la menace pour asseoir leur pouvoir : le paradis pour ceux qui obéissent à Dieu et l'enfer pour les autres.

Avouons qu'il y a de quoi avoir peur. Le bonheur pour toujours ou les flammes éternelles. Et Jésus lui-même ne nous parle-t-il pas d'une porte qui est étroite ?

Les sectes chrétiennes sont friandes de ce genre de textes avec lequel il est facile de faire peur. Mais la foi au Christ doit-elle être terrifiante ? Le Royaume de Dieu est-il réservé à quelques privilégiés ?

En réalité, Jésus veut moins attirer l'attention sur le nombre des sauvés, que sur ce qu'il faut faire pour entrer dans son Royaume.

Mais alors, devant l'incertitude et le risque de perdre le ciel, le plus sûr ne serait-il pas de mettre toutes les chances pour soi ? La messe du dimanche, les confessions fréquentes, les communions nombreuses, le respect des commandements. Plus parfait serait-on, plus on aurait des chances.

Ce n'est pas comme cet homme là-bas, au fond de l'église ; encore est-il rentré. Mais que dire de tous ceux qui ne croient plus à rien !

Nous qui essayons d'être fidèles, nous aurions, au moins, une sorte de droit d'entrer. Nous lui rappellerions que nous avons mangé et bu en sa présence. Mais voilà qu'il répond : « Je ne sais pas d'où vous êtes » et il ferme la porte.

Dans l'image de la porte étroite, nous pouvons deviner l'expérience des premières communautés chrétiennes affrontées à la difficulté de croire en Jésus. On les présente parfois sous un jour idéal. Mais en réalité, déjà en ce temps il y eut des abandons et beaucoup de défections dans le rang des disciples. Comme son maître le disciple ne doit pas avoir peur de porter sa croix. Suivre Jésus n'était sans doute pas plus facile à ce moment là qu'aujourd'hui !

Pour « ceux qui font le mal », les malfaisants, le salut est impossible. Leur ancienne convivialité avec le maître de maison ne peut servir de laissez-passer. Le disciple ne peut se prévaloir de la connaissance de Jésus comme d'une assurance. La foi s'implique dans un faire le bien. En Mathieu, Jésus le dit d'une manière équivalente : »Il ne suffit pas de me dire : « Seigneur, Seigneur » pour entrer dans le Royaume des cieux ; il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux » De la part du Seigneur, il y a donc un encouragement à la fidélité concrète, se traduisant dans des comportement et des actes.

Si l'important est d'accomplir la volonté de Dieu, comment se fait-il que parmi les premiers installés dans le Royaume, certains seront jetés dehors ? On sait que le problème de l'accueil des païens dans l'Eglise s'est posé au tout début de façon aiguë et qu'il a engendré bien des disputes et des divisions, à commencer par l'opposition entre Pierre et Jacques d'une part et Paul, l'apôtre des nations d'autre part. Luc ne perd pas une occasion pour souligner les décisions du Concile de Jérusalem, dont il a lui-même fait le récit dans les Actes des Apôtres : les païens, eux les derniers venus, ont droit au salut comme les chrétiens d'origine juive, les premiers arrivés. En refusant l'accès de l'Eglise aux païens, les premiers venus s'excluent du Royaume. Ainsi, les premiers seront les derniers. Pour nous aujourd'hui, le Royaume n'est pas pour plus tard, il est déjà là. L'au-delà, est commencé. Son esprit, ses lois, ne sont pas comme les nôtres. Jésus apporte de nombreux bouleversements. Il met tout à l'envers. Pour lui, certains derniers seront premiers.

Il s'y est engagé. Il s'y est engagé. Il marche vers la passion. S'il s'arrête en chemin, c'est pour relever les blessés, guérir les malades, accueillir les exclus, réconcilier les pécheurs, pleurer devant la mort, celle d'un jeune homme qu'il rend à sa mère, celle de son ami Lazare. Il marche vers sa croix, lui devenu le dernier des derniers et le serviteur de tous.

Alors, aujourd'hui, du nord au midi, de l'orient à l'occident, des foules nombreuses marchent sur ses pas, poussées par son esprit, l'Esprit d'amour de Dieu. C'est la réalisation de ce que Dieu lui-même annonçait par la bouche d' Isaïe : « Je viens rassembler les hommes de toutes nations et toutes langues. Ils verront ma gloire. » L'évangile est annoncé parmi tous les peuples de l'univers et comme le dit encore le prophète : « Ces messagers annonceront ma gloire parmi les nations. » et paradoxalement l'incroyance progresse sans cesse dans nos pays de vieille chrétienté. N'imitons pas les fils d'Abraham, qui soucieux de garder leurs privilèges, refusaient à d'autres l'accès du Royaume. Faisons plutôt route avec les jeunes Eglises. La Porte est largement ouverte à tous.