4e dimanche de l'Avent, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Matthieu ne devait pas être en très grande forme lorsqu'il a commencé à écrire son évangile. En quelques lignes, que de contradictions ! Nous découvrons que Marie avait été accordée en mariage à Joseph. En termes modernes, nous dirions qu'elle est sa fiancée. Au verset suivant, il décide de la répudier, mais pour faire cela, ils devaient être mariés et enfin, un peu plus loin, l'ange lui dit : ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse. Alors fiancée ou épouse ? Pour les esprits contemporains, il y a ici un petit problème dont les conséquences sont importantes pour la compréhension du texte. Tournons-nous vers la culture juive de l'époque. Pour eux, les fiançailles étaient le temps qui commençait au moment où les parents avaient décidé que leurs enfants se marieraient. Vient ensuite le temps du mariage, c'est-à-dire l'année avant le mariage où les jeunes fiancés ratifiaient l'engagement de leurs parents respectifs. Nous sommes sans doute au cours de cette année-là dans le récit de Matthieu. Durant les douze mois précédant la célébration, si le fiancé mourait, la fiancée était appelée « une vierge qui est veuve ». Une séparation équivalait à un divorce. Et le mariage clôturait cette année. Comme nous le voyons, dans la culture juive, il n'y a pas de contradiction dans le texte. Pourtant l'histoire racontée par Matthieu a vraisemblablement dû faire scandale dans le petit village de Nazareth : une fiancée enceinte avant le mariage ! Les commentaires ont dû aller bon train dans les chaumières. Et je crois qu'il y a deux manières de recevoir et de vivre un tel événement aujourd'hui encore. La première est de nous enfermer dans le côté sensationnel et soi-disant scandaleux de l'événement. Nous entrons de la sorte dans le processus de médisance, du ragot qui va alimenter nos conversations. Nous discutons en étant persuadés que nous avons en main tous les éléments pour évaluer la situation, la juger et surtout la condamner. Ce texte nous invite à oser faire un retour sur nous-mêmes : combien de fois dans nos vies n'entrons nous pas dans une telle dynamique, comme si le cancan mondain était quelque chose de vital. Comment se fait-il que médire fait tellement partie de la vie ? Le ragot permet parfois de se sentir mieux que les autres ; il est un moyen de dépasser une certaine jalousie, une occasion de ne pas devoir se remettre en question, un outil pour se rassurer par rapport à ses propres failles, ou encore une façon pour se rencontrer sans se dire et sans être vulnérable. Pourtant, le ragot est quelque chose de lâche et signe de médiocrité humaine. En effet, nous pensons que nous savons. Alors qu'en fait, nous ne savons rien, nous ne connaissons pas tous les tenants et aboutissants de la situation. Dès lors, lorsque nous nous sentons envahir par une telle dynamique, faisons en nous l'exercice d'humilité de reconnaître qu'il nous manque trop d'éléments pour vraiment comprendre. Que l'histoire de Joseph nous rappelle que nous ne comprenons pas tout, qu'il y a souvent de l'exceptionnel qui nous dépasse et qui ne nous regarde pas. Notre bonheur fondé sur le « dire du mal des autres » restera toujours éphémère et se retournera un jour contre soi. Pour nous, Joseph a pris le risque de la condamnation parce que nous susurre-t-il, il y a une autre manière de recevoir l'événement. Une manière qui fait grandir et fait avancer. Sans comprendre, sans avoir la prétention de tout saisir, Joseph dont on sait si peu de choses, nous invite, chacune et chacun dans son for intérieur à faire l'expérience de la confiance. La confiance d'abord en l'autre. Trop d'éléments échappent à notre compréhension pour saisir la grandeur du mystère qu'il vit. Ce que Joseph a vécu est incompréhensible, est de l'ordre de l'indicible mais il a fait confiance, il a bravé la médiocrité humaine pour laisser advenir un mystère, le plus beau mystère de la création : laissez à Dieu le moment d'être avec nous. Par la confiance de Joseph en l'Esprit, Dieu-avec-nous, l'Emmanuel peut se donner et se célébrer. Que Noël que nous fêterons dans quelques jours soit pour nous aussi une occasion de fermer en nous l'espace aux ragots pour vivre à jamais de cette confiance. Les regards que nous nous porterons les uns aux autres se transformeront et deviendront signes de Dieu-avec-nous. Alors notre communauté vivra. C'est pourquoi l'histoire de Joseph, au-delà de son mystère, est école de vie. Amen.

4e dimanche de Pâques, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

En ce dimanche des vocations, me revient à l'esprit l'histoire suivante : un jour, saint Vincent de Paul reçut une lettre d'une responsable de formation, celle-ci dit au saint : « cher père, nous avons actuellement chez nous deux novices, la première est très pieuse, elle passe son temps à prier à la chapelle mais son regard est tellement mélancolique, elle semble si triste. Puis il y a la seconde, une « indomptable » mais dont la joie se lit sur le visage et qui est toujours de bonne humeur ». Que dois-je faire demanda la s½ur ? La réponse du saint fut cinglante : débarrassez-vous de la mélancolique et gardez l'indomptable. Voilà de quoi remettre un peu les pendules à l'heure. Tout comme les textes de ce jour d'ailleurs puisque tous trois nous parlent de « salut ».

Salut ? Etre sauvé ? Mais qu'est-ce à dire ? La réponse se trouve dans l'évangile que nous venons d'entendre. Etre sauvé, c'est tout simplement avoir la vie en abondance. Voilà le sens premier, le sens principal du salut tel que le Christ nous propose de le vivre. Vivre sa vie en abondance, aller jusqu'au bout de soi-même, c'est-à-dire s'accomplir, se réaliser. Nous pourrions même dire s'épanouir. En fait, tout simplement, être heureux. Voilà le sens du salut, cette abondance de vie à laquelle nous sommes toutes et tous appelés. Jésus, Fils de Dieu, s'est incarné d'abord et avant tout pour nous montrer un chemin précis d'humanité, une porte par laquelle passer. Même s'il n'y avait pas eu le péché, Dieu se serait incarné. Il n'a pas eu besoin de nos manquements d'amour pour venir vivre notre vie d'homme. Dieu attend donc bien de nous que nous allions jusqu'au bout de nous-mêmes. En effet, nous sommes par définition des êtres inachevés, vivant dans un monde inachevé. Nous sommes toujours en quête d'un plus-être, d'un mieux vivre. Un peu comme si nous avions en nous cette certitude que nous ne sommes jamais pleinement arrivés. Pour se réaliser, pour être sauvé, il faut prendre le temps de s'arrêter, prendre le temps de vivre. Je crois même pouvoir affirmer qu'il faut attendre pour pleinement s'atteindre. Notre vocation d'hommes et de femmes, en tant qu'être humain, est donc de ne jamais s'arrêter dans notre quête incessante de l'épanouissement. Voilà le sens premier du salut. L'expérience de nos vies, nous montre, nous démontre que ce n'est pas quelque chose de facile. Que de fois, nous trébuchons sur le chemin de nos vies, nous nous égarons dans les méandres tortueux de nos pensées. Nous devons alors, aussi être sauvé de tout ce qui nous empêche de devenir nous-mêmes. Et voilà le second sens du salut. Hélas pour nous, mais au cours des siècles, ce second sens est devenu premier quitte même à en oublier le salut d'accomplissement au profit du salut des péchés.

Jésus est également mort pour nos péchés, nos manques d'amour. Trop de choses encombrent nos routes pour être ce que nous sommes appelés, par vocation humaine, à être. Mais en quoi, est-ce que Jésus est mort pour nos péchés, puisque nos livres d'histoires mais également nos journaux nous rappellent chaque jour des actes de violence, de mépris, d'absence de tendresse et d'amour. En quoi Jésus nous sauve-t-il donc ? Venant du pays de la bande dessinée, permettez-moi d'illustrer ce second sens du salut par, ce que j'oserais appeler, une parabole moderne. Il était une fois, un homme qui mourut. Il arriva au ciel dans une immense salle de cinéma. Très confortable par ailleurs. Il était là. Seul. Terriblement seul avec tous ces fauteuils vide. Et voilà que tout à coup, de par derrière l'écran arrive un ange qui lui souhaite la bienvenue et lui fait savoir qu'il va assister à la projection du film de sa vie, c'est-à-dire que tout ce qu'il a dit, fait, voire même pensé va apparaître à l'écran. Vous imaginez bien qu'au terme de la projection, notre homme est tout à fait effondré dans son fauteuil et est heureux de voir apparaître le mot « fin » à l'écran. Et voilà, que toujours par derrière l'écran, notre ange revient pour lui dire : nous espérons que tu as apprécié la projection. Tu t'es sans doute demandé pourquoi, il y avait autant de fauteuils dans cette salle alors que tu es tout seul. Et bien voilà, nous allons projeter à nouveau le film de ta vie, mais cette fois, tous ceux et celles qui sont acteurs dans ton film vont venir te rejoindre dans la salle. Vous imaginez l'horreur. Et bien, de manière imagée, c'est cela le second sens du salut. Dieu le Fils nous sauve de cette deuxième projection. Par sa mort, elle n'aura jamais lieu.

Et le Christ ce soir vient nous retrouver dans l'intime de notre être par les mots de saint Jean. Oui, j'ai pris sur moi le poids de vos manquements ; oui, je continue à prendre sur moi, comme si je vivais un vendredi saint éternel, tout ce qui vous encombre, tout ce qui vous empêche de devenir ce à quoi vous êtes appelés, c'est-à-dire vous-mêmes. Tout cela est bien vrai mais c'est second, car dans le c½ur de Dieu, dans la venue de son Fils parmi nous, le salut, c'est tout simplement, tout tendrement, recevoir la vie, mais la recevoir en abondance. Que jamais, ô combien jamais, nous ne gaspillions un tel cadeau. Il vient du ciel. Et cette vie en abondance nous ne la recevons qu'une seule fois. Ne passons pas à côté, nous convie Jésus.

Amen.

5e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

« Notre Père qui es aux cieux », phrase que nous connaissons toutes et tous puisqu'elle introduit la prière que nous récitons à chacune de nos eucharisties. « Notre Père qui es aux cieux », si nous croyons qu'il est vraiment aux cieux, cela signifie quelque part qu'il n'est plus sur terre. Dieu, aux cieux, les créatures sur la terre. Telle est bien notre situation. C'est parce qu'il est aux cieux, que Dieu non pas nous complimente mais nous rappelle aujourd'hui encore qui nous sommes si nous croyons en lui sur cette terre. « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde ». Ce ne sont pas des invitations, des projets à notre encontre mais bien des affirmations divines. Un peu comme si Dieu nous disait : vous voyez, moi, je suis ici au ciel, ce n'est que par vous que je peux vivre sur terre. C'est par vous, avec l'aide de l'Esprit évidemment, que le monde me connaîtra, que le monde m'aimera. Et c'est pourquoi tout simplement vous devez être le sel de la terre et la lumière du monde.

Deux affirmations, deux injonctions pour définir ce qu'est la vie chrétienne, une vie de foi. La foi, en tout cas pour Dieu d'après les dires de son propre Fils, n'est pas quelque chose d'incolore, d'inodore et d'insipide. La foi est cette touche qui donne un tout autre goût à la vie, un goût merveilleux puisqu'il est celui du bonheur. Mais est-ce si vrai que cela : la foi nous donne-t-elle vraiment le bonheur. Sommes nous signes et témoins de notre foi, dans nos gestes, nos actes et nos paroles ? Un homme écrivait un jour dans son journal intime, un événement qui lui semblait bien extraordinaire : « aujourd'hui je suis allé à l'Eglise et je n'ai pas été déprimé. C'est vrai, je croirais plus facilement en ce Dieu d'Amour et de Bonté si tous ces gens qui se prétendent croyants n'étaient pas habillés en couleur de tristesse et n'avaient pas des têtes et des comportements de croque-morts ». Ce ne sont évidemment que quelques phrases tirées d'un journal intime qui n'engage que leur auteur. Pourtant, elles me semblent trop souvent encore criantes de vérité, comme si notre foi se résumait au bois de la Croix. Limiter le combat de la vie au combat de la croix est une erreur car la Croix à laquelle nous croyons est une croix fleurie, une croix brillante, une croix de lumière, celle de la résurrection. Nous sommes signes de Dieu, signes de Jésus lorsque nous faisons transparaître cette lumière qui nous habite plutôt que la pénombre de nos inquiétudes et questions. La foi est avant tout confiance. Une confiance en un mystère qui dépasse toute compréhension, une confiance en une vie qui va au-delà de notre vie, et une espérance que le bonheur est déjà à vivre sur cette terre.

Dieu a besoin de nous pour continuer à exister sur cette terre. Il n'attend pas de nous, me semble-t-il, que nous soyons de simples enseignants, transmetteurs d'un savoir d'une génération à l'autre. Dieu attend de nous que par notre bonheur de vivre, par notre épanouissement, notre manière d'être nous donnions aux autres le goût et le désir de croire en ce Dieu qui nous accompagne sur nos chemins même s'il nous semble parfois bien silencieux. Si la foi éclaire nos routes, elle doit également éclairer celles des autres. C'est bien la multitude des lampes que nous sommes qui doit éclairer le monde dans lequel nous vivons. Ni plus, ni moins. Etre lumière du monde, c'est accepter d'être des diffuseurs de joie. Voilà à quoi se résume notre vocation baptismale : être des diffuseurs de joie. Mais pas n'importe quelle joie !

Une joie pure à l'image du sel que nous sommes. En effet, pour les Romains, à l'époque de Jésus, le sel était symbole de pureté puisqu'il provenait selon eux des deux choses les plus pures de l'univers : le soleil et la mer. La joie que nous sommes appelés à diffuser prend sa source dans la pureté de nos intentions, de nos paroles et de nos actes. Elle prend source dans cette pureté de Dieu qui vit au plus profond de nous-mêmes. « Sel de la terre, lumière du monde », non pas ce que nous serons un jour, mais ce que nous avons à être dès maintenant. Amen.

6e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Mt 5, 17-37

« Je ne suis pas venu abolir la loi mais bien l'accomplir », nous dit Jésus ce matin, mais qu'est-ce à dire. N'y-a-t-il pas une contradiction dans les propos de Jésus. En quoi vient-il accomplir la loi, alors que ce qu'il demande semble aller bien au-delà de ce que les juifs devaient vivre pour respecter la loi ancienne. Comme si la loi nouvelle de Jésus était beaucoup plus exigeante que la loi de Moïse. Il y a une différence entre la loi de l'Ancien Testament et la loi nouvelle proposée par Jésus. La loi ancienne se vit par devoir, la loi nouvelle se vit par amour.

En accomplissant la loi, le Christ libère ses disciples de la loi c'est-à-dire qu'il l'inscrit à jamais au fond des coeurs. Le Christ inscrit la loi au fond des coeurs, parce qu'il dit à ses disciples que ce qu'ils faisaient auparavant par respect de la loi, c'est-à-dire par devoir, par soumission, tristement, ils le feront dorénavant par amour, c'est-à-dire librement. Par exemple : le respect de la vie était, dans la loi de Moïse, une contrainte, un impératif, un commandement : « Tu ne tueras point ». Cette loi devient, dans la bouche de Jésus, l'affirmation joyeuse de l'amour de l'autre, le respect de sa liberté, de la justice... « Vis, heureux es-tu ». Un peu comme dans cette formule de saint Augustin : « aime et fais ce que tu veux ». Si tu vis dans l'amour et par l'amour, tu n'as que faire des lois puisque tu aimes. L'amour devient ainsi la valeur par excellence. En effet, lorsqu'une vie est fondée sur des valeurs, elle s'enrichit et grandit. Les valeurs ouvrent le chemin de la tolérance, de la rencontre et du respect de la différence, même lorsque nous ne la comprenons pas. Il y a alors lieu de refusez les principes, ces derniers sont signes de mort et tuent la relation. Immanquablement, ils conduisent à l'intolérance et ils enferment l'être humain dans sa prison intérieure. Tristes principes que nous utilisons bien souvent, mais en fait pour nous protéger de nos propres angoisses. Tandis que ces valeurs qui nous habitent et font notre richesse sont portés par cette vertu qu'est l'amour de l'autre au nom de l'amour du Tout Autre. Et là, c'est la vie qui jaillit en vous et autour de vous.

Ceci revient à dire que nous pourrions appeler « principe » tout ce que nous faisons par devoir et « valeur » tout ce que nous faisons par désir et/ ou par amour. C'est pourquoi les valeurs nous libère des principes. Quelle mère nourrit son enfant par devoir, par principe ? On ne le fait pas par devoir mais par amour. L'amour y suffit et vaut mieux. D'ailleurs, tant qu'il y a de l'amour, tant qu'il y a du désir, nous n'avons pas besoin de devoir. L'amour libère des principes, l'amour libère de la loi. En nous disant qu'il est venu accomplir et non abolir, Jésus tente de nous montrer que la loi et l'amour ne s'opposent pas, mais sont deux moments dans un même processus : on commence par se soumettre à la loi puis on comprend qu'il est encore mieux de faire par amour ce qu'on nous a appris à faire par devoir. La loi et l'amour sont donc deux choses différentes mais pas opposées au sens où on devrait choisir entre les deux. La vérité, c'est que nous avons besoin des deux : quand l'amour est là, on n'a plus besoin de loi : nous n'avons besoin de loi que faute d'amour. C'est bien pourquoi nous avons hélas aujourd'hui encore terriblement besoin de lois parce que le plus souvent l'amour n'est pas là, le plus souvent l'amour brille par son absence. Un peu comme si Jésus nous disait ce matin, dans toutes les situations où nous ne sommes pas capables de vivre à la hauteur de l'amour, c'est-à-dire à suivre le Nouveau Testament, il nous reste à respecter au moins l'Ancien Testament, c'est-à-dire à nous soumettre à la loi. L'abolition de la loi conduit immanquablement à l'anarchie, au drame. Par contre, l'accomplissement de la loi conduit à l'amour inscrit dans le coeur de chacune et chacun. Principes ou valeurs ? Loi ou amour ? A nous de choisir ce qui conduit à la vie, mais à une vie en abondance.

Baptême du Seigneur, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Noël
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Et si cette histoire nous arrivait aujourd'hui. Imaginez-vous un instant au bord d'une rivière. Et voilà qu'au moment où un homme sort de l'eau, des cieux vous entendiez une voix proclamant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis toute ma confiance. Diverses réactions sont possibles : la peur d'abord, ensuite certains chercheraient à trouver la supercherie, le truc, les haut-parleurs, (un de ceux qui a préparé cette célébration entrerait dans l'eau pour que cela lui arrive aussi (il avait oublié que Jésus était Fils unique)), ou encore la fuite face à un tel mystère. Après l'étonnement, certains d'entre nous accepteront peut-être une telle déclaration en provenance des cieux. Honnêtement, je dois reconnaître que je ne ferais sans doute pas partie de leur groupe ; mon scepticisme étant bien accroché. Peur, suspicion, doute, sentiments qui nous traverseraient face à un tel événement aujourd'hui alors que, lorsque nous lisons le texte de l'évangile que nous venons d'entendre, nous le recevons sans trop de difficulté. Cela s'est passé de la sorte et puis voilà. C'est merveilleux, c'est également énigmatique mais c'est tout à fait possible puisque Dieu est Dieu. Hésitation si aujourd'hui ; conviction parce que cela s'est produit hier. Pourquoi une telle différence ? Sans doute, pouvons-nous affirmer : la foi se reçoit par révélation, elle se vit et se confirme par la contagion. Permettez-moi de reprendre cette dernière phrase. La foi se reçoit par révélation, elle se vit et se confirme par la contagion. D'abord, la foi se reçoit par révélation. Comme Jésus, nous aussi, lors de notre baptême, et ce quelle soit notre confession chrétienne, nous avons reçu l'Esprit de Dieu. Cet Esprit, dans sa discrétion et son silence, depuis cet instant, croyons-nous, nous façonne et nous construit. C'est cet Esprit qui nous fait croire que tout cela s'est réellement passé comme l'évangéliste nous le rapporte. Par Lui, nous lisons le baptême de Jésus avec les yeux des croyants. C'est une croyance, une espérance et non une certitude. La foi ne peut pas se prouver. Par le baptême nous entrons dans une dynamique de vie, dans une dynamique divine. L'Esprit de Dieu, reçu au baptême, nous pousse et nous conduit à aller à la rencontre du Fils Jésus. Et ce dernier, nous ramène toujours au Père. Il ne se complaît pas dans sa divinité, il invite à ce retour incessant vers le Père. Jésus, Fils de Dieu, né dans une crèche, reconnu comme tel par des bergers et des mages et puis oublié des siens pendant une trentaine d'années. Il est maintenant à même de commencer sa mission , celle qui nous ouvre une voie de salut, un chemin de bonheur. Mais pour mener à bien une telle tâche, il fallait qu'il se donne et se découvre comme Fils de Dieu. Jésus n'avait pas besoin du baptême de Jean comme tel. Son baptême était important parce qu'il était lieu de révélation, d'une autre forme d'épiphanie. Et pourtant, souvent, notre foi ne peut se contenter de la révélation. Pour se vivre, se confirmer et grandir, elle a besoin de contagion. Notre foi n'est pas seulement lieu d'une relation privilégiée et personnelle entre soi et le divin. Elle se nourrit également de la rencontre avec celles et ceux qui nous entourent. Notre foi doit être contagieuse au point d'en devenir l'une des plus grandes et merveilleuses épidémies de l'humanité. Dieu attend de nous des êtres en chemin et heureux de vivre parce qu'ils trouvent au plus profond d'eux-mêmes les échos de leur raison d'être. Notre foi ne peut s'emprisonner, elle nous a été donnée comme un flambeau à passer, à partager. C'est la manière dont nous la vivons, c'est le bonheur que nous en retirons qui nous rend crédible et qui nous permet de devenir contagieux les uns pour les autres. C'est tout simplement cela inviter l'autre à entrer dans l'eau. Dans la foi, la contagion n'est pas un mal, mais une nécessité. Ne craignons pas de contaminer celles et ceux que nous croisons sur nos chemins. Si la foi nous fait vivre et nous rend heureux, notre contagion sera douce et agréable. Révélation et contagion, deux dynamiques de notre baptême. L'une nous est donnée, l'autre, nous en sommes responsables. Par la contagion, la foi n'est pas un symptôme mais un syndrome de bonheur. Ne l'oublions jamais. Amen.

Dimanche de Pâques

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : A, B, C
Année: 1998-1999

Jn 20, 1-9

Jésus Fils de Dieu, mais quel Fils exemplaire ? Sans que son Père céleste ne le lui demande, il range sa « chambre tombale » : la pierre est roulée, les bandelettes et le linceul sont pliés et mis à leur place. Voilà le Fils rêvé que tant de parents auraient aimé avoir, je crois. Tout est en ordre, tout semble clair et pourtant un seul verra et croira. Je nous propose de nous arrêter un instant sur le rôle de Jean. De nous arrêter et de nous reposer.

En effet, l'évangile de ce soir est un évangile fatigant, épuisant, surtout en cette fin de week-end. Ils n'arrêtent pas de courir : d'abord Marie-Madeleine, ensuite Pierre et Jean. Je suis déjà essoufflé à leur place rien qu'en lisant cet épisode. Jean, plus jeune, arrive le premier, c'est vrai mais il n'entre pas. Pierre le suit, entre directement dans le tombeau et ne comprend pas. Comment aurait-il pu d'ailleurs.

Pour comprendre la résurrection, pour saisir un tel mystère, tout comme Jean, il faut s'arrêter. Il faut prendre le temps. Un peu comme si cette histoire d'il y a bientôt deux mille était encore et toujours notre histoire aujourd'hui. Nous aussi nous n'arrêtons pas de courir, nous sommes pris tout le temps au risque de nous faire dépasser tant par les événements que par nous-mêmes. Tout va tellement vite, que je n'ai même pas vu le Carême passé, nous confiais l'un de ceux qui a préparé cette célébration. C'est dingue, alors que le Carême était cette occasion qui nous avait été donnée pour revenir à l'essentiel, pour reprendre un peu de temps pour vivre du bonheur, voilà que, pour certains d'entre nous, nous sommes passés à côté. Heureusement, il n'y a pas lieu d'attendre un an, cette quête, cette conquête de l'essentiel, nous pouvons la vivre à chaque instant de notre vie. Mais pour se faire, il faut être capable de s'arrêter. Or de cela, nous en avons parfois peur. Pourquoi ? Peur de croire que nous ne pourrons pas tout faire. Peur peut-être de découvrir le non sens d'un ensemble de choses que nous faisons, comme si je prenais le risque de prendre conscience que je ne fais pas grand chose de ma vie, que je la gaspille. Peur aussi d'être face à nous-mêmes et de se poser les vraies questions. Etre capable de s'arrêter, c'est donc sans doute oser être confronté avec soi-même pour pouvoir contempler ce que nous sommes et ce qui nous fait vivre. Mais comme le fait remarquer l'évangile de ce soir, cela n'est pas suffisant. C'est tout simplement la première partie de la démarche. Pour comprendre, pour tenter de saisir une partie du mystère de la résurrection, de la vie, il faut d'abord s'arrêter, faire le vide.

Vient ensuite une seconde étape, sans doute la plus essentielle, celle du désir de comprendre. Ma démarche n'est pas seulement intellectuelle, elle prend sa source dans le désir. Il faut d'abord désirer comprendre avant de comprendre. Si je veux être à même de réaliser un exercice de maths, de physique ou pire encore de chimie, il faut que naisse en moi d'abord le désir de le faire. Tant que le désir n'y est pas, je n'y arriverai pas et je ne comprendrai pas. Tant pour les maths, le physique ou la chimie, il n'y a pour le moment aucun danger pour que ce désir soit en moi, soyez rassurés. A partir de cet exemple, je crois pouvoir affirmer que pour désirer comprendre, il faut d'abord désirer. Ce qui nous fait continuer, ce qui nous fait avancer, ce qui permet à Jean de comprendre le mystère du tombeau vide, c'est le désir, c'est-à-dire l'amour. Après s'être arrêté, après avoir laissé Pierre entrer le premier, Jean trouve en lui la source du sens, le fondement de l'essentiel. C'est au coeur de son propre coeur qu'il trouve l'amour nécessaire pour entrer dans cette dynamique du chemin de foi qui lui permet soudainement de comprendre ce qui le dépasse totalement. Ce que Jean nous fait découvrir ce soir c'est que même notre raison doit être guidée par les sentiments de l'amour pour que nous puissions saisir ce qui donne sens à notre vie. Sans amour, nous ne sommes que des cymbales retentissantes, chante saint Paul dans son hymne. Il nous faut une dose d'amour pour comprendre la résurrection, il nous faut toujours autant cette dose pour continuer à vivre du Ressuscité. Cet amour se vit en nous, ainsi qu'au coeur des relations que nous avons les uns avec les autres, ainsi qu'avec le Tout-Autre. Prenons alors le temps de nous arrêter, de nous arrêter pour aimer.

Amen.

Epiphanie

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Noël
Année liturgique : A, B, C
Année: 1998-1999

Je ne sais pas si vous vous êtes déjà posés la question suivante : « qu'est-ce que Jésus a bien pu faire de ses cadeaux reçus des mages d'Orient ? ». Je n'ai pas pu trouver jusqu'à ce jour de réponse chez les auteurs sérieux. Nous savons qu'ils ont une représentation symbolique, l'or pour la royauté du Christ, l'encens pour le sacerdoce et la myrrhe comme signe précurseur de sa mort. Au-delà de ses symboles, seuls les humoristes ont tenté de répondre à ma question existentielle sur les cadeaux. D'après eux, comme Jésus est né dans une étable et qu'il y avait du bétail pour le réchauffer, l'encens a été utilisé directement pour donner un peu de fraîcheur à l'établissement. Comme Marie ne savait pas à quoi pouvait servir la myrrhe, elle l'aurait jetée, prétendent-ils. En ce qui concerne l'or, une légende raconte que les parents l'avaient gardé pour payer les études de Jésus dans un Collège Jésuite de Jérusalem. Arrivé à l'âge de 12 ans l'enfant refusa d'aller dans une telle école, il avait déjà la sagesse de l'Enfant Dieu. Marie donna alors l'argent en même temps que le rosaire à Saint Dominique qui fonda cet ordre merveilleux. C'est une légende, une très belle légende, à raconter aujourd'hui, puisque l'Epiphanie est également la fête de la communauté dominicaine de Froidmont. Ce ne sont pas seulement les cadeaux qui sont importants dans le récit que nous venons d'entendre mais plutôt le fait qu'ils aient été donnés. Les rois mages se sont dépouillés d'une partie de ce qu'ils possédaient pour pouvoir admirer l'Enfant Dieu dans sa crèche. Depuis ce jour, tout au long des siècles, les auteurs spirituels n'ont fait que nous rappeler que Dieu, Père, Fils ou Esprit, se rencontre dans le dépouillement, notre dépouillement intérieur c'est-à-dire dans un désencombrement de ce qui nous fait vivre habituellement pour que la vérité de la relation puisse se vivre. Depuis notre naissance, nous sommes en chemin sur la route de la vie. Toutes et tous nous sommes en quête d'une « crèche » intérieure. Les « crèches » sont multiples. Dans la nôtre se repose l'Enfant Dieu qui se manifeste à nous pour la première fois de la sorte. Cette crèche n'est pas mieux, ni moins bien que les autres qui ont existé et existent encore. Elle est la nôtre, c'est en elle que nous trouvons sens à notre vie. C'est l'Enfant Dieu manifesté qui nous montre un chemin possible de retour à l'essentiel. Si je crois qu'il y a plusieurs crèches depuis la création de l'humanité, je dois également reconnaître que les chemins pour y arriver sont innombrables. Il y a autant de chemins qu'il n'y a d'êtres humains. A chacune et chacun de découvrir le sien. Pour certains, ils sont tortueux, pour d'autres rocailleux, pour d'autres encore, ils sont des sentiers de vie où il fait bon marcher. Chacun a le sien et chacun y mettra le temps qu'il faut pour y arriver. Nous vivons dans l'espérance que nous n'arriverons jamais trop tard à la crèche intérieur. Nos chemins pour y arriver sont façonnés par nos destinées, parsemés de nos blessures intérieures, enrichis de nos bonheurs. Ils sont ce que nous sommes et ce que nous devenons. Et comme les mages, nous partons à la conquête de notre étoile. Il y a suffisamment d'étoiles dans le ciel pour que chacun puisse s'en approprier une et la suivre. Par notre présence en ce lieu, nous nous rappelons les uns aux autres que nous sommes des chercheurs de Dieu, des êtres en route et en quête de sens. Mais cette fameuse crèche intérieure est-elle véritablement l'essentiel de nos existences ? Guide-t-elle nos conduites et nos choix de vie ? En ce jour, Dieu se manifeste à nous. Le prenons-nous véritablement au sérieux ou bien est-ce une belle histoire parmi d'autres ? Quelques questions en cette fête de l'Epiphanie ? A chacune et chacun d'y répondre mais pour ce faire nous devons nous mettre et nous remettre en route pour redécouvrir en nous l'Enfant Dieu qui sommeille. Il est fragile. Il est mystère et nous remet face à notre propre mystère. L'Enfant Dieu manifesté se donne à nous et nous convie à nous dépouiller de ce qui nous encombre pour le rencontrer. Dieu résonne au plus profond de nos silences intérieurs. Entendre son souffle est une expérience qu'il nous est offerte à vivre. Si c'est vrai, il est alors temps de marcher à nouveau sur nos chemins. Amen.

Fête de la Sainte Trinité

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 1998-1999

C'est quand même fou que pour une fête comme celle d'aujourd'hui la liturgie nous propose juste 10 versets de la Bible. 10 versets pour trois lectures. A ce rythme-là, nous pourrions presque fêter la Trinité tous les jours. 10 versets dont seulement trois pour l'évangile. Etonnant, surprenant : si peu de mots pour un si grand mystère. En fait, en les méditant ces versets, nous pouvons constater que tout y est dit, qu'il n'y a rien à ajouter. Pas de chance pour vous, mais je me refuse à entrer dans ce type d'exercice de synthèse quant à mon sermon. 10 versets. 10 minutes de prédication. Je me réjouis déjà de la prochaine prédication, il y a 67 versets. Revenons à ces textes d'abord. Chacun d'eux exprime à leur manière une des personnes de la Trinité. De manière concise, de manière précise.

Commençons par l'évangile : en une phrase, toute l'Ecriture est résumée : Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. Dieu nous aime, Dieu m'aime. Qui sommes-nous, que valons-nous de si précieux pour que Dieu, oui Dieu, nous aime. Comme le rappelle, André Sève, dès que quelqu'un pense à nous, nous voilà heureux. Heureux de vivre, heureux d'exister parce que tout simplement aimé. Mais alors, comment se fait-il que nous ne ressentions pas le même bonheur, et un million de fois plus encore, lorsque nous découvrons que Dieu, Lui aussi, nous aime. La réponse est facile, poursuit notre auteur. Celles et ceux que nous aimons, ils ont un visage, leurs yeux nous sourient, leur voix nous émeut, nous les reconnaissons à leur pas. Mais Dieu ? Comment nous regarde-t-il ? Il est si difficile à imaginer, et tellement silencieux. Il est impossible à appréhender, à saisir. De Lui, nous ne savons presque rien, si ce n'est qu'il est Dieu. A la fois c'est rien et c'est tout en même temps. Et voilà que ce soir (matin), nous le redécouvrons dans notre première lecture. Dieu, le Père, se donne à nous en se révélant à Moïse : Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d'amour et de fidélité ».

Dieu est Père et Tendresse est son nom. Un nom qui exprime à la fois la beauté, la fragilité, la vulnérabilité, l'accessibilité divine. On nous avait dit que Dieu était loin de nous, qu'il vivait à des kilomètres-lumière sur son petit nuage et voilà qu'il se révèle à nous tout proche, tout près, tout en douceur puisqu'il est tendresse. Son visage est pour nous tendresse, c'est-à-dire une vibration de sentiments au plus intime de notre être. Elle nous effleure sans bruit, sans cri, comme une caresse que nous ne nous lassons jamais de recevoir.

Vient ensuite le deuxième visage de Dieu. Dieu le Fils, Dieu notre frère en humanité. En son Fils, il a ce visage qui récapitule tous les visages de la terre. Toutes et tous, nous sommes de par notre humanité, icône du Christ. Et voilà, cette fois, que Dieu le Fils, se révèle à nous dans le visage de celles et ceux que nous rencontrons. Mais Dieu notre frère se donne aussi par l'exemple de sa vie, par ses moments passés parmi nous et les Ecrits qui en témoignent. Dieu le Fils s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu, c'est cela le sens premier de son Incarnation, c'est cela obtenir la vie éternelle. Et nous voyons, que peu à peu, même avec seulement 10 versets, le visage de Dieu se précise, se dévoile à nous. Mais pour que cette image soit parfaite, il nous manque encore la troisième personne de la Trinité. Elle est la communion entre Dieu le Père et Dieu le Frère mais aussi entre le Dieu Trinitaire et son humanité. Cette communion porte le nom de la fleur de la Tendresse, c'est-à-dire l'amour. L'amour, ce quelque chose que les mots ne peuvent véritablement exprimer, est signe de la présence divine. Là où il y a de l'amour, il y a l'Esprit-Saint. C'est de cette manière qu'il se dévoile à nous et révèle ainsi une autre dimension du visage de Dieu.

Trois parties d'un même visage, trois personnes d'une même divinité. Normal qu'il n'ait fallu que 10 versets pour l'exprimer. Car Dieu n'est pas fait pour être appréhender, mais plutôt pour être médité, prié. Amen.

Jeudi Saint

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Triduum pascal
Année liturgique : A, B, C
Année: 1998-1999

Etonnante cette fête du Jeudi Saint. Fête de l'eucharistie par excellence, fête des prêtres paraît-il également ? Et voilà que pour une telle fête nous sommes toutes et tous invités à méditer le texte du lavement des pieds. Qu'est-ce à dire si ce n'est peut-être remettre les pendules à l'heure. D'abord la fête du sacerdoce : le lavement des pieds par le Christ nous rappelle que ce sacerdoce est avant tout un service, un service d'Eglise de par notre baptême. Au risque de décevoir mes chers frères en Saint Dominique, mais je ne le crois pas, notre sacerdoce n'est pas un mieux, un plus qui fait de nous des super-chrétiens. Nous sommes de simples baptisés, même si trop souvent hélas, aujourd'hui encore, nous sommes d'abord considérés dans notre fonction de prêtre, c'est-à-dire plutôt comme des êtres ayant déjà trouvés Dieu. La fête de ce soir, nous rappelle que nous aussi, quel que soit notre ministère nous sommes toujours des chercheurs de Dieu. Sans plus ni moins. Des chercheurs de Dieu, avec leurs doutes et leurs convictions.

Des chercheurs de Dieu, qui par la spécificité de leurs ministères célèbrent ce mystère qui les dépassent complètement : celui de l'Eucharistie. Temps que nous nous offrons au coeur de nos vies, fête de l'amour extrême, célébration de l'amour jusqu'au bout pour reprendre les termes de l'évangéliste. L'eucharistie, signe visible de Dieu, nous pousse à aller au-delà de ce sacrement de la rencontre entre le Père et son humanité. Il est force offerte en vue du service. Service d'Eglise, service du monde. L'épisode du lavement des pieds nous convie à faire ce chemin d'humilité au coeur de ce que nous sommes pour nous rappeler que tout ce que nous faisons, nous avons à le vivre comme un service, un don de nous-mêmes pour quelque chose qui nous dépasse et qui cependant nous fait vivre. De par le baptême, chacune et chacun, nous sommes appelés sur le chemin de nos vies, trouvant force dans nos eucharisties, pour donner un peu de nous.

Trop souvent dans nos communautés, par ce que nous faisons, nous attendons la reconnaissance des autres, voire même leur admiration. Et voilà que Jésus ce soir nous rappelle que notre tâche est service, service au nom de l'amour jusqu'au bout. Nous nous trompons et nous trompons celles et ceux que nous croisons sur nos chemins d'humanité, et peut-être même trompons-nous Dieu, si les raisons de notre travail, du don de nous-mêmes sont avant tout besoin de reconnaissance, quête d'identité. Ces dernières viennent par elles-mêmes, elles ne sont pas à chercher, à trouver. Notre unique moteur, d'après le Christ, c'est l'amour. L'amour du service, l'amour des choses simples. En fait, l'amour de la vie.

Comme si l'épisode du lavement des pieds était une invitation à découvrir que tout est à faire par amour. C'est vrai, il y a des choses que nous essayons d'éviter de faire, et pourtant, lorsque nous aimons, cela ne nous pose plus aucun problème de le faire pour la personne aimée. Le fait d'aimer importe plus que le fait de faire. Laver des pieds n'a rien de fort amusant ; laver les pieds de l'être aimé change la perspective, puisque l'amour rendre l'être premier. L'action qui découle de cet amour est légère, toute empreinte de tendresse et ne se soucie pas d'elle même puisque la personne aimée reprend sa place au coeur de la rencontre. Quelque part, Dieu en son Fils est fou de nous demander une telle chose. Elle demande un sacré chemin d'humilité : celui de refuser d'entrer dans cette spirale incessante de la reconnaissance, de faire taire en soi cette quête égocentrique pour tout simplement accepter de servir, uniquement servir par amour. Comme si cette fête du Jeudi Saint était un petit clin d'oeil envoyé du Ciel pour nous chanter qu'en tant que baptisés, il n'est plus question de prestige, de droits, de notre dignité égoïste mais bien d'une vie au service de l'amour jusqu'au bout. C'est parce que le Christ nous a aimé, jusqu'au bout, qu'il a été capable de traverser les épreuves que nous commémorons ces jours-ci. Que cet amour de Dieu, transfiguré dans nos relations, soit ce qui anime en vérité nos vies. La dernière Cène, l'eucharistie peut alors être vécue comme la fête de l'amour par excellence. Un amour qui va au-delà de ce que nous sommes pour se vivre à jamais en Dieu.

Amen.

Noël

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Noël
Année liturgique : A, B, C
Année: 1998-1999

Il y a quand même quelque chose de bien mystérieux dans cette fête de Noël que nous célébrons cette nuit. Tout aussi mystérieux que le mystère de ce Dieu qui s'est fait homme. Dans notre pays, et ce quelle que soit l'intensité de notre foi, nous fêtons Noël. Noël, fête de l'habillement, par excellence. Nous nous mettons sur notre 31 comme aux grandes occasions et nous allons même jusqu'à habiller notre maison : sapin, décoration intérieure et extérieure. Tout est là pour nous permettre de vivre une belle fête. Même si, c'est vrai, chez nous, nous n'allons pas, comme en Suède, jusqu'à changer les tentures et les cadres pour transformer complètement la pièce dans laquelle chaque famille célébrera ce moment tant attendu pour les uns, redouté pour les autres. Il y a vraiment quelque chose de merveilleux dans ce que nous vivons pour l'instant. De plus, au delà de l'habillement, Noël est aussi la fête de l'eau dans son vin et ce, même si notre réveillon a été bien arrosé. Chacune et chacun, nous faisons un effort pour que joie et paix règnent lors des différentes rencontres. Deux mille ans après cette naissance qui va complètement transformer notre humanité, il y a toujours du magique dans cette fête.

Oui, Noël est alors bien la fête d'une émotion. Une émotion qui nous fait remonter aux sources de nos racines les plus profondes. Elle est la première étoile dans notre ciel intérieur. Elle commence là - et se pose dans les tréfonds de nos silences les plus cachés. L'émotion est invisible en ses débuts, indiscernable dans nos visages. D'abord nous ne voyons rien. Nous sentons qu'elle naît en nous, c'est tout. Elle avance par elle-même, vers son propre couronnement : cette quête inlassable du bonheur. L'émotion passe comme une pluie de lumière au jardin. Elle laisse en nous une solitude toute fraîche, une connaissance calme. Elle est en nous comme une lumière douce dans les fins de l'été, à la tombée de l'enfance. Elle éclaire ce que nous aimons mais sans toucher à notre ombre. Elle effleure tout le champ de l'invisible des sentiments. Oui, les émotions donnent vraiment sens à nos vies, tout en les rendant elles-mêmes insensées puisque nous ne pouvons y graver les mots de notre ressenti, de notre émerveillement. Et c'est cet émerveillement qui crée en nous un appel d'air. L'éternel s'y engouffre à la vitesse de la lumière et dans un espace soudain vidé de tout.

Nous ne pouvons évidemment pas nous satisfaire de ne voler que dans l'espace de nos émotions. Elles sont essentielles à cette quête de vie dans laquelle nous nous inscrivons mais elles ne peuvent se suffire à elles-mêmes. Elles demandent à être reconnues pour devenir fondatrices de ce que nous sommes et devenons. Un peu d'ailleurs, à l'image de notre première lecture, Noël nous convie à vivre, année après année mais sans jamais se lasser, l'expérience d'un recensement intérieur. Un temps que nous nous offrons à nous-mêmes pour retrouver le sens de notre vie. Un chemin personnel pour revenir aux sources de ce qui forment les fondements de ce que nous sommes. Un recensement, entendu comme un retour à l'essentiel, c'est-à-dire à ce désir, voire même à ce besoin existentiel, de comprendre ce qui nous rend heureux. Un peu, comme si Dieu susurrait aux creux de notre ombre : « tu n'es toi-même que lorsque tu nais à toi ». La naissance à soi, c'est peut-être également partir à l'écoute de ses émotions les plus profondes, les faire exister pour remettre du merveilleux dans nos vies. Oh non pas un merveilleux sans attaches mais un merveilleux enraciné dans la naissance de l'enfant-Dieu. Si Noël touche à ce point à nos racines, à nos émotions, c'est parce qu'au fond de nous-mêmes, nous ne sommes pas indifférents au mystère de cet événement. Un événement qui dépasse d'ailleurs tout entendement. C'est pourquoi il reste d'abord avant tout de l'ordre d'une émotion : Dieu s'est fait homme. Si c'est par nos émotions que nous pouvons entrer dans ce mystère de Noël, c'est par notre raison que nous choisissons de chercher à tenter de le comprendre. Oui, cette nuit nous découvrons une fois encore qu'au-delà d'un sentiment merveilleux, Dieu notre Père nous offre un superbe cadeau : Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu. C'est en ce sens précis que cette fête nous touche si profondément, nous découvrons, nous redécouvrons que toutes et tous nous sommes appelés à devenir Dieu, à partager la vie divine. Quelle pari sur notre humanité, quelle espérance pour nous autres. C'est pour cela que nous pouvons chanter : oui, la vie est belle.

Joyeux Noël.

Amen.

Noël

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Noël
Année liturgique : A, B, C
Année: 1998-1999

Lc 2, 1-14

Noël, chaque année Noël. Temps étonnant au coeur de nos vies. Pour beaucoup d'entre nous, mais hélas pas pour tous, il est avant tout un temps de retrouvailles familiales dans une atmosphère différente. Habillement, décoration intérieure, repas, toutes les touches sont à la fête. A Noël, les discussions sont joyeuses et souvent plus profondes. Nous osons laisser l'espace à certaines émotions puisque des choses se disent et se racontent sous le regard de la colombe de la paix. Noël, fête de l'intimité, fête de la tendresse. Tendresse, mais qu'est-ce à dire ?

Vivre sans tendresse, nous ne le pourrions pas. Alors être aimé, c'est à toi que s'adresse ces quelques mots au plus profond de ton silence intérieur. La tendresse, il n'y en pas de bonne définition, chacune et chacun nous la cherchons, la composons. Elle est, entre nous, comme un souffle doux, une brise ineffable qui vient de notre âme, passe par le coeur pour se rayonner en chaleur subtile par les yeux, la voix, le geste, en fait par l'être tout entier. La tendresse est une lumière si fine, si ténue et cependant si forte lorsque tu la reçois. Elle t'illumine de l'intérieur et donne un autre sens à ta vie. Comme le dit la chanson, elle est quelque chose de l'amour puisqu'elle en est son essence. Si l'Amour était une fleur, le tendresse en serait son parfum et nous ne parviendrons jamais à nous en lasser. Ce parfum ne se mendie pas, mais se donne naturellement sans bruit, dans le silence de regards aimants. Comme dit le poète, elle s'ouate d'un silence particulier ou plutôt elle développe, même si elle se parle, au silence riche d'un fond d'assentiment. Il existe bien des sortes de tendresse et ses nuances mélodiques sont infinies. Elle se place dans les intervalles de la gamme musicale de l'Amour. Sa vibration ne connaît pas d'abaissement.

Et pourtant dans notre société, la tendresse a été abîmée, méprisée, sexualisée au point d'avoir peur de la donner et de la recevoir. Notre éducation ne nous y a pas préparée. Comment vivre l'amour, comment vivre l'amitié si la tendresse ne peut s'exprimer au risque d'être déconsidérée ? Noël nous convie à redécouvrir que la tendresse est après l'Amour, par-delà l'Amour, au-delà de l'Amour. Redécouvres-en toi la richesse et la beauté de la tendresse, laisse-la venir en toi et offre-là. En effet, la tendresse est la plus agissante lorsque tu la donnes sans qu'on te la demande. Donner de la tendresse, c'est donner un peu de la lumière de son âme. Un geste de tendresse est caresse. Prononce-le, doucement, tendrement, dans l'intime de ton coeur, ce mot-là et tu verras comment il te transformera. Ne crains pas le souffle de la tendresse, il dore tout ce qu'il touche, traverse et chasse les mauvaises moments, et surtout guérit les blessures, même les plus profondes. Tendresse-moi et laisse-toi te tendresser, entre nous naîtra cette douceur divine, signe d'une liberté profonde, celle qui laisse l'espace à ce que la vérité se vive. Le souffle de la tendresse est un souffle de souffle issu des profondeurs de nos âmes. Par notre présence, en ce lieu, cette nuit (ce matin), nous croyons et espérons qu'il vient d'une force très proche et très lointaine à la fois, une force qui ne veut pas se faire connaître et que tous et toutes cependant nous pouvons rencontrer et aimer. A cette force, nous lui donnons le nom de Dieu. Cette nuit (ce matin), Dieu s'est donné à nous, il s'est fait l'un de nous pour que nous puissions devenir l'un des siens. Il s'offre dans une simplicité déconcertante, dans la peau d'un enfant, image d'innocence par excellence. Il y a la famille, quelques proches, la création entière, terrestre et céleste pour nous faire découvrir un Dieu tout petit, tout simple, tout menu ; un Dieu de tendresse. Face à la crèche, nous nous agenouillons. Mais cette nuit, par la crèche, c'est Dieu, au travers de son Fils, qui s'agenouille devant nous pour que nous lui portions, nous aussi, une caresse de tendresse, à l'image de celle qu'il nous offre. Cette nuit (ce matin), c'est Dieu, le Dieu de toute tendresse que nous célébrons. Mystère de Noël, mystère de la vie, entre les êtres humains, entre la divinité et l'humanité, redonnons à la tendresse ses lettres de noblesse, elle est souffle de nos vies et c'est par elle, au plus profond de nos coeurs, que je nous souhaite : une heureuse fête de Noël. Amen.

13e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Un graduat un marketing n'aurait vraisemblablement pas fait de tort à Jésus. C'est vrai cela lui aurait pris ses trois années de ministère, mais quand même. Embaucher les gens en les décourageant à ce point, c'est presque tout mettre en place pour que le projet rate dès le départ. S'était-il lever du pied gauche ce matin-là ? Ne voulait-il comme disciples que ce que les anglais appellent « la crème de la crème », un Dieu élitiste ? Beaucoup de questions à partir de notre évangile. Je nous propose alors de passer en revue les trois rebuffades de ce jour et de voir si elles sont encore d'actualité pour nous ce soir (matin).

« Le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où reposer sa tête ». Une première exigence de vie nous est proposée, celle de ne pas nous installer, nous enfermer non dans le confort mais dans l'hyperconfort. C'est-à-dire de ne pas succomber à toutes les tentations offertes comme si elles étaient la raison même de la vie. Elles sont là, mais sont des moyens et non des fins en soi. Elles sont des moyens que nous nous donnons pour que la rencontre puisse se vivre. Avec de tels mots, le Christ met des exigences à ce point élevées que nous ne pourrons jamais lui reprocher de nous avoir trompé sur la marchandise. Faire vivre le Royaume de Dieu, en être membre, ce n'est pas rien puisque, comme saint Paul, le rappelle, c'est tout simplement, tout difficilement ce commandement « tu aimeras ton prochain ». Et pourtant télévision et journaux par la publicité nous montrent tant de choses, souvent superflues que nous avons envie d'acquérir pour notre propre confort. Celles-ci nous éloignent de la valeur de l'amour et dès lors rend notre vie à la suite du Christ plus difficile encore. Par ces mots, Jésus nous rappelle que l'essentiel est ailleurs que dans le matériel. Il est en nous, il est nous, comme le rappelle l'enfant de la deuxième lecture.

Vient alors la seconde rebuffade : « laisse les morts enterrer leurs morts ». Nous pourrions trouver ici, un Jésus contradictoire, sans coeur, ne permettant pas à un homme de vivre pleinement son deuil. J'aime assez l'interprétation qu'en donne William Barclay, théologien anglais qui raconte l'histoire suivante. Il y a quelques années, un fonctionnaire anglais vivant au Moyen Orient proposa à un jeune arabe très brillant une bourse pour aller étudier à Oxford (ou à « the other place », endroit qu'un Oxonien refuse de nommer). Celui-ci répondit évidemment « j'accepte volontiers votre offre mais laissez-moi d'abord enterrer mon père ». Normal, me direz-vous. Voilà un bon fils. Pas tout à fait, parce qu'à cette époque, le père du jeune arabe avait juste 40 ans et se portait à merveille. Ce fils, comme sans doute celui de l'évangile, avait peur de quitter ce qu'il connaissait pour se lancer dans l'inconnu. Cette phrase du Christ pourrait alors être comprise comme une invitation à plonger dans la vie au lieu d'aller rejoindre celles et ceux qui se contentent de la non-vie ou d'un vivotement. Comme il l'a dit ailleurs, chez Jean, « je suis venu, pour que vous ayez la vie en abondance ». Nous suivons le Christ lorsque nous cherchons tout ce qui favorise la vraie vie, celle qui fait grandir et qui nous épanouit.

Venons-en alors à la troisième rebuffade : « je te suivrai, mais laisse-moi, d'abord faire mes adieux ». Que de fois dans nos vies, ne remettons-nous pas au lendemain, ce que nous pourrions déjà faire aujourd'hui. Le problème, c'est que lorsque nous ratons une occasion, celle-ci s'offre rarement à nous de nouveau. Nous sommes passés à côté à force de lanterner, d'hésiter, comme si nous étions restés dans l'émotion sans être capable de passer à l'action. Si vous connaissez un peu la culture de la bande dessinée, le personnage qui illustre mieux ce comportement dénoncé par le Christ, c'est Gaston Lagaffe qui lorsqu'il range le courrier urgent fait des piles sur son bureau. La pile d'aujourd'hui pousse celle d'hier qui pousse celle d'avant hier etc. pour toutes aboutir dans la poubelle placée à côté du bureau. A force d'attendre, on ne fait rien. Et Jésus nous demande d'agir dès le moment où l'occasion nous est donnée et de ne pas nous enfermer dans un « lendemain à faire » qui ne viendra jamais.

Trois rébuffades pour un seul message : l'essentiel est en nous pour plonger dans la vie et aller toujours de l'avant, sans attendre. Comme si Jésus, en forme de clin d'oeil avant ce temps de vacances nous disait à chacune et chacun : à bon entendeur, salut. Amen.