Epiphanie

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Noël
Année liturgique : A, B, C
Année: 1999-2000

Et si c'était nous, tout simplement nous. Si nous nous étions mis à suivre une étoile plus lumineuse que toutes les autres. Si nous nous étions mis en marche à la quête de cette étoile, avec cette certitude intérieure qu'elle est venue se poser au-dessus de celui tant attendu. Si c'était nous, qu'aurions-nous pris avec nous pour un tel voyage ? Qu'aurions-nous apporter comme cadeaux à celui que nous pressentions comme l'enfant Dieu ? Voici une question parmi d'autres en cette fête de l'Epiphanie.

Le récit des mages n'a plus de secret pour personne. Au début de l'ère chrétienne, ils étaient douze, puis peu à peu ils sont devenus trois puisqu'ils n'y avaient que trois cadeaux. Ils ont été rois puis savants. L'un était vieux, l'autre d'âge moyen et le troisième beaucoup plus jeune, pour nous rappeler que toutes les générations sont présentes à la crèche. Ils sont venus d'Afrique, d'Orient et d'Occident pour rappeler que le monde entier est invité à suivre l'Enfant-Dieu. Enfin, l'or, la myrrhe et l'encens. Quelques versets et encore plus de symboles. Il y a 20 ans, ils ont fait la joie de la chanteuse Sheila et aujourd'hui encore et toujours, ils font le bonheur des enfants lors du partage de la galette des rois chez nous, ou encore en leur apportant des cadeaux comme en Espagne. La boucle est ainsi bouclée et nous revenons à notre question, mais quel cadeau pourrions-nous bien lui offrir ?

Un cadeau diront certains, c'est quelque chose qui doit faire plaisir à la personne qui le reçoit et ce peu importe ce que nous ressentons vis-à-vis de l'objet que nous offrons. L'important est d'offrir quelque chose qui rende l'autre heureux de recevoir. Non, affirmeront d'autres, un cadeau doit également dire quelque chose du donateur. Ce dernier ne peut pas être en contradiction avec son cadeau. De plus prétendront encore d'autres, un cadeau doit coûter. Un coût qui ne s'évalue pas spécialement en argent mais plutôt en temps. Un cadeau coûte, c'est-à-dire qu'il n'est pas pris sur notre superflu, sur notre surplus. Sa valeur augmente donc par le fait qu'il nous a obligé à faire des choix, à prendre du temps. Un cadeau est donc bien plus qu'un geste symbolique, voire même mécanique. Il dit quelque chose de la relation existante entre le donateur et celui qui l'a reçu. Il y dit toute la tendresse, le respect, la gratitude de l'offrant et c'est sans doute une raison et non des moindres qui fait que souvent nous préférons donner que recevoir. Un cadeau ne se réduit donc pas à un instant. Nous y avons réfléchi, nous avons fait des recherches, l'idée de l'offrir nous a rendu heureux et puis nous nous sommes aussi mis à imaginer la manière dont il allait être reçu. C'est pourquoi, je crois, les plus beaux cadeaux sont ceux qui n'ont aucune raison : ni anniversaire, ni Noël. Je t'offre ceci tout simplement parce que j'ai pensé à toi et je t'aime. Le don dit alors l'ampleur, la beauté et la profondeur de la relation. Et nous en arrivons presqu'à regretter de ne pas pouvoir donner aussi souvent. C'est vrai les cadeaux sont une manière que nous avons trouvé pour exprimer nos sentiments. Ils habillent notre pudeur à oser dire ce qui vit au plus profond de nous. Si un cadeau représente vraiment tout cela, nous pouvons comprendre que nous sommes parfois pris d'un vertige lorsque nous en recevons un.

Et voilà qu'aujourd'hui, nous sommes conviés à mettre nos pas dans les traces laissées par les mages de l'évangile. Dieu s'est fait enfant pour que nous venions nous aussi nous émerveiller devant un tel mystère qui dépasse tout entendement. Dieu se manifeste à nous d'une manière toute particulière et c'est dans cet enfant que nous Le reconnaissons. Jésus est l'enfant Dieu, c'est ce que nous croyons. Par sa venue, pour reprendre l'expression de saint Pierre Chrysologue, nous découvrons : « le ciel sur la terre, la terre dans le ciel ; l'homme en Dieu et Dieu dans l'homme ». Tant de merveilles contenues dans l'Enfant Dieu. Et ce matin (soir), nous sommes invités à refaire le voyage des mages. A la différence que le nôtre est tout intérieur. A nous de découvrir, redécouvrir cette étoile mystérieuse qui brille au plus profond de notre être, de nous mettre à la suivre pour retrouver le lieu de Dieu.

Et face à l'enfant Dieu sommeillant en nous, nous déposons chacune et chacun le cadeau que nous lui avons préparé : un peu de nous, tout de nous. Je ne puis répondre à votre place car ce cadeau-là est éminemment personnel.

Amen.

Epiphanie

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps de Noël
Année liturgique : A, B, C
Année: 1999-2000

Quand Jésus naît à Bethléem, il y a des bergers dans la même région. Ce sont des juifs, et la naissance du Christ leur est annoncée par des anges. Par le biais de ces anges, Dieu parle à son peuple comme il a parlé par Moïse et par les prophètes. Les mages ne sont pas juifs, ils appartiennent au monde dit païen. Ils habitent un pays lointain. Pour eux, il n'y pas d'ange qui leur annonce la présence de Dieu dans le monde. Ils n'ont qu'une étoile muette. Ils voient quand même l'étoile de Jésus, l'étoile du roi des juifs. Ils vont d'abord à Jérusalem annoncer l'apparition de l'étoile, puis ils la suivent jusqu'à ce qu'elle s'arrête au-dessus du lieu où se trouve l'enfant.

L'histoire est connue, mais elle n'est pas simple. Elle soulève quelques questions : Comment se fait-il que seuls les mages voient cette étoile ? Pourquoi les chefs des prêtres juifs et les scribes ne la voient-ils pas, eux aussi ? Peut-être qu'ils voient l'étoile mais pas ce qu'elle signifie. Une fois que les juifs comprennent sa signification, pourquoi n'accompagnent-ils pas les mages, pourquoi ne suivent-ils pas l'étoile, eux aussi, pour vénérer eux aussi leur roi ? Pourquoi Hérode ne les accompagne-t-il pas avec ses soldats pour assassiner l'enfant tout de suite ?

En lisant ce récit, on a l'impression que cette étoile est une étoile paradoxale. Elle apparaît dans le ciel, accessible à tout le monde, mais elle reste aussi cachée, de sorte que seuls ces quelques étrangers peuvent la voir, l'interpréter, la suivre. Bien qu'au ciel, loin au-dessus de la terre, elle peut indiquer aux mages qui la suivent le lieu précis où se trouve le petit enfant. Le phénomène publique qu'est l'étoile est en même temps, semble-t-il, un événement privé, un signe destiné uniquement aux mages. Bien que tout le monde puisse voir l'étoile, seuls les mages la comprennent. C'est uniquement aux mages que l'étoile révèle la présence du roi divin dans le monde, seulement aux mages qu'elle indique le lieu de sa présence. Dans un sens important, c'est leur étoile, l'étoile qui leur est destinée, qui s'adresse à eux. C'est une étoile muette, comme toutes les étoiles, mais elle leur parle. Plutôt, Dieu se révèle à eux par le biais de cette étoile comme il ne se révèle pas aux autres, ni juifs de Jérusalem ni aux milliers d'autres qui ont dû voir cette même étoile.

La fête de l'Épiphanie est censée être la célébration du moment où Dieu s'est révélé au monde non-juif. Dans ce récit évangélique, mystérieux et difficile à comprendre, il y a, me semble-t-il, une image de cette révélation. Nous vivons dans un monde publique, accessible, un monde plein de choses et d'événements que tout le monde peut voir, toucher, entendre. C'est un monde qui est plein de bruits mais qui, pour beaucoup, ne parle pas, qui reste muet. Si nous croyons que Dieu peut toujours se révéler dans ce monde, nous ne nous attendons pas à ce que des anges descendent du ciel annoncer la présence divine. Plutôt, il y a pour chacun de nous une étoile, quelque chose qui peut nous révéler la lumière de Dieu, un événement qui peut nous parler. Dieu peut s'annoncer à chacun de nous, à travers n'importe quoi - un sourire, une maladie, un bonheur, un malheur, même une étoile - même si, pour les autres, la chose ou l'événement reste muet.

A nous de garder nos yeux ouverts, d'être prêts à voir notre étoile, de la comprendre, de la suivre, jusqu'à ce que elle nous révèle le Dieu qui est né à Bethléem.

29e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

« Celui qu veut devenir grand sera votre serviteur. Celui qui veut être le premier sera votre esclave ». Voilà bien le genre de phrase du Christ qui ne me fait vraiment pas plaisir. Suivre Jésus, c'est être esclave, être serviteur. Mais qui d'entre nous normalement constitué a envie de perdre ses privilèges, son état d'homme ou de femme libre pour devenir escalve et serviteur. Il pousse un peu le Fils de Dieu en affirmant une telle chose. Serviteur, esclave c'est-à-dire un état de vie totalement tourné vers les autres, vers leur bien-être, comme si nous devions nous nier quelque part pour qu'eux existent.

Etonnante d'ailleurs cette notion de service. En effet, en consultant tant les dictionnaires Larousse que Robert, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir à quel point le service est présenté de manière négative. Dans les deux dictionnaires, cinquante pourcent touche à la notion de service militaire et beaucoup de ceux qui sont passés par là, n'ont pas vu ce temps à l'armée comme lieu d'épanouissment mais plutôt comme obligation à devoir accomplir. Quarante autres pourcent sont dévolus à la définition négative du service entendu comme travail à devoir acomplir, tâche imposée par la fonction, fait de se mettre à la disposition de quelqu'un par obligeance. Et enfin dix pour cent parlent du service comme une aide, une faveur. Alors si les dictionnaires s'y mettent aussi, cela signifie quelque part que cette notion de service soit rendue plus difficilement acceptable dans notre culture. [L'exemple de l'article de la promesse guide jamais choisi se comprend mieux dès lors].

Pourtant au c½ur du Royaume de Dieu, d'après les dires du Christ, la notion de service est essentielle. Comment la comprendre, la saisir. Peut-être tout simplement en relisant ce verset de Marc à la lumière de l'évangile de Jean où Jésus nous parle également de service. En Jean, le Christ nous annonce ceci : « Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis ». Comme si la notion de service s'entendait comme le début d'une démarche, d'un chemin humain nous conduisant d'un état de serviteur à celui de l'ami. Ou mieux encore, comme si chacune des tâches que nous accomplissons par devoir, par obligation, nous apprenions à les vivre, à les réaliser au nom de l'amitié c'est-à-dire par amour. Le service que nous sommes invités à réaliser est celui qui se vit dans l'amour. Rien de plus, rien de moins. Et l'exemple qui me vient à l'esprit est celui de la mère au foyer, vous savez celle dont on dit : « qu'est-ce qu'elle fait ta maman ? Rien, elle reste à la maison ». Comme si rester à la maison n'était rien faire. Pour le savoir, il faut en faire l'expérience. Quand une maman n'est pas là, nous nous rendons compte de l'ampleur de tous ces petits services qui font l'harmonie d'une famille. Ces derniers sont d'ailleurs si peu reconnus par notre société. Combien de mères au foyer n'ont-elles pas reçu comme gifle la phrase suivante : « toi, tu ne peux pas comprendre, tu ne travailles pas ». Or il ne faut pas avoir tout vécu pour comprendre. La compréhension est d'abord une affaire d'écoute, d'attention et surtout de tendresse à l'autre. Qualités partagées par tant de mères au foyer.

Le service dont le Christ nous parle ce soir est un service d'amour, c'est-à-dire un service qui demande une certaine forme d'abnégation de notre part, une certaine humilité mais également une certaine richesse : celle de découvrir que la vie se vit avant tout et surtout dans une multitude de petites choses. C'est la multiplicité des petits services qui permet à une communauté humaine d'exister. Il n'y a pas de services plus grands que d'autres. Ils ont tous leur place et leur importance. Tout au long de notre vie nous passons par des étapes où nous sommes soit servis soit serviteurs. L'important c'est de ne jamais déconsidérer l'autre. L'un n'est pas mieux que l'autre. Et le mépris éprouvé à l'égard de celles et ceux qui nous servent disent nettement plus le peu d'humanité de celles et ceux ayant un tel sentiment que de celui qui sert. Un jour nous servons, un jour nous sommes servis.

Ne l'oublions jamais. Recevons le service comme un cadeau de la vie, offrons nos services comme signe d'amité. Alors avec Jésus, nous pourrons nous dire les uns aux autres : « je ne nous appelle plus serviteurs mais amis ».

Amen.

5e dimanche de Pâques, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

La culpabilité. Voilà un beau thème. D'après certains, nous les catholiques, nous serions les champions de la culpabilité. En tout cas, certains milieux nous le reprochent de manière assez véhémente d'ailleurs. Nos regards, nos commentaires seraient pétris de cette culpabilité et nous aurions paraît-il même un don pour veiller à ce que tous ceux et celles qui croisent nos chemins se sentent coupables après notre rencontre. Cette image du monde chrétien, voire catholique est évidemment un peu caricaturale mais pourtant dans chaque caricature, il y a toujours quelque chose de vrai comme si une certaine forme de culpabilité nous collait à la peau.

Etant né l'année où débutait le Concile de Vatican II, je reconnais ne pas avoir été pétri dans mon éducation d'un tel sentiment. Pourquoi ? Parce que je crois qu'il y a eu un grand tournant au cours de ce Concile. Avant, et ce, jusqu'il y a encore quelques dizaines d'années, tout homme, toute femme était jugé sur ses actions. Actions qui étaient elles-mêmes tout à fait désincarnées de la personne. Vous allez me dire que je leur en veux, même si aujourd'hui heureusement pour l'Eglise ils ont eux aussi évolué, pendant quelques siècles, nos amis, enfin plutôt vos amis, les jésuites ont favorisé la morale de l'action. Ce qui importe avant tout c'est ce que nous faisons. Nous sommes jugés sur nos actions. Les explications, les excuses importaient peu, nous étions coupables puisque nous avions agi de la sorte. Une telle morale, me paraît humainement fausse. En effet, nous ne sommes pas toujours à même de comprendre le pourquoi de nos actes. Parfois, ils nous dépassent complètement. N'oublions jamais que nous restons des icebergs vis-à-vis de nous-mêmes. Nous connaissons et aimons ce qui est visible, nous percevons ce qui se trouve juste en-dessous du niveau de l'eau et le reste de l'iceberg reste un grand mystère même pour nous. Nos actions ne peuvent donc pas être dissociées de nos personnalité. Heureusement pour nous aujourd'hui, Vatican II est revenu à une tradition théologique plus ancienne, thomise pour dire vrai, donc dominicaine. Excusez-moi du peu. Cette tradition à laquelle j'appartiens préfère à la morale de l'action, plutôt l'éthique de l'être. C'est-à-dire une éthique qui tient d'abord question de la personne, une éthique qui refuse de dissocier nos actes de nos êtres. Nous formons un tout. Nos actions s'enracinent au plus profond de nous. La question n'est pas : « que dois-je faire ? ». Cette question est trop infantile. Non, la question qui doit nous habiter est la suivante : « qui ai-je envie d'être, qui ai-je envie de devenir ». Ayant répondu à cette question, je peux alors choisir les actes que je veux poser pour me permettre de devenir l'être que je suis. Il y a donc bien cette question préalable essentielle à la conduite de nos vies. Cette éthique est nettement plus positive mais elle n'empêche cependant pas que nous commettions certaines erreurs, voire même certaines fautes conscientes ou inconscientes. Nous pouvons alors être envahi d'un sentiment de culpabilité qui s'il n'est pas géré, grandit en nous jusqu'à complètement nous paralyser (à l'image de notre seconde lecture). Nous ne sommes plus à même de porter du fruit pour nous-mêmes et pour les autres. Or le Christ ce matin (soir) nous rappelle que l'arbre se juge à ses fruits. Dès lors entrer dans la spirale de la culpabilité ne nous permet pas de nous en sortir, d'éclore en nous l'ensemble de potentiels qui nous ont été offerts par la vie. Que faire pour pouvoir à nouveau donner du fruit ? Peut-être méditer la seconde (première) lecture de ce jour. S'enfermer dans la spirale de la culpabilité, c'est quelque part se condamner comme s'il n'y avait aucune issue possible ; c'est croire qu'il n'y aura jamais plus de lendemain ensoleillé ; c'est refuser de se pardonner pour l'erreur ou la faute. En fait, c'est jouer à Dieu. Pas n'importe quel Dieu, un Dieu qui juge et condamne nos actions. Ce n'est pas parce que nos actions sont mauvaises que nous le sommes pour autant. C'est pourquoi, Saint-Jean, dans sa lettre, nous rappelle : « si ton coeur te condamne, Dieu est plus grand que ton coeur, et il connaît tout ». C'est sans doute une des phrases de la Bible que nous devrions connaître par coeur et méditer constamment.

Notre Dieu refuse que nous nous enfermions dans une culpabilité stérilisante. Il veut pour nous la vie et nous invite à nous dépasser. Tout simplement parce que « si ton coeur te condamne, Dieu est plus grand que ton coeur, et il connaît tout ». Amen.

5e dimanche de Pâques, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

La culture de la vigne est très répandue dans les pays méditerranéens. Chez nous, nous nous contentons d'en consommer le produit : le vin.

Une belle vigne, quelle merveille ! Les feuilles regorgent de sève et les grains sont gonflés de jus ! Les grappes sont prometteuses d'un millésime qu'on savoure à l'avance. Une vigne plantureuse porte fièrement le nom de son propriétaire.

Il n'est pas étonnant que la vigne ait servi d'image familière pour exprimer une réalité bien plus profonde. Ainsi Israël est la vigne de Dieu.

Déjà le prophète Isaïe avait décrit les relations entre Dieu et son peuple : 'Mon ami possédait une vigne sur un coteau plantureux. Il y retourna la terre, enleva les pierres et installa un plant de choix. La Vigne du Seigneur tout puissant, c'est la maison d'Israël et les gens de Juda sont le plant qu'il chérissait" La parabole évoquait la tendresse, la sollicitude du Seigneur pour son bien. Il en attendait de beaux raisins, pourquoi n'en a-t-elle produit que des mauvais ?

Le psaume 79 reprend la même comparaison sous forme de prière nationale pour Israël en difficultés. "Cette vigne que tu as retirée d'Egypte, tu as déblayé le sol devant elle pour qu'elle prenne racine et remplisse le pays. Cette vigne, c'est le cep choisi que Yahvé a entouré de soins prévenants. Mais la clôture a été abattue ! La vigne ravagée, Dieu va-t-il laisser faire ?

Interviens pour cette vigne, Seigneur "

La "vraie" vigne, en réalité c'est Jésus. Il est le cep et les disciples sont les sarments. Ils participent à la vie du Christ comme les branches participent à la vie du cep auquel ils sont attachés. Il faut demeurer en lui, comme la racine s'accroche à la terre. En effet, le fils éternel du Père, Jésus-Christ seul peut conférer aux entreprises humaines une valeur d'éternité.

'Je suis la vigne et mon Père est le vigneron" Désormais, le plant choisi par le vigneron, n'est plus Israël, mais Jésus, le Bien Aimé. C'est lui le cep planté par Dieu et c'est lui, en même temps, le fruit incomparable. Le nouvel arbre de vie, c'est le peuple qui naît de Jésus et ne fait qu'un avec lui. Mystère de la sève dont le mouvement intérieur et discret a uni le cep aux sarments jusqu'à leur faire porter du fruit. "Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit !"

Immense vigne, le champ où les hommes luttent, peinent, donnent leur vie, sans savoir que le fruit qu'ils portent vient d'une sève cachée qui tait son nom. Le cep est devenu la nourriture des affamés de justice, la ressource subtile des pauvres, la sérénité inébranlable des doux, la grandeur d'âme des miséricordieux, la force des torturés, la fidélité des artisans de paix. "Celui qui demeure en moi, celui-là porte beaucoup de fruit." La vigne des hommes est désormais et pour toujours la vigne de Dieu. Heureux ceux qui savent humblement qu'ils sont eux-mêmes les sarments dont Jésus est le cep et le Père le vigneron ! Heureux ceux qui dans la patience et la ténacité, émondent la terre des hommes pour qu'elle porte son fruit le plus beau : ils sont la vendange de la vigne de Dieu !

3e dimanche de Carême, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : B
Année: 1999-2000


Jésus trouva installés dans le Temple les marchands de boeufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs boeufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs [et] renversa leurs comptoirs.

C'est une des scènes les plus difficiles de l'évangile . Il y a des scènes choquantes dans l'évangile, notamment les scènes de la Passion, où nous sommes confrontés à une violence et à une cruauté indicibles. Mais nous sommes malheureusement habitués à la violence humaine. Nous savons bien que nous, les être humains, sommes capables de violence et de cruauté. Mais la violence de Jésus, c'est autre chose. Jésus n'est pas censé être comme nous, mais meilleur que nous. Il nous enseigne l'importance capitale de l'amour, de la patience, du pardon, de ne pas se rebiffer contre les injustes et les violents. Il nous dit : « Venez à moi... Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur » (Mt 11:28-29). Et c'est pourquoi cette scène de la purification du Temple est choquante. Qu'est devenue la douceur de Jésus ? Jean nous dit que les disciples, en voyant ce que faisait Jésus, se sont rappelés le verset du psaume 68 : « L'amour de ta maison fera mon tourment ». Mais même si Jésus a fait ce qu'il a fait par amour de la maison de Dieu, est-ce que cela justifie sa violence ? Comment Jésus peut-il agir violemment tout en nous disant de renoncer à la violence ? Il y a une contradiction, semble-t-il. Peut-il rester notre modèle ?

Si ceci est notre question, ce n'était pas la question la plus évidente pour les gens de l'époque. Nous trouvons cette scène dans tous les quatres évangiles. Il ne semble donc pas qu'elle soit gênante pour l'église primitive. Et les Juifs qui étaient là n'ont pas réagi en déplorant la violence de Jésus ou en lui rapprochant la contradiction entre son enseignement et sa conduite. Ils lui disent : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? » Pour eux, ce qui justifierait ce geste de Jésus n'est pas une explication, mais un signe. Le signe qu'il faut est un miracle, ou quelque chose qui montre que Jésus a une autorité divine. Cela montrerait que sa violence vient, elle aussi, de Dieu. C'est-à-dire que pour eux l'intérêt de ce geste de Jésus est la possibilité que par son biais Dieu leur parle. Pour eux, le geste de Jésus est peut-être un geste, une parole, un signe de Dieu. Et Jésus leur parle du signe de la résurrection. « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai » ; et le temple dont il parlait, nous dit Jean, était son corps. Quand Jésus ressuscitera, ils comprendront ce que signifie son action, et ils sauront que Dieu est dedans.

Jésus, en mettant dehors tous les marchands, voulait en fait accomplir une prophétie du prophète Zacharie, dans le tout- dernier verset du livre de Zacharie, où le prophète parle du jour de la grande bataille où Dieu lui-même va apparaître. En ce jour-là, le temple et tout ce qu'il y a dedans sera saint, consacré à Dieu ; et en ce jour-là, dit-il, « il n'y aura plus de marchand dans la maison du Seigneur le tout-puissant » (Za 14:21). En purifiant le temple, Jésus dit que cette prophétie s'accomplit, que c'est la fin, que Dieu lui-même est là. Et c'est la résurrection, quand le temple son corps sera relevé, qui montrera que Dieu est présent en lui, et que c'est son corps qui est le vrai temple, la véritable demeure de l'esprit de Dieu.

Si la violence de son geste reste quand-même choquante pour nous, il faut dire que la violence est parfois nécessaire quand il s'agit d'un signe spirituel, un signe qui concerne ce qui est fondamental dans la vie humaine. Le but d'un signe est d'ouvrir nos yeux à quelque chose que nous ne voyons pas. Parfois, nous ne voyons pas parce que, pour le moment, nous faisons attention à quelque chose d'autre, et il suffit de nous rappeler doucement l'essentiel. Mais, parfois, nous ne voyons pas parce que nous sommes endormis, ou parce que nous sommes totalement pris par inessentiel et immergés dedans. Dans le temple, ç'aurait été une rencontre inutile si Jésus avait dit doucement aux marchands : « Messieurs, auriez-vous peut-être la gentillesse de mettre vos brebis ailleurs ? » Il fallait un geste dramatique, même violent et choquant, qui arrache leur attention et celle des autres Juifs, qui la retire de leur commerce bien-aimé, pour leur rappeler que Dieu est plus important que le commerce.

De même, dans notre vie, un rappel doux n'est pas toujours suffisant ; souvent, une lecture biblique, une homélie, ne nous impressionne pas, nous le savons tous. Il faut que Dieu nous parle parfois par le biais d'un choc qui nous rende attentifs à l'essentiel. Si nous nous endormons, il nous faut être secoués pour être éveillés. C'est pourquoi, quelquefois et avec un peu de recul, nous pouvons voir la main de Dieu même dans un événement de notre vie qui nous choque ou qui nous fait mal.

5e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

Mc 1, 29-39

La femme idéale. La belle-mère rêvée. Alors que très souvent dans de nombreux couples, la fameuse belle-mère pose problème, nous découvrons l'image de celle que toutes et tous nous aimerions avoir. Elle était peut-être un peu grippée, ou autre chose, en tout cas au lit. Et voilà qu'à peine guérie, au moment où la fièvre la quitte, elle se met à les servir. Ce soir, je ne souhaite pas m'arrêter trop longtemps sur la disponibilité et la serviabilité de la belle-mère de Pierre mais plutôt m'interroger sur le pourquoi de son attitude. Qu'est-ce qui fait qu'elle ne perd pas de temps ? Femme soumise, une vie dévouée au service des autres ? Non, je crois que la clé de ce que je considère un peu comme un mystère se trouve dans l'attitude du Christ, telle qu'elle nous est proposée au verset précédent. Et par là, il nous offre une belle leçon de vie. Si la belle-mère se met à servir, c'est peut-être sa manière à elle de remercier non pas tant d'avoir été guérie mais de la manière dont cela s'est fait. « Jésus s'approcha d'elle, la prit par la main, et il la fit lever ». Devant la belle-mère de Pierre, Jésus se tait. Il n'y a ni mot, ni discours, ni parole. Juste un geste accompagnant un regard. Un geste simple. Un regard vrai, tout en tendresse. Rien d'autre. Une raison suffisante en tout cas pour que celle qui vient d'être guérie, ait envie de remercier le Christ.

Nous aussi dans nos vies, nous sommes confrontés à la souffrance morale ou physique de l'autre, à la maladie d'un être cher. Et souvent nous sommes mal à l'aise. Nous ne savons pas quoi dire. Les mots nous manquent et nous préférons parfois éviter la rencontre. J'en ai pour preuve l'histoire suivante. Alors qu'elle se savait condamnée par la médecine, peu avant de mourir, elle me confiait que le plus dur pour elle au cours de sa maladie, avait été de voir des personnes qu'elle connaissait et qui changeait de trottoir, comme si elles ne l'avait pas vu, pour ne pas devoir lui parler. Tellement les mots leur manquaient. Et elle, elle ne demandait pas grand chose : juste un peu de douceur, un peu de tendresse. Il ne lui fallait rien d'autre. Elle n'en voulait pas à celles et ceux qui se détournaient d'elle. Elle regrettait simplement que nous soyions si mal préparé à accompagner les personnes en souffrance. C'est vrai mais que dire, que faire ? Rien si ce n'est d'être là et reconnaître surtout que nous ne pouvons jamais tout à fait comprendre la souffrance de l'autre. Il y a donc d'abord cet acte d'humilité à faire : je t'accompagne dans ce que tu vis mais en même temps je reconnais que je n'ai pas la prétention de tout saisir. Je ne suis pas toi, tu n'es pas moi. Je suis là et c'est bien ainsi. Avoir la prétention de comprendre et ramener la souffrance de l'autre à une expérience personnelle vécue, c'est entrer dans la spirale de la non écoute puisque je sais ce que tu ressens l'ayant vécu moi-même. Nous passons alors à côté de la rencontre. Mais alors revient à nouveau en nous la question : que faire, que dire ? Il n'y a rien à dire puisque toute expérience de souffrance est de l'ordre du mystère, de l'indicible. Il y a alors le silence. Oh, non pas un silence vide de sens et pesant mais plutôt un silence à l'écoute de la chair de l'autre pour sentir en nous la vibration de son être, la vibration de sa vie. Et sans autre prétention que celle d'accompagner la personne aimée dans ce qu'elle ressent. Il n'y a plus de parole dans ce monde là si ce n'est une écoute attendrie, empreinte de douceur accompagnée d'un geste de tendresse et d'un regard aimant. Et pourtant ces gestes nous font peur. Nous les vivons souvent comme étant maladroits. Et cette maladresse n'est que le signe de notre pauvreté et de notre fragilité face au drame de l'autre. Il nous ramène constamment à notre propre finitude, à notre propre mortalité. Et ça c'est difficile à vivre dans un monde comme le nôtre qui essaye de nous faire croire que nous sommes des êtres immortels en éloignant de nous le plus possible la réalité de notre mort. C'est vrai devant la souffrance, la nôtre et celle des autres, nous sommes profondément démunis et impuissants.

Nous aimerions tant pouvoir changer le cours des choses mais cela ne nous a pas été donné. Il nous reste alors l'exemple du Christ. A nous aussi de nous approcher de celles et ceux qui souffrent et de leur prendre la main. Cela ne changera pas la maladie mais notre geste, notre regard redonnera à l'autre toute sa dignité. Il ou elle pourra à nouveau être debout à ses propres yeux. Jésus nous ouvre le chemin. Amen

3e dimanche de l'Avent, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

Si nous arrivons à combiner la jeunesse, la beauté, la richesse, la gloire, l'harmonie amoureuse, l'enthousiasme tout au long de notre vie, celle-ci sera réussie nous promettent l'ensemble des médias en cette fin de millénaire. Tel est l'idéal qui nous est proposé. Et il est faux, archi-faux. Nous sommes saturés d'images idéales et elles sont placées tellement haut, beaucoup trop haut que nous n'arriverons jamais à nous hisser jusque là-haut. Face à un tel constat soit nous tombons dans la mélancolie et le désespoir de ne jamais pouvoir être heureux puisque ces critères de succès sont inatteignables, soit nous reconnaissons que notre société se trompe à ne présenter que les sommets des rêves et les merveilles comme étant l'acquisition de la plénitude promise. Un peu comme si seuls, les grands de ce monde pouvaient être heureux.

Et ceci va tout à fait à l'encontre de notre évangile. Ce n'est pas un grand de ce monde qui annonce la nouvelle qui va bouleverser ce même monde. Jean-Baptiste n'est pas la star que tout le monde adule et dont les secrets sont dévoilés chaque semaine dans Gala ou Voici. Il ne signe pas des autographes par milliers, protégés par ses quatre gardes du corps préférés. Et, il ne passe pas à la télé non plus. Non, Jean-Baptiste est un homme parmi d'autres. Une voix qui crie dans un désert. Une voix qui chante dans nos lieux intérieurs désencombrés de tout ce qui nous empêche de rejoindre notre essentiel. Une voix simple qui utilise des images que toutes et tous peuvent comprendre : il parle de sandales. J'ai personnellement toujours eu horreur des sandales, je trouve que ça fait « curé ou bonne soeur » mais comme ces deux catégories de personnes n'existaient pas à cette époque, l'image veut sans doute dire autre chose. Dans la culture juive, il n'y avait rien de plus humiliant que de défaire la courroie des sandales de quelqu'un, c'était réservé au plus petit des esclaves. De cela, il n'en est même pas digne, clame-t-il. Etonnant. Surprenant. Et pourtant, dans sa simplicité, Jean, sans pour autant s'écraser, se nier, nous convie à faire désert en nous pour entrer dans un mystère qui nous dépasse : celui du Fils de Dieu. Entrer dans un tel mystère, ce n'est pas réaliser un idéal, encore moins se désoler d'être dans l'ordre de l'incompréhensible. Non, entrer dans un mystère, c'est tout simplement se mettre en marche pour commencer à essayer de comprendre. C'est sans doute la raison pour laquelle, Jean le Baptiste nous dit : au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. Il ne crie rien de plus. Jean-Baptiste ne dit rien de lui mais tout de Dieu en ne disant rien si ce n'est qu'il est au milieu de nous. Quel paradoxe ! Et c'est de cette manière que nous sommes invités à entrer, en ce temps d'Avent, dans le mystère de Noël.

Hier Jean-Baptiste, aujourd'hui l'Eglise disent la même chose : Dieu est là, parmi nous et nous, Eglise ou Jean-Baptiste, nous ne sommes pas Dieu. A chacune et chacun de Le trouver. Ne nous inquiétons pas, Dieu n'est pas comme ces faux idéaux de notre société, c'est-à-dire inatteignables. Dieu se laisse reconnaître. Il vient à nous. Il frappe chez nous. Il vit en nous. L'Evangile de ce jour ne nous dit rien de plus que cela : Dieu est au milieu de nous. En disant si peu, tout en disant tout, Jean-Baptiste nous rappelle que Dieu ne s'enferme pas dans des images, des idées que nous nous sommes façonnées. Personne ne peut nous imposer une définition de Dieu puisque par définition, Il est au-delà de ce que nous pourrions en dire. S'Il ne se définit pas, Il se rencontre, Il s'inscrit au coeur d'une relation que nous avons à construire avec Lui. Un peu comme si la voix qui crie dans nos déserts nous disait : il n'y a pas de lieu de Dieu. Dieu n'est pas plus dans une Eglise que chez soi ou en soi. Il est partout mais nous ne Le rencontrons personnellement que dans les lieux ou les temps qui nous parlent et correspondent à nos états d'âmes : au cours d'une ballade en montagne pour reprendre un des exemples de la seconde lecture de ce soir, devant l'océan, dans les flammes d'un feu, dans un recoin de son coeur, lors d'une rencontre empreinte d'amitié et de tendresse, dans les mille et une petite choses qui font la beauté de la vie. Si Dieu est vraiment là, qu'attendons-nous alors pour aplanir la route qui nous conduit à Lui ? C'est cela le temps de l'Avent, ne passons pas à côté.

Amen.

3e dimanche de l'Avent, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

La semaine dernière, il s'agissait dans l'évangile de la prédication de Jean le Baptiste. Il y avait la prophétie d'Isaïe - « A travers le désert une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur » - Jean a apparu et disait : « Voici venir derrière moi celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour défaire la courroie de ses sandales » (Mc 1:7)). Cette semaine, c'est presque la même chose, mais dans un autre évangile, celui de Jean Jean dit : « Je suis la voix qui crie à travers le désert... Moi, je vous baptise dans l'eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c'est lui qui vient derrière moi, et je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale. » Mais si c'est presque la même chose cette semaine, il y a quand même des différences. Dans Marc, Jean le Baptiste prépare le peuple à la venue du Messie, tandis que dans Jean il rend témoignage à la lumière. La nouvelle idée, c'est la lumière. Et il y a aussi ce dialogue étrange avec les juifs. Jean le Baptiste n'est pas la lumière, dit l'évangéliste, et il y a beaucoup d'autres choses que Jean n'est pas. Il n'est pas le Messie, dit-il aux pharisiens, ni Élie, ni le grand prophète. Sa conversation avec les pharisiens est curieusement négative. Pourquoi répond-t-il à la question « Qui es-tu ? » en disant qui il n'est pas ?

Plus Noël s'approche, plus il s'agit de la lumière. Plus on parle de la lumière, et plus on allume les bougies. Beaucoup de religions ont leurs fêtes de la lumière, hanukkah chez les juifs et diwali chez les hindous. La lumière est toujours un symbole du divin. L'obscurité est effrayante, tandis que la lumière est attrayante, rassurante. Dans l'obscurité on ne se retrouve pas, on est perdu, tandis que dans la lumière on voit où on est. Dans l'obscurité il est dangereux de marcher ; dans la lumière le chemin est plus sûr ; on voit où on va. Et dans l'obscurité une lumière qui apparaît nous donne un sens. On marche vers la lumière. La lumière peut être à la fois notre destination, notre but, et ce qui éclaircit notre route, une sorte de guide. La lumière sert donc naturellement d'image du divin, de Dieu, qui est la destination de notre vie, qui donne un sens à notre vie et qui illumine notre chemin de sorte que nous pouvons arriver à Dieu.

Dieu est lumière, Dieu nous donne de la lumière pour que puissions voir clairement, trouver le bon chemin, aller dans le bon sens. Il illumine notre vie pour que nous vivions bien. Mais, si l'image de la lumière et d'une certaine façon une image naturelle de Dieu, il y a quelque chose de paradoxal. Jean, l'évangéliste, dit que Jean le Baptiste est venu pour rendre témoignage à la lumière. Mais la lumière, si elle illumine les choses pour que nous les voyions bien, n'a pas besoin d'être illuminée pour être vue. La lumière s'illumine, elle est lumineuse, elle est visible en soi. Pour voir la lumière, il ne faut qu'ouvrir les yeux. Il est donc inutile de l'indiquer, d'y rendre témoignage.

Mais parler de Dieu en termes de lumière, ce n'est finalement qu'une métaphore. Dans la vie, il est malheureusement possible de croire voir la lumière et de se tromper. Il est possible de croire bien comprendre les choses, voir clair, tandis qu'on comprend mal. Cela arrive souvent dans les petits détails de la vie quotidienne, mais aussi dans les questions plus importantes. Cela arrive aussi quand il s'agit de la compréhension de la vie même. Il y a eu, et il y a encore, beaucoup de gens - y compris des religieux - qui se croient éclairés et qui ne le sont pas, qui prétendent éclairer les autres et qui ne répandent que l'obscurité. Ces gens voient peut-être sincèrement, mais ils voient mal. Jésus dit donc dans l'évangile selon Matthieu : « Si ton oeil est malade, ton corps tout entier sera ténébreux. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres ! » (Mt 6:23).

C'est pourquoi il faut parfois quelqu'un qui ne prétende pas être la lumière, mais qui nous dirige vers elle, quelqu'un qui dise clairement qu'il n'est pas le Messie, ni Élie, ni le grand prophète. C'est pourquoi Jean est là, pour diriger les gens vers Jésus, qui les éclairera véritablement. C'est pourquoi l'Église est là aussi. L'Église ne contient pas la plénitude de la lumière divine ; simplement, elle nous dirige vers Jésus, vers, comme le dit Paul, la gloire de Dieu qui rayonne sur le visage du Christ (2 Cor 4:6). C'est en suivant Jésus, en permettant à Dieu même de nous guider, que nous arriverons à Dieu. C'est à sa lumière, à la lumière de Jésus que nous voyons la véritable lumière.

20e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

Jn 6, 51-58

"A tout moment et pour toutes choses, rendez grace à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur Jésus Christ."

Voilà ce que St Paul (ou son disciple) dit aux chrétiens d'Éphèse. Mais pourquoi ? Pourquoi rendre grâce tout le temps et pour toutes choses ? De quoi dois-je rendre grâce à Dieu ? On rend grâce à quelqu'un pour un don, pour ce qui est donné, pour ce qui est gratuit. Mais il y a beaucoup de choses dans la vie qui ne sont pas données, qui ne sont pas gratuites. Si j'achète une bouteille de vin au GB, je n'en rends pas grâce au GB ; c'est un simple échange économique. Si je travaille pour gagner mon salaire, mon salaire est le juste récompense de mon travail, il m'est dû. Si je gagne un million de francs au Lotto, c'est par hasard ; c'est gratuit, mais ce n'est le don de personne, il n'y a personne à remercier. Si je contemple la beauté de la nature, j'en suis heureux, mais rien ne m'est donné, et tout ce que je vois est simplement le résultat d'un jeu de forces naturelles ; pourquoi en rendre grâce, et à qui ?

Bien sûr, je peux aussi recevoir un don, mais alors c'est un être humain qui me le donne : un ami, un époux, un parent, et c'est l' ami, l'époux, le parent que j'en remercie. Je remercie l'être humain, pas Dieu.

Dans tout cela, Dieu est absent. En plus, tout ne va pas toujours bien ; il y a des moments très difficiles dans la vie, des moments de danger, de faim, de solitude, de maladie. A de tels moments, pourquoi rendre grâce ?

Il est, semble-t-il, toujours inutile et déplacé de rendre grâce à Dieu. Mais St Paul me dit de lui rendre grâce à tout moment et pour toutes choses, de lui rendre grâce pour le vin que j'achète, pour le salaire que je gagne, pour le hasard, pour la beauté de la nature, pour le cadeau qu'un ami me donne, quand tout va bien et quand tout va mal. Comment est-ce possible ?

Quand je reçois un cadeau, je ne reçois pas que le cadeau. Si un ami me donne un CD, le CD est aussi un instrument ; à travers le CD, c'est l'ami qui se donne à moi ; par le biais du CD, une relation personnelle est créée, recréée ou renforcée. Le CD est révélateur ; si je ne vois que le CD, il y a quelque chose de plus important qui m'échappe. Pour bien voir un cadeau, il faut toujours vois plus que le cadeau, il faut y voir une personne.

Pour St Paul, il en va de même pour le monde entier, pour la vie entière. Bien sûr, il est possible de dire que tout est dû, que tout est naturel, que tout est hasard, et il y a beaucoup de gens qui le disent. Mais ceux-là voient mal le monde et leur vie. Oui, tout est nature dans le monde, et tout est hasard, mais tout est aussi et en même temps révélateur, tout est sacrement. Bien voir le monde, bien voir la vie, c'est reconnaître que dans le monde nous avons à voir avec quelque chose, avec quelqu'un qui dépasse le monde, c'est y voir ce mystère que nous appelons Dieu et qui se donne à nous. Dans le monde, tout est nature, tout est hasard, mais rien n'est que nature, rien n'est que hasard ; tout est aussi grâce, pour laquelle nous rendons grâce.

C'est pourquoi les chrétiens chantent des psaumes, des hymnes, des louanges, c'est pourquoi ils rendent grâce, comme nous le faisons aujourd'hui dans cette eucharistie, où un morceau de pain deviendra pour nous un sacrement, révélateur de Dieu.

20e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

Je ne sais pas pour vous mais moi, un rien me profite. Il suffit que je mange même un petit peu et cela me profite. Et comble des combles, plus cela me profite, plus j'aime en manger. Chocolat, douceurs, féculents, j'adore. Au grand dam, de mon médecin généraliste d'ailleurs qui n'a que faire de mes excuses. Ca me profite. Et tout est si bon surtout lorsque l'on est gourmet. Même une simple tranche de bon pain. Alors vouloir me faire prêcher sur « venez manger mon pain et boire le vin que j'ai apprêté » tel que proposé dans la première lecture de ce jour, je trouve cela du sadisme pur et simple. Je pourrais presque écrire un livre, un best seller comme celui de Montignac : « je prêche, donc je maigris ». Prêcher, sur le pain, le pain de vie.

Permettez-moi avec vous de reprendre la métaphore du pain, de ce féculent qui nous fait grossir et de la transposer dans le discours du pain de vie de Jésus. Si le pain me profite, le pain de vie devrait en faire tout autant. Si le pain est agréable à manger, me fait du bien, il devrait en être de même avec le Christ, pain de vie par excellence.

Mais en est-il vraiment ainsi dans nos vies ? Est-ce que nous nous nourrissons réellement de ce pain de vie ? Donne-t-il un autre goût à la vie ? Sommes-nous parfois, souvent ou jamais rassasiés de ce fameux pain qu'est le Christ ? Il ne s'agit pas ici comme tel de l'eucharistie, mais de la rencontre intime du Fils de Dieu comme nourriture de vie. Lorsque j'ai faim, je vais vers l'armoire à provision, c'est vrai, mais est-ce que je fais de même lorsque j'ai faim de vie, de sens, de quête de bonheur, de désir d'être heureux ? Est-ce qu'à ce moment précis, je me tourne vers l'armoire intérieure du Fils de Dieu, est-ce que j'ouvre le placard des Saintes Ecritures pour trouver cette nourriture céleste dont j'ai tant besoin ? Pas toujours, il est vrai. Alors pour me rassurer, je deviens un peu comme les juifs de l'évangile, je me mets à discréditer le Fils : non pas en me disant, « comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger » mais plutôt en retraduisant cela en termes contemporains : « je suis trop pris par la vie, pour prendre un peu de temps pour Dieu ; de toute façon, il ne pourra pas faire grand chose pour moi, mes affaires sont tellement compliquées que moi-même je ne m'y retrouve pas ». Et la litanie monotone des plaintes peut s'écrire sur des pages entières. Alors pour passer au-dessus des frustrations de ce monde, je me mets à manger et comme tout me profite...

Le pain fait grossir, c'est vrai et j'en sais quelque chose. Par contre la pain de vie fait grandir. Voilà toute la différence. Avec l'un, il s'agit d'expansion vers l'avant et les côtés, avec l'autre, il s'agit de maturation, de mûrissement, de réalisation, voire même de divinisation. Le Christ, Fils de Dieu, nous invite à sa table et se fait nourriture pour nous. Il est l'entrée, le plat consistant et le dessert de nos vies. Ses paroles ne sont pas à boire d'un coup sec. Nous risquerions de trop vite en oublier le goût. Non le message du Père, par l'entremise du Fils, se laisse d'abord regarder, admirer, puis nous prenons le temps de le goûter, de le mâcher et enfin de l'avaler. Les paroles du Fils nous nourrissent de l'intérieur. Le pain de vie est une nourriture céleste non pas qui nous profite mais dont nous devrions profiter tellement il est un don merveilleux du Ciel. Fort de ce constat, nous pouvons alors affirmer à celles et ceux que nous croisons, que Jésus, pour nous, est bon comme le pain. C'est-à-dire que lorsque nous prenons le temps de le rencontrer au coeur de la course folle de la vie, nous découvrons, redécouvrons que chaque rencontre, chaque instant passé en sa présence, au coeur de notre intimité est enrichissant, mieux encore nourrissant. Le pain de vie se mange à volonté, nous ne sommes jamais rassasiés et nous pouvons toujours en recevoir plus. Ce pain de vie donne le goût à la vie. Il est un chemin que nous empruntons. Mais pas n'importe quel chemin, le pain de vie est la route qui nous conduit à l'éternité, c'est-à-dire au lieu même où se noue l'humain et le divin.

Alors, encore un peu de pain ? Oui, mais seulement du pain de vie, le pain de Jésus Christ. Amen.

21e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

L'audimat, voilà une expression bien contemporaine. L'audimat est la frayeur de tous les présentateurs et animateurs de radio et de télévision. Vous pouvez être excellent dans votre profession mais si l'audimat ne suit pas, vous passez à la trappe. Le danger, c'est qu'en ne faisant plus que des programmations basées sur l'audimat, la qualité des émissions est de plus en plus médiocre. Comme si le « nivellement par le bas » était devenu la règle. J'en arrive presqu'à lier audimat et médiocrité. Et pourtant l'audimat est malgré tout quelque chose de naturel. Toutes et tous, lorsque nous faisons quelque chose, nous aimons savoir comment cela a été reçu par les autres, nous aimons être apprécié. Peut-être parce que parfois nous confondons le fait d'être apprécié avec être aimé. En tout cas, à la lecture de l'évangile, s'il y en a bien un qui n'en à rien à faire de l'audimat. C'est Jésus.

Jésus ne semble absolument pas préoccupé du nombre d'adhérents ou de spectateurs. La qualité de son enseignement, en tout cas à ses propres yeux, ne se juge pas à la foule de ses disciples. Les suiveurs, prêts à tout abandonner à la moindre contrariété ne semblent pas l'intéresser comme si le Christ attendait autre chose de ses disciples. En fait, ce qu'il attend de nous, même deux mille ans plus tard, c'est que nous croyons. Croire, c'est-à-dire faire confiance à ce qui peut sembler impensable, inimaginable. Croire sans jamais avoir la prétention de tout comprendre, de tout saisir. Croire pour refuser de s'enfermer dans le champ de la connaissance certaine. Croire pour reconnaître qu'il est le Fils de Dieu, ayant les paroles de la vie éternelle, le Saint, le Saint de Dieu. Et cette foi, nous dit Jésus, elle ne vient pas de nous. Elle nous a été donnée par le Père. Voilà encore un mystère. Cela voudrait-il dire que nous naissons toutes et tous avec un niveau de foi différent ou encore que le don de la foi varie d'une personne à l'autre. Dès lors, si je crois, je n'ai pas de mérite puisque Dieu l'a voulu ainsi. Si cette affirmation est correcte, il en va de même pour son opposé. Si je ne crois pas, c'est que Dieu ne m'a pas donné la foi. En tout cas, pas pour le moment.

Une telle dynamique nous permet de nous déculpabiliser lorsque nos proches ne partagent pas nos convictions de foi puisqu'ils n'ont sans doute pas reçu le même don de croire en Dieu que celui que nous avons eu. Cette théorie, tient la route. François Varone, théologien suisse ira même jusqu'à écrire un livre sur ce sujet : Inouïes les voies de la miséricorde. D'après lui, la foi est bien un don et nous le recevons tous à un moment donné dans cette vie-ci ou dans l'au-delà mais toutes et tous nous la recevrons un jour. Ce qui est important, c'est de prendre conscience que ce don ne nous est pas imposé. Nous avons la liberté soit de le refuser, soit d'entrer dans ce mystère mais à notre rythme. La foi est donc bien un don. Un don merveilleux puisqu'il nous montre le chemin de l'éternité, de la rencontre avec la divin en nous et autour de nous. Face à ce don magnifique, le Christ nous invite aujourd'hui à décider de ce que nous en faisons. Il attend de nous une réponse. A nous d'accepter ou de refuser ce don. Un peu comme si Jésus, nous demandait à nous aussi, dans l'intime de notre coeur : « voulez-vous partir, vous aussi ? ». C'est-à-dire voulez-vous mettre vos pas dans les miens et avancer en toute confiance, en toute espérance sur le chemin de la vie ou bien préférez-vous prendre une autre route où je vous laisserai tranquille ? Ce matin (soir), nous nous retrouvons face à nous-mêmes, devant Dieu, avec comme première tâche : un choix à faire. Et pour qu'il y ait choix, il faut qu'il y ait au moins une alternative. C'est ce que le Christ nous propose : croire ou ne pas croire. Ici, il n'est plus question de sentiments, d'audimat mais bien de conviction personnelle malgré des doutes pouvant surgir à tout moment. Ce choix nous conduit au coeur de notre liberté parce que la foi n'est pas quelque chose qui s'emprisonne ou qui nous emprisonne. Nous répondons à la foi, en toute liberté pour vivre pleinement de cette liberté en vérité. Croire, c'est d'abord choisir.

As-tu, Seigneur, les paroles de la vie éternelle ? Croyons-nous que tu es le Saint, le Saint de Dieu ? Nous ne pouvons répondre à la place des autres. Ces questions sont éminemment personnelles. A chacune et chacun de choisir et d'assumer les conséquences de ses choix. Amen.