6e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

A force de les avoir tellement entendues, ces béatitudes, nous pourrions être pris par ce sentiment où nous avons l'impression que tout a déjà été dit, qu'il n'y a plus rien à ajouter, comme si elles avaient au cours des années été galvaudées. Cependant, croire que nous les possédons à ce point, risque de nous en faire oublier le caractère particulièrement révolutionnaire.

Les béatitudes sont un chemin de bonheur proposé ; elles nous sont données comme des éclairs au milieu d'une tempête, notre tempête. Elles bousculent, surprennent, déconcertent, et font voler en mille morceaux nos idées bien établies. (Comme si, faisait remarquer un de ceux qui a préparé cette eucharistie, Jésus avait bu un petit verre en trop avant de les dire. Ivre de vin, non, ivre de vie, certainement.) Elles sont la réponse du Christ aux dix commandements, ces lois anciennes qui donnaient déjà un chemin possible de bonheur. Mais à la différence de ces dernières, les béatitudes ne s'enferment pas dans des prescrits de lois énonçant ce qu'il y a lieu de faire. Non, les « heureux » et « malheureux » de l'évangile de ce matin (soir) sont non des normes mais des défis lancés à chacune et chacun d'entre nous dans la quiétude de nos vies et que nous sommes appelés à relever.

Le défi du Christ, dans notre quête incessante de bonheur est de nous inviter à voir si nous souhaitons investir dans le court ou le long terme. Il nous rappelle que, même si sur terre, le tout, tout de suite est une valeur ; cette immédiateté fait hélas de nous des êtres déjà consolés et repus, pour reprendre les termes de Jésus. Or, le bonheur n'est jamais un état atteint, il se projettera toujours dans un avenir. En effet, l'amitié, l'amour prennent du temps, le temps de se construire peu à peu, au hasard des rencontres. Leur objectif n'est jamais comblé, sinon la relation se meurt. Fort de ce constat, pour être heureux à long terme, il y a alors lieu d'oser vivre l'expérience du manque, du vide. C'est à partir de ce dernier que l'existence surgit, qu'une relation plus libre à l'autre et à Dieu peut se réaliser. « Si je suis vide de tout, c'est afin de pouvoir mieux vous attendre » dit Don Camille dans le Soulier de Satin de Paul Claudel. Telle est l'expérience de la pauvreté, de la nudité de l'esprit.

La béatitude devient ainsi un défi au détachement. L'autre, l'être aimé ou Dieu ne peut se donner que si le coeur s'est préparé, dilaté en quelque sorte, pour l'accueillir. N'est-il pas vrai que bien souvent nous ne recevons de l'autre que ce que nous sommes nous-mêmes capables de recevoir. Et pour recevoir, il faut qu'il y ait un espace en nous. Si nous sommes comblés, rassasiés, repus, il n'y a pas de rencontre possible. La faim, l'attente sont des flèches qui nous propulsent dans un avenir où nous espérons que le bonheur se conjuguera toujours au pluriel.

« Fais-toi capacité, je me ferai torrent » entendait Thérèse d'Avila. Avoir soif d'amour, avoir soif de Dieu, voilà le défi des « heureux êtes-vous » de ce matin (soir). Ne jamais se sentir combler pour pouvoir partir à la quête d'un plus et d'un mieux à toujours découvrir et partager. Le merveilleux des béatitudes, c'est qu'elles nous font ressentir que le vide est ce temps nécessaire pour vivre d'un désir de tendresse. Alors effectivement, le Christ a raison d'insister sur les « malheureux êtes-vous ». Non pas pour nous culpabiliser, mais plutôt pour nous faire découvrir que certaines valeurs et attitudes de notre monde, si elles sont vécues de manière égoïstes ou extrêmes empêchent tout naturellement qu'une véritable relation puisse s'établir soit entre nous, soit avec Dieu. Etre, de suite comblé, c'est passé à côté des mille beaux côtés de la vie ; c'est s'enfermer dans une solitude toute nourrie de son confort ; c'est à long terme, perdre le goût de l'existence. Heureux sommes-nous de pouvoir relever chacune et chacun avec ce que nous sommes, ces défis de Dieu. Alors, nos choix quotidiens sont-ils vécus à court ou à long terme, nos options de vie sont-elles guidées par la philosophie des « heureux » ou celle des « malheureux », avons-nous toujours faim et soif de Dieu et des autres. N'attendez pas de moi une réponse, elle est tout simplement, tout tendrement, en vous, puisque « heureux, êtes-vous », nous chante le Christ. Amen.

Assomption de la Vierge Marie 

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 1997-1998

Certains croient que le personnage qui est au centre de notre célébration d'aujourd'hui est Marie, la mère de Jésus. Ce n'est pas tout à fait vrai. C'est finalement pour une messe que nous sommes là. A cette messe, qu'est-ce que nous fêtons ? Nous fêtons Jésus Christ, comme à toutes les messes.

Pourquoi ? Nous faisons mémoire surtout de sa passion et sa mort. Le moment central de cette célébration est celui où nous nous rappelons son dernier repas avec ses disciples , ce repas qu'il a pris juste avant sa passion. C'était lors de ce repas que, prenant le pain et le vin, il leur a dit : "Vous ferez cela en mémoire de moi." Ce n'est pas Marie qui nous concerne ici, mais Jésus, sa passion et sa mort.

Mais pourquoi cela nous concerne-t-il ? Pourquoi, presque deux milles ans après sa mort, accomplissons-nous ce rite en mémoire de lui, de sa passion et sa mort, pourquoi faisons-nous ce qu'il nous a dit de faire ? Dans ce monde violent et inhumain, il y beaucoup d'hommes justes et droits qui ont été mis à mort, et nous ne faisons pas mémoire d'eux et de leur mort comme nous le faisons pour Jésus.

Jésus a cette importance spéciale pour nous parce sa mort n'était pas sa fin. Les supplices qu'il a subis et la mort qu'il a soufferte ne l'ont pas vaincu. Il est ressuscité. Dieu, source de la vie, l'a justifié en lui rendant la vie. Pour Jésus, le fait de vivre, le fait que son histoire ne se soit pas terminée dans la souffrance et la mort est très important. Pour nous aussi, cela a un certain intérêt. Nous pouvons reconnaître que c'est vraiment extraordinaire que quelqu'un soit ressuscité. Mais cela ne justifie pas deux mille ans de célébrations comme celle d'aujourd'hui. Qui est plus, on pourrait dire que si Jésus était vraiment divin, fils de Dieu, comme le prétend l'Eglise, il n'est si étonnant que cela qu'il triomphe sur mort, que son père lui rende la vie. Les dieux sont de nature immortels. Si le triomphe de Jésus sur la mort est seulement pour lui-même, la résurrection est peut-être une merveille, mais elle reste un simple fait historique qui ne nous touche pas aujourd'hui. Mais nous croyons que cette victoire est aussi pour nous. Ce n'est pas en tant que divin que Jésus est ressuscité, mais en tant qu'humain. C'est parce qu'il partage notre nature, parce qu'il est mortel comme nous, qu'il est mort, et sa victoire sur la mort est la victoire d'un homme. C'est un homme qui est mort pour nous et ressuscité pour nous. La mort qu'il a vaincue est aussi notre mort. Nous vivrons parce que Jésus vit. Jésus vit dans la résurrection. C'est la résurrection qu'il nous offre. Puisqu'il a partagé notre mort, nous partagerons sa vie. C'est le destin de nous tous, si nous nous tournons vers la vie, vers Dieu qui donne la vie. Nous croyons que nous devrons attendre la fin du monde pour partager cette vie en plénitude, mais nous ne le savons pas. Il y a peut-être des milliers de personnes qui partagent déjà cette vie de la résurrection. L'Eglise a toujours été certaine qu'il y a au moins une personne qui la partage déjà ; c'est Marie, mère de Jésus. On parle de l'Assomption comme d'un privilège extraordinaire, et c'est correct. Mais c'est aussi quelque chose d'ordinaire, parce qu'elle a déjà ce qui est offert à tout le monde. L'Assomption de Marie nous montre que la mort de Jésus était vraiment pour nous, que sa vie est aussi vraiment pour nous. C'est pourquoi il vaut vraiment la peine de célébrer sa mort et sa résurrection comme nous le faisons aujourd'hui. C'est pour nous que Dieu, en Jésus a fait tout cela, et nous pouvons vraiment chanter avec Marie : "Le Puissant fit pour moi des merveilles".

Assomption de la Vierge Marie 

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 1997-1998

Faisant l'éloge de Marie, Elisabeth s'est écriée, pleine d'admiration : « Heureuse celle qui a cru ! » A sa suite, tous les chrétiens, au cours des siècles, ont repris sans cesse cet éloge pour célébrer la mère de Jésus. L'Eglise lui a donné tous les noms, en de longues litanies, à commencer par le beau titre de « mère de Dieu ». Mais encore « reine du ciel, reine des anges, refuge des pécheurs, consolatrice des affligés, secours des chrétiens, mère des pauvres, reine de la paix, vierge immaculée ». Nous lui avons dédié de nombreux sanctuaires et parmi les plus beaux : les cathédrales de Chartres, de Paris, de Reims, et d'autres lieux..., mais aussi beaucoup d'humbles chapelles, dans les villages, les campagnes, les montagnes et jusqu'aux coins des rues de nos villes. Nous l'avons aussi vénérée, sous des vocables les plus variés : Notre-Dame de France, Notre-Dame d'ici, Notre-Dame de là-bas... Nous l'avons installée sur des trônes, habillant ses statues avec des vêtements cousus d'or. Nous les avons couronnées. A tel point que, parfois, on avait l'impression qu'elle éclipsait son fils. Ce que nos frères séparés, les protestants, nous ont reproché. Et l'homme moderne, scientifique, technique, préoccupé d'efficacité et de rendement, a pu aussi se demander ce que cette dévotion voulait bien dire.

« Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles du Seigneur » chantait Elisabeth. Et voici qu'en réponse, Marie chantait les paroles du Seigneur. « Il disperse les superbes, renverse les puissants de leur trône et élève les humbles. Il comble de biens les affamés et renvoie les riches les mains vides. » Dans son action de grâces et sa louange, Marie s'inspirait d'un cantique prophétique de la Bible. Celui de Anne, remerciant Dieu de mettre fin à sa honte de femme stérile et d'effacer son opprobre, en lui donnant de mettre au monde un enfant qu'elle consacrera au Seigneur. Celui qui sera plus tard le prophète Samuel. Anne chantait : « Le Seigneur fait descendre aux enfers et en ramène ; il appauvrit et enrichit, il abaisse et encore il relève. De la poussière il retire le faible, du fumier il relève le pauvre pour l'asseoir au rang des princes et lui assigner un trône de gloire. »

Devenue par l'Esprit-Saint la Mère du Sauveur, Marie chante le Seigneur, qui triomphe dans la faiblesse, élevant les humbles et abaissant les orgueilleux. Comme si elle voulait détourner les regards de sa propre personne pour les tourner vers Dieu. « Le Puissant qui fait merveille. Celui dont le nom est Saint ». Comme si elle voulait détourner les regards de sa propre personne pour les tourner en même temps vers les hommes et les femmes de son temps. Vers les petits, les pauvres, les malades, les pécheurs que l'avènement du Règne de Dieu va bientôt relever et remettre debout. Mais aussi vers les riches, les bien-pensants, vers ceux qui se croyaient justes et méprisaient les autres, et qui ne pourront donc entrer dans ce Royaume de Dieu.

« Heureuse celle qui a cru » chantait Elisabeth. « Merveilles du Seigneur » lui répondait Marie. Et depuis ce jour-là l'Esprit du Seigneur pousserait ceux qui croient, à temps et à contretemps, à comprendre et à admettre que ce chant sonnerait faux s'il ne s'accompagnait pas d'une mise en action pour élever les humbles, disperser les superbes, renverser les puissants, nourrir les affamés, appauvrir les riches et apporter ainsi les merveilles du Seigneur aux hommes de leur temps. Il serait donc vain de chanter aujourd'hui « Magnificat », si nous ne nous efforcions pas à vivre l'Evangile de Jésus et de créer autour de nous un climat tout autre.

« Apporter les merveilles du Seigneur ! Elever les humbles, disperser les superbes, renverser les puissants, combler de biens les affamés, renvoyer les riches les mains vides. » Cela demande de notre part un changement total de nos mentalités.

« Disperser les superbes »Nous qui sommes chrétiens, dévots de la Vierge Marie, souvent nous nous croyons justes et fidèles. Il nous arrive parfois de mépriser ou simplement de plaindre les autres qui ne sont pas en règle avec la morale, les lois civiles ou de l'Eglise ou simplement qui suivent un autre chemin. Nous oublions trop souvent que notre Dieu est plein de miséricorde et de compassion pour tous ceux qui souffrent et pour les pécheurs. Dieu pardonne toujours et à tous. Qui sommes-nous donc pour juger parfois plus sévèrement que lui ?

« Renverser les puissants de leurs trônes » C'est considérer les gens qui nous entourent, non en raison de préjugés favorables ou défavorables, non en raison de leurs avoirs, de leurs grands biens, de leur argent ou de leurs richesses, non en raison de leurs puissances ou de leurs passe-droits, mais bien plus en raison de leurs qualités d'être, de leurs richesses humaines. C'est donc avoir un respect pour tout homme. Quel qu'il soit. C'est aussi respecter le pauvre et le petit, la femme, l'étranger, le sans papier, le SDF, parce que chacun est d'abord et avant tout un être humain, comme les autres humains. Trop souvent encore dans notre société moderne, nous n'accordons notre attention et notre considération qu'à ceux qui ont « réussi », qui ont beaucoup d'argent, beaucoup de pouvoir, ou qui sont des « battants », capables de faire leur chemin seul, au besoin en écrasant les autres. « Combler de biens les affamés et renvoyer les riches les mains vides. ».C'est encore et toujours apprendre à partager nos biens avec ceux qui ont moins, sans considérer que les immenses populations qui souffrent aujourd'hui de la faim et des épidémies de toutes sortes, soient composées de gens arriérés, paresseux, culturellement inférieurs et incapables de s'en sortir. C'est donc contester un ordre mondial économique établi, profondément injuste, et contribuer, dans toute la mesure du possible, à l'établissement de plus de justice entre les peuples de la terre et encourager tous les efforts vers le développement et la paix.

Il nous faut donc écouter attentivement cette Parole de Dieu, à laquelle Marie a cru de toute son âme et qu'elle a proclamé dans son cantique d'action de grâces. Si nous mettons cette Parole du Seigneur en pratique, alors, mais à cette seule condition, nous pourrons en toute sincérité chanter avec la Vierge Marie : « Le Seigneur, fit pour nous des merveilles. Saint est son nom. Il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères en faveur de son peuple à jamais.

Dimanche de Pâques

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : A, B, C
Année: 1997-1998

Cette fête de Pâques est très riche symboliquement. En la résurrection de Jésus, nous voyons le renouvellement de la vie, le triomphe de la vie sur la mort, de l'amour sur la haine, du bien sur le mal, de l'espérance sur le désespoir, de la lumière sur les ténèbres, de l'esprit humain qui refuse d'accepter la défaite. La commémoration de Pâques peut nous donner une nouvelle énergie, et peut-être un nouveau courage, la possibilité d'espérer dans une situation qui semble impossible. Le fait que nous célébrions Pâques au printemps, quand les arbres et les plantes refleurissent après un hiver où ils semblaient morts, quand la lumière revient après des mois de ténèbres, renforce le message symbolique de Pâques.

Tout ce symbolisme nous dit quelque chose d'essentiel, qui va au plus profond du coeur humain. C'est pourquoi il y a une fête de vie, une fête de renouvellement, dans beaucoup de religions. Mais, confronté à ce symbolisme, il ne faut pas être trop romantique, il faut être réaliste. En fait, en ce monde, l'amour ne triomphe pas toujours sur la haine ; au contraire, le mal triomphe trop souvent sur le bien. La vie n'est pas toujours vainqueur sur la mort. Même les arbres meurent. Tout ne finit pas bien.

L'importance de notre fête de Pâques est le fait qu'elle est réaliste. En célébrant Pâques nous ne fêtons pas qu'un symbole. Chaque année, nous soulignons le fait que Jésus est vraiment ressuscité des morts. Nous ne disons pas seulement que l'histoire de la résurrection est une belle histoire, nous disons que c'est une histoire vraie. Jésus est réellement ressuscité des morts : ce n'est pas qu'une belle image, c'est la réalité, même si c'était impossible.

Les premiers disciples n'étaient pas des romantiques mais des réalistes. Ils ne croyaient pas en la victoire du bien sur le mal, de la vie sur la mort. Jésus était mort, c'était la fin. Ils ne croyaient pas d'abord que Jésus soit ressuscité. Ils avaient raison, car il est vraiment impossible que quelqu'un ressuscite des morts. La mort est définitive, elle n'est pas un sommeil transitoire. La mort, c'est vraiment la fin d'un être humain comme de tout animal. Aujourd'hui, parfois, les médecins réussissent à sauver la vie de quelqu'un, même s'il ne respire plus, même si son coeur ne bat plus, même s'il semble mort. On refuse d'accepter qu'il soit vraiment mort, et on se bat pour qu'il vive. Mais les efforts des médecins ne réussissent pas toujours. Souvent, trop souvent, on doit accepter que le patient est vraiment mort, et cela veut dire qu'il ne respirera plus jamais, que son coeur ne battra plus, qu'il ne parlera plus jamais avec ses amis, qu'il ne rompra plus jamais de pain avec eux. Il y a deux mille ans, ayant passé déjà deux jours dans la tombe, Jésus était définitivement mort ; tout le monde le savait, y compris ses disciples. L'affaire triste de Jésus était terminée. C'était la fin.

Mais ce que les disciples ont vu, ce qu'ils ont entendu, ce qu'ils ont touché les a contraints, si réalistes qu'ils soient, à croire que Jésus était vraiment ressuscité des morts. C'était tout à fait inattendu, parce qu'impossible. Ce n'était pas une tournure étonnante au milieu de l'histoire de Jésus, parce que cette histoire était déjà terminée. Mais, après la fin d'une histoire d'espoir et de déception, de l'amour écrasé, une nouvelle histoire avait commencé. Dieu, créateur du ciel et de la terre, avait fait un nouveau commencement, il avait lancé une nouvelle création.

La fête de la résurrection ne nous dit pas que, malgré les apparences, tout finira bien. Cela ne serait pas réaliste, ce n'est pas notre expérience. Il ne faut pas s'attendre à ce que Dieu intervienne juste avant la fin de l'affaire pour nous rendre heureux. La résurrection nous dit que, après nos déceptions et nos défaites, même définitives, après la fin de notre histoire, Dieu crée une nouvelle histoire, tout à fait inattendue. En Jésus ressuscité, nous sommes intégrés dans une nouvelle création, dans une nouvelle histoire, où la vie triomphe vraiment sur la mort, la joie sur la tristesse.

Joyeuses Pâques !

Dimanche de Pâques

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : A, B, C
Année: 1997-1998

La résurrection de Jésus, c'est le triomphe de la vie sur la mort. Pas seulement pour Jésus, mais pour nous tous. Jésus ne triomphe pas que pour lui-même. Dans la résurrection de Jésus, Dieu nous promet à tous la vie éternelle. Jésus est les prémices, nous le suivrons. Quelle merveilleuse promesse, cette résurrection ! Quel merveilleux cadeau, la vie éternelle !  Ou est-ce que c'est plutôt une menace ? Pour comprendre la résurrection comme une promesse, il faut vouloir vivre. La vie à jamais : est-ce que c'est vraiment ce que nous voulons ? Certainement, nous ne le voulons pas tous. Il y a ceux pour qui la vie n'est pas un cadeau, qui attendent, même avec impatience, la fin de leurs jours.  Pensons à certains malades qui savent qu'il n'y aura pas de guérison pour eux et à qui la vie apporte chaque jour des douleurs ou des humiliations nouvelles ; dans la Bible, c'est le cas de Job, qui n'espère que mourir.  Pensons aux prisonniers qui n'ont aucun espoir d'être libérés, qui sont peut-être humiliés et torturés par leurs gardiens, et qui ne veulent qu'être tués.  Pensons à ceux qui, pour n'importe quelle raison, se méprisent ou se détestent, pour qui chaque jour est un supplice parce que, quoi qu'ils fassent, où qu'ils aillent, ils sont accablés d'une manière insupportable par eux-mêmes.  Pensons à ceux qui vivent dans une solitude profonde, qui sont au milieu d'une société ou d'une famille pour laquelle ils n'existent pas, qui semble les rejeter ou simplement les oublier. Souvent, leur seul soulagement et de dormir, et pour eux le sommeil est un avant-goût d'une mort soulageante.  Aussi, le nombre de personnes qui se suicident ou qui tentent de se suicider est témoin du fait que la vie n'est pas toujours un cadeau.  Il y a beaucoup de cas moins dramatiques, de personnes qui, quoiqu'elles supportent assez bien leur vie, acceptent voire guettent la fin de leurs jours : par exemple, ceux qui sont usés et épuisés par une vie trop pleine de travail et de soucis et qui veulent se reposer ; ou ceux dont le corps, trop âgé et ne fonctionnant qu'à moitié, est plutôt un fardeau que l'expression de leur humanité.  Non, il n'est pas évident de dire que la résurrection de Jésus est une promesse à accepter avec joie. Pourtant, l'Église nous invite tous à en faire la source de notre joie, parce que cette résurrection n'est pas la menace d'une vie sans fin, elle est la promesse d'une vie transformée.  La résurrection de Jésus ne peut être comprise que dans l'optique de sa vie sur terre avant sa mort. Il guérit les corps et il guérit les âmes. Il guérit les malades, les paralysés, pour que leur corps ne soit plus un poids à supporter, et il change le coeur humain pour qu'il soit capable d'aimer. Cette guérison, physique et spirituelle, est un avant-goût et un gage de la résurrection. Comme le dit saint Paul : "Le corps est semé corruptible ; il ressuscite incorruptible ; il est semé méprisable, il ressuscite glorieux ; il est semé infirme, il ressuscite plein de force ; il est semé corps animal, il ressuscite corps spirituel" (1 Cor 15:42 - 44). Si Dieu remplit le corps de vie et de force, la force et la vie qu'il donne à l'âme est l'amour. Si nous aimons, nos voisins ne vivront plus dans une solitude insupportable ; si nous aimons, nous ne nous maltraiterons plus les uns les autres, nous ne nous exclurons plus les uns les autres ; si nous aimons, nous nous pardonnerons mutuellement, nous nous pardonnerons nous-mêmes. Vivre dans l'amour, c'est un élément essentiel de la résurrection, et cet amour nous permettra de vouloir vivre à jamais.  Par amour, Dieu, qui est amour, nous invite à partager sa vie éternelle ; c'est-à-dire qu'il nous invite à vivre éternellement dans l'amour. C'est pourquoi déjà, chaque fois que nous faisons à un autre un geste d'amour, nous vivons ensemble un avant-goût de la résurrection. C'est aussi pourquoi l'Église a raison de nous inviter à fêter dans la joie le triomphe de Jésus, le triomphe de la vie et de l'amour sur la mort. 

Fête de la Pentecôte

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : A, B, C
Année: 1997-1998

Dieu a créé le monde en se retirant, écrivait Holderling, poète allemand du siècle passé. Jésus est venu en notre monde pour partager notre condition humaine et nous montrer un chemin de divinité, puis, lui aussi, comme son Père, s'est retiré. Père et Fils, main dans la main, ont commencé quelque chose et puis, ils nous laissent à nos solitudes les plus profondes. Nous pourrions être désemparés, attristés de cette forme d'abandon divin. Cela ne serait encore rien, mais en plus, ils ont le culot de nous prétendre que c'est comme cela que cela devait se passer, que c'était programmé pour que quelque chose d'autre puisse advenir : l'Esprit.

Déjà tenter de comprendre le Père et le Fils pour pouvoir entrer en relation avec eux, n'est pas si facile mais nous mettre en présence de cette troisième personne de la divinité complique encore un peu plus notre affaire. Sans pour autant le réduire à ces dimensions, l'Esprit auquel nous croyons, cet Esprit de la Pentecôte que nous célébrons, est force divine et souffle de Dieu. Il vit en nous. Il a sa source en Dieu et vient se reposer au plus profond de nous-mêmes là où les mots n'ont plus de sens puisque nous naviguons dans les eaux du ressenti de la foi. Il est là et comme toute force, il nous donne des ailes pour accomplir ce qui nous semble humainement tellement lourd. Il est cette source à laquelle nous allons puiser et qui nous fait faire ou dire des choses qui nous dépassent, comme si nous ne nous appartenions plus vraiment. Il nous invite à aller toujours au-delà de nous-mêmes. Il surgit en nous et nous étonnera toujours.

Cet Esprit reçu par les Apôtres et qui construit l'Eglise que nous formons est également souffle. D'abord souffle fragile, comme une brise légère. Dieu, le Père n'est plus au coeur de notre monde, mais son Esprit en est rempli. L'Esprit ne s'est jamais arrêté de souffler doucement, tendrement dans les petits signes, ô combien merveilleux de la vie, qui font toute la richesse d'une relation. Il devient de la sorte un lien possible entre nous autres êtres humains. Toutefois, je ne crois pas que l'Esprit, comme tel, puisse changer le cours des événements de manière radicale, comme par exemple permettre la guérison. Par contre, je reste convaincu qu'il se révèle au coeur de cette souffrance dans tous les gestes d'amitié, de solidarité qui se mettent en place autour de la personne en désarroi physique ou d'âme. Il donne la force, parfois surhumaine, de se battre pour vaincre cette maladie, ce manque de chance qui vous colle à la peau. C'est également ce même souffle léger qui susurre au creux de nos coeurs d'entrer en relation avec le Père ou le Fils. Il est en nous pour vivre de cette intimité divine dans les silences de ce que nous sommes. Par là, il donne vie à Dieu en nous. Ce sera alors notre décision personnelle d'y répondre de manière positive ou négative.

Hélas, les êtres que nous sommes, sommes souvent aveuglés ou sourds devant les signes visibles de l'Esprit. Nous sommes enfermés en nous-mêmes et nous ne permettons plus cette intrusion divine dans nos vies. Les barricades intérieures se mettent en place, plus solides les unes que les autres et il n'y a plus de possibilité d'évolution. Nous stagnons, voire même nous régressons. Or nous sommes des êtres créés en devenir. Pour nous permettre de continuer d'avancer sur notre propre chemin, l'Esprit se doit alors de souffler fort, beaucoup plus fort et nous sommes alors bousculés dans nos habitudes, rites, croyances et manière de vivre. Ce qui était établi pour nous se met à chanceler, vaciller et parfois ira jusqu'à s'écrouler. Ces changements radicaux nous mettent mal à l'aise, nous font peur et également mal. La seule manière de s'en sortir, c'est de continuer à faire confiance en l'Esprit puisque celui-ci donne vie.

Comment me direz-vous savoir si c'est vraiment l'Esprit qui a soufflé, lorsqu'il n'est plus brise légère mais bourrasque violente. Je crois qu'il n'y a qu'une seule réponse : laisser le temps au temps pour pouvoir être à même de décrypter les signes de l'Esprit et voir si la vie renaît au coeur de nos ruines. Pour ce faire, il faut être capable de s'arrêter. Or dans notre monde, nous courons, nous sommes pressés. La vie devient comme un paysage aperçu au travers d'une vitre d'un TGV, on a à peine le temps de l'apercevoir qu'on est déjà 10 kilomètres plus loin. En ce jour de Pentecôte, que l'Esprit vienne en chacune et chacun de nous pour reprendre le temps de le découvrir dans tous ces gestes qui donne vie. Amen.

Fête de la Sainte Trinité

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 1997-1998

Dieu n'est pas évident.

Dans la société d'aujourd'hui, beaucoup de gens s'en passent et ne s'en portent pas plus mal. Beaucoup ont une famille, des amis, une profession honorable, un emploi qui leur donne des ressources pécuniaires leur permettant d'accéder aux biens matériels, culturels, aux loisirs, aux voyages.

Sans nécessairement croire en Dieu, ils cultivent des valeurs humaines comme l'équité, la justice, la tolérance et la philanthropie. Lorsque les épreuves surviennent, comme la maladie, la mort, ils font preuve de courage et de dignité.

Il ne faut donc pas nécessairement croire en Dieu pour être heureux.

Dieu n'est pas évident.

Mais il y a cependant tous ceux qui y croient, qui lui font confiance et lui font une place plus ou moins grande dans leur vie !

Certains ont pour mission d'amener les autres à croire en Lui. Mais, hélas, ils s'en servent bien souvent pour imposer leur vues. Ils disent : "Dieu exige ceci." ou "Dieu interdit cela"

Et avec menaces à l'appui : la damnation éternelle, le paradis.

Maintenant qu'on vienne dire que Dieu est Trinité, ne change rien à rien. ce n'est qu'un exercice intellectuel pour théologiens. De toutes manières, c'est hors de la vie ! En plus, cela irrite aujourd'hui les frères musulmans qu'il nous arrive de cotoyer.

Eux insistent sur l'unicité de Dieu. Pour eux, il est l'Unique.

Ce qui intéresse : c'est de passer au mieux le peu de temps qu'on a sur la terre. Car la vie est si courte et le bonheur si rare. Les jeunes font des projets. Puis la vie a tôt fait de leur faire prendre conscience de la réalité : les enfants, le ménage, les maladies, les deuils, les séparations, aujourd'hui les divorces, l'avenir incertain, les inquiétudes et les souffrances.

Quand on est heureux, il arrive même parfois que l'on en soit gêné, devant tous les malheurs qui atteignent les autres.

Et puis, petit à petit, on en vient à comprendre qu'il n'y a pas de bonheur sans amour ; sans amour qui se donne et sans amour qu'on reçoit.

Il n'y a pas de bonheur sans amour, quand on veut vivre seul ou replié sur soi.

Dans ma vie pastorale déjà longue, j'ai sans doute rencontré beaucoup de gens, auxquels j'ai donné un peu de mon temps, de mon dévouement, un peu de mon coeur ! Mais j'en ai reçu bien davantage de leur part ! Et si je devais écrire mes souvenirs, j'intitulerais mon livre : "Ils m'ont apporté tant de bonheur !"

Quand on est chrétien, on est invité à comprendre que Dieu lui-même, non plus, ne veut pas être seul, tout là-haut, dans son ciel, dominant la terre, écrasant de sa toute-puissance. Pour Dieu, il faut être trois pour donner, pour recevoir, pour échanger, pour aimer.

C'est ce que nous explique l'évangile que nous venons de lire.

C'est le Père qui, dans sa bonté, envoie l'Esprit sur la terre et sur les hommes. Déjà dans le passé, maintes fois, il fit don de son Esprit, de son souffle de vie. Depuis la création du monde, où l'Esprit de Dieu planant sur les eaux, transforma le chaos initial, séparant la lumière des ténèbres, les eaux d'avec la terre ferme. Dans son immense Sagesse, il créa les grands luminaires, le soleil, la lune, les étoiles ; et tous les êtres vivants.

C'est encore son Esprit, son Souffle de vie, que le Père insuffle en l'homme et en la femme, pour les créer à son image. Tout au long de l'histoire humaine c'est le Père qui envoie ainsi son Esprit sur les hommes, depuis Abraham, en passant par Moïse et tant de prophètes, connus ou inconnus. Aujourd'hui, encore dans sa tendresse, il nous donne son Esprit, à nous qui sommes croyants. "Cet Esprit qui vient du Père, c'est l'Esprit de vérité." nous dit Jésus.

Guidés par cet Esprit qui nous est donné, nous allons aujourd'hui à la rencontre du Christ.

"Il me glorifiera." dit encore Jésus. "Il prendra de ce qui vient de moi pour vous l'expliquer.

Ce que j'ai à vous dire, pour l'instant, vous n'avez la force de le porter. Plus tard, il vous mènera vers la vérité toute entière."

Ainsi aujourd'hui, c'est le rôle de l'Esprit de Dieu de nous guider vers Jésus, l'homme de Nazareth, celui sur lequel il repose entièrement depuis son baptême au Jourdain, parce que Dieu le reconnaît comme son Fils, sa propre image.

Alors, en regardant cet homme de Nazareth agir avec humanité, c'est Dieu le Père lui-même que nous découvrons. "Tout ce qui appartient au Père est à moi." nous dit Jésus.

Ce qui a frappé les disciples dans l'évangile, c'est le lien permanent qui existe entre Jésus et son Père. "Qui me voit, voit le Père." "Il y a tant d'années que tu es avec moi, Philippe, et tu n'as pas encore compris que je suis dans le Père et que le Père est en moi."

Le Christ Jésus nous ramène sans cesse vers le Père. C'est ainsi que nous prenons conscience que nous entrons nous-mêmes dans ce mouvement divin. Dieu donne et reçoit. Dieu donne l'Esprit à Jésus qui le reçoit et qui réfère tout son amour au Père. Le cercle est donc bouclé. Le mouvement de l'un à l'autre est complet.

Ce qui est extraordinaire, c'est que, recevant nous même l'Esprit qui vient du Père, celui-ci nous mène vers Jésus, qui à son tour nous conduit au Père. Avec Jésus, nous entrons dans le mouvement de retour vers le Père. Placé entre l'Esprit et Jésus, nous sommes insérré dans le mouvement trinitaire.

On a souvent représenté la Sainte Trinité par un triangle isosèle, ayant les trois côtés et les trois angles égaux. La pointe, représentant le Père, est au sommet et la base en dessous.

Ne faudrait -il pas le renverser et le mettre sur sa pointe ? En élargissant la base du triangle, placée cette fois en haut, depuis l'Esprit à gauche jusqu'au Fils à droite et en y plaçant toute l'humanité, l'angle du Père à la base aurait tendance à s'élargir jusqu'à faire du triangle un cercle. Le mouvement dans lequel nous serions inclus serait ainsi circulaire. Partant vers la gauche, c'est le Père qui envoie son Esprit. Celui-ci vient en nous pour nous conduire vers le Fils, qui lui ramène vers le Père. Pour conclure, je dirais volontiers que c'est ce mouvement qui donne sens à tout amour humain, seul source de bonheur ! Recevoir et donner, sont les deux composantes du mystère de Dieu. Pour recevoir, il faut les autres. Pour donner, il faut aussi les autres. Dans notre monde moderne, où chacun est marqué par l'individualisme, on admet encore facilement de donner, mais recevoir des autres est plus difficile, car chacun veut être autonome et libre. On cherche à monter, peut-être pas bien haut, mais tout seul. Recevoir, c'est admettre sa pauvreté, admettre que l'on a besoin des autres. Comme dans le mystère Trinitaire, il n'y a pas de bonheur pour nous sans que nous recevions des autres et sans que nous leur donnions.

Le Corps et le Sang du Seigneur

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 1997-1998

Le jour baisse. La nuit tombe. L'obscurité s'installe au désert et l'inquiétude également. Les douze se demandent que faire pour nourrir cette foule ? "Renvoie-les" disent-ils à Jésus. "Ils pourront aller dans les villages pour y loger et trouver de quoi manger. Ici, nous sommes dans un désert."

Nous aussi, comme les douze et les disciples, nous avons écouté souvent sermons et homélies sur le Royaume de Dieu. Et nous y avons cru. Et voilà que maintenant, tout à coup, nous ne voyons plus clair. L'obscurité s'installe aux déserts de nos vies ! Tant de questions se posent.... Que va-t-on devenir ? Quels seront nos vieux jours ? En l'an 2002, l'Etat pourra-t-il encore payer les pensions ? Avec l'Euro que vont devenir nos économies personnelles ? Pourra-t-on encore soigner tout le monde et mettre à la disposition de tous ces traitement coûteux qui prolongent la vie ou guérissent les cancers ? Ne va-t-on pas bientôt régionaliser la sécurité sociale ? Les pauvretés et les misères risquent alors d'augmenter chez nous et de multiplier toutes les violences qu'elles entraînent. ! Quelle terre sera pour nos enfants ? Avec le réchauffement de la planète et les déchets nucléaires dont on ne sait que faire ! N'auront-ils à manger que de la viande aux hormones ? Quelle eau boiront-ils ? On voudrait des réponses, des sécurités et il semble que Dieu reste muet.

Alors tous les bons apôtres ont cru pouvoir nous répondre : "Allez dans les fermes des environs, trouver de quoi manger et de quoi vous loger" ! "ce n'est pas notre rôle à nous de nous préoccuper de cela. Nous, nous sommes témoins d'un autre monde. Nous prêchons le ciel. Le paradis n'est pas sur terre". Ainsi, ils nous ont affirmé que le bonheur n'était pas pour maintenant mais pour plus tard. Et ils ont ajouté : "Notre pain à nous, c'est celui du ciel, pain et vin consacrés où Dieu se rend présent. Adorez-le, à genoux, devant le Saint Sacrement. Priez beaucoup pour mériter la vie éternelle que Dieu promet à ceux qui mange de ce pain-là" "Pour le reste, allez voir ailleurs chercher votre nourriture quotidienne. Dans le monde, il faut que chacun se débrouille, qu'il travaille et tire son plan. C'est la loi aujourd'hui : que le meilleur gagne" Et je me suis demandé : serait-ce là vraiment le temps de l'Eglise ?

Dans l'évangile de ce jour, nous voyons Jésus lui-même réagir. Il impose aux disciples de s'occuper réellement de ces questions matérielles : "Donnez-leur vous-mêmes à manger". Pour Jésus, il n'est pas question de renvoyer la foule. C'est au douze à faire le nécessaire pour la nourrir !

Alors ces derniers protestent : "mais nous n'avons pas plus de cinq pains et deux poissons... à moins d'aller nous-mêmes acheter de la nourriture" Mais Jésus va les obliger à donner eux-mêmes en partage ce peu de nourriture qu'ils possèdent. "Faites-les asseoir par groupes de cinquante." Et les apôtres ont réparti la foule par groupes d'environ 50. Comme ils étaient 5.000 personnes, cela fait une centaine de petites communauté où l'on se distribue les pains et les poissons, où chacune et chacun partage avec les autres le peu qu'il a, où dans la joie, toute eucharistie est geste de partage si humble soit-il !

Le temps de l'Eglise est donc le temps où chaque groupe chrétien, chaque petite communauté constituée, qu'elle soit paroisse, équipe, communauté religieuse ou simple groupe, doit se préoccuper de partager les biens élémentaires à l'existence. La vie éternelle, le bonheur profond apporté par Jésus, le royaume de Dieu, commence toujours ici-bas par ce partage, par cette répartition entre tous des richesses matérielles indispensables à la vie digne, de manière à ce que tous les membres de la communauté aient de quoi vivre décemment.

C'est aussi ce que nous enseigne l'apôtre Paul dans la seconde lecture. Il est nécessaire de la remettre dans son contexte. Paul rappelle, comme venant du Seigneur, la manière de faire mémoire de sa mort et de sa résurrection. Mais c'est pour reprocher aux Corinthiens leur façon scandaleuse d'agir dans leurs réunions. Leur conduite n'est pas conforme à la volonté du Christ qui veut qu'en frères on partage les biens nécessaire à la vie. En effet, à Corinthe, tandis que certains mangent abondamment, d'autres ont faim et après ce scandale, tous ont l'audace de célébrer le rite de la Cène. En fait, "Ils mangent et boivent leur propre condamnation."

Deux remarques pour terminer :

1) Pour raconter la multiplication des pains, l'évangéliste utilise la même formulation que pour décrire la cène du Jeudi-Saint.

Comme la veille de sa mort, Jésus prend le pain, et les yeux levés au ciel il prononce la bénédiction. Ensuite il rompt les pains et les donne aux disciples, pour que ceux-ci les partagent avec la foule. C'est bien montrer le lien existant entre ce partage de la nourriture et l'Eucharistie. IL est donc impossible pour nous de célébrer l'Eucharistie sans partager nos biens avec ceux qui autour de nous sont dans le besoin.

2) Quand on partage, il y en a toujours de trop. Ainsi, après le partage des pains et des poissons, on ramassa les restes. Les disciples remplirent douze paniers avec tout ce qui restait. Il y en avait donc bien de trop !

Quand on veut garder tout pour soi, on a toujours peur de ne pas en avoir assez. Alors on amasse sans cesse, dans la crainte d'en manquer à l'avenir. Mais quand on accepte de tout partager, il y en a beaucoup trop. Chacun voulant être délicat, fait attention à l'autre et ne prend que ce qui lui est nécessaire absolument maintenant. De ce fait, il en reste toujours.

Sainte Famille, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps de Noël
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Joseph, Marie et Jésus, un type de famille dont on rêverait bien comme d'un idéal. Des parents qui s'entendent et un enfant bien sage. Personnes humbles et pieuses, fidèles aux traditions, qui, comme chaque année, vont en pèlerinage jusqu'à Jérusalem, pour la fête de la Pâque. Alors que, de nos jours, tant de couples se disloquent, tant de jeunes s'en vont, comment ne pas choisir cette famille comme modèle ?

Cette année, pour célébrer la Sainte Famille, la liturgie propose à notre méditation la scène du recouvrement de Jésus dans le Temple à l'âge de douze ans. L'escapade de Jésus adolescent et la réponse frondeuse à sa mère ont sans doute un côté sympathique. Comme tous les jeunes au sortir de l'enfance, Jésus manifesterait une première velléité d'indépendance par rapport à ses parents. Mais, après cette parenthèse, il est rentré bien sagement avec eux à Nazareth et il leur était soumis. Jésus a donc pu grandir et se développer humainement dans l'atmosphère harmonieuse d'une famille parfaite !

On peut vraiment se demander si c'est vraiment l'intention de l'auteur sacré de nous présenter ainsi la Sainte Famille ? Cet épisode est d'ailleurs le dernier récit de ce qu'il est convenu d'appeler "l'évangile de l'Enfance", ces deux chapitres placés plus tard au début de l'évangile de Luc. IL me semble que cette scène doit être plutôt comprise dans la perspective de la résurrection du Seigneur ! Les parents, nous dit-on, emmènent avec eux à Jérusalem leur enfant de douzeµ ans. Et voilà qu'ils le perdent. Ils se mettent à le "chercher", pendant trois jours et bien qu'ils le trouvent enfin dans le Temple, ils ne comprennent pas que Jésus est "chez son Père". En réalité, ce ne sont pas les parents qui apprennent où doit être Jésus, "Ils ne comprirent pas ce qu'il leur disait", mais c'est le lecteur de l'évangile qui acquiert un savoir. En effet, par le biais de ce récit, il apprend que le véritable lieu où il faut maintenant chercher Jésus c'est "chez son Père".

L'histoire ne nous transmet aucune des questions posées par l'enfant aux maîtres de la Loi, ni aucune de ses réponses. Mais elle souligne l'intelligence de l'enfant qui connaît et comprend la Loi. Elle est sans doute inspirée par la figure du jeune Samuel, qui avait douze ans lorsque ses parents le laissèrent au temple de Silo où il reçut bientôt le don de prophétie et où l'on vantait son intelligence.

La seule parole rapportée ici et la première de toutes celles qu'il a prononcées, est précisément l'indication du lieu où l'on peut désormais le trouver, parole d'ailleurs incompréhensible pour Marie et Joseph : "Ne le saviez-vous pas ? C'est chez mon Père que je dois être." Cette révélation du Christ semble ainsi plus importante que le Temple et la Loi.

Nous pouvons aussi relever dans ce récit des allusions fréquentes au thème de la passion et de la résurrection. Quelques détails de cette histoire font penser à ce que Jésus fera plus tard. Ainsi la montée en pèlerinage vers la ville sainte évoque la Pâque du Seigneur : "comme arrivait le temps où il allait être enlevé du monde, Jésus prit résolument la route de Jérusalem". Jésus perdu enfant, est retrouvé au bout de trois jours, comme il sera plongé trois jours dans la mort. La réponse faite à ses parents trouve un écho en celui adressé aux femmes, le matin de Pâques :"Pourquoi cherchez-vous parmi les morts, celui qui est vivant ?" Et dans l'évangile de Luc, la première parole de Jésus, mais aussi la dernière, est pour parler de son Père d'auprès duquel il enverra son Esprit. A la manière d'un écrin mettant en valeur un joyau, bien des éléments du récit du recouvrement ont pour fonction de souligner la parole du Christ : "Il me faut être chez mon Père".

Pour parvenir à la confession de foi en Jésus, Fils de Dieu, les évènements de Pâques sont nécessaires. On ne peut comprendre aujourd'hui qui est Jésus sans l'expérience pascale. Le sens profond du recouvrement s'éclaire donc à la lumière de Pâques, passage de Jésus vers son Père. Seul Pâques révèlera que pour Jésus "être chez son Père", c'est par sa passion et sa mort entrer dans la gloire divine.

Ainsi, si Jésus est déclaré Fils de Dieu par sa résurrection, nous voyons que la foi de la communauté chrétienne primitive affirme clairement qu'il l'est déjà dès son enfance et même dès le premier instant de sa conception, comme le montre l'épisode de l'Annonciation. Cette foi des premiers chrétiens est aussi la nôtre. Jésus est Fils de Dieu, durant son enfance autant que tout au long de sa vie humaine. Maintenant qu'il est ressuscité chez son Père, il nous donne son Esprit pour nous permettre de continuer à construire le Royaume qu'il est venu inaugurer.

Aujourd'hui, alors que nous célébrons la famille de Nazareth, c'est aussi dimanche, Jour du Seigneur, jour de la résurrection. Nous trouvons donc Jésus chez son Père, tandis qu'avec l'aide de son Esprit nous nous attachons à vivre mieux son Evangile dans les familles et les communautés humaines auxquelles nous appartenons.

Tous les Saints

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 1997-1998

« J'ai vu une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues » On les appelait les saints. C'est l'Eglise aux cent visages qui se montre sous son beau jour. Ce sont des gens qui ont marqué autrefois de leur empreinte toute une époque ou une région. Témoins de Dieu, qui vécurent dans le passé ou d'autres qui furent créés de toutes pièces par l'imagination populaire. Martyrs ou confesseurs de la foi, des célibataires, évêques ou prêtres, des femmes, vierges ou veuves, mais si peu de gens mariés. Des saints religieux qui sont destinés à l'usage des ordres ou des congrégations : bénédictins, franciscains, dominicains, jésuites et autres, proposés comme modèles aux membres de ces institutions.

Fête de tous les saints : c'est l'Eglise qui donne l'image de ce qu'elle fut : majesté des visages aux portiques de nos cathédrales et mièvrerie de tant de nos statues et de nos images pieuses ! Témoins qui nous conduisent à Dieu et saints à qui l'on tente de soutirer des faveurs ou des miracles. Ceux que le peuple de Dieu reconnaît spontanément et ceux que Rome hésite à canoniser, parce qu'ils ont un défaut ou peuvent être gênants.

Il y a peut-être bien longtemps qu'ils ont quitté ce monde. On les appelle les saints et on les dit heureux. Mais n'est-ce pas un rêve ? Et je me suis demandé si l'on ne me faisait pas miroiter un avenir meilleur pour m'endormir, pour nous aider à supporter la vie sur cette terre, la souffrance et les épreuves. Je me suis demandé, si l'Eglise n'enseignait pas : « Sois sage et espère. Le bonheur, c'est pour un autre monde, c'est pour plus tard, c'est pour demain. Dieu te le rendra au centuple » Mais il me semble que le bonheur, c'est toujours pour demain.

Et puis, j'ai écouté, Jésus qui instruit ses amis sur la montagne. Il invitait au bonheur. « Soyez heureux, disait-il, pas demain mais aujourd'hui. Ne vous laissez pas dominer par l'argent. Ne vous laissez pas tenter par le pouvoir. Osez plutôt vous ranger du côté des plus faibles. Vivez le partage, la solidarité. Acceptez volontiers le peu que les petits et les autres vous offrent en gage de leur amour. Exigez la justice pour tous. Soyez doux et assez forts pour ne pas vous enger contre ceux qui ne vous acceptent pas. Efforcez-vous de pardonner pour que l'ennemi d'hier soit l'ami d'aujourd'hui. Soyez allergiques à toute forme de violence, car la violence appelle nécessairement la violence. Arrêtez donc son escalade. Vivez comme des gens libres, respectant les droits des autres et leur permettant aussi de s'exprimer librement. Si vous faites cela, vous serez heureux, pas demain, mais dès aujourd'hui. » Jésus lui-même connaissait le bonheur de vivre ainsi ! Si ses disciples ont bien retenu ses invitations, c'est qu'ils avaient eu la chance de vivre avec lui, qui chaque jour de son existence, les mettait en pratique.

J'ai compris alors que ce n'était pas un rêve. Car, ils étaient vivants ceux qui cherchaient ainsi le bonheur ici-bas, qui le répandaient et qui le partageaient. Ils faisaient des heureux. Et ils inauguraient le grand rassemblement de toutes les nations, races, peuples et langues. Le grand rassemblement des hommes que Dieu aime parce qu'ils lui ressemblent. Un monde tout nouveau.


12e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Depuis de longs mois, dans sa vie, c'était la nuit profonde. Il se rappelle encore du temps où c'était la pénombre. Par contre, quant aux jours de clarté, c'est comme si on écrivait un conte. Seul, au plus profond de sa solitude, il se demandait si un jour, la lumière brillera à nouveau dans sa vie. Si encore, c'était gris, mais non, même pas, tout était vraiment noir. Il était écrasé, terrassé par le poids des soucis, des drames, des malheurs sur lesquels il n'arrêtait pas d'aller de trébuchements en trébuchements. Etait-ce la chance qui avait tourné ? Qu'avait-il fait au bon Dieu pour mériter un tel sort ? Comme si, le sens n'avait plus de sens. Il voguait par delà les ruelles la vague à l'âme, regardant sans regarder, enfoui dans ses pensées. Jusqu'au jour, jusqu'au crépuscule d'une nouvelle vie, où il remarqua quelque chose dans l'étalage d'un magazin qui vendait à la fois tout et rien : un brolle winkel, aurait dit ma grand-mère. Son regard intrigué se mit à contempler un objet que les mots ne pouvaient définir mais dont l'étiquette indiquait tout simplement « fragment de bonheur trouvé au paradis ». « Fragment de bonheur trouvé au paradis ». Drôle de nom pour un objet, drôle de titre également pour une homélie. Et pourtant, je crois qu'il réflète assez bien l'évangile de ce matin (soir), surtout si nous acceptons d'en faire une lecture pour aujourd'hui.

Parfois, la vie peut nous submerger de problèmes, de difficultés. Ces derniers font des vagues dans nos quotidiennetés et peuvent se transformer en véritable tempête de doute, de tension ainsi que d'inquiétudes. Lentement mais sûrement nous sentons nos certitudes couler au coeur de cet océan houleux. Nos forces s'amenuisent et nous n'arrivons plus à ramer à contre courant. Un vertige nous prend face à ce tourbillon dont on ne voit plus le fond. L'eau devient un danger réel.

Mais malgré cela, au coeur de ma propre tourmente me revient à l'esprit, cette superbe phrase du Pasteur d'Hermas : il faut construire sur du solide, c'est-à-dire sur de l'eau. L'eau du baptême, celle qui nous conduit à nouveau vers Jésus, celui qui sommeille à l'arrière de nos barques respectives. Doucement, tendrement, comme s'il ne voulait pas que sa présence nous envahisse et nous empêche d'avancer, de continuer, il se réveille et dit à notre vent : « silence, tais-toi ». Non pas un ordre impératif, dictatorial mais plutôt une invitation à un retour, à une certaine paix.

Jésus, le Christ, par son injonction à la mer, nous rappelle nous dit le livre de Job qu'il est également Dieu. Un Dieu proche de ses disciples, un Dieu qui se repose mais qui ne demande qu'à être réveillé pour nous guider au travers de notre propre tempête. Il nous invite à retrouver en nous cette paix intérieure, ce silence tout habité de sa présence. Lorsque nous sommes submergés, Jésus nous rappelle que contrairement à ce que nous pensons, nous ne sommes pas seuls à traverser cette vallée de larmes, qu'il peut, mais seulement si nous le souhaitons, être un Dieu qui nous conduit vers cette redécouverte d'un bien-être intérieur. Il nous convie à refaire le pari de la confiance. Lui, il est Dieu. Nous, nous ne le sommes pas. Arrêtons alors de jouer à Dieu, seul ou avec d'autres, en voulant tout résoudre par nous-mêmes. Il y a des situations qui nous dépassent. Dieu ne nous dépasse-t-il pas par définition. Tournons-nous vers lui et offrons-lui les tempêtes de nos vies. Je ne crois pas qu'il résoudra tout. Par contre je suis convaincu qu'en me tournant à nouveau vers lui, il m'aidera à retrouver une paix intérieure qui me permettra de prendre la distance nécessaire par rapport aux événements douloureux que je peux traverser. Par son injonction, il nous montre un chemin possible. « Tais-toi », signifie ne parle pas, mais également abandonne-toi, laisse-toi aller, donne-toi, ne fais pas seulement silence mais sois silence. Les mots ne sont plus nécessaires, je t'ai compris. Un sentiment suffit. C'est cette distance-là avec nous-mêmes qui nous permettra de reprendre un chemin possible de vie.

Aujourd'hui, lorsque Jésus nous dit : « silence, tais-toi », il nous offre, je crois, « un fragment de bonheur trouvé au paradis ». Puissions-nous alors un jour répondre à sa question : « pourquoi avoir peur ? ».

12e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

« Pourquoi avoir peur ? »

C'est le soir ; il commence à faire nuit. Les disciples sont sur la mer, dans une petite barque fragile au milieu d'une grande tempête ; la barque a déjà commencé à se remplir d'eau ; elle va bientôt sombrer. Ils sont entourés d'obscurité et du chaos de la mer, ils vont mourir. Et Jésus leur demande pourquoi ils ont peur. Question curieuse. Dans de telles circonstances, qui n'aurait pas peur ? La merveille est le fait que Jésus n'ait pas peur. En fait, le mot grec qu'utilise S Marc ne signifie pas « avoir peur », mais plutôt « être lâche ». Jésus n'est pas contre la peur. Ce serait inutile ; la peur fait partie de notre vie, il y a beaucoup de situations face auxquelles il est normal d'avoir peur. C'est pourquoi le courage est nécessaire dans la vie humaine ; le courage suppose la peur. Jésus même aura peur dans le jardin de Gethsémani. Mais il vaincra sa peur, il se montrera courageux. Ici, les disciples ne se montrent pas courageux, ils sont saisis de panique.

Mais ce récit n'est finalement pas une leçon sur le courage. L'accent est plutôt sur le miracle, mais surtout sur la réaction des disciples au miracle. S'ils sont dans la crainte avant que Jésus n'apaise la tempête, ils y sont après aussi : « Saisis d'une grande crainte, ils se disaient entre eux : 'Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ?' ». Leur question n'est pas une demande de renseignement. Ils en connaissent déjà la réponse. Dans la mentalité juive la mer représente le chaos, l'incompréhensible ; la mer fait disparaître tout repère, on y est perdu. Sa force destructrice représente la violence et la mort. La mer est l'ennemi du Dieu qui donne l'ordre, la paix et la vie ; elle révèle la fragilité et l'impuissance de l'homme, et seul Dieu peut la maîtriser, et le fait qu'il peut la maîtriser révèle la puissance infinie de Dieu. C'est ce que la première lecture d'aujourd'hui, tirée du livre de Job, nous dit. La scène sur le lac rappelle les premiers versets de la Genèse - l'obscurité, la tempête, l'abîme, le chaos incompréhensible avant que Dieu ne prononce sa parole créatrice. Dans leur barque, les disciples sont au milieu de ce chaos, ils sont perdus, et ils sont menacés par la violence de la mer. Et Jésus prononce sa parole de puissance, sa parole de paix et d'ordre. La question des disciples montre qu'ils sont confrontés, en Jésus, à la puissance de Dieu, et qu'ils le savent. Ils passent d'une crainte à une autre, d'une incompréhensibilité à une autre, du chaos de la tempête où on ne se retrouve pas à la majesté mystérieuse et incompréhensible de Dieu. Le fait que Jésus apaise la tempête est plus qu'impressionnant ; pour les disciples, c'est un moment révélateur.

Il y a des moments révélateurs dans nos vies, des moments où nous voyons un aspect de la vie, du monde, de l'existence, dont nous étions inconscients. Pour prendre un exemple familier : la première fois qu'on tombe amoureux, c'est une révélation ; la personne dont nous tombons amoureux semble changée, elle nous ouvre son mystère. Mais le monde entier aussi peut nous paraître changé. Nous pouvons percevoir une intensité dans les choses, une vie, une profondeur, une richesse auxquelles nous n'avons même pas songé avant. Il y a une double révélation : on voit autrement la personne dont on est tombé amoureux, mais on voit le monde autrement aussi. Il en va de même pour les disciples de Jésus. Maintenant, ils voient Jésus autrement, ils voient en lui la présence divine, d'où leur crainte. Mais désormais ils verront autrement le monde entier aussi. A partir de ce moment le monde sera pour eux un monde sujet à la parole de Jésus, comme à la parole de Dieu. La parole de Jésus est la parole créatrice de Dieu. Même les choses menaçantes, qui font peur, comme les tempêtes, sont plus que le jeu aveugle des forces naturelles ; elles sont soumises à la parole de Jésus, et les disciples se voient entourés de la puissance mystérieuse de Jésus.

Dans ce récit, tout finit bien ; les disciples ne périssent pas, Jésus les sauve. Mais ils vont périr un jour. Pour eux, comme pour nous, tout ne va pas finir bien. Il y a souvent ceux qui, perdus dans une situation périlleuse, dans l'obscurité, dans le chaos, n'en sortent pas, qui crient éperdument vers Jésus, et qui finissent par périr. Marc, semble-t-il a écrit son évangile pour les chrétiens de Rome, qui périssaient sous la persécution de l'empéreur Néron. Ils criaient sans doute vers Dieu, vers Jésus, et ils périssaient quand-même. Le but de ce récit n'est pas de dire aux disciples qu'ils survivront s'ils font appel à Jésus ; ils savaient déjà que ce n'était pas le cas. C'était de leur rappeler que même dans le danger, dans la souffrance incompréhensible, dans la mort, ils n'étaient pas abandonnés. Ils étaient dans un monde animé par la parole de Dieu, de Jésus, et ils étaient entourés par sa puissance mystérieuse. Face à la souffrance, face à la mort, face au chaos, il fallait du courage, et c'est ce moment révélateur sur le lac, qui leur montre la majesté incompréhensible de Jésus, qui leur donne ce courage.

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