7e dimanche de Pâques, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

Jn 17, 11-19

Je ne te demande pas de les retirer du monde, mais de les garder du mauvais.

C'est la prière de Jésus pour ses disciples. Il traite de la "Difficulté d'être chrétien"

Jésus dit en effet que nous sommes dans le monde, sans être du monde. L'intention est claire : il s'agit d'être un homme à part entière, immergés dans les luttes, les espérances et les combats du monde, et garder cependant une distance. Il ne s'agit pas du repli superbe de celui qui se tiendrais sur la berge du fleuve et contemplerait son agitation, mais d'une distance qui serait fraternelle. Il s'agit de ne pas se confondre avec le monde sous peine de n'avoir plus rien à dire, plus rien à lui apporter et donc faillir à sa mission. Mais si l'intention est claire, il s'agit en réalité d'un chemin de crête, car il faut tenir à la fois deux choses. Il serait facile de n'en affirmer qu'une, de choisir.

Etre dans le monde. Comme Jésus doit aimer ceux qui se portent avec un grand élan fraternel vers le monde, qui explorent des voles nouvelles, aux marches de l'Eglise, ceux qui prennent des risques, même s'ils commettent des erreurs.

Ne pas être du monde. Savoir lui dire non : c'est encore une façon d'aimer. Non au culte de l'argent et à l'avarice, non à l'injustice et à l'exploitation de l'homme par l'homme, non à l'oppression, non à la violence et au racisme. Même si tout le monde court après l'argent, même si tout le monde triche, même si tout le monde commet l'injustice. La vérité n'a rien à voir avec le nombre des gens qu'elle persuade.

L'EGLISE DONT JE REVE

Alors mon Eglise, celle dont je rêve, celle que j'appelle de mes voeux, n'est pas seulement une, sainte, catholique et apostolique. Elle a d'autres caractéristiques : C'est d'abord une Eglise fraternelle, ai trop pyramidale, ni trop hiérarchique, mais faite de frères et de soeurs. Tout le monde s'y sent à l'aise et ose s'exprimer parce que personne n'y a peur de personne. C'est une Eglise de gauche puisque les frères de gauche sont mes frères et une Eglise de droite puisque les chrétiens de droite le sont aussi. Elle est aussi peu Bonapartiste et Gaulliste que possible En elle, il n'y a pas de personnage messianique, ni de gourous pour dire ce que je dois faire Elles est faites d'hommes libres qui s'écoutent mutuellement, ou plutôt qui écoutent ce que l'esprit leur dit par la bouche de leurs frères.

Mon Eglise est ensuite une Eglise en recherche. Elle n'a pas de réponse à tout. Elle est le grand rassemblement de tous ceux qui voudraient percer le secret de Dieu. Elle est humble. Souvent elle a plus de questions que de réponses. On la voit aux côtés de tous ceux qui cherchent en vérité.

Mon Eglise est enfin engagée. Elle a compris qu'il ne suffit pas de pratiquer la charité d'une manière artisanale, mais qu'il faut s'attaquer aux causes de la pauvreté. Ou plus exactement qu'il importe souvent de faire l'un et l'autre. C'est pourquoi mon Eglise est entrée en politique comme on disait jadis d'une personne qui est entrée en religion. Ou rassurez-vous, si elle pousse à l'engagement politique, elle ne vous dira plus pour qui il faut voter ? Car rien n'est plus détestable qu'une Eglise appelant à voter à gauche à cause des exigences de la justice qu'une Eglise appelant à voter à droite pour la défense des valeurs traditionnelles.

Telle est mon Eglise. Elle existe déjà. Voulez-vous bien que nous travaillons ensemble à la faire naître davantage.

Ce serait un fruit de la Pentecôte. Ce serait l'accomplissement de la prière du Christ.

12e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

« Pourquoi avoir peur ? »

C'est le soir ; il commence à faire nuit. Les disciples sont sur la mer, dans une petite barque fragile au milieu d'une grande tempête ; la barque a déjà commencé à se remplir d'eau ; elle va bientôt sombrer. Ils sont entourés d'obscurité et du chaos de la mer, ils vont mourir. Et Jésus leur demande pourquoi ils ont peur. Question curieuse. Dans de telles circonstances, qui n'aurait pas peur ? La merveille est le fait que Jésus n'ait pas peur.

En fait, le mot grec qu'utilise S Marc ne signifie pas « avoir peur », mais plutôt « être lâche ». Jésus n'est pas contre la peur. Ce serait inutile ; la peur fait partie de notre vie, il y a beaucoup de situations face auxquelles il est normal d'avoir peur. C'est pourquoi le courage est nécessaire dans la vie humaine ; le courage suppose la peur. Jésus même aura peur dans le jardin de Gethsémani. Mais il vaincra sa peur, il se montrera courageux. Ici, les disciples ne se montrent pas courageux, ils sont saisis de panique.

Mais ce récit n'est finalement pas une leçon sur le courage. L'accent est plutôt sur le miracle, mais surtout sur la réaction des disciples au miracle. S'ils sont dans la crainte avant que Jésus n'apaise la tempête, ils y sont après aussi : « Saisis d'une grande crainte, ils se disaient entre eux : 'Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ?' ». Leur question n'est pas une demande de renseignement. Ils en connaissent déjà la réponse. Dans la mentalité juive la mer représente le chaos, l'incompréhensible ; la mer fait disparaître tout repère, on y est perdu. Sa force destructrice représente la violence et la mort. La mer est l'ennemi du Dieu qui donne l'ordre, la paix et la vie ; elle révèle la fragilité et l'impuissance de l'homme, et seul Dieu peut la maîtriser, et le fait qu'il peut la maîtriser révèle la puissance infinie de Dieu. C'est ce que la première lecture d'aujourd'hui, tirée du livre de Job, nous dit. La scène sur le lac rappelle les premiers versets de la Genèse - l'obscurité, la tempête, l'abîme, le chaos incompréhensible avant que Dieu ne prononce sa parole créatrice. Dans leur barque, les disciples sont au milieu de ce chaos, ils sont perdus, et ils sont menacés par la violence de la mer. Et Jésus prononce sa parole de puissance, sa parole de paix et d'ordre. La question des disciples montre qu'ils sont confrontés, en Jésus, à la puissance de Dieu, et qu'ils le savent. Ils passent d'une crainte à une autre, d'une incompréhensibilité à une autre, du chaos de la tempête où on ne se retrouve pas à la majesté mystérieuse et incompréhensible de Dieu. Le fait que Jésus apaise la tempête est plus qu'impressionnant ; pour les disciples, c'est un moment révélateur.

Il y a des moments révélateurs dans nos vies, des moments où nous voyons un aspect de la vie, du monde, de l'existence, dont nous étions inconscients. Pour prendre un exemple familier : la première fois qu'on tombe amoureux, c'est une révélation ; la personne dont nous tombons amoureux semble changée, elle nous ouvre son mystère. Mais le monde entier aussi peut nous paraître changé. Nous pouvons percevoir une intensité dans les choses, une vie, une profondeur, une richesse auxquelles nous n'avons même pas songé avant. Il y a une double révélation : on voit autrement la personne dont on est tombé amoureux, mais on voit le monde autrement aussi. Il en va de même pour les disciples de Jésus. Maintenant, ils voient Jésus autrement, ils voient en lui la présence divine, d'où leur crainte. Mais désormais ils verront autrement le monde entier aussi. A partir de ce moment le monde sera pour eux un monde sujet à la parole de Jésus, comme à la parole de Dieu. La parole de Jésus est la parole créatrice de Dieu. Même les choses menaçantes, qui font peur, comme les tempêtes, sont plus que le jeu aveugle des forces naturelles ; elles sont soumises à la parole de Jésus, et les disciples se voient entourés de la puissance mystérieuse de Jésus.

Dans ce récit, tout finit bien ; les disciples ne périssent pas, Jésus les sauve. Mais ils vont périr un jour. Pour eux, comme pour nous, tout ne va pas finir bien. Il y a souvent ceux qui, perdus dans une situation périlleuse, dans l'obscurité, dans le chaos, n'en sortent pas, qui crient éperdument vers Jésus, et qui finissent par périr. Marc, semble-t-il a écrit son évangile pour les chrétiens de Rome, qui périssaient sous la persécution de l'empéreur Néron. Ils criaient sans doute vers Dieu, vers Jésus, et ils périssaient quand-même. Le but de ce récit n'est pas de dire aux disciples qu'ils survivront s'ils font appel à Jésus ; ils savaient déjà que ce n'était pas le cas. C'était de leur rappeler que même dans le danger, dans la souffrance incompréhensible, dans la mort, ils n'étaient pas abandonnés. Ils étaient dans un monde animé par la parole de Dieu, de Jésus, et ils étaient entourés par sa puissance mystérieuse. Face à la souffrance, face à la mort, face au chaos, il fallait du courage, et c'est ce moment révélateur sur le lac, qui leur montre la majesté incompréhensible de Jésus, qui leur donne ce courage.

23e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

Is 35, 4-7 ; Mc 7, 31-37

L'ancien testament est plein de choses horribles. Il y a beaucoup d'histoires violentes, où les gens s'imposent de manière brutales aux autres, ou se vengent sur leurs ennemis de manière atroce, inhumaine et trop humaine. Par exemple, une femme est violée et tuée gratuitement, et par vengeance toute une tribu est massacrée (Juges 19). Il y a des prières violentes ; il y a un psaume où le psalmiste prie Dieu de ne pas oublier la violence de Babylone et qui se termine : « Fille de Babylone, promise au ravage, heureux qui te traitera comme tu nous as traités ! Heureux qui saisira tes nourrissons pour les broyer sur le roc ! (Ps 137)

Même Dieu semble être pris dans cette inhumanité. Puisque l'homme est violent, Dieu l'est aussi. Dans l'histoire primitive de l'homme, Dieu voit que le coeur de l'homme est plein de violence ; sa réponse n'est pas de lui offrir le pardon ou de le mener vers la justice, mais de l'exterminer dans les eaux de déluge. Plus tard, c'est Dieu qui ordonne à son peuple élu de prendre possession de la terre promise en massacrant tous les habitants du pays.

Dieu n'est pas vraiment comme cela, mais c'était une époque violente, et l'homme a construit l'image de Dieu sur base de sa propre nature ; puisque l'homme était inhumain, Dieu devait l'être aussi, plein d'égoïsme, de violence, de rancune. L'homme était et reste incapable de construire de ses propres ressources l'image de Dieu tel qu'il est. Si nous avons une bonne image de Dieu, c'est parce que Dieu s'est révélé à nous en Jésus Christ.

Mais il y a quand même des moments, même dans l'ancien testament, où la vraie nature de Dieu nous est révélée, tels que la première lecture d'aujourd'hui, le texte d'Isaïe. « Dites aux gens qui s'affolent : Prenez courage, ne craignez pas. Voici votre Dieu, c'est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. ». C'est toujours, semble-t-il, le vieux Dieu compris à l'image de l'homme. Mais quelle est cette vengeance de Dieu dont parle le prophète ? « Alors s'ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche de muet criera de joie. » La vengeance divine n'est pas la vengeance comme la comprennent les hommes. La vengeance de Dieu est paradoxale, elle n'est pas la violence et la mort, mais la guérison et la joie. Si on peut parler de la vengeance divine, ce n'est pas contre les hommes que Dieu se venge, mais contre tout ce qui est contraire à la vraie vie humaine.

Dans les évangiles, c'est Jésus, la vraie image de Dieu, qui accomplit cette vengeance de Dieu. Partout, comme dans l'extrait d'aujourd'hui, il se bat pour enlever aux hommes tout ce qui les empêche de vivre humainement, il se bat contre la maladie, contre les démons qui assujettissent les hommes et les réduisent en esclavage, contre le péché qui détruit et rend malheureux les hommes. C'est là, la vraie vengeance divine, paradoxale et merveilleuse.

Quand nous lisons et écoutons l'ancien testament, nous trouvons souvent une image déformée de Dieu, une image faite par des hommes trop enfermés dans la violence, une image trop peu chrétienne, une image trop loin de Jésus Christ. Mais cette image n'est pas simplement à jeter à la poubelle. Elle est précieuse, parce qu'elle sera transformée par Jésus ; en Jésus nous verrons la vraie nature de Dieu ; ce n'est plus un dieu fait à l'image de l'homme. En Jésus aussi nous serons transformés ;.la vengeance de Dieu nous guérira, enlèvera de notre coeur la violence et la vengeance, pour que nous soyons vraiment faits à l'image de Dieu.

Mercredi des Cendres

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : A, B, C
Année: 1999-2000

Et si Dieu venait ce soir nous susurrer dans l'oreille : « au fait, j'ai une mauvaise nouvelle pour toi, il te reste juste quarante jours à vivre sur cette terre. Dans quarante jours exactement, tu viendras vers moi pour l'éternité ». Malgré le fait que nous nous définissions comme chrétiens et chrétiennes, je ne suis pas du tout sûr que ce genre de nouvelle nous fera bondir de joie. Et si c'était tout simplement cela le carême.

Il y a quelques années, j'ai eu le privilège de vivre quelques jours, au sud du Rwanda, dans un camp composé de réfugiés en provenance du Burundi. Ces 5 jours m'ont marqué à jamais. Dans ce camp, il y avait une section où plus ou moins 500 jeunes de 15 à 20 ans se trouvaient. Ils avaient tout perdu, famille, amis, maison. De ce qu'ils avaient auparavant, ils ne restaient plus qu'eux-mêmes, mais vivant. Ils souhaitaient eux aussi vivre leur entrée en Carême, c'était un mercredi des Cendres. Il fallait prêcher, mais tout ce qu'on m'avait toujours dit sur ce qu'était le carême, ne fonctionnait pas là-bas. Il faut jeûner pour partager. Mais c'est ce qu'ils font déjà tous les jours vu la précarité de leur situation. Je découvrais que cette conception-là du carême était bien occidentale, c'est-à-dire était possible à vivre quand tout allait bien. C'était donc une vision trop restrictive. Le carême signifiait donc autre chose.

Et si c'était tout simplement le fait d'oser nous rappeler que nous sommes toutes et tous des êtres mortels, qu'il y a une limite au bout de notre vie terrestre, une échéance par laquelle nous passerons. La vie nous a été donnée. Notre vie s'inscrit dans un temps, nous le croyons immortel mais ce temps donné est court, bien trop court. Il n'y a pas de temps à perdre pour vivre, mais vivre intensément. Le Christ, ce soir, nous fait le cadeau de 40 jours pour redécouvrir ce qui est essentiel, pour nous désencombrer de ce qui nous alourdit, de ce qui nous empêche de devenir ce à quoi nous sommes appelés, c'est-à-dire nous-mêmes. 40 jours pour retrouver le sens de vivre notre vie, pour nous recentrer sur notre condition mortelle : « souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ». Au-delà du caractère tragique de ces mots, les cendres que nous recevrons dans un instant sont là pour nous rappeler que sous nos cendres, il y a des braises qui ne demandent qu'à être attisées pour devenir à nouveau feu pour soi, feu pour l'autre. Mais cela n'est possible que si nous prenons véritablement conscience que nous ne sommes pas Dieu et donc bien des êtres mortels désireux de réaliser leur vie.

Le cadeau de Dieu : 40 jours. 40 petits jours pour revenir à ce qui fait notre essence. Et ne voulant pas nous laisser désemparés face à un tel chemin, le Christ nous propose des moyens : le jeûne, l'aumône et la prière. Ils sont des moyens et non des fins puisque la finalité de ces 40 jours, c'est la conversion : conversion des coeurs, conversion de vie. A chacune et chacun, dans le secret de son être à trouver les moyens qui lui permettront d'atteindre une telle fin ; si le Christ nous en propose trois, il y en a encore bien d'autres, à nous de les découvrir et de choisir. 40 jours, c'est peu ; une vie aussi c'est peu. N'attendons pas demain pour nous convertir. La conversion, c'est ici et maintenant. Alors et alors seulement, nous vivrons pleinement. Si le carême, c'est vraiment cela, c'est joyeusement que je vous le souhaite extraordinaire. Amen.

7e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

Mc 2, 1-12

Imaginez-vous un instant vous trouvant dans la salle de consultation de votre médecin traitant. Vous ne vous sentez pas bien depuis plusieurs jours et vous décidez finalement d'aller le voir. Vous lui expliquez ce que vous ressentez et plutôt que de vous ausculter, de prendre votre dossier, il vous dit tout simplement : « mon enfant, tes péchés sont pardonnés ». Moi en tout cas, à votre place, je réagirais sans doute comme les scribes de l'évangile et me poserait la même question : « pourquoi cet homme parle-t-il ainsi ? Il blasphème » et j'ajouterais également : « c'est quoi ton problème, pour qui te prends-tu ? Je suis venu chez toi pour que tu t'occupes de mon corps pas de mon âme. Ca ce n'est pas ton problème, mêles-toi de ce qui te regardes ».

En cette fin de vingtième siècle, je crois ma réaction assez normale : en quoi mes péchés sont-ils la cause de ma souffrance physique ? Nous avons dissocié les deux. Cependant, il n'en allait pas de même du temps du Christ. En effet, pour les juifs de cette époque, péchés et souffrances ne font qu'un. Si vous souffrez, c'est parce que vous êtes pécheur. Et d'ailleurs, plus vous souffrez, plus votre souffrance doit être grande. Une telle conception de la souffrance déculpabilise évidemment très fortement l'entourage. Si tu as mal, tu n'as qu'à t'en prendre à toi-même puisque ta souffrance est le prix de ton péché. Et si ton handicap est de naissance, tu payes simplement pour le péché de tes parents. Rappelons-nous l'histoire de l'aveugle-né. Heureusement pour nous ce type de théologie, de discours sur la souffrance n'est plus de mise. La souffrance est un mal qu'il faut combattre à tout prix. Rien ne peut justifier la douleur physique. Cette dernière se doit d'être éradiquée par tous les moyens disponibles. Et pourtant, je crois pouvoir affirmer que nous sommes allés trop loin dans la séparation du corps et de l'esprit. Ils ne sont pas aussi dissociés et Descartes, grand philosophe qui a marqué notre culture, s'est sans doute trompé à ce sujet. L'âme et le corps forment le tout que nous sommes. Il fallait donc que Jésus guérisse l'âme, la prison intérieur du paralysé pour que ce dernier puisse se remettre à marcher sur le chemin de sa propre route.

Pour ce faire, et c'est ce qui est sans doute assez surprenant dans notre évangile de ce jour, c'est que Jésus ne fait pas de grands sermons. Il ne prêche pas la foi sous la forme d'un sermon comme je le fais pour le moment, il la voit. C'est par un regard, un simple regard que le Christ annonce la Parole. Pas de mots, peu de mots, juste un regard. Un regard qui permet de percevoir ce qui est de l'ordre de l'invisible, de l'indicible. Un regard qui va au-delà des mots pour comprendre et apprécier un geste. En effet, Jésus voit quatre hommes qui vont jusqu'à percer le toit d'une maison pour lui présenter un des leurs. Pas un mot dans ce récit, simplement une conviction de foi : l'homme-Dieu qui annonce la Parole peut guérir un paralysé et le mettre debout d'abord vis-à-vis de lui-même puis des autres. Et l'homme alors s'en va, prend son brancard et sort devant tout le monde. De cet homme, nous ne savons rien si ce n'est qu'il était paralysé. Nous ne connaissons même pas son nom. Peu importe d'ailleurs ou peut-être tant mieux. Parce que cet homme, ce paralysé, c'est sans doute chacune et chacun d'entre nous. Nos paralysies sont elles aussi nombreuses et nous empêchent d'avancer sur le chemin de nos destinées. Nous en avons hérité certaines, d'autres nous les avons acquises tout au long de notre vie. Petit à petit, elles nous encombrent jusqu'à ce que nous fassions du surplace. Seul nous ne pouvons plus nous en sortir. A l'image du paralysé de l'évangile, tournons-nous alors vers celles et ceux qui nous entourent et demandons-leur en toute humilité de nous porter, de nous accompagner sur cette route nous conduisant au Christ. Il s'agit d'une question de foi. Jésus est là pour nous permettre de nous débarrasser de tout ce qui nous empêche de devenir nous-mêmes, c'est cela aussi le péché.

Si nous le voulons, si nous crevons notre toit intérieur, le Fils de Dieu s'adressera également à nous par ses mots : « mon enfant, tes péchés sont pardonnés. Lève-toi ». Amen.

13e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

Perfection, performance, réussite, créativité, voici quelques mots qui résonnent en nous et qui nous chantent la clé du succès d'aujourd'hui. Si nous voulons être heureux, si nous voulons être appréciés, voire même aimés dans cette vie, nous devons être au-dessus de la moyenne, presque être meilleur encore que des ordinateurs quant à la mémoire et à la connaissance. Comme si le monde était réservé à une élite bien choisie où seuls quelques uns trouvent leur place et s'épanouissent. Heureusement, pour nous de tels sur-êtres humains n'existent pas. Et s'ils existaient, il y a fort à penser qu'ils passeraient à côté de l'essentiel de leur vie. Et pourtant, tous les messages de notre société vont dans le sens de la performance, de la réussite sociale avant tout. Une réussite que nous n'emporterons pas avec nous dans notre mort d'ailleurs puisqu'elle est fondée sur les valeurs d'ici-bas qui vont à l'encontre même des valeurs d'en-haut.

Reconnaissons cependant que nous sommes désarmés par rapport à une telle demande de succès. Plusieurs chemins s'offrent à nous. Soit nous essayons en épuisant un ensemble de nos forces de naviguer dans ces eaux troubles, soit nous les refusons et nous choisissons de nous réaliser ailleurs, soit encore, pour garder la tête hors de l'eau nous nous appuyons sur les épaules de celles et ceux qui nous entourent quitte à ce que eux se noient plutôt que nous. Ayant peur de l'avenir, de l'échec toujours possible, des mes propres fragilités, je veux à n'importe quel prix garder la tête haute, avoir une grande estime de l'être que je suis. Et comme je n'y arrive pas par mes propres moyens, limité par l'expérience de la vie et ma propre personne, je me mets à écraser celles et ceux que je rencontre. Cela me fait du bien de les diminuer, j'ai alors l'impression d'être supérieur, de mieux m'en sortir. Comme si mon idéal de vie était : « je te diminue à mes yeux et aux tiens pour que je puisse grandir ». Mais écraser l'autre pour sa propre réussite, est un leurre. En effet, cette attitude petit à petit tue toutes les relations nous entourant. Les proches se mettent à nous fuir parce que nos propos deviennent désagréables, parfois grossiers ou méchants. « En te dénigrant, j'existe » voilà bien une maxime qui nous conduit à la mort sociale, familiale. Et au bout d'un tel chemin, nous sommes confrontés à la solitude, notre solitude. S'il est vrai que nous aimons être seuls lorsque nous sommes entourés et que nous aimons être entourés lorsque nous nous sentons seuls, il existe cependant des solitudes très lourdes à porter surtout lorsqu'elles sont le résultat de son propre comportement, souvent inconscient hélas. Et pourtant, ce type de comportement existe bel et bien dans notre société et nous en sommes responsables. D'autant plus que nous allons irrémédiablement vers l'échec. Il est faux de croire qu'en dénigrant l'autre, j'existe parce que, tout simplement, c'est par l'autre que j'existe. Par le respect que j'éprouve à son égard, son regard donne de la valeur à mes yeux. Et au fil des mois et des années, l'image que j'ai de moi est belle. Elle est loin d'être parfaite parce que j'ai acquis la conviction que la perfection n'est pas de ce monde, mais elle est belle. Je puise alors dans cette beauté intérieure pour vivre, exister, rencontrer.

Je sais alors au fond de moi que seul, je ne peux pas vraiment exister. L'autre est essentiel à mon épanouissement, à ma réalisation. Mais cela demande une sacrée dose d'humilité : oser reconnaître que j'ai besoin des autres, que je ne suis pas suffisamment fort pour réussir, que je ne suis pas aussi parfait et performant que je ne le souhaiterais. J'arrête ainsi de croire que je suis celui que je voudrais être, je reviens sur mon propre globe pour retrouver et aimer celui que je suis, là où j'en suis. Ce n'est peut-être pas aussi brillant mais je peux m'habiter pleinement parce que je suis moi et non plus le rêve dans lequel je m'étais enfermé. Cette conversion intérieure, me paraît essentielle dans notre société en cette fin de millénaire, parce qu'elle nous conduit au chemin de la rencontre avec le divin. C'est parce qu'une femme, un homme ont eu l'humilité de croire que seuls, ils ne pouvaient rien qu'ils se sont tournés vers le Christ. Ils ont alors fait confiance. Ils ont fait la découverte de l'humilité humaine et de la grandeur de la foi. Puisions-nous découvrir chacune et chacun que le dénigrement de l'autre nous tue à petit feu et que nous marchions sur le sentier de l'humilité, celui qui donne à l'autre et au tout Autre, sa véritable dimension. Alors, confiance et amour chanteront dans nos vies à l'unisson.

Amen

4e dimanche de Carême, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

Jn 3, 14-21

Le frère Vincent est un frère dominicain du couvent d'Oxford en Angleterre. Sa particularité est qu'il est aveugle et son occupation principale, aussi étonnant que cela puisse paraître, est l'épluchage des légumes. Et comme il a beaucoup d'humour, il nous dit qu'il laisse toujours les yeux dans les pommes de terre. Si je vous parle de ce frère c'est parce qu'il lui est arrivé l'histoire suivante : un jour il a été invité à assister à une conférence dans le nord de l'Angleterre. Etant très indépendant et comme à son habitude, il s'était fait montré le chemin la veille. Le matin, le voilà, attendant de passer à un passage pour piétons. Une personne lui demande s'il compte aller à la conférence et s'il peut l'accompagner. Vincent était très heureux de cette attention. Il nous dit avoir eu très peur en traversant la chaussée. Il entendait les voitures qui freinaient et klaxonnaient et se demandait ce que faisait l'autre. Arrivé de l'autre côté de la route, il lui fait remarquer que la traversée lui a semblé très dangereuse et qu'il était étonné que l'autre soit un si mauvais guide. Mais c'est vous qui me guidiez, répondit ce dernier. Les deux étaient aveugles. L'histoire est amusante et elle m'est revenue à la mémoire en méditant l'évangile de ce jour.

Nos deux aveugles anglais ont un point commun avec l'évangile de ce jour. Ils ont tous trois fait confiance. Et sans mauvais jeu de mot, je dirais même, ils avaient une confiance aveugle en l'autre qu'il soit partenaire dans la cécité ou Jésus Christ. Cette confiance est étonnante et tellement difficile à vivre encore peut-être plus aujourd'hui. Notre société est devenue à ce point compétitive que nous nous laissons déborder par elle. Elle ira jusqu'à envenimer les relations humaines puisque quelque part l'autre devient une menace dont je dois me méfier. Dans combien d'auditoires ne prête-t-on pas ses notes de cours de peur que l'autre réussisse et prenne notre place. Dans combien de lieux de travail, ne faisons-nous pas pleinement confiance à celles et ceux qui nous entourent car nous craignons leur trahison au moment où une meilleure opportunité de travail s'offre aux deux ? La confiance, fondement de toute relation humaine n'est plus élevée au rang de vertu. Elle est aujourd'hui souvent entendue comme naïveté voire même signe de bêtise : « si tu fais confiance, tu te feras manger par l'autre ». L'autre devient de la sorte celui dont il faut se méfier par excellence. Triste monde. Triste vie.

Le meilleur moyen de se protéger est de se mettre dans la peau de l'observateur, celui qui vit un peu en retrait de lui-même, qui ne se laisse pas trop vite influencer et qui garde ses distances. Hélas, trois fois hélas, l'observateur fonde ses jugements sur les apparences. Il utilise tous les sens qui lui sont disponibles pour se positionner. L'habillement, le langage du corps, les gestes, la voix deviennent des pièces d'un puzzle qui nous permet de nous situer, parfois de rencontrer, souvent de condamner. Un peu comme si l'être humain pouvaient se réduire non pas à ce qu'il est mais à ce qu'il montre de lui. La vie est de la sorte vécue comme une grande pièce de théâtre où chacune et chacun nous avons un rôle à jouer pour nous situer, pour nous protéger. Les apparences, celles de l'autre et les nôtres nous aveuglent et nous enferment dans la spirale de la peur. Comme si ces fameuses apparences décrivaient l'être de l'autre, son essence. Ne nous enfermons pas dans nos apparences respectives, elles ne sont que le manteau de nos personnalités. Ce que nous sommes est en-dessous lorsque nous nous laissons être à nous-mêmes, c'est-à-dire lorsque la confiance est là et que la rencontre devient lieu où deux histoires se racontent en tendresse et se reconnaissent profondément fragile. Alors prennent sens les mots du prophète Samuel : « Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l'apparence, mais le Seigneur regarde le coeur ». L'être de l'homme réside en son coeur, c'est là et là seulement qu'il est pleinement lui-même, elle-même.

Puissions-nous en ce temps de carême nous désaveuglés de nos peurs et de nos jugements de condamnation pour entrer dans la vraie lumière, celle qui trouve sa source dans nos coeurs, lieu où Dieu réside en chacune et chacun d'entre nous. Amen.

8e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

Le Déli-Choc. Le Déli-choc, anciennement appelé le Bi-choc est un biscuit recouvert d'une plaquette de chocolat. Une étude, des plus scientifiques puisqu'elle a été réalisée par moi (par l'équipe qui a préparé cette célébration) a montré qu'il y avait une certaine façon de manger un Déli-choc. Ce dernier ne se croque pas, on mange d'abord le chocolat qui dépasse. Pour ce qui est du choco-prince, biscuit fourré cette fois au chocolat, certains vont d'abord manger la partie supérieure du biscuit, racler le chocolat et terminer par la partie inférieure. Le petit beurre quant à lui se mange pour beaucoup en commençant par les quatre coins. Et enfin pour ce qui est de la barre de chocolat Côte d'Or, il y a deux traditions qui se côtoient : il y a celles et ceux qui commencent par la petite image de l'éléphant et puis il y a les autres qui terminent par cette dernière.

Pourquoi vous parler de ces diverses traditions alimentaires intimes, êtes-vous sans doute entrain de vous demander ? Simplement pour nous rappeler, à l'instar des lectures de ce jour, qu'il y a un ensemble de choses que nous faisons dans la vie par habitude, sans réfléchir. Certaines sont sensées, d'autres pas. Prenons l'exemple suivant : quand je suis arrêté devant un passage à niveaux, et qu'un train de marchandises passe, je ne peux m'empêcher de commencer à compter le nombre de wagons. J'ai beau me dire que c'est absurde, j'ai beau me battre contre moi-même en essayant de me convaincre que je ne dois plus faire cela, je tiens à peu près jusqu'à la moitié du train et je me remets à compter. Pourquoi ai-je besoin de faire cela ? Je n'en sais rien. Pour passer le temps ? Peut-être. En souvenir de mon enfance où notre maman nous invitait à compter les wagons pour que les quatre enfants restent calme à l'arrière de la voiture. Possible. Toujours est-il que je le fais encore aujourd'hui. Et je suis à peu près certain que si j'interrogeais chacune et chacun d'entre vous ce matin (ce soir), vous avoueriez sans doute aussi un ensemble de petits faits et gestes que vous commettez alors qu'ils n'ont en eux-mêmes aucune signification. Vous ne me croyez pas ? Combien d'étudiants ou étudiantes ne mettent-ils pas les mêmes vêtements lorsqu'ils ont réussi un examen, font le même trajet. J'en passe et des meilleures. Il y a à la fois la force de l'habitude, il y a aussi sans doute un zeste de superstition.

Ce que le Christ nous invite ce matin (soir), c'est tout simplement de nous arrêter et de réfléchir un instant à tout ce que nous faisons même parfois de manière inconsciente. Nos vies sont parsemés d'actes insensés, qui ne trouveront jamais une justification raisonnable. Et cela importe peu. L'important c'est de s'arrêter pour décider de continuer à manger mon déli-choc de la même manière. Je choisis de le faire. En posant un acte de choix, j'intègre l'insensé dans ma vie, je lui donne sens et je peux alors sourire de certains de mes comportements. Puis il y a tous les autres actes, ceux qui par essence ont un sens mais nous l'avons perdu ou oublié. Ces actes sont importants et constitutifs de notre être et essentiels à notre épanouissement. Seulement nous les accomplissons sans réfléchir. Ils se font eux aussi par habitude, par tradition ou pire encore parce qu'on nous a dit de le faire. Un peu comme ces pharisiens de l'évangile. Ils jeûnent. Ils jeûnent par habitude, par tradition. Ils jeûnent à en devenir légalistes. La loi importe plus que le sens. Une loi inscrite sur un bout de parchemin, dans un livre et non pas une loi inscrite dans le coeur. Or le Fils de Dieu s'est incarné pour venir accomplir la loi, non l'abolir ce qui signifie inscrire la loi à jamais dans le coeur de l'humanité de chaque personne. Jésus nous convie à trouver, à retrouver le sens des actes que nous posons. Ne faisons rien par habitude mais plutôt par plaisir ou encore parce que cela nous fait grandir, avancer sur le chemin de nos vies. Le jeûne est effectivement quelque chose de merveilleux que nous avons un peu perdu dans notre culture mais le jeûne n'a de sens que s'il nous ramène constamment à l'essentiel, à l'existentiel.

Alors que ce soit un déli-choc, un petit beurre, un choco-prince ou encore une barre de chocolat Côte d'Or, la prochaine fois que vous en croquer un, mangez-le de manière théologique : votre geste est peut-être insensé, reconnaissez-le, choisissez de le vivre et vous lui donnerez sens. Et si nous pouvons donner sens à ces multiples gestes quotidiens, alors nous pourrons également retrouver le sens des gestes, des actes qui nous conduisent vers le sens de la vie éternelle, c'est-à-dire le bonheur sans fin. Amen.

4e dimanche de Carême, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

Jn 3, 14-21

Aujourd'hui, il semble que rien ne va plus... C'est la crise. La mondialisation de l'économie a comme conséquence la fermeture de grandes usines. C'est le chômage, les grèves, la vie chère. C'est la pollution, la violence... Des moments viennent où nous sommes prêts à nous prendre à tout, où nous cherchons des responsables et des coupables. Il est bon alors de nous souvenir que, dans son regard sur notre monde, Dieu nous indique souvent une direction inverse à celle que nous suivons facilement. L'évangile de Jean nous dit aujourd'hui : "Dieu n'a pas envoyé son fils dans le monde pour le juger, mais pour que par lui, le monde soit sauvé. "

Ainsi les textes de la liturgie de ce jour nous présente l'amour que l'Eternel a pour toute l'humanité.

Déjà, toute l'histoire d'Israël apparaît comme un dialogue incessant recherché par Dieu, avec les hommes. Il les a créés à son image. Ils sont un peu comme le reflet de ce qu'Il est en Lui-même, et Dieu est comme séduit par le chef d'oeuvre de sa création. Dans le prendre Testament, la relation avec l'Eternel nous est présentée en termes d'épousailles. Dieu se fiance l'humanité qu'il a créé. Il fait alliance avec son peuple. Et puisqu'Il aime, Il suppose la réciprocité. Il attend en retour un amour de la part des humains. C'est là le sens profond de la Loi.

Régulièrement, Il envoie les prophètes pour rappeler cette alliance. Car Il ne s'arrête pas aux échecs. Sans cesse Il repropose son amour.

C'est tout le message du livre des chroniques, dont nous avons lu un extrait dans la première lecture. Rédigé après l'exil, à l'époque d'Esdras, au moment où ce dernier essaye de restaurer le culte de Yaveh à Jérusalem, l'auteur relit toute l'histoire comme un mouvement de Dieu qui sans cesse est à la recherche d'une réponse d'amour de la part de son peuple. Il envoie ses prophètes, Jérémie et même le païen Cyrus rappeler sa cause. Finalement, comme le dit encore l'évangéliste Jean, il nous envoie son propre fils : "Dieu a tant aimé le monde, qu'il a envoyé son propre fils pour le sauver ".

Si Dieu fit l'homme à son image, très souvent les hommes ont imaginé Dieu selon leur propre image, selon leurs aspirations et leurs désirs. Comme les humains rêvent de puissance, comme ils rêvent de tout savoir et de tout connaître, comme ils souhaitent dominer la terre et leurs frères et soeurs, ils se sont fabriqué une image de Dieu qui leur conviennent. Dieu est soi-disant comme eux tout-puissant, omniscient, vengeur et vindicatif Il est donc nécessaire d'obtenir ses bonnes grâces et sa bienveillance ou encore d'apaiser son courroux.

Par ses paroles, par ses comportements et par sa vie offerte et sa mort cruelle, Jésus nous dit tout autre chose de Dieu. Il nous révèle un Dieu amoureux de l'homme et de tous les hommes, mais en même temps vulnérable et donc à la merci des humains -C'est donc un Dieu qui a un projet admirable de bonheur pour tous et qui en même temps dépend totalement de nous pour réaliser son rêve

Dieu veut la vie pour l'homme et pour tous les hommes. Il ne veut pas la mort de quelqu'un, en tous cas pas celle du pécheur et donc pas celle de son fils, Jésus. Un père souhaitant la mort de son fils nous paraît comme un sentiment abominable.

La mort de Jésus n'a pas été voulue par Dieu, demandée et exigée par lui. Si Jésus est mort c'est parce que des hommes l'ont tué. Il a été victime de la méchanceté humaine, comme aujourd'hui meurent encore dans notre mort un tas d'innocents souvent même dans l'indifférence générale.

Il nous faut donc changer de regard et considérer que Dieu n'exigeait pas pour pardonner nos péchés le paiement de notre dette par la mort de son Fils. Jésus n'avait pas à payer à notre place pour apaiser la colère divine. C'est tout le drame de l'opposition des juifs a Jésus. Refusant d'être mis en cause et ayant peur pour leur propre pouvoir, ils l'ont supprimé.

"Quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs oeuvres étaient mauvaises. Tout homme qui fait le mal déteste la lumière. Il ne vient pas à elle, de peur que ses oeuvres lui soient reprochées.

Il est vrai que l'homme religieux, présent dans le coeur des chefs des prêtres et des pharisiens, mais aussi toujours renaissant en nous, veut s'assurer contre Dieu. "Puisque j'observe ta loi, tu dois me récompenser" ou encore "Vois mes sacrifices et mes mérites, tu dois exaucer ma prière." ou bien négativement "qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu pour qu'il m'abandonne ainsi ?"

C'est la religion du troc ! A cela, il nous faut affirmer : "ON N'ACHETE PAS DIEU" Dieu n'est pas à vendre, mais il est à rencontrer dans une relation d'amour. A une économie de marché, qui est de l'ordre de la religion, Jésus substitue une économie de grâce et de don, en surabondance. Jésus n'a pas calculé. Il a aimé. Vulnérable, il s'est laissé prendre, il s'est laissé trahir par Judas, il s'est livré aux juifs pour épargner les siens.

Ainsi Jésus présente une image de Dieu toute différente : un Dieu se donnant à l'homme avec un amour fou. Il a préféré abandonner sa propre vie plutôt que de changer quoique ce soit au message d'amour et de compassion qu'Il venait apporter de la part de Dieu. Il est allé jusqu'au bout du don, manifestant ainsi l'amour sans limite que Dieu a pour les hommes. "Par sa bonté pour nous, dans le Xt Jésus, il voulait montrer la richesse infinie de sa grâce. " nous dit l'apôtre Paul. Au moment de sa mort, le voile du temple se déchire. C'est le signe de la fin d'une alliance pour en fonder une nouvelle. Car la seule gloire de Dieu, désormais n'est plus le saint des saints, mais le crucifié.

"De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, épargnant ainsi ceux qui avaient été mordu par les serpents, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle. " Il est bon de rappeler ici la parole de l'apôtre "Nous prêchons un Jésus crucifié, scandale pour les juifs et folie pour les païens"..

Le crucifié, c'est l'image d'un Dieu qui meurt par amour. Telle est notre foi. Jésus n'est pas seulement un prophète que l'on tue. Il est Dieu lui-même donnant sa vie par amour.

Il nous faudrait nous en souvenir, au moment où dans quelques jours nous allons faire mémoire de la passion et de la résurrection de Jésus. Nos croix qui ornent nos maisons, que nous dressons aux carrefours des chemins ou dans nos chapelles, mêmes celles que nous portons comme bijoux ou pendentifs sur nos poitrines, sont bien autre chose qu'un talisman. Elles sont le témoignage d'un amour fou de Dieu. Souhaitons qu'à cette lumière "nos oeuvres soient reconnues comme les oeuvres de Dieu".

9e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

Amour de la règle ou règle de l'Amour. Voilà bien un dilemme auquel nous sommes toutes et tous confrontés quotidiennement. Nos vies sont parsemées d'un ensemble de lois dites ou non-dites d'ailleurs. Ces lois sont édictées par des hommes et des femmes en vue du bien de notre société et donc de tout un chacun. Elles nous protègent contre toute attaque, elles nous permettent de vivre ensemble et de nous respecter, elles sont des balises nécessaires pour canaliser nos égoïsmes respectifs, elles facilitent la rencontre humaine. Mais parfois aussi ces fameuses lois nous dérangent, elles n'ont plus de raison d'être, elles nous semblent dépassées voire même injustes. Quelles qu'elles soient, ce dont nous pouvons être assurés, même si n'aimons pas nous l'avouer, c'est que nos lois servent d'abord les valeurs de la classe dirigeante. Beaucoup d'entre nous seront vraissemblablement assez satisfaits, de voir en prison le petit voleur qui a cassé la vitre de notre voiture pour prendre l'auto-radio et s'indigneront sans doute moins de savoir ce qu'il advient de celui qui a détourné ne fut-ce que quelques millions dans une entreprise ou une banque. Dans ce dernier cas, il est vrai, notre sacro-sainte propriété privée n'aura pas été touchée. Malgré ce triste constat, les lois restent cependant nécessaires. Et ce n'est pas le juriste que je suis qui vais vous prétendre le contraire.

Pourtant, pourtant Jésus nous invite ce matin (soir) à prendre un peu de temps sur le sens des lois et à poser un nouveau regard sur elles. Pour ce faire, il repart de cette notion du sabbat : le sabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat. Qu'est-ce à dire ? La clé de compréhension d'une telle affirmation se trouve dans notre première lecture tirée du Deutéronome. Dans ce texte, nous pouvons lire : « tu te souviendras que tu as été esclave au pays d'Egypte, et que le Seigneur ton Dieu t'en a fait sortir par la force de sa main et la vigueur de son bras. C'est pourquoi le Seigneur ton Dieu t'a commandé de célébrer le jour du sabbat ». Le sabbat est donc d'abord et avant tout le souvenir d'une libération. Ce jour devient de la sorte pour chacune et chacun d'entre nous, signe de le fête de la liberté. La loi selon le Christ ne peut donc pas être une loi qui enferme l'être humain mais plutôt une loi qui libère. Et Jésus nous convie donc à réfléchir sur toutes ces lois que nous nous imposons à nous-mêmes ou aux autres. Ces lois sont-elles là pour me rendre plus libre, pour libérer celles et ceux qui comptent pour moi ou bien sont-elles un moyen que j'utilise pour écraser l'autre de mon autorité c'est-à-dire mon autoritarisme, ou encore une manière de gérer mes propres frustrations, mes propres blessures. Ce que j'impose n'est donc jamais neutre. Il doit y avoir une raison. Parce qu'une loi sans raison perd sa raison d'être. Pour Jésus, c'est parce que les pharisiens se sont enfermés dans un code de lois stériles qu'ils en arrivent à passer leur temps à surveiller l'autre, à vérifier si les préceptes du texte sont bien respectés. Mais ces lois, vécues de la sorte, sont des lois stériles qui vont à l'encontre même de leur essence puisque ces êtres légalistes ne sont même plus capables de voir le bien, le merveilleux qui peut sortir d'une désobéissance ô combien justifiée en vue d'un bien meilleur. Leur dureté de coeur s'exprime et se résume dans leur amour de la règle.

Mais voilà que le Christ nous demande d'inverser cette dynamique : passons de l'amour de la règle à la règle de l'amour. Ce qui prime dans une vie ne doit jamais être la loi. Cette dernière n'est qu'un texte, une lettre morte si elle ne conduit pas à la vertu par excellence. La conduite de nos vies ne peut et ne doit jamais être guidée par l'amour de la règle. L'évangile, la vie de Jésus se résume dans la règle de l'amour. D'ailleurs si la règle de l'amour était le fondement de nos vies, il n'y aurait plus besoin de lois puisque l'amour serait partout. C'est sans doute une vue un peu trop idéaliste.

En tout cas ce qui est certain, c'est que ce matin (soir), nous sommes invités à choisir entre deux alternatives : amour de la règle ou règle de l'amour. L'un conduit à la mort, l'autre à la vie. A nous d'en décider. Amen.

25e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

Qui donc est le plus grand ?

Les disciples de Jésus n'étaient pas très fiers, car, en chemin, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus important.

A priori, nous aurions nous aussi peut-être tendance à les blâmer, parce qu'ils se disputent pour les premières places. A y regarder de plus près, il faut bien admettre que la compétition a quelque chose de positif Avancer, grandir, chercher à devenir meilleur, à acquérir plus de connaissances, à être plus compétent, réussir, gagner, tout cela est important . Cela fait partie de notre vouloir vivre, de la mise en valeur de nos capacités. Cela donne du dynamisme et de l'enthousiasme. Et aujourd'hui, dans notre monde de battants, c'est même nécessaire pour se faire une place au soleil.

Seulement, voilà, il arrive parfois que cette lutte nécessaire, s'accomplit au détriment des autres, au prix de l'écrasement de celles et ceux qui nous entourent . E y a là souvent un aspect mortifère, à la compétitivité. Pour gagner, pour être le premier et le plus grand, le plus fort, il faut absolument anéantir les autres concurrents. Cela ne s'accorde pas très bien avec l'esprit de Jésus qui nous déclare "Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le serviteur de tous !"

Il arrivent que des personnes, parfois célèbres, accomplissent des oeuvres de bonté et de solidarité, Tout en réussissant leurs croisades du coeur, elles mettent en évidence et en lumière les grandes carences de l'organisation de nos sociétés, et l'incapacité des gouvernements d'enrayer les ravages de la grande pauvreté et de la misère. Comme pour se défendre, ou pour justifier une situation, on colportera volontiers les critiques vis à vis de ces actions humanitaires et l'on mettra en lumière les limites de leur efficacité. A l'occasion du décès de Mère Thérésa, les médias nous ont beaucoup parlé de son oeuvre, de la façon dont elle a permis à tant de malheureux de Calcutta de mourir, non pas dans la rue, mais d'une manière plus humaine et plus digne. Mais en même temps, d'autres ont essayé de dénigrer son action, lui reprochant d'agir uniquement sur les conséquences de la pauvreté en Inde, et de ne jamais remettre en question les causes de cette immense misère. D'autres lui ont reproché même de glorifier la souffrance de ces pauvres, comme si celle-ci avait en soi une valeur importante et rédemptrice.

Et nous-mêmes, ne nous arrive-t-il pas de nous irriter lorsqu'à côté de nous d'autres réussissent. Nous éprouvons du dépit devant les initiatives d'autrui. Nous sommes irrités quand quelqu'un s'oppose à nous, n'a pas la même pratique ou les mêmes opinions. Nous avons un inconscient plaisir à humilier les autres, surtout s'ils réussissent. Il nous est facile d'accuser et d'écraser l'autre quand nous sommes soi-disant supérieurs.

C'était déjà pareil au temps de Jésus. E avait jusqu'ici accomplit une oeuvre admirable, en guérissant de nombreux malades, en chassant les mauvais esprits et en accueillant les pécheurs. E s'était donc taillé un grand succès. Par ces nombreuses guérisons, ils s'opposaient aux autorités religieuses de son temps, qui prétendaient que la maladie ou l'infirmité était une punition de Dieu. Si quelqu'un était boiteux ou aveugle, c'est parce qu'il avait péché. Il ne fallait donc pas le soulager ni le guérir pour ne pas s'opposer à la vengeance de Dieu. C'est pourquoi les prêtres, les scribes et les pharisiens se voyaient remis en question par le succès du Nazaréen. Ils le critiquaient volontiers. "C'est par le prince des démons qu'il chasse les démons" disaient-ils. Ce prophète ne pouvait pas venir de Dieu puisqu'il accueillait les pécheurs. Jésus n'est pas dupe de ces pensées mortifères des juifs pieux de son temps. Il annonce clairement l'intention de ses adversaires de le faire disparaître. 'Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront, mais trois jours après il ressuscitera" En cela il réalise ce que l'auteur de la Sagesse disait du Juste : 'Attirons le juste dans un piège, car il nous contrarie et s'oppose à notre conduite. Condamnons-le à une mort infâme puisque quelqu'un, dit-il, veillera sur lui. " Jésus qui croit en la force du bien, annonce le relèvement, la puissance de la vie plus forte que toutes ces critiques. Il prédit la résurrection.

Pour fortifier ses disciples, Jésus fait un geste symbolique. Dans la maison,, il appelle un enfant, le place au milieu d'eux et l'embrasse. Appeler un enfant, c'est peut-être un geste émouvant, touchant voire même merveilleux. Pour les apôtres, c'est un rude coup de point sur la table. Ils ont discuté pour savoir qui était le plus fort et Jésus leur donne en leçon un petit enfant. Car Dieu ne se retrouve pas chez ceux qui veulent être grands au mépris des autres. C'est dans le petit qu'il se reconnaît.

L'attitude de Jésus apparaît comme radicalement neuve. S'il voit dans l'enfant celui qui est sans défense, il voit surtout un être disponible et ouvert à l'avenir. C'est vers lui que s'adresse la tendresse du Maître. Il l'embrasse. Il s'identifie à ce tout petit puisqu'il affirme que celui qui "accueille un enfant comme celui-la, c'est lui-même qu'il accueille et donc le Père qui l'a envoyé.

Aujourd'hui, Jésus ne va pas renouveler ce geste au milieu de nous, mais sa parole nous invite à accueillir l'enfant qui est en nous, qui demeure en nous. C'est une invitation à retrouver ce petit être qui sommeille en chacun de nos coeurs, cet enfant que nous avons été qui était ouvert à l'avenir, au progrès, à l'émerveillement devant la nature et le monde, dans le coeur duquel il n'y avait aucune violence, aucune agressivité, mais un désir d'aimer et de se donner tout entier dans la tendresse envers ceux qui l'entourent.

30e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

Mc 10, 46-52

Quand j'étais petit, et oui, moi aussi, un jour j'ai été petit, donc quand j'étais petit je rêvais d'une moto. Mais hélas, mes parents nous avaient déjà signifiés même à l'âge de 8 ans qu'il n'était pas question qu'une mobylette voire une moto entre un jour dans leur maison. Pas de mobylette, pas de moto. Hélas pour eux, déjà à cette époque j'aimais avoir le dernier mot. Puisque je ne pouvais pas avoir de moto, il ne me restait qu'à en fabriquer une. C'est ce que je fis avec quelques pinces à linge et des cartes à jouer. J'accrochai donc avec les pinces les cartes aux fourches du vélo. Les cartes frottant les rayons des roues, cela faisait vraiment le bruit d'une moto même s'il me fallait encore pédaler. Vous auriez entendu le bruit des motos des enfants du quartier. Un vrai tintamarre. Et nous criions de bonheur sur nos engins supersoniques. On criait, on criait à en enerver les grands qui nous demandaient de nous calmer. Pourtant qu'est ce que c'était gai de pouvoir crier de la sorte.

Aujourd'hui encore je trouve le cri important. N'ayez pas d'inquiétude je n'ai plus de vélo et je ne viendrai pas perturber votre tranquilité. Non mes cris ont changé. Ils sont plus variés. Il y a les cris de joie, les cris de bonheur. Le cri, c'est un peu la vie ; n'attend-on pas que le bébé crie lorsqu'il naît pour se rassurer que sa respiration se mette bien en route. Il y a aussi les cris liés à la surprise, à l'étonnement : le fameux "bouh fais-moi peur" en cas de hocquet. Il y a également les cris de colère. Ceux-là je les aime moins. Je trouve qu'ils font très peu éduqués. Puis il y a aussi les cris de révolte, d'incompréhension. Ces derniers sont importants, essentiels. Osons crier ce qui nous dérange, ce qui nous paraît impossible, incompréhensible. Nous sommes en droit de tenter de comprendre pour mieux vivre avec nos souffrances.

Le cri fait bien partie de la vie. A l'image de celui entendu dans l'évangile de ce jour. Comme Bartimée, nous ne voyons pas Dieu. Il n'est pas visible comme tel à nos regards. Il vit au-dedans de nous, au plus profond de nos êtres. Nous devons donc crier vers lui pour qu'il nous entende. Notre cri dans la foi doit faire écho en Dieu et cela ne peut se vivre que dans la confiance et l'espérance. Il n'y a rien de pire que de découvrir que notre cri n'a comme unique réponse le silence, le vide. (Un peu à l'image du GSM qui est coupé, comme s'il fallait que l'autre réponde toujours quand nous le souhaitons). Crier vers Dieu tant sa joie que son désarroi n'est pas déplacé mais réalité de ce qui peut nous habiter. Le cri est de la sorte une invitation à ne pas se taire, à ne pas nous enfermer dans une spirale de questions restées sans réponse. Il est appel. Un appel de la vie à la vie. Une nécessité nous permettant tout simplement de continuer à respirer. C'est un échauffement qui nous fait du bien, le départ d'une démarche. En effet, Bartimée ne s'est pas simplement contenté de crier. Il s'est levé et puis il a dû se taire pour pouvoir se diriger et partir à la rencontre de Jésus, celui-là même qu'il reconnaissait comme Fils de David, c'est-à-dire Fils de Dieu. Selon cette dynamique évangélique, un cri ne peut s'enfermer dans un cri, sinon il devient une plainte lanscinante, une paralysie d'enfermement sur soi et ses problèmes. Un cri se dit, un cri se crie et puis silence. Au cri, suit l'écoute attentive, le désir de percevoir la brise légère qui conduit immanquablement à Dieu. Il devient cette respiration entendue comme invitation à se lever, à avancer et partir à la rencontre du Fils sur notre propre chemin. Dieu le Fils, nous accompagne sur la route de nos vies malgré tous les bruits existants. Il se tient près de nous, en nous. Et il attend, il attend patiemment notre cri, celui du désir de le rencontrer, de le découvrir, de l'aimer. Dans cette rencontre, dans cet apaisement, Jésus le Fils nous guérit de nous-mêmes, c'est-à-dire de tous nos aveuglements, de toutes ces certitudes ancrées en nous ainsi que de toutes nos duretés, nos intransigeances. Il nous désaveugle de tout ce qui nous encombre pour nous éclairer de la vraie lumière, l'unique. Celle qui illumine les êtres que nous sommes. Une lumière merveilleuse qui conduit au bonheur mais au bonheur en Dieu.

Alors si parfois nous avons l'impression que nous vivons un peu trop dans nos ombres, que l'amour n'est pas au c½ur de nous-mêmes, que nous n'arrivons pas à nous réconcilier, que nous nous enfermons dans nos nocturnités, retournons-nous vers Bartimée et crions avec lui vers le Christ pour qu'il nous dise : "va, ta foi t'a sauvé". Alors nous aussi nous verrons.

Amen.