15e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Gihoul Luc-Henri
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 2001-2002

St. Matthieu, évangéliste et apôtre, est un homme précis et un bon pédagogue. Il a ordonné la vie de Jésus en alternant la parole et les actions du Messie en des doublets constants. Chez Matthieu, on voit Jésus à l'½uvre et on l'entend parler. Dans l'exhortation de cette parabole, plusieurs indices nous font comprendre qu'un acte important va se passer.

Cette parabole est le point central du plus important des 5 discours qui divisent l'évangile de Matthieu. Le grand discours sur les paraboles du Royaume est le 3ème. Des 5 discours. Il est donc au centre de cet évangile. Autre indice de son importance, Jésus est assis et les gens, eux, écoutent debout. C'est une foule immense, note St. Matthieu. Ce symbolisme voulu a une signification. Devant toute l'humanité, Jésus prend la position du juge, de celui qui se prononce définitivement, comme Dieu le fera au jugement dernier. Autre indice, Jésus parle : « il dit beaucoup de choses » selon l'expression de l'évangéliste. Il faudrait traduire : Jésus « révèle ». Et ce mot est repris 5 fois. Il s'agit donc bien d'une révélation importante.

Enfin, la dernière clef, est l'introduction du discours : »En ces jours-là » : nous sommes à Capharnaüm, près du lac de Génésareth, appelé par les contemporains : mer de Galilée. Cette formule fait toujours allusion au « jour du Seigneur » c'est à dire un moment où Dieu se manifeste, où Dieu sort de son silence. Et l'on est renvoyé à l'incarnation du verbe, moment où le Fils, Parole du Père, sort du Père et descend du ciel pour faire irruption dans l'histoire.

Avant de dire un mot sur ce que nous faisons de cette parabole, acte de révélation de Dieu, il nous faut nous interroger sur l'identité de ce semeur qui nous est présenté ici. Qu'elle est la révélation première que Dieu veut nous faire ? Porte-t-elle sur les différents terrains en question ou sur le Semeur ? Matthieu insiste d'abord sur le symbole de Jésus- Semeur :« Un semeur sortit pour semer » dira-t-il.

Le peuple d'Israël, dans son attente du Messie promis, n'attendait pas un semeur, un moissonneur, mais un Messie et un maître puissant. Israël l'avait proclamé. Avec le Messie on allait assister à la grande épuration du jugement final. Si Jésus est Christ, oint et messie, il doit causer le grand bouleversement final, il doit détruire définitivement le mal, libérer Israël de l'ingérence illégitime du pouvoir impérial romain, mettre un point final à l'histoire humaine païenne, et même, il doit enfin introduire les élus dans la Gloire. Or que se passe-t-il ? Pas grand chose ! Cet ex-charpentier, prédicateur pérégrinant, raconte des histoires, soulage et guérit, conteste ouvertement le Sanhédrin, mange avec les pécheurs(il est donc contaminé par le mal), parle aux femmes, se laisse toucher par elles et défend une adultère. Etrange Messie ! D'ailleurs, les titres que Jésus se donne dans le chap.9 de St. Matthieu vont dans le même sens. Il est le serviteur qui enlève les infirmités des hommes. Il est le Seigneur de la moisson et le maître de la tempête. Il est le « Fils de l'homme », titre messianique par excellence, qui pardonne. Il est le médecin. Il se présente comme le berger, le bon pasteur d'un troupeau qu'il mène paître. Il est l'époux, amoureusement épris d'une humanité qu'il comble de sa présence et dont l'absence, un jour, sera comme un jeûne préparatoire à une renaissance éternelle. Il n'est pas comme un époux, il est l'époux. Il n'y en a qu'un au monde. Il joue ce rôle qui n'appartient qu'à lui. Il est totalement identifié à son personnage. En tous ces titres cités, il est aussi totalement absorbé par son ½uvre qu'un inventeur par sa recherche ou un grand acteur par son personnage. Par tous ces titres- symboles, Jésus fait apparaître sa propre nature, il révèle son identité.

Ici donc, l'ex-charpentier devient semeur. Mais dans sa vie, on vient de le rappeler, il côtoie le mal. Aussi, ce semeur, on le surveille de près, on l'accuse même de diablerie et de perturber la foi d'Israël et l'ordre public, à tel point que Jean-Baptiste lui-même, dans sa prison, est pris de doute. A la question du Baptiste et de beaucoup sur l'identité du Messie, Jésus répond par cette parabole et nous dit, comme à ses auditeurs du moment : ce n'est pas l'heure de l'engrangement, ce n'est pas encore le temps de la moisson, c'est le temps des semailles, c'est le temps des commencements et des recommencements. Il sait la résistance du monde face au bon grain de sa Parole. Mais il sèmera. Et la semence rencontrera bien un jour, quelque part, la bonne terre. Isaïe55 l'avait déjà dit : on n'arrête pas la Parole de Dieu. La fine pointe spirituelle de la parabole est là. Le beau geste large du semeur symbolise l'infinie et merveilleuse prodigalité de Dieu. L'agriculteur divin déploie le grand champ d'amour de son Royaume. Le Messie proclame à tous vents la Bonne- Nouvelle du salut et annonce une ère de grâce à toute l'humanité. L'identité de Jésus- Messie est là dans sa magnanimité de vie et de pardon. L'identité de Dieu est là dans la grandeur plénière de son amour.

Jésus avait mis l'accent sur le labeur du semeur. Matthieu, lui, donnera une explication aux premières communautés chrétiennes de cette histoire en mettant l'accent, non sur le travail du semeur, mais sur les différents terrains qui recueillent la semence et qui sont les manières dont tout disciple peut recevoir l'annonce du Royaume. Ces différents terrains ne définissent pas seulement des groupes particuliers ou des catégories bien définies de chrétiens, ils nous disent encore comment chacun de nous cultive en lui-même la Parole de Dieu, quel accueil chaque disciple lui réserve. Toutes ces semailles, nous les retrouvons en chacun d'entre nous à différents moments de notre vie spirituelle. Les terres arides ou les maquis broussailleux expriment, chacun à leur manière, la pauvreté de notre accueil.

Parfois, nous sommes si distraits ou si indifférents, si lunatiques ou inconscients, si peu persévérants ou si centrés sur nous-même ! Et la Parole de Dieu passe. Nous la laissons s'étioler comme les graines mangées par les oiseaux. D'autres fois, notre c½ur n'est pas disponible. Nous sommes encombrés par nos soucis, si enfermés dans nos défauts, étouffés par tant de préoccupations farfelues et futiles que la parole entendue se perd. Cette parole de vie s'égare comme perdue dans les ronces de nos inquiétudes inutiles et de nos bonnes intentions stériles. A d'autres moments encore, on entend cette parole et on se dit : « Il faut agir ! » Mais voilà, nous sommes si sollicités par nos prestations en tout genre, si stressés par nos vies surpeuplées qu'il y a mieux à faire que répondre à nos engagements religieux. Oh ! bien sûr on essaye un peu, un petit peu, un peu trop vite, un peu trop court, puis on se laisse reprendre par le train-train coutumier de la vie et ses sollicitations journalières, et on remet à plus tard, c'est-à-dire à jamais, nos devoirs spirituels. Et la Parole de Dieu meurt, comme ces graines sans racines qui sèchent et périssent sur l'asphalte durcie de notre vie profane. Mais s'il y a des échecs et des gâchis, il n'y a pas que cela en nous. Il y a mieux. Il y a aussi du positif . Notre c½ur qui écoute et qui comprend, qui accueille et qui réfléchit est le bon terreau qui garde la vérité libératrice de la foi et qui la médite, l' âme fidèle et généreuse qui s'engage, aime et agit.

Une dernière leçon de la parabole regarde l'Eglise. L'évangéliste Matthieu note que Jésus monte dans une barque. Elle est le symbole évangélique de l'Eglise comme l'eau est l'image biblique du monde inconsistant, fragile, dangereux, incertain où règnent les forces du mal. Il y a là une lumière sur le rôle de l'Eglise. L'Eglise doit circuler vers tous les rivages. L'Eglise doit parler à toutes les cultures. L'Eglise doit comprendre qu'il faut semer, semer toujours, sans préjuger des résultats, semer sans oublier aucun sol, sans juger les terrains qu'elle sillonne.

Mais, voilà, au lieu de semer l'Eglise veut elle-même aussi moissonner. L'Eglise oublie qu'elle n'est pas le Royaume. Elle veut elle-même percevoir les résultats, avoir la décision finale, jouir déjà de la récolte définitive. Mais, c'est à l'infinie miséricorde de Dieu, à sa sagesse que l'Eglise doit laisser le soin ultime de moissonner et d'engranger. D'une part, le disciple ne doit jamais être en avance sur le calendrier de la vie, ni l'apôtre sur le calendrier divin ; d'autre part, le Royaume n'est pas de l'ordre irréel de l'utopie ou des désirs terrestres du magistère, mais il est de l'ordre de la conversion et de la sainteté.

A chacun d'accueillir la Parole de Dieu selon ce qu'il est, selon ce qu'il peut, mais aussi selon ce qu'il veut, selon sa bonne volonté foncière. Peut-être serons-nous parfois des disciples pleins d'enthousiasme, comme Pierre et André, Jacques et Jean quand on vient les appeler à laisser derrière eux leurs filets. Ou, peut-être, nous sentons-nous menacés, comme ces mêmes disciples quand ils jugent inquiétant cet homme étrange qui les entraîne jusqu'au Golgotha. Ou peut-être encore, nous trouverons-nous plutôt dans le désespoir comme Pierre sur le chemin de la croix ou ces 2 disciples déboussolés sur le chemin d'Emmaüs. Ou tout simplement, sommes-nous plongés dans le doute, comme les foules du temps de Jésus ou nous-même aux époques de conjectures obscures et périlleuses.

Aussi, rappelons-nous, humblement et inlassablement, que nos efforts de perfection seront toujours porteurs de déceptions parce que jamais parfaitement atteints. D'où les éternelles tentations de fuite, d'abandon et de découragement. Mais plutôt que de courir après la fleur bleue d'une intégrité perdue ou le mythe d'une innocence absolue, appliquons-nous plutôt à recevoir les exigences de l'Evangile dans le terreau généreux de notre bonne volonté première et de nos efforts patients, soutenus, quotidiens. La bonne terre en nous est toujours là. Dès lors, le projet d'amour de Dieu sur nous réussira malgré la lourdeur du monde pécheur et de notre incommensurable faiblesse personnelle.

La miséricorde de Jésus- semeur, ce n'est pas la capacité de Dieu à oublier mais la compassion indicible du Seigneur, c'est son infinie fertilité qui donne vie à ce qui était mort. Toute vie humaine, même dégradée, peut faire refleurir son printemps. A nous d'être, pour ce faire, le jardinier de Dieu sur les terres fertiles de nos vies.

31e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 2000-2001

L'histoire de Zachée, nous la connaissons sans doute toutes et tous. Elle nous rappelle des souvenirs de notre enfance où Zachée dans son arbre nous était conté pour mieux comprendre la vie de Jésus. Zachée est aujourd'hui encore tellement connu, qu'il est même devenu un exercice type chez les logopèdes ou dans la formation des frères dominicains pour apprendre à développer certains muscles de la langue en disant de plus en plus vite, la phrase suivante : " Jésus s'en va chez Zachée ". Je vous invite à faire cet exercice, mais plutôt chez vous afin d'éviter une cacophonie dans notre église.

Au-delà du périlleux exercice de diction, la phrase " Jésus s'en va chez Zachée ", et je prends quelques risques en la répétant, peut être reçue comme une invitation à nous remettre fondamentalement en question. Je m'explique. Lorsque j'avais huit ans, ma maman m'a avoué que tout ce qui tournait autour des cloches de Pâques ou encore d'un grand saint dont je tairai le nom pour que le rêve puisse se poursuivre dans le c½ur des plus jeunes, étaient le fruit de la générosité d'autres. Vous ne pouvez imaginer à quel point fut le choc. J'y avais tellement cru. Ma déception passée, mes premiers mots l'ont alors effrayée lorsque je lui ai demandé : " maman, et Dieu, c'est pas vrai non plus ? ". Vous imaginez son désarroi. Comment me faire comprendre qu'il y a des choses auxquelles je ne dois pas croire alors que d'autres, qui me semblent encore plus invraisemblables, je devais les accepter. Dieu existe et j'étais prié de ne pas remettre cela en question.

Dieu existe. Je ne peux le prouver puisque nous sommes dans le champ de la foi. Une foi, aujourd'hui encore, parfois traversée de certains doutes. Est-ce vraiment vrai ? Existe-t-il réellement alors que je ne vois rien ? Est-ce que je ne me trompe pas ? Avons-nous la bonne interprétation et sommes-nous sur la bonne voie ? Ces questions nous traversent parfois l'esprit. Alors imaginons-nous un instant non plus que " Jésus s'en va chez Zachée " mais plutôt " Jésus s'en vient chez nous ". Nous sommes à la maison, afférés aux tâches quotidiennes, quelqu'un sonne à la porte. Nous le reconnaissons. Je ne sais pas vous dire comment et pourquoi. Mais son regard nous transperce et nous avons la conviction intime que le Fils de Dieu est bien devant nous. Passé cette surprise émotionnelle, notre raison reprend vite le dessus. Nous lui posons alors quelques questions pour être vraiment certain de ne pas s'être trompé. Peut-être que les incrédules lui demanderont de revenir à un autre moment pour vérifier cette certitude qui les envahit. Voilà, Jésus est chez moi, devant moi. Je lui parle de ce que je vis, de ce que je ressens, de mes questions : suis-je sur la bonne voie ? est-ce que je le déçois ? Dieu pardonne-t-il réellement ? Lui, ne me dit sans doute pas grand chose. Il me regarde et dans ses yeux je lis toute la tendresse de Dieu. J'ai confiance, je suis bien. Après un temps, il décide de s'en aller. Il est vrai qu'il a encore tant de gens à rencontrer. Et je me retrouve seul face à moi-même mais cette fois avec la joie de vivre dans le c½ur de Dieu. La foi n'est plus une question, elle est certitude. Je n'ai plus d'interrogations sur la divinité mais bien sur le sens de mon humanité. Je décide alors de vivre intensément. Peut-être même que je me mettrai en marche sur les routes pour partager l'expérience vécue. En tout cas je m'impliquerai beaucoup plus encore. Toutes les valeurs que j'estime fondamentales ne sont plus de vain projets à réaliser mais bien le c½ur même de ce que je veux vivre. Elles ouvrent la voie à la vie ici et maintenant. En Dieu, je me lance sans peur, je n'ai plus d'inhibitions. Je vis dans la confiance. Et à chaque croisement, je me tourne vers lui et je communique, je prie avec cette certitude d'être entendu. Suis-je entrain de vous conter un rêve éveillé ? Je ne le crois pas. " Jésus s'en va chez Zachée ". Cela s'est passé, il y a deux mille ans. Dieu s'est incarné et a partagé notre humanité. A chacune et chacun d'y croire encore et toujours. Et Dieu ce soir (matin) frappe à la porte de notre c½ur. Allons-nous lui ouvrir sachant que notre vie en sera bouleversée, transformée ? " Jésus s'en vient chez moi ", cela se vit à chaque instant. Amen

26e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 2000-2001

Il y a trois jours, j'ai vécu une expérience évangélique merveilleuse. Je suis allé mangé dans un McDonald. J'étais au premier étage de ce genre d'établissement et de l'autre côté de la rue, au même étage, se trouvait un restaurant hyper-chic. Je me suis alors mis à méditer sur l'évangile de ce jour. Moi mangeant avec mes mains ce McChicken et ces frites et de l'autre côté, des gens se délectant de petits mets. Je ne me suis cependant jamais imaginé être à la place de Lazare. Le lien qui m'était venu à l'esprit était le suivant. Au McDo on mange avec ses doigts, il n'y a pas de couverts. Comme à l'époque de Jésus d'ailleurs. Ce Fast-food n'a donc rien inventé. Par souci de propreté aujourd'hui nous recevons des serviettes. Dans l'évangile, les gens s'essuyaient les mains avec des mies de pain. Nous voyons alors la désolation de Lazare. Ce ne sont donc pas de simples miettes tombées de la table qu'il attendait. Pire, il espérait au moins pouvoir bénéficier des déchets du nettoyage des mains du riche et de ses convives. Nous retrouvons ici donc le style de l'évangéliste Luc où chaque détail est important.

Arrêtons-nous un instant sur ce riche. Un riche parmi tant d'autres. Un riche qui n'était pas mauvais. Il était simplement riche. Riche d'argent et riche de lui-même. Un riche se suffisant à ce point qu'il n'a même pas besoin de recevoir un prénom. Un riche tellement riche qu'il pouvait festoyer tous les jours. Un riche se prélassant de la richesse et du luxe. Un riche qui tout simplement s'est endormi à la vie. Ce texte nous dérange par la dureté de ses propos, par cette condamnation sans appel de quelqu'un qui n'a pas fait le mal si ce n'est qu'il ignorait tout ce qui était différent de sa condition. Il ne voyait pas. Il ne voyait plus. Il se suffisait à lui-même ayant oublié ce principe premier que nous sommes des êtres de relation puisque nous sommes nés et nourris de celles-ci. Seul nous ne pouvons pas exister. Nous avons besoin les uns des autres pour vivre dans la foi et l'amour, la persévérance et la douceur, rapporte saint Paul. Par ces lectures nous sommes conviés à ne pas nous aveugler de ce qui nous entoure, à ouvrir les yeux sur les réalités de notre monde non pas pour nous en apitoyer mais pour participer de manière positive à la réalisation de la création. Rien de plus. Rien de moins. C'est exigeant et tout nous a été donné dans les Ecritures pour saisir l'ampleur de notre tâche. Nous n'avons pas d'excuse selon l'évangéliste. Tout est là et nous sommes partagés entre l'urgence du royaume et l'urgence de l'instant présent. Nous sommes un peu dépassé par le courant de la vie. Tout va tellement vite, trop vite. Et nous cherchons des circonstances atténuantes, justifiant nos choix, nos options. Dans notre logique, nous restons d'ailleurs souvent cohérent et en harmonie avec nous mêmes. Nous avançons à tâtons, nous reculons, nous trébuchons mais nous marchons aussi et nous avançons à notre rythme, avec ce que nous sommes. Telle est la vie terrestre.

Conscient de notre propre réalité, nous pouvons être indignés devant le comportement de Dieu au travers des mots d'Abraham. La facture est plutôt salée : le riche n'a même pas droit à une petite goutte d'eau qui apaiserait sa langue de feu. Pire encore, alors que notre riche se soucie de ses propres frères restés sur terre, implorant pour qu'ils puissent changer d'attitude, Dieu fait la sourde oreille. Pas de miséricorde. Pas de pardon. Un jugement, une condamnation. Où est notre Dieu d'amour ? Où est-celui qui nous rassemble ce soir (matin) ? Est-il vraiment un Dieu vengeur, le sourci plissé, la foudre entre les mains ? Un Dieu se délectant dans la souffrance ? Dieu nous punit-il éternellement ? (On ne peut pas croire que Dieu va laisser son enfant dans le coin indéfiniment constatait un de ceux qui a préparé cette eucharistie). Et nous voilà revenir au mystère de la mort avec son enfer ou son purgatoire pour les plus optimistes. Je n'ai pas le souvenir d'avoir déjà traversé cette mort, il m'est donc très difficile de l'aborder. Je ne sais pas si ces lieux que je considère comme horribles existent. Mon seul espoir est que s'ils existent, ils seront vides à la fin des temps. Avec John Hick, philosophe anglais, je partage l'idée que l'enfer serait l'échec de Dieu puisque certains ne seraient pas sauvé. Quoiqu'il en soit nous pouvons passer des heures à en parler, sans pour autant trouver de solution. Acceptons la dureté des propos de l'évangile de ce jour non pas comme un événement historique mais plutôt comme une invitation faite à chacune et chacun d'avoir la simplicité de se remettre en question et de se demander : " mes actions et mes paroles sont-elles véritablement enracinées dans la foi qui m'habite ? ". A nous d'y répondre. Amen.

32e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 2000-2001

En quelques secondes, dans un stupide accident de voiture, il perd la femme de sa vie et ses deux jeunes enfants. Réalisant le drame, cet homme se met alors à crier la mort. Quelque chose en lui s'est déchiré à jamais. Trois vies se sont envolées vers ailleurs et lui, du plus profond de sa solitude, ne peut exprimer avec des mots humains, la souffrance intérieure qui le tenaille. Il a mal, tellement mal et rien ne peut le calmer, diminuer sa peine. En tout cas, pour le moment. Seul le temps adoucira cette blessure même si de temps à autre, sans comprendre pourquoi, une lame de fond à nouveau le submergera. Aujourd'hui, dans l'ensemble, il va mieux. Il continue de vivre ou de survivre. Mais c'est vrai aussi que par moment, il glisse sans pouvoir s'arrêter dans cette faille intérieure où il refait avec douleur l'expérience du vide insoutenable laissé en lui par la perte de ces trois vies qui sont de l'autre côté de la lumière.

De l'autre côté de la lumière, mais existe-t-il vraiment quelque chose ? Nous sommes en droit de nous la poser cette fameuse question. Aucune certitude. Juste une espérance. Cette dernière dépendra de l'intensité de notre foi en Dieu et du crédit que nous accordons aux Ecritures. Ce soir (matin), Jésus dévoile un coin du mystère. Il ne se laisse nullement piégé par ces Sadducéens qui ne croient pas à l'idée de la Résurrection. En déjouant leur intention malveillante, le Christ nous surprend à nouveau. Tout d'abord, en Dieu, la mort n'est qu'un instant. Nous la traversons et nous n'y résidons pas. Nous poursuivons ce que nous avons entamé sur cette terre. Dieu nous accueille en lui et aucune image connue ne peut décrire ce mystère. Nous sommes hélas bien incapables d'envisager ce qui peut bien se passer de l'autre côté. Un peu comme l'expérience suivante : lorsque nous visitons un zoo, nous découvrons les animaux, nous les voyons mais ils ne sont plus tout à fait eux-mêmes puisqu'ils sont enfermés, en cage. Ils sont tellement différents, ils ont perdu une partie de leur identité. Lorsque nous les visitons dans leurs milieux naturels, l'image qu'ils offrent, en pleine liberté, n'a plus rien à voir avec ce que nous avions découvert chez nous. Tant que nous n'en avons pas fait l'expérience, nous ne pouvons pas saisir la beauté de la vie animale dans leur milieu originel. Il en va de même avec la vie.

Nous vivons notre vie ici et maintenant. Demain, nous serons dans la vie éternelle. Tant que nous ne ferons pas ce grand saut nous ne pourrons pas nous émerveiller de tant de beauté et d'amour. Notre vie aujourd'hui n'est peut-être finalement qu'un avant-goût de ce qui nous attend. C'est possible et nous restons ici-bas avec nos questions : serons-nous les mêmes ? à la résurrection aurai-je le corps de mes 20, 40, 60 ans ou plus âgé encore ? si je perds un membre, est-ce que je le retrouverai de l'autre côté ? nous reconnaîtrons-nous les uns les autres ? où se situe-t-il notre au-delà ? celles et ceux qui sont de l'autre côté, sont-ils vraiment là alors que trop souvent nous butons sur un terrible silence ? Des questions qui resteront sans réponse pour longtemps encore. Sauf si nous prenons les dires de Jésus au sérieux. D'après lui, nos morts sont bien vivants. Quelle formule paradoxale. Ils sont vivants sans pour autant être réinstallés confortablement dans une demeure spéciale communément appelée le Ciel, le nouvel Eden. Les morts en effet ne sont plus dans un lieu. Ils sont dans un état. Un état de bonheur dans lequel ils nagent. C'est la raison pour laquelle, ils sont devenus semblables aux anges, filles et fils de Dieu. Il vivent dorénavant la vraie vie, la vie des enfants de Dieu. Qu'est-ce à dire ? Je n'en sais rien. Le monde de Dieu semble tellement différent du nôtre. Ma seule espérance est de croire ce que l'évangile dévoile aujourd'hui. N'appelons plus celles et ceux qui sont partis de l'autre côté de la vie : les morts. Ils sont vivants, les grands vivants de notre histoire puisqu'ils vivent en Dieu, dans cet état de bonheur éternel. Si nous y croyons, malgré notre tristesse d'être séparés, réjouissons-nous pour eux et vivons de cette espérance que leur état est à ce point merveilleux que pour rien au monde, ils ne souhaitent revenir sur notre petite terre. Ils vivent à jamais en Dieu l'immensité de l'éternité. Ils sont vivants, bien plus vivants que nous n'aurions pu l'imaginer. Ils sont les grands vivants. Amen.

Tous les Saints

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 2000-2001

Lorsque la météo annonce un temps de Toussaint, tout de suite nous imaginons un temps de grisaille, une pluie fine sous un ciel bien gris. Un peu comme si la déprime était au goût du jour. Certains pourraient même aller jusqu'à dire que puisque tout est lugubre et maussade, c'est que c'est vraiment la Toussaint. S'il en est ainsi nous devons reconnaître que la Toussaint est la fête de l'opposition. Opposition à la grisaille, opposition à toute forme de tristesse. En effe,t la Toussaint est une fête qui ne parle que de bonheur, c'est-à-dire la Toussant des Béatitudes. Par neuf fois nous entendons dans l'évangile de ce jour le terme " heureux ". Ce n'est donc pas Toussaint des ambiances de cimetière mais plutôt Toussaint la fête. Notre fête. Alors à toutes et à tous : bonne fête.

Oui, c'est bien notre fête. Par les sacrements, nous sommes devenus Corps du Christ et Temple de l'Esprit. Nous sommes appelés à la sainteté de Dieu. Cela nous paraît peut-être impensable, impossible. Et pourtant telle est notre condition humaine : l'appel à la sainteté. Et le Père, par son propre Fils, nous donne les moyens de réaliser un tel objectif : ces fameuses béatitudes. Le chemin de la sainteté est celui de la réalisation des béatitudes en nous. Si nous essayons de les vivre approchons de ce qui paraît tellement loin de nous. Heureux nous sommes parce que nous avons reçu le plus cadeau qu'il puisse nous être donné : celui de vivre notre vie. Elle peut parfois nous sembler faite d'embûches, de dérapages, c'est vrai. Mais avant tout elle est belle et vaut tellement la peine d'être vécue. Cette vie reçue nous en sommes responsables et c'est la manière dont nous traverserons les événements qui nous permettront de nous rendre compte que nous ne passons pas à côté d'elle, que nous y croquons à pleine dents. Oui, la vie est belle et heureux sommes-nous. Désencombrons nous alors de tout ce qui nous empêche de nous rendre compte d'une telle réalité et retrouvons le sens de nos existences. Pour nous, croyantes et croyants, il passe immanquablement par la foi en Dieu. Un Dieu qui ne nous demande pas de souffrir, de peiner. Un Dieu qui nous demande tout simplement d'être heureux : avec ce que nous sommes.

La sainteté à laquelle nous sommes appelés variera d'une personne à l'autre. En fonction de nos qualités et de nos fragilités nous serons plus à même de commencer à développer une béatitude plutôt qu'une autre. L'essentiel, c'est qu'à la fin du parcours nous ayons comme souci de les vivre toutes. Certains auteurs envisagent les béatitudes comme étant le renversement des dix commandements. Nous ne sommes plus dans l'ordre d'une loi vétéro testamentaire complètement dépassée. Par le Christ, nous entrons dans une ère nouvelle, celle des béatitudes. Une ère qui reconnaît que l'important sur la terre, c'est le bonheur. Et s'il y a plusieurs béatitudes, c'est pour nous rappeler que le bonheur comme tel n'existe pas. Le bonheur se construit chaque jour. Nous seuls pouvons le réaliser. Le bonheur n'existe pas par essence et pourtant nous le vivons. Tout simplement parce que le bonheur est le fruit d'une somme et d'une multiplication. Le bonheur est la somme de tous les petits bonheurs que nous vivons : un sourire, un regard, un geste de tendresse, un acte de solidarité, un refus de juger et de condamner, une parole de compassion voire même de pardon, une oreille attentive, une épaule sur laquelle sécher ses larmes, un souci de paix, un cri face aux injustices. Ces petits bonheurs sont les béatitudes d'aujourd'hui. Celles que nous pouvons vivre quotidiennement. Notre vie en sera complètement transformée. Nous pourrions alors nous contenter d'une telle addition et vivre notre vie. C'est possible mais j'ai l'impression que nous vivrions un fameux manque. Pour nous qui avons reçu le don de la foi, l'addition doit se compléter par une multiplication. En effet, pour qu'il y ait vraiment bonheur, nous devons multiplier la somme des petits bonheurs que nous vivons par le message du Christ Ressuscité. Dieu s'est incarné parmi nous pour que nous ayons la vie et que nous l'ayons en abondance. Vivre sa vie par le prisme de la foi rend la vie plus belle encore car nous lui donnons sens. Dans la foi, nous vivons notre vie en Dieu. Que les béatitudes soient pour chacune et chacun de nous un chemin merveilleux vers la sainteté, notre sainteté ici et maintenant.

27e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Croonenberghs Didier
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 2000-2001

" Il ou elle d'ailleurs aura bien mérité son ciel ". Ce genre de phrase, il m'est déjà arrivé de l'entendre sur le parvis de notre église après la célébration de funérailles. Il est évidemment difficile de défier de telles affirmations surtout au moment où nous disons au-revoir à quelqu'un pour la dernière fois. Mériter son ciel comme si ce dernier ce méritait. Le ciel ne se mérite pas, il se donne à vivre éternellement. Nous pourrions passer toute notre vie à faire le bien, à répandre la bonne nouvelle, à prendre le temps pour les autres, à offrir le meilleur de nous mêmes à chaque instant. Malgré tout cela nous ne mériterons rien. Nous resterons à jamais aux yeux de Dieu des serviteurs quelconques, des êtres inutiles n'ayant fait que ce que nous avions à faire. Face à de telles affirmations de l'évangile, notre ego en prend un sacré coup. Notre image de marque est attaquée. Nous faire traiter de la sorte alors que nous pensons ½uvrer pour le royaume de Dieu. C'est dur à entendre mais tellement vrai. Tout simplement parce que dans le champ de la foi, Dieu attend de nous d'être avant tout des semeurs. Le reste il s'en occupe lui-même. Cela ne nous appartient pas. Nous nous semons et si Dieu est vraiment Dieu, il prendra la relais. Tout simplement parce que par l'amour et dans l'amour Dieu agit en nous.

Or l'amour n'est jamais une question de mérite, de calcul. Si nous nous mettons à comptabiliser nos sentiments, nous risquons de les perdre à jamais. Même s'il est vrai que c'est plus facile à dire qu'à réaliser. " Un je t'aime " prononcé qui ne reçoit en écho qu'un silence, peut parfois faire mal, très mal. Et pourtant c'est trois mots offerts ne devraient être que l'envol de notre lumière intérieure dans l'astre de l'autre. Ils deviennent ainsi étincelle dans notre ciel étoilé de tous ces " je t'aime " reçus. En ce sens, ils sont eux aussi inutiles, quelconques. Nous ne faisons que dire ce que nous ressentons. Il n'y a aucun mérite. Les sentiments naissent d'une émotion sur laquelle nous n'avons aucune prise, aucun contrôle. Ils surviennent en nous et nous submergent comme une lame de fond prenant tout sur son passage. S'il en va ainsi de l'amour, il en va de même pour Dieu qui est Amour. Dans l'amour, comme dans la foi, nous sommes conviés à faire confiance. Et pour avoir confiance en l'autre qu'il soit humain ou divin, je dois d'abord devenir monde pour moi pour l'amour d'un autre. Il y a donc tout ce travail sur soi, ce désir de se connaître pour mieux aller à la rencontre de l'autre, cette capacité, découverte d'avoir confiance d'abord en soi pour pouvoir mieux se laisser apprivoiser par l'autre. C'est ce chemin tout intérieur d'oser croire en ses propres ressources, se reconnaître apprécié et reconnu pour ce que je suis. Tout inutile que je sois d'ailleurs. En ne me niant pas pour toi, je deviens plus moi et je découvre ainsi la beauté. La mienne, la tienne. Je peux alors lâcher prise, m'abandonner, refuser de tout contrôler et t'offrir ainsi mes fragilités à toi Dieu ou être aimé. Je commence alors à voir la vie par tes yeux et ce, toujours dans l'amour ou la foi. C'est pourquoi, je ne me suffirai jamais à moi-même. La rivière de ma destinée se détourne de son propre cours pour se perdre au coeur de nos images où chaque pensée, chaque acte vaut un royaume. A ce moment précis, nous sommes enlevés de nous-mêmes. Nous découvrons un espace plus grand que nous : où l'amour infiniment dépasse l'amour, où la foi infiniment traverse la foi. Il nous suffit de vivre alors de cette confiance. Une confiance, comme dans l'extrait de notre évangile de ce jour. Un confiance qui permet à la vie de jaillir en nous et autour de nous dans l'amour. Car comme l'écrivait une amie, comme on ose la vie quand on vient au jour, on ose l'amour quand on vient à la vie. L'amour, la vie, la foi, trois dimensions essentielles de nos existences qui s'enracinent au plus profond de nos êtres. Elles trouvent leurs sources en nous. Et toutes les trois sont gratuites. Elles nous sont offertes. Nous n'avons aucun mérite. Puissions-nous chacune et chacun découvrir que c'est dans cette inutilité-là que réside notre bonheur. Oui, toutes et tous, nous sommes des serviteurs inutiles. Et c'est tant mieux. En confiance, réjouissons-nous d'avoir reçu la vie, l'amour et la foi. Amen.

5e dimanche de Carême, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : C
Année: 2000-2001

Il y a quelques années au cours d'une prédication, le prieur du couvent dominicain d'Oxford disait ceci aux fidèles : si vous aimez l'argent, le sexe et la violence, lisez la Bible. Il faut dire que l'évangile de ce jour ne fera que confirmer de tels propos. Mais ce matin, je voudrais avec vous, méditer plutôt sur tout ce climat de violence que nous retrouvons dans ce passage de la femme adultère. [Il y a quelques jours, monsieur Demol, qui est assis ici à ma droite à la deuxième rangée, me faisait gentillement remarquer que mes homélies étaient devenues un peu trop classique. Je suis heureux de le rassurer aujourd'hui, l'évangile parle de sexe et de violence. Tiens, c'est étonnant, en prononçant les mots sexe et violence, tout à coup, les gens se taisent même au troisième étage de cette église. Afin de ne pas incommoder votre épouse et au risque de vous décevoir, je ne m'attarderai pas tant sur la question de l'adultère mais plutôt sur celle de la violence.] Violence qui existe également en nous et que nous serons invités tout à l'heure à nous déposséder pour retrouver par le pardon de Dieu une certaine sérénité au plus profond de nos êtres. C'est pourquoi, il nous a paru intéressant de vous proposer deux récits de lapidation pour cette célébration du pardon : celui de la femme adultère et celui de la lapidation d'un mendiant décrit dans la vie d'Apollonius de Tyane, gourou célèbre du deuxième siècles après Jésus-Christ.

Dans ce récit, les Ephésiens sont d'humeur pacifique et défavorables à toute lapidation. Aucun Ephésien ne semble décider à lancer une pierre. Ces braves gens ne peuvent pas se résoudre, froidement, à massacrer un de leurs semblables, si misérable, si dégoûtant et insignifiant soit-il. Par contre la foule qui amène la femme adultère à Jésus est d'humour combative et pourtant elle ne lapidera pas. Dès lors pour arriver à ses fins, Apollonius doit distraire les Ephésiens de l'action qu'il leur demande de commettre en les aidant à oublier la réalité physique de la lapidation. Comment ? Tout simplement en accusant ce pauvre mendiant d'être un ennemi des dieux. En effet, écrit René Girard dans son dernier livre intitulé « Je vois Satan tomber comme l'éclair », pour rendre la violence possible il faut démoniser celui dont on veut faire une victime. Le gourou d'Ephèse réussit puisque les habitants se mettent à lapider cet homme. Et voilà qu'une foule au départ bien calme se met à détruire un des leurs.

Le récit évangélique est tout le contraire, la foule est excitée et pleine de violence. Pour ne pas exciter une telle violence qui pourrait dégénérer, Jésus se baisse et se met à écrire avec son doigt sur le sol. Ce n'est pas parce qu'il veut écrire quelque chose que Jésus se penche, je crois. Non je pense plutôt que c'est parce qu'il se penche qu'il se met à écrire dans la poussière. Il s'est penché pour tout simplement éviter le regard de cette foule aux yeux injectés de sang. En effet, si Jésus avait posé son regard sur eux, ceux-ci n'auraient vu que leurs yeux de haine à eux, ils n'auraient plus vu son regard à lui tel qu'il était réellement. Ils auraient transformé le regard du Christ en un miroir de leur propre colère. C'est leur provocation, leur défi qu'ils liraient dans le regard de Jésus, si paisible soit-il en réalité. Ils se sentiraient provoqués en retour. L'affrontement ne pourrait plus être évité et il entraînerait probablement ce que Jésus s'efforce à tout prix d'éviter : la lapidation de la femme. Jésus évite donc jusqu'à l'ombre d'une provocation. Agissant de la sorte, il peut alors leur dire : « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre ». Jeter le première pierre est devenue une expression populaire que tout le monde répète puisque même les étudiants en guindaille la paraphrase : « Que celui qui n'a jamais péché, me jette la première bière ».

Mais revenons à cette première pierre. Celle-ci n'est pas une pierre parmi d'autres elle est décisive parce qu'elle est la plus difficile à jeter. En effet, la première pierre est la seule à ne pas avoir de modèle. En attirant l'attention sur cette fameuse première pierre, Jésus en fait un véritable obstacle à la lapidation. Plus ceux qui songent à jeter la première pierre se rendent compte de la responsabilité qu'ils assumeraient en la jetant, plus il y a des chances que cette fameuse première pierre leur tombe des mains. Cette responsabilisation empêche tout être humain d'entrer dans l'escalade, dans le cercle vicieux de la violence. Cette première pierre nous invite à réfléchir à ce que nous faisons, à en assumer les conséquences, à regarder tout simplement devant sa propre porte. Ce que Jésus nous fait découvrir dans ce récit de la femme adultère c'est qu'il suffit parfois de peu pour calmer et faire taire la violence : s'abaisser et parler d'une première pierre. Ce matin, (ce soir), nous sommes nous aussi conviés à nous abaisser un instant sur nos violences intérieures pour les poser symboliquement dans un petit caillou. Ce dernier après l'imposition des mains, nous vous invitons à la déposer dans le panier qui vous sera présenté. Ne nous lapidons pas mais recevons comme un cadeau du Ciel cette conclusion : « moi non plus je ne te condamne pas. Va, désormais, ne pèche plus ».

Amen

1er dimanche de Carême, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : C
Année: 2000-2001

Le Père Maon, jésuite et professeur émérite de droit romain aux Facultés de Namur répondait toujours de la manière suivante à la question : « père, comment faites-vous, au niveau de la chasteté, pour ne pas vous laissez tenter ». C'est très simple, disait-il, ce n'est pas parce que nous sommes au régime que nous ne pouvons pas apprécier le menu. Depuis ce jour, j'ai une admiration certaine pour cet homme, admiration liée bien évidemment à l'excellent professeur qu'il était. Les tentations : vaste sujet et voilà que nous sommes invités en ce premier dimanche de carême à nous arrêter un instant sur toutes ces tentations qui quelque part donnent de la saveur à nos vies.

Il est vrai que des tentations nous en avons toutes et tous. Parfois nous succombons, parfois nous résistons. Tout simplement parce que, au plus intime de nous-mêmes, nous savons que les tentations peuvent nous apporter soit le bonheur, soit le malheur. Elles sont donc bien de deux ordres, c'est pourquoi il n'y a pas lieu de les rejeter toutes en bloc. Là maintenant en vous parlant si l'un ou l'une d'entre vous me proposait un morceau de javanais, délicieux gâteau, je ne dirais certainement pas non et cela me donnerait du baume au c½ur. Pourquoi me priver ? Mais il existe également des tentations, qui, lorsque nous succombons, peuvent nous faire souffrir, abîmer notre intégrité, notre dignité. Ces tentations-là sont bien évidemment à éviter même si parfois nous passons par des temps d'errance plus ou moins longs. Le carême est une occasion unique qui nous est donné pour nous repositionner vis-à-vis de toutes ces tentations qui marquent nos vies. Les tentations de Jésus au désert, quant à elles, sont un bel exemple de se laisser aller à demander des moyens qui facilitent la vie par des puissances magiques. Qui d'entre nous n'a pas un jour prié pour que l'examen de mathématiques ou de toute autre branche soit facile ? Nos prières peuvent être parsemées de « Seigneur, fais que... » ou encore « que ceci se passe Seigneur et alors je m'engage à... ». D'ailleurs tout au long de l'évangile, le Christ nous invite à tout demander. Revenons alors à la dernière réplique de Jésus dans l'évangile de ce jour : « Il est dit de ne pas tenter le Seigneur ».

Tenter Dieu, écrit André Sève, c'est attendre de lui des choses qui fausseraient tout : ce qu'il est, ce que nous sommes et la vie qu'il nous donne. Nos vies sont traversées d'angoisses, de peurs, de moments difficiles et de souffrances et nous ne les comprenons pas toujours. Tant de pourquoi restent en nous sans réponse et nous aimerions bien parfois vivre une vie faite uniquement de bonheurs et de joie. Nous pourrions être tentés de demander cela à notre religion. Sinon à quoi bon venir à l'église, à prier. Si ce n'est pas pour cela, à quoi la foi peut-elle bien servir ? Je crois que cette dernière n'apporte pas des moyens et des solutions pour rendre notre vie plus facile. La foi est la possibilité qui nous est offerte de vivre à fond les moments faciles mais également les moments difficiles de nos existences. C'est-à-dire de mener une vraie vie : être le plus souvent possible au maximum de ce que nous sommes capables d'être et tirer parti de tout ce que la vie nous propose. La foi en Dieu est alors bien plus qu'un sentiment, elle est désir profond et sincère de vouloir vivre pleinement chaque instant, chaque moment parce que nous avons acquis cette conviction intime que la vie vaut vraiment la peine d'être vécue et ce, malgré son lot d'incompréhension. Tenter Dieu, c'est lui demander de nous rendre la vie plus facile. Prier Dieu, c'est lui demander de me donner la force de ne jamais m'arracher à ce que la vie attend de moi. Prier Dieu, c'est espérer que l'Esprit nous accompagne pour que nous prenions chacune et chacun là où nous sommes, la vie à bras-le-corps en éveillant au maximum toutes les potentialités qui définissent l'être que je suis et que je deviens jour après jour. Et cela ne peut se vivre que dans l'amour : l'amour de soi, l'amour des autres et l'amour de Dieu.

Nous ne sommes sur terre ni pour souffrir, ni pour vivre facilement mais pour vivre intensément, en abondance. Pour ce faire nous n'avons pas besoin de magie et de coups d'éclat, juste de l'amour pour ne jamais échapper à l'effort de vivre. Que l'esprit de Dieu nous accompagne durant ce temps de carême pour que nous vivions de manière la plus intense possible cette vie donnée avec pour seul objectif celui d'aimer.

Amen.

29e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Materne Pierre-Yves
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 2000-2001

Dans ce passage d'Evangile, Jésus veut nous dire comment prier. En particulier, il nous invite à prier sans cesse et sans désespérer. Comme modèle à suivre, il nous présente une veuve qui demande justice. Elle s'adresse au juge - un type antipathique -. Malgré les silences de refus du juge, elle insiste et s'accroche. Finalement, le juge en a ras-le-bol et consent à exaucer la veuve. L'attitude de cette femme est faite de patience et de persévérance. Il doit en être de même entre nous et Dieu. Ce n'est pas parce que Dieu semble faire la sourde oreille qu' il faut tout arrêter.

Nous exprimons des demandes à Dieu. Cela constitue une part plus ou moins importante de la prière selon les personnes. Les demandes ne portent pas toujours sur des besoins matériels ou égoïstes. Elles sont souvent en faveur des autres. Il y a le "seigneur, fais que je réussisse mon examen" tout comme il y a le "Seigneur aide mon ami a trouver son chemin dans la vie". Bref, il y a une richesse et une variété dans nos prières. N'oublions pas un point essentiel : La prière où l'on demande n'est pas toute la prière. Il y a aussi la prière de remerciement ou encore le simple silence dans lequel je me remets en question. C'est donc une réalité plus large et plus mystérieuse qu'on ne pense. Les demande que nous adressons à Dieu ne sont pas toujours exaucées comme nous l'attendions. Dans la culture de l'immédiateté qui est la nôtre, nous voulons tout tout de suite, y compris avec Dieu. Certaines mauvaises langues diraient que c'est quand cela va mal qu'on se met à prier. Quand Dieu ne répond pas à nos besoins, nous nous posons des questions. Du genre : "Est-ce qu'il y a quelqu'un qui m'entend quand je prie ?". Parfois, on peut même perdre la certitude d'être écouté. Notre relation à Dieu est alors mise à l'épreuve de notre cri. "Réponds, si tu es là", "Fais quelque chose, bon sang". On passe par un moment de révolte, voire une phase de désespoir. A quoi bon, finalement croire et prier un Dieu qui ne fait rien pour moi. Si Dieu n'est d'aucune utilité, je peux m'en passer. Notre prière n'est pas toujours calme et joyeuse. Il arrive qu'on traverse des zones de silence. Dieu est alors le vide de nos prières, le grand absent. Nous vivons une attente qui exige patience et persévérance. C'est peut-être le temps de découvrir notre besoin essentiel, le désir profond de vivre pleinement l'amour qui vient d'en haut. En tout cas, cela nous conduit au combat. C'est le temps de la lutte, quand on a envie de secouer Dieu comme un prunier. "Montres que tu existes, descends et viens à mon secours". Bien souvent, ce combat avec Dieu mène à l'abandon. Vous l'avez deviné : c'est Dieu qui est le plus fort. L'abandon ne signifie pas le désespoir. L'abandon, c'est reconnaître que Dieu est plus grand que moi. C'est cesser de me fabriquer ma prière sur mesure et découvrir que la prière de Dieu coule au fond de moi. Le bavardage s'estompe alors pour laisser place au silence. A ce moment, on lâche prise et on remet à Dieu le gouvernail de son existence. Je rejoins alors Dieu dans l'abandon, je m'ouvre à son accueil silencieux.

Nous espérons qu'il nous exauce. Cependant, c'est peut-être lui qui veut être exaucé par nous ? Quel paradoxe ! Ce Dieu inutile ne serait pas totalement inactif mais aurait besoin de nous. Il nous prie, du fond de son mystère. Il nous prie de prendre soin de nos semblables et de faire jaillir l'éclat de la charité, cet amour qui est plus que de l'amour. Il nous appelle à faire triompher la vie dans les lieux de mort qui nous entourent. Il y a tant de gens qui cherchent un chemin de vie, un chemin de bonheur sans artifice.

A l'image de la veuve, nous devons nous armer de patience, de persévérance, de courage et de ténacité. Du coup, ce n'est plus de la petite bière que la vie de prière. Pour que la vie devienne prière et que la prière devienne vie, nous pouvons garder une vision simple de la prière tout en travaillant un peu sur nous-mêmes. Cela peut s'avérer inconfortable et fatigant. La fatigue, signe de notre humanité, pèse sur la prière. Même les meilleurs élans de générosité finissent par retomber. Il ne faut pas s'en faire car la Bible nous dit quelque part que "Dieu comble son bien-aimé quand il dort ". Un mystique tel que Tauler pense qu'on peut aussi prier sur son lit. Alors, pas de panique !

Il est parfois difficile de prier seul, c'est pourquoi notre prière a besoin de fraternité. Dans la première lecture, nous avons entendu le récit de Moïse priant sur la montagne, les bras levés au ciel. Il prie pour que la bataille se termine bien pour son peuple. Il prie et se fatigue. C'est alors que deux hommes de sa communauté viennent lui soutenir les bras. Donc, vous voyez, même les grands prophètes ont besoin d'un soutien dans la prière. Cela peut nous rassurer.

La prière avec les autres est importante, surtout quand on a de lourds fardeaux à porter. Prier pour autrui et avec autrui est une chance que nous avons. Ainsi, nous gardons espoir et courage comme Moïse et la veuve de l'Evangile. Nous savons qu'ils ont été entendus. Alors, bien que Dieu n'ait pas la même notion du temps que nous, osons croire que notre désir le plus sincère trouvera son accomplissement en Dieu. Amen.

1er dimanche de l'Avent, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : C
Année: 2000-2001

Peu de temps après l'installation de l'équipe pastorale au c½ur de nos paroisses, j'avais été assez surpris de découvrir que dans nos communautés aussi il existait des personnes qui pouvaient faire des montagnes de petits détails d'une liturgie. En voici quelques exemples : la chorale a de nouveau mal chanté le répond du psaume ; vous devriez dire au lecteur de tout à l'heure qu'il ferait bien d'un peu mieux préparer sa lecture ; n'y a-t-il pas moyen que les enfants fassent moins de bruit, cela devient vraiment énervant. Et je recevais ces plaintes, l'une après l'autre. Je dois vous avouer que cela m'énervait. Jusqu'au jour où j'ai trouvé une phrase clé. Une phrase qui m'apportera la paix définitive. Depuis ce moment, chaque fois que quelqu'un me fait part d'un tel type de souci, je réponds toujours : "mais rendez grâce à Dieu". La personne étant interloquée par mes propos me demande toujours de préciser ma pensée. Ce que je fais : "oui, je vous invite à rendre grâce à Dieu de pouvoir vous encombrer l'esprit d'un tel souci et de se dire qu'il va vous occuper toute la semaine. Si un tel petit détail liturgique vous ennuie tant et que vous n'arrivez pas à le dire aux personnes concernées, rendez grâce à Dieu de ne pas avoir de soucis plus importants à devoir gérer". Et depuis ce jour, je n'ai plus jamais entendu ce genre de plainte.

Des soucis nous en avons toutes et tous. Ce n'est donc pas étonnant que même l'évangile nous en parle lorsque nous pouvons lire : "tenez vous sur vos gardes, de crainte que votre c½ur ne s'alourdisse dans la débauche, l'ivrognerie et les soucis de la vie". Ces soucis dont parle l'évangile ne sont pas des petits tracas quotidiens ou encore de faux problèmes pour s'occuper l'esprit, non le terme grec utilisé signifie plutôt le souci qui déchire le c½ur, qui divise notre âme, qui fait souffrir notre conscience et notre être tout entier. Il est ce souci qui vous donne mal l'âme et au corps. Une blessure béante qui met tant de temps à pouvoir se cicatriser avec parfois cette impression tenace qui nous fait penser que jamais nous arriverons à dépasser ce qui fait cette lézarde inférieure. Une lézarde, un gouffre qui nous donne un vertige à nous faire perdre la tête. Et voilà qu'aujourd'hui le Christ nous fait découvrir que c'est au c½ur même de ces soucis profonds qu'il se révèle, se dévoile à nous comme une lumière ténue au c½ur de nos ténèbres. Nous pourrions même aller jusqu'à dire que notre épiphanie, notre manifestation de Dieu se réalise souvent dans le lieu de nos fragilités comme si Dieu se glissait tendrement en nous dans nos failles pour venir nous donner un peu de baume au c½ur et à l'âme. De la sorte le récit apocalyptique de l'évangile s'adoucit et nous fait découvrir ce visage de Dieu tel qu'il nous est révélé dans la première lecture : "le Seigneur-est-notre-Justice". Une justice non pas humaine c'est-à-dire une justice qui juge et condamne. Non plutôt une justice divine c'est-à-dire une justice dont les racines s'enfoncent dans l'amour à notre égard. Un amour qui connaît nos vies. Un amour qui déborde de cette affection dont nous avons toutes et tous tant besoin. En ce temps d'avent, Dieu, notre Dieu, Celui qui se révèle à nous en Jésus Christ nous fait découvrir que sa justice s'inscrit au c½ur de nos êtres, dans l'empire personnel de nos vulnérabilités. Et finalement c'est assez normal.

Ne reconnaissons-nous pas les meilleurs temps d'amitié comme étant ceux où les personnes se sont racontées sensibles, se sont fragilisées en toute confiance ? Lorsque la vie nous offre de tels temps de bonheur nous découvrons, redécouvrons que la fragilité fait la beauté de l'être. Elle n'est pas à craindre. Il n'y a pas lieu de l'occulter. Elle devient lieu de résidence, de révélation de Dieu. Si le débauche et l'ivrognerie existent bel et bien, ils sont signes de notre incapacité à gérer ces fragilités. Que ce temps d'avent soit pour nous un moment privilégie de repartir à la découverte de nos soucis véritables. De les reconnaître comme tel et puis de les poser tendrement en toute confiance en Dieu. Alors toutes et tous nous pourrons nous trouver debout devant le Fils de l'homme. Cela se vit de manière toute simple. Le dépôt de nos soucis est aussi une superbe forme de prière. Et c'est à cela que l'évangile nous invite aujourd'hui. Amen.

Fête de la Sainte Trinité

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 2000-2001

Connaissez-vous le nouveau manon du fameux chocolatier belge, fondé il y a déjà plus de cent cinquant ans ? C'est un manon de chocolat noir, fourré à la mousse de chocolat, sur une petite plaque de chocolat blanc. Pour tout vous dire, il est absolument délicieux. Trois types de chocolat pour faire une délicieuse praline. Trois en un. Trois ingrédients pour faire un tout, mais trois ingrédients séparés et malgré tout, trois en un. Contrairement à ce que nous aurions pu imaginer, ce type de raisonnement ne nous aide malheureusement pas beaucoup pour comprendre le mystère de la Trinité. Tout simplement parce que ce mystère, cette révélation défie toutes les mathématiques. Cette équation de trois égale un est impossible à réaliser sauf si ce n'est dans la Trinité. Ce n'est donc pas avec les armes de la raison, de la curiosité mal placée que nous pouvons entrer dans la compréhension de cette fête d'aujourd'hui. En effet, croire en un Dieu trois et un se comprend uniquement dans l'expérience que nous en faisons.

Notre Dieu est à la fois unique et pluriel. En lui, il constitue sa propre famille. Dieu ne peut seulement être un car si Dieu est amour et un, il doit d'abord s'aimer lui-même ; vous imaginez le narcissisme divin dépassant de loin tous les narcissismes dominicains et ce depuis la fondation de notre Ordre. Impossible. Dieu ne peut se nourrir de ce type d'amour. Dieu est amour, à l'image de l'amour que nous pouvons éprouver les uns pour les autres. Avec comme nuance, le fait que l'amour divin n'est pas un feu mais une fournaise qui ne peut être un véritable foyer d'amour que s'il existe un échange entre des personnes. Dieu le Père ne peut se complaire en lui-même. Il a besoin du Fils et de l'Esprit pour vivre l'amour qu'il a en lui. Nous n'arriverons jamais à tout comprendre tant le mystère est grand et pourtant nous devons tenter de dévoiler un coin de ce voile. Comme le disait le philosophe Pascal : « je crois parce que je ne comprends pas ». Je ne comprends pas alors j'essaye de croire ce mystère que nous contemplerons toutes et tous dans la foi au soir de notre vie. En attendant ce jour, nous n'avons que notre petite terre au c½ur de cet univers pour entrer dans ce mystère par l'expérience que nous en faisons.

Certains ont prétendu que le Père s'était révélé dans l'Ancien Testament, le Fils dans l'évangile et l'Esprit Saint dans la vie de l'Eglise. Cette manière de voir ne me paraît pas respecter la Trinité. Elles n'est pas une suite de séquences dans le temps à écarteler. La Révélation de la divinité a été de tout temps et elle a toujours été celle du Père, du Fils et de l'Esprit. Par l'expérience, la Trinité, est un mystère à scruter, à découvrir pour en vivre. Elle n'est pas une dynamique théologique enfermée dans la tour d'ivoire de certains penseurs. Elle se donne à vivre dans notre expérience quotidienne et en fonction de nos états d'âme et de nos moments de vie. Dieu s'offre à nous aujourd'hui encore. Il ne nous écrase pas de sa divinité pour nous montrer à quel point nous sommes petits face à lui. Dieu nous prend tellement au sérieux qu'il s'est fait l'un des nôtres pour nous montrer le chemin d'accès à sa propre divinité. Nous sommes conviés, en suivant l'enseignement de Jésus, de découvrir dans l'amour qu'il est le seul chemin permettant à l'homme et la femme de s'épanouir, de se réaliser. Le chemin de Dieu le Fils est une autoroute du bonheur. Et sur celle-ci, il n'y a jamais d'excès de vitesse puisque tout se vit dans l'amour de l'autre au nom du Tout-Autre. Dieu le Père envoie son Fils, pour donner un visage humain à sa divinité. Il est un Dieu qui a pris le temps de venir en notre monde par amour. C'est dans l'expérience de notre rencontre avec Dieu le Fils que nous comprenons un peu mieux le mystère du Père puisque Jésus ne se suffit jamais à lui-même et ramène toujours tout à son Père. Non content, de son passage historique, Dieu le Père ne veut pas nous laisser orphelin de sa divinité filiale. Il répand alors son Esprit sur notre monde. Ce dernier se découvre et se vit également dans l'expérience de nos vies. L'Esprit de Dieu est toujours à l'½uvre dans notre monde mais il se laisse découvrir dans le silence de la vie, avec les yeux de la foi en accompagnant tous nos gestes de tendresse et de solidarité, en soutenant nos larmes et nos désespoirs. L'Esprit de Dieu, c'est l'expérience divine au quotidien, même si nous avons parfois l'impression qu'absence est un de ses prénoms. C'est ce même Esprit qui par le baptême nous pousse par des petits clins d'½il, tout en douceur, à partir, repartir à la rencontre du Fils. Par son Fils et dans l'Esprit, nous redécouvrons ainsi le visage de Dieu le Père. Il est ce Dieu créateur, plein d'amour, qui se révèle et se dévoile dans tous les actes d'amour que nous posons. Il attend de nous d'être heureux, de poursuivre notre marche incessante vers notre accomplissement. Il est Dieu de finesse qui espère la réalisation de sa création. En fait, Dieu désire tout simplement que nous vivions intensément. De la sorte nous deviendrons trinitaires d'instinct puisque nos actes seront marqués du sceau de sa présence. Dieu, trois et un, un mystère qui se découvre par nos expériences personnelles et qui se rencontre en fonction de nos chemins. Tantôt, il est Père, tantôt il est Fils, tantôt il est Esprit. Mais quoiqu'il en soit, toujours il est Dieu. Amen.

3e dimanche de l'Avent, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : C
Année: 2000-2001

Comment priez-vous ? Comment dialoguez-vous avec Dieu ? demanda un journaliste de La Croix au frère Timothy Radicliffe, actuel Maître de l'Ordre des Dominicains. "Dans la tradition dominicaine, répondit ce dernier, la prière est souvent conçue comme un acte d'amitié, nous n'avons pas vraiment de technique de prière. Je dois avouer que je ne suis pas très fort pour la prière. Je suis très facilement distrait. Souvent, je vais dans la chapelle, juste pour m'asseoir et rester avec Dieu, en silence. Mais, souvent, j'ai la tête et le c½ur trop pris pour cela. Je suis préoccupé par mes problèmes, mes dossiers, trop soucieux de moi-même. Un jour, l'auteur de théatre anglais Noel Coward rencontra l'un de ses amis dans une soirée et lui dit : "Nous n'avons pas le temps de parler de nous deux. Alors parlons de moi." Notre prière, souvent, commence un peu commça. Nous adressons à Dieu un bavardage sur nous-mêmes, sur les autres, tout en nous demandant ce qu'il y aura à manger pour le déjeuner. Mais si l'on prend le temps nécessaire, vient le moment du silence où nous sommes avec Dieu. Prier, ce n'est pas penser à Dieu. Comme dit mon camarade de noviciat Simon Tugwell, concluait le frère Timothy, lorsque nous sommes avec nos amis, nous ne pensons pas à eux, nous sommes avec eux. Prier, c'est être avec Dieu".

De tels mots dans la bouche du big boss de notre Ordre me font terriblement plaisir et nous ramènent au sens des lectures de ce jour. La vie de foi, la vie chrétienne, n'est pas comme l'ont prétendu de nombreuses personnes au cours des siècles et encore aujourd'hui quelque chose de difficile, de compliqué. Croire au Christ n'est pas vivre sa vie avançant à genoux sur un chemin rocailleux. Sans pour autant nier les souffrances que nous traversons, les heurts et trahisons que nous subissons, ces événements douloureux font partie de notre vie humaine. Mais la foi nous fait découvrir une autre facette de la vie. Même si nos journaux quotidiens sont trop friands de drames, la vie est également belle et vaut la peine d'être vécue. Cette beauté peut être illuminée de la lumière de Dieu qui prend son humanité tellement au sérieux qu'il se fait lui-même l'un des nôtres par l'Incarnation de son Verbe. Prendre la vie au sérieux n'est cependant pas synonyme de tristesse. Et pourtant ces deux notions sont souvent confondues. Pour croire, il faut être sérieux, entend-on parfois. Erreur, me semble-t-il.

C'est vrai, la foi c'est quelque chose de très important, et il faut donc la prendre au sérieux. La prendre au sérieux, c'est-à-dire en vivre pour donner du goût à sa vie, l'épicer d'une herbe toute spéciale, la parfumer d'une relation unique au Créateur. Pour croire, il ne faut pas être sérieux, il faut être joyeux. La foi n'a pas de sens si elle n'est pas vécue comme une joie, si elle n'est pas légère et douce. Croire n'est pas une obligation mais une invitation à laquelle toutes et tous nous avons envie de répondre positivement parce qu'elle nous nourrit d'un bonheur indicible. Et cette joie intérieure qui nous anime est une joie toute simple, sans fard, sans bruit, à l'exemple de la manière de prier telle qu'elle nous est proposée par le frère Timothy. Une joie qui nous envahit dans ce que nous faisons, dans ce que nous sommes. Par cette joie, la foi au Dieu de Jésus Christ nous fait découvrir que vivre chrétiennement n'est pas quelque chose de compliqué. Vivre chrétiennement, selon l'évangile de ce jour, c'est "n'exiger rien de plus que ce qui vous est fixé", c'est-à-dire elle n'est pas une longue démarche dans laquelle il y a lieu d'entrer au risque de souffrir car nous n'y arrivons pas. Non le Christ, en ce temps de préparation à sa venue, nous convie à ne pas aller au-delà de nos forces, à faire ce que nous avons à faire mais à notre mesure, selon nos capacités. Pas plus mais pas moins non plus. Vivons ce que nous avons à vivre avec tout ce qui nous a été donné et sans jamais chercher midi à quatorze heures. Mais vivons cette foi dans la joie avec cette certitude annoncée dans la première lecture : "Le Seigneur ton Dieu est en toi. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il dansera pour toi avec des cris de joie, comme au jour de fête". Si cette promesse est vrai et si nous le croyons, que cette foi qui nous habite soit fête pour celles et ceux que nous rencontrons.

Amen.