33e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Dans ma vie, je n'ai jamais eu aussi peur qu'une nuit à Rixensart. J'étais louveteau et nous étions venu de Braine-l'Alleud passer un week-end dans cette charmante commune du Brabant wallon. C'était au cours d'un jeu de nuit terrfiant. Nous étions dans les bois du Château et nous avions tous peur, très peur. Du groupe, j'étais sans doute celui qui a eu le plus peur. Je me suis d'abord caché pour être certain de ne pas être attrapé. Mais ma peur était toujours là. Alors, j'ai pris mon courage à deux mains, le courage d'un enfant de 10 ans et je suis sorti du bois. Je suis allé sonner à une maison où il y avait encore de la lumière, avenue de Terlinden je crois. Et là, j'ai demandé de pouvoir appeler la police. Ce que le propriétaire a gentiment fait puis avec moi, sur le parking en face de cette Eglise (de l'Eglise Ste Croix) nous avons attendu le combi de la gendarmerie. C'était un jeu de nuit, un simple jeu de nuit. Et j'ai eu tellement peur. J'en ris aujourd'hui quand je revois la tête paniquée des animateurs à la vue du gyrophare. C'était au départ leur jeu, avec les gendarmes, il était devenu le mien.

Pourquoi vous racontez cette histoire, me direz-vous ? Parce que, je crois que l'histoire des Talents est d'abord et avant tout l'histoire d'une peur. Et des peurs, nous en avons toutes et tous. La première chose à faire, est d'abord de se l'avouer, de ne pas crâner sinon notre aggressivité sera signe de cette peur intérieure. Ayant pris conscience de celle-ci, il y a lieu d'agir nous dit le Christ. A force d'avoir peur, nous risquons de ne plus rien faire à l'image de l'homme qui n'avait qu'un seul talent. Cet homme a manqué d'audance et de confiance. Il n'a pas pris ses reponsabilités. Nous ne sommes pas sur terre pour subir la vie mais pour la vivre à fond et pour ce faire, il y a parfois des risques à prendre. Refuser d'agir au nom de la peur, c'est donner un terrible pouvoir à l'autre et c'est ne pas utiliser sa liberté. Si je ne fais rien à 15 ans parce que j'ai peur d'être renvoyé alors que j'assiste à une injustice. Si je ne fais rien à 40 ans, parce que j'ai peur de perdre mon emploi. Ou encore, quand j'ai vu quelque chose qui m'a choqué et j'ai failli réagir mais je n'ai rien fait. Des si, si, et si et des j'ai failli jalonnent nos vies. Mais alors quand serais-je libre ? A 65 ans ? Non parce qu'à ce moment là je commencerai à avoir peut-être peur de la mort ? Malgré nos fragilités, nos peurs sont à dépasser. Elles ne doivent pas guider nos vies. Un être qui a peur, enterre sa vie parce qu'il a trop peur de la perdre. Or, une seule vie nous a été donnée, ne passons pas à côté de celle-ci. Elle vaut tellement la peine d'être vécue en plénitude.

Pour ce faire, il nous suffit de repartir des talents, des dons que chacune et chacun nous avons reçus. Peu importe leur nombre, exploitons ce que nous avons, même si cela nous semble tout petit. De toute façon, nous avons toujours l'impression que ce que les autres ont, c'est mieux que ce que nous possédons et nous en arrivons à oublier ce qui est nôtre, comme si c'était rangé au fond d'une caisse de notre être. Et pourtant pour exister, pour vivre pleinement, le Seigneur attend de nous de faire fructifier les talents qu'Il nous a donnés. Rien de plus, rien de moins. C'est à partir de nos dons que nous pouvons construire la vie que nous souhaitons vivre. Gandhi ne disait-il déjà pas : « sois toi-même le changement que tu veux pour le monde ». Soyons d'abord nous-mêmes. Reconnaissons ce que nous avons puis aimons-nous. Oui, aimons-nous. C'est dans le « je m'aime » que je peux trouver les forces nécessaires pour être moi en vérité, utiliser ma propre créativité pour exister. C'est vrai qu'il y a des lieux qui nous empêchent de développer nos richesses personnelles. A nous de les transformer pour qu'ils deviennent eux aussi des lieux invitant à la simplicité, à la spontanéité et donc au refus de posséder ce qui ne nous a pas été donné. Il faut alors arrêter en nous cette machine infernale de passer son temps à tenter d'acquérir les dons des autres. Certains prétendent qu'améliorer ce que nous avons, c'est trop facile. Je crois sincèrement qu'ils se trompent en disant cela. Nous ne sommes pas sur terre pour souffrir mais pour grandir et vivre. Essayons d'abord de prendre ce temps qui nous est donné pour faire fructifier ce qui est à nous, ou plutôt ce qui est nous. Alors et alors seulement nous pourrons devenir qui nous sommes et au retour, de son voyage, sans peur, nous pourrons répondre à la question de Dieu : qu'as-tu fait des dons que je t'ai donnés ?

Amen.

34e dimanche ordinaire, année A (Christ Roi)

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

S'il y a bien quelque chose que je trouve énervant, voire même insupportable dans la vie, c'est le football. Je n'arrive pas à comprendre comment 22 types peuvent s'amuser à courir derrière un ballon devant des milliers de gens qui, dans les gradins, gesticulent, hurlent, chantent et même parfois, mangent des boudins blancs dans des pistolets, tout cela cuit le long du terrain. J'ai vécu un match Anderlecht-Standard à 14 ans et j'en suis encore marqué. C'était la première et la dernière fois que j'assistais à ce genre de rencontre. C'était presque trop pour moi. Même le Mondial ne fait vibrer aucune fibre patriotique en moi. Je dois vous avouer que je suis même content lorsque les belges perdent, au moins je n'entendrai plus parler de ce sport. Pire encore, lorsqu'il m'arrive de passer devant une télévision et d'entendre un footballeur interrogé par le journaliste, je le supplie intérieurement de se taire et de retourner le plus vite possible jouer sur le terrain. N'essayez pas de me raisonner, c'est peine perdue. D'autres l'ont tenté avant vous. Mes sentiments à l'égard de ce sport et des professionnels qui en vivent, sont tout à fait irrationnels. Une fois pour toute j'ai décidé que je n'aimais pas, c'est mon côté sale gamin.

Pour moi, c'est le foot ; pour vous, c'est sans doute autre chose. Mais dans la vie, il y a toujours des catégories de personnes qui nous énervent, nous irritent et nous aimerions tant qu'elles ne croisent pas notre chemin. Il y a celles qui sont trop différentes de nous et que nous n'arrivons pas à comprendre, puis celles qui nous ressemblent trop et qui nous montrent une partie de nous-mêmes que nous n'aimons pas. Il y a aussi ces individus qui nous ont blessés, parfois humiliés et nous avons pas été capables de nous défendre. La liste des gens que nous n'apprécions pas spécialement peut parfois être longue. A quelques exceptions près, elle est souvent irrationnelle vous disais-je. C'est comme cela, c'est plus fort que moi, entendons-nous dire. Et tous les discours moralisateurs qui jalonnent notre vie n'y ont rien fait. Ce sentiment négatif nous colle à la peau. Si nous avons étiqueté l'autre d'imbécile, il est difficile de changer d'avis. Tant pis pour lui, tant pis pour nous : un peu comme si je me disais, tu es né au royaume des cons et bien tu y mourras. Un brin de mépris, comme si en le rabaissant à mes yeux, je vaux mieux qu'elle ou lui. Et en bon chrétien, j'aurai beau me dire que dois changer mon attitude, que je dois aussi l'aimer puisque c'est ce que le Christ me demande, rien n'y changera. Les sentiments négatifs sont trop forts. Alors plutôt que de m'enfermer dans une certaine fatalité, je suis invité à méditer l'évangile de ce jour et prendre conscience qu'il y a aussi un peu de Dieu dans les yeux de l'autre. Si j'accepte que Dieu vit en moi, que je suis une de ses nombreuses résidences, je dois également reconnaître qu'il réside aussi même chez celui ou celle qui a moins de valeur à mes propres yeux. Si donc Dieu vit en lui et si je prends tant Dieu que ma foi au sérieux, je peux commencer à prier pour lui. L'effet de la prière, aussi lent puisse-t-il être me transformera de l'intérieur, ouvrira mon regard sur des faces voilées de l'autre. Prier pour celle ou celui qui m'irrite, qui est trop différent, c'est accepter que Dieu l'aime et qu'il vaut la peine. Rarement notre raison brisera les sentiments négatifs. Souvent la prière apaisera notre coeur pour regarder et découvrir l'autre autrement. C'est tout aussi irrationnel, c'est l'Esprit à l'oeuvre en nous.

En Dieu nous trouvons la source de vie qui transforme nos regards vis-à-vis de celles et ceux que nous croisons. Et comme le rappelle l'évangile, Dieu n'attend pas grand chose : juste une visite, un vêtement, un morceau de pain et pourquoi pas un simple sourire. C'est si peu pour nous mais tant pour l'autre. En effet, ces petits gestes quotidiens rendent à la personne rencontrée un peu de sa dignité. Par un petit rien, au delà même des sentiments qui ont pu nous traversé, elle a de nouveau l'impression d'exister pour quelqu'un. Un geste, un simple petit geste et la terre se met à chanter autrement puisque dans celui-ci Dieu est présent : « chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait ». Si la prière transforme notre regard, elle est une étape préliminaire pour faire vivre Dieu dans ces petites choses qui font la richesse de la vie et qui donne un goût nouveau à la personne différente ou désemparée. Faire d'une simple rencontre, un lieu de Dieu ? A nous d'en décider.

Amen

3e dimanche de Carême, année A

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

La soif, c'est plus que le désir de boire ; c'est une certaine lassitude, un manque d'énergie, un sens de ne plus vouloir continuer, comme l'homme Jésus qui, ayant soif, s'assied au bord du puits. Peut-être que nous sommes si las que nous ne voulons même pas boire, mais nous avons quand même besoin d'une boisson rafraîchissante, d'un coca-cola, d'une bière, d'une tasse de thé - ou, comme le dit la Bible, de l'eau pure, de l'eau vive.

Dans la première lecture, les hébreux ont soif. Ce n'est pas étonnant. Ils sont dans le désert, entourés de rochers et de sable, ils passent depuis longtemps dans une terre aride, altérée, sans eau. Dieu dit à Moïse de frapper un rocher. C'est les rochers qui entourent les hébreux qui leur font problème ; Moïse doit effectivement frapper le problème, et de ce rocher, de cet environnement aride, pierreux et hostile, sort de l'eau rafraîchissante ; du milieu de ce désert porteur de la mort jaillit de l'eau qui fait vivre.

C'est sûrement un récit symbolique. S'il y a une soif physique, il y a aussi une soif spirituelle, que la Bible appelle la soif de Dieu. Il y une lassitude spirituelle, un sens d'être dans un désert spirituel, dans un monde aride, hostile, où rien ne nous nourrit, rien ne nous rafraîchit. Ce petit récit de l'Ancien Testament nous dit que, même dans un tel désert spirituel, il y a un rafraîchissement à avoir. Des centaines d'années après que ce récit a été écrit, Saint Paul y a vu une image du Christ. Il dit dans sa première lettre aux Corinthiens que les hébreux "ont tous bu le même breuvage spirituel, car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher était Christ" (1 Cor 10:4). Même si les hébreux dans le désert ne le savaient pas, c'est le Christ qui était la source de leur vie spirituelle, c'est Jésus qui les a rafraîchis. Qui est plus, Paul dit que ce rocher qu'était le Christ les suivait. C'est une image bizarre, ce rocher automobile qui court derrière le peuple dans le désert. Mais ce qu'il veut dire, c'est que Jésus était toujours présent, là où ils étaient, il ne fallait pas se déplacer pour trouver cette eau spirituelle dont ils avaient besoin.

L'évangile d'aujourd'hui, l'évangile de la Samaritaine, va dans le même sens. Jésus dit à la Samaritaine que c'est lui la source d'eau vive, de l'eau qui fait vivre et qui rafraîchit. En disant cela, il prétend effectivement être divin, parce qu'il n'y a que Dieu qui peut étancher la soif spirituelle de l'être humain. Et pour trouver cette eau il ne faut pas aller puiser à un lieu profond comme le puits de Jacob, c'est à dire à la tradition juive. Il ne faut pas non plus aller à Jérusalem ou à la montagne des Samaritains pour adorer le vrai Dieu ; adorer le vrai Dieu en esprit et vérité, c'est la même chose que de se laisser rafraîchir par Dieu, recevoir la vie que Dieu nous donne. Jésus, la source de cette eau et de cette vie, et déjà là où nous sommes.

Cette source n'est pas extérieure à nous-mêmes. "Celui qui boira de l'eau que moi je lui donnerai n'aura plus jamais soif, et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle". Nous avons déjà en nous-mêmes la source de notre vie spirituelle. Il y a beaucoup de religions non-chrétiennes qui le savent aussi, qui disent que chacun doit trouver ses ressources spirituelles en lui-même. La différence est que les chrétiens reconnaissent que cette source de vie, bien qu'elle soit en nous, n'est pas de nous ; cette vie est la vie de Dieu en nous. Et cette source est là où nous sommes, même dans les circonstances les plus arides, dans un désert spirituel. Il est vrai que les circonstances sont très importantes pour nous ; Dieu nous a faits pour être influencés par les choses et les personnes qui nous entourent. Mais si nos circonstances nous influencent, elles ne nous déterminent pas. La manière dont nous vivons dans nos circonstances dépend de la manière dont nous nous nourrissons de la source de vie qui est en nous. Toute la tradition chrétienne en est témoin ; et plus spécialement dans la tradition monastique, il y a toujours eu ceux qui, comme saint Antoine et Charles de Foucauld, vont précisément au désert pour découvrir en eux-mêmes cette source jaillissante de vie éternelle dont Jésus parle. Si nous avons en nous cette source de vie spirituelle, profitons-en. Par la prière, par la méditation, par le silence - par la pratique qui nous convient - puisons au profondeur de nous-mêmes cette eau que Jésus est venu nous donner.

3e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Berten Ignace
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Les quelques lignes de Matthieu introduisent, dans cet évangile, toute l'activité de Jésus : une grande lumière se lève pour le peuple qui était dans les ténèbres. Matthieu dit donc à la communauté à laquelle il s'adresse, il nous dit aujourd'hui, que l'Évangile est une grande lumière. Pour le dire, il fait appel au prophète Isaïe : la première lecture nous en a rappelé le texte. La grande lumière dont Isaïe parle est le retour de l'exil : « Le joug qui pesait sur eux, tu l'as brisé ».

Notre expérience n'est pas de vivre continuellement dans une grande lumière ! Matthieu ne serait-il qu'un illuminé ? Sur quoi donc se fonde son annonce ?

Quand en 1945, les armées allemandes ont capitulé, une grande lumière s'est levée pour la population de nos pays. Quand le mur de Berlin s'est écroulé, une grande lumière s'est levée pour les populations de l'Est en Europe... On peut prendre de multiples exemples de ces tournants historiques, où à un moment la lumière se lève, parce que l'histoire qui était fermée, brusquement se rouvre, parce qu'un peuple qui avait perdu sa liberté voit le moment où il peut de nouveau disposer de lui-même. Tout n'est pas résolu pour autant : de Babylone à la terre de Palestine, il y a une longue marche, et il faudra apprendre à reconstruire le peuple. En 1945, tout est ruine, et les temps seront bien difficiles. Et à l'Est, c'est le dur apprentissage de la liberté... La lumière n'est pas le paradis. Mais il y a la liberté.

Pour Matthieu, la venue de Jésus ou la présence du Christ dans nos communautés, est de cet ordre. Une liberté nouvelle est offerte, une route nouvelle est ouverte. Mais il n'y a pas de grands bouleversements : Jésus se met à prêcher ; il rassemble quelques disciples ; il offre le pardon à quelques pécheurs et guérit quelques malades... Ce n'est pas la révolution. Et un peu plus loin dans son texte, Matthieu nous dit que Jean-Baptiste, toujours en prison, vient faire interroger Jésus : es-tu bien celui que nous attendions ? Jean-Baptiste commence à en douter : rien ne change semble-t-il. Jésus lui répondra : les aveugles voient, les boiteux marchent, la bonne nouvelle est annoncée au pauvres. Quelques aveugles, quelques boiteux, quelques pauvres bénéficient des gestes de Jésus. Cela suffit-il à apporter la lumière dans le cachot obscur de Jean-Baptiste ?

Oui, c'est vraiment une lumière : l'histoire n'est pas fermée, il n'y a pas de fatalité : la liberté est offerte pour faire jaillir la vie. La liberté et la responsabilité. Et au c½ur de cette liberté capable d'agir par la puissance de la foi et de l'amour, Dieu lui-même est à l'½uvre : son Royaume est en train de germer. La lumière est aussi dans le regard : percevoir les signes de ce Royaume pour entrer activement dans cette dynamique nouvelle.

Mais rien n'est simple, rien n'est donné une fois pour toutes. Tout est constamment à faire, à refaire et à reprendre. Il en est ainsi dès le début. Les lettres de Paul et les Actes des Apôtres en témoignent de multiples fois. Ainsi à Corinthe. On a reçu la bonne nouvelle dans l'enthousiasme. Une communauté s'est créée, rassemblant des gens de toutes sortes. Et puis rapidement, ce sont les divisions, les conflits, les querelles de personnes. Comme dans toutes les communautés et dans les Églises. Et Paul en appelle à l'unité et à la réconciliation. Il n'apporte pas de solution, il n'a pas de recette. Il invite simplement à se recentrer sur l'unique fondement de la foi, l'unique raison d'être de la communauté chrétienne : le Christ lui-même. Et il nous laisse cette interpellation urgente : quel chemin trouver entre nous, entre nos Églises, dans nos communautés ou nos familles, pour aller au-delà des déchirements et trouver l'unité dans le respect des différences ?

Et comment, dans notre humanité si souvent déchirée, témoigner de l'unité qui nous est offerte par Dieu ? En accueillant cette lumière qui nous est donnée par le Christ : l'histoire n'est pas fatale, le passé n'enferme pas le présent : nous n'en sommes pas prisonniers. Accueillons donc la liberté qui nous est offerte pour ouvrir ensemble l'espace où peut naître le Royaume de Dieu au milieu de nous.

3e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

 

Mt 4, 12-23

You are the sunshine of my life That's why I'll always be around, You are the apple of my eye, Forever you'll stay in my heart.

Chaque année, en été, il y a des millions d'anglais qui fuient l'Angleterre pour aller en Espagne, en Italie, en Grèce, en Turquie. Ce n'est pas parce qu'ils adorent les espagnols ou les grecs, ou qu'ils détestent le gouvernement britannique ; ils cherchent simplement le soleil. Pour beaucoup, c'est le moment le plus important de l'année, ils travaillent 50 semaines par an pour pouvoir avoir leurs deux semaines au soleil. Telle est l'importance du soleil. Nous sommes des tournesols, nous cherchons le soleil, nous nous tournons vers la lumière, nous la suivons.

Le monde naturel est un symbole du spirituel. Si nous cherchons le soleil, source de lumière, de chaleur, de vie, nous avons aussi une vie spirituelle et nous cherchons une lumière spirituelle. Au temps de ma jeunesse, il y avait une chanson populaire "You are the sunshine of my life". C'était composé et chanté par Stevie Wonder. Il était aveugle, incapable de voir la lumière naturelle, mais il comprenait très bien qu'il avait besoin, comme nous tous, d'une lumière plus spirituelle, une lumière qui éclaire le sens de sa vie et qui l'aide à trouver, dans la vie, son propre chemin. Il croyait l'avoir trouvée dans la personne qu'il aimait et pour laquelle a écrit cette chanson ; c'est l'amour qui lui a ouvert les yeux et qui a permis à l'autre de le remplir de sa lumière. Il y a 2700 ans, le prophète Isaïe a compris, lui aussi, la nécessité de cette lumière spirituelle. Selon sa prophétie, que nous avons entendue dans la première lecture, cette lumière paraîtrait en Galilée.

Si, en Galilée, Pierre et André courent après Jésus, ce n'est pas parce qu'ils trouvent trop ennuyeuse leur vie de pêcheur ; si Jean et Jacques se tournent vers lui, quittent leur père pour le suivre, ce n'est pas parce qu'ils détestent leur père ; c'est parce qu'ils voient, tous les quatre, en lui le soleil spirituel, la lumière de vie. A la lumière de Jésus, ils voient les choses autrement. Il y avait dans leur vie une obscurité, dont ils n'étaient peut-être pas conscients ; maintenant, en voyant Jésus, ils voient plus clair, et ils le savent. En la personne de Jésus et en son enseignement, les quatre croient voir les choses telles qu'elles sont ; Jésus les éclaire, et ils croient arriver à une compréhension du monde et de leur vie dans le monde. Jésus est le 'sunshine' de leur vie.

Voilà ce qu'ils croient. Mais est-ce qu'ils ont raison ? Ne se trompent-ils pas ? Il est très dangereux de suivre un homme, les hommes déçoivent, on peut tout perdre en les suivant. Notre siècle en est témoin. Il y a de vieux films des discours d'Adolf Hitler. Vous le voyez là, crier devant une immense foule. Parfois, vous voyez aussi le visage de ceux, surtout des jeunes, qui l'écoutent. Ils sont ravis, leurs yeux brillent, leur visage est rayonnant. Ils aiment Hitler, ils l'adorent. Il est le sunshine de leur vie. Mais c'était une affaire de dix ans. C'était une fausse lumière ; il les a fourvoyés. Leur amour a abouti très vite à une catastrophe totale, leur lumière s'est révélée obscurité.

Jésus, par contre, n'a pas fourvoyé les quatre premiers disciples. Ils n'ont pas été déçus. Oui, ils ont eu leurs difficultés, le moment de la passion de Jésus était un moment de ténèbres, il a semblé mettre fin à tout leur espoir. Mais, finalement, la résurrection et leur vie de disciple leur a montré que la lumière de Jésus n'était pas fausse, Jésus ne les avait pas trompés, leur amour n'était pas déçu. Jésus restait, comme ce premier jour-là en Galilée, le sunshine de leur vie. C'est pourquoi ils ont fait de leur mieux pour transmettre leur expérience, leur amour, aux autres, pour que les autres voient à leur tour cette lumière. Ils ont réussi, beaucoup d'autres ont pu voir en la personne de Jésus la lumière qu'ils cherchaient. Ce n'était pas une affaire de dix ans. La lumière de Jésus s'est révélée une vraie lumière, durable, éclairante, une lumière qui donne la vie, qui permet à chacun de suivre son propre chemin. Cette lumière est toujours là, Jésus peut être, si nous le voulons, le sunshine de notre vie.

4e dimanche de Carême, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Il y a quelque jours, j'ai fait un rêve, un superbe rêve. Un des ces rêves que vous n'êtes pas prêt d'oublier lorsqu'il vous arrive de le rêver. Oh, ce rêve était tout simple et tellement merveilleux. J'ai rêvé que je devenais qui je suis. Oui, aussi étonnant que cela puisse vous paraître, j'ai rêvé que je devenais qui je suis. Rêve difficile à atteindre car il y a tant d'encombrements et de traverses sur le chemin qui me conduit à mon être.

Devenir qui je suis mais n'est-ce pas le rêve de tout être humain ici sur terre. Toutes et tous nous avons des désirs de cette sorte. Mais il n'est pas aisé de nous les avouer surtout dans notre société où nous avons appris à conjuguer le verbe avoir plutôt que celui d'être. Les messages des médias sont assez clairs et vont en ce sens, si vous voulez être heureux, il faut que vous ayez ceci ou cela et votre bonheur sera comblé. Avoir, avoir toujours avoir jusqu'à ne plus pouvoir se passer de posséder, comme si l'épanouissement de ma vie dépendait à ce point de ce que j'ai. Hélas pour nous mais les bonheurs de l'avoir sont toujours éphémères et nous en voulons toujours plus. Et si au lieu d'avoir nous essayons plutôt d'être. Verbe difficile à conjuguer et à vivre tellement il nous engage sur le chemin de nos vies. Pour pouvoir être, il faut oser arrêter la course folle dans laquelle nous nous sommes inscrites. S'arrêter pour prendre le temps de savoir qui nous souhaitons « être » dans notre for intérieur, là où se vit la rencontre entre le divin et l'humain. Devenir qui je suis, voilà ce que Jésus nous propose au milieu de ce carême. Et ça, cela ne dépend que de moi, avec l'aide des autres et du Tout Autre bien entendu mais la décision initiale m'appartient.

Mais pour oser devenir qui je suis je dois moi aussi me désencombrer, me « désaveugler » de tout ce qui m'empêche d'atteindre un tel objectif. Toutes et tous nous sommes appelés à être filles et fils de lumière. Notre destinée s'épanouit dans la réalisation, le bonheur. Comment y arriver, certains prétendent qu'il y a trop de choses sur terre qui tue le bonheur : la cigarette, l'alcool, la télé, l'ordinateur, les jeux, la voiture, le chocolat. Un peu comme si ces choses étaient mauvaises par essence, en elles-mêmes. Je ne le crois pas. Ce qui nous aveugle et nous empêche de devenir c'est l'utilisation excessive de chacun de ces exemples et la liste n'était évidemment pas exhaustive. L'excès en toute chose nous éblouit au point qu'il nous empêche d'avancer. Il n'y a pas lieu de tout supprimer mais de mieux équilibrer pour que l'excès ne soit jamais la conduite de nos vies. Dans cette quête, dans cette conquête de soi, dans ce désaveuglement, il y a lieu de prendre conscience qu'il n'y a pas que les choses qui nous encombrent mais parfois aussi les personnes. Nous sommes parfois trop conscients de ce que l'autre va penser, de ce qu'il ou elle risque d'être déçu par nos choix et nos comportements et nous nous enfermons dans une spirale du non-être. Que résonne en nous, cette phrase de la première lecture qui nous rappelle que Dieu ne s'occupe pas des apparences mais de ce qui se vit au fond de notre coeur. L'autre m'a été donné pour grandir et devenir et non pas pour reculer et diminuer.

Aveugles, nous le sommes un peu toutes et tous sur le chemin du devenir de notre être. Une lumière nous a un jour été offerte, à nous de la suivre si nous le souhaitons. L'aveugle de l'évangile a vu et ce grâce à un peu de salive et de confiance. Voilà les deux ingrédients nécessaire à notre propre désaveuglement. D'abord, la confiance dans cette relation que nous établissons chaque jour un peu plus avec Celui que nous osons nommer Dieu puis avec cette salive éternelle que sont les empreintes du Christ laissés dans les récits évangéliques. Nous avons reçu la Loi, les Prophètes et Dieu qui s'est fait l'un de nous. Puissions-nous au travers de ce qui nous a été donné ouvrir les yeux de notre coeur pour devenir celles et ceux que nous sommes appelés à être.

Amen.

4e dimanche de l'Avent, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Matthieu ne devait pas être en très grande forme lorsqu'il a commencé à écrire son évangile. En quelques lignes, que de contradictions ! Nous découvrons que Marie avait été accordée en mariage à Joseph. En termes modernes, nous dirions qu'elle est sa fiancée. Au verset suivant, il décide de la répudier, mais pour faire cela, ils devaient être mariés et enfin, un peu plus loin, l'ange lui dit : ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse. Alors fiancée ou épouse ? Pour les esprits contemporains, il y a ici un petit problème dont les conséquences sont importantes pour la compréhension du texte. Tournons-nous vers la culture juive de l'époque. Pour eux, les fiançailles étaient le temps qui commençait au moment où les parents avaient décidé que leurs enfants se marieraient. Vient ensuite le temps du mariage, c'est-à-dire l'année avant le mariage où les jeunes fiancés ratifiaient l'engagement de leurs parents respectifs. Nous sommes sans doute au cours de cette année-là dans le récit de Matthieu. Durant les douze mois précédant la célébration, si le fiancé mourait, la fiancée était appelée « une vierge qui est veuve ». Une séparation équivalait à un divorce. Et le mariage clôturait cette année. Comme nous le voyons, dans la culture juive, il n'y a pas de contradiction dans le texte. Pourtant l'histoire racontée par Matthieu a vraisemblablement dû faire scandale dans le petit village de Nazareth : une fiancée enceinte avant le mariage ! Les commentaires ont dû aller bon train dans les chaumières. Et je crois qu'il y a deux manières de recevoir et de vivre un tel événement aujourd'hui encore. La première est de nous enfermer dans le côté sensationnel et soi-disant scandaleux de l'événement. Nous entrons de la sorte dans le processus de médisance, du ragot qui va alimenter nos conversations. Nous discutons en étant persuadés que nous avons en main tous les éléments pour évaluer la situation, la juger et surtout la condamner. Ce texte nous invite à oser faire un retour sur nous-mêmes : combien de fois dans nos vies n'entrons nous pas dans une telle dynamique, comme si le cancan mondain était quelque chose de vital. Comment se fait-il que médire fait tellement partie de la vie ? Le ragot permet parfois de se sentir mieux que les autres ; il est un moyen de dépasser une certaine jalousie, une occasion de ne pas devoir se remettre en question, un outil pour se rassurer par rapport à ses propres failles, ou encore une façon pour se rencontrer sans se dire et sans être vulnérable. Pourtant, le ragot est quelque chose de lâche et signe de médiocrité humaine. En effet, nous pensons que nous savons. Alors qu'en fait, nous ne savons rien, nous ne connaissons pas tous les tenants et aboutissants de la situation. Dès lors, lorsque nous nous sentons envahir par une telle dynamique, faisons en nous l'exercice d'humilité de reconnaître qu'il nous manque trop d'éléments pour vraiment comprendre. Que l'histoire de Joseph nous rappelle que nous ne comprenons pas tout, qu'il y a souvent de l'exceptionnel qui nous dépasse et qui ne nous regarde pas. Notre bonheur fondé sur le « dire du mal des autres » restera toujours éphémère et se retournera un jour contre soi. Pour nous, Joseph a pris le risque de la condamnation parce que nous susurre-t-il, il y a une autre manière de recevoir l'événement. Une manière qui fait grandir et fait avancer. Sans comprendre, sans avoir la prétention de tout saisir, Joseph dont on sait si peu de choses, nous invite, chacune et chacun dans son for intérieur à faire l'expérience de la confiance. La confiance d'abord en l'autre. Trop d'éléments échappent à notre compréhension pour saisir la grandeur du mystère qu'il vit. Ce que Joseph a vécu est incompréhensible, est de l'ordre de l'indicible mais il a fait confiance, il a bravé la médiocrité humaine pour laisser advenir un mystère, le plus beau mystère de la création : laissez à Dieu le moment d'être avec nous. Par la confiance de Joseph en l'Esprit, Dieu-avec-nous, l'Emmanuel peut se donner et se célébrer. Que Noël que nous fêterons dans quelques jours soit pour nous aussi une occasion de fermer en nous l'espace aux ragots pour vivre à jamais de cette confiance. Les regards que nous nous porterons les uns aux autres se transformeront et deviendront signes de Dieu-avec-nous. Alors notre communauté vivra. C'est pourquoi l'histoire de Joseph, au-delà de son mystère, est école de vie. Amen.

4e dimanche de Pâques, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

En ce dimanche des vocations, me revient à l'esprit l'histoire suivante : un jour, saint Vincent de Paul reçut une lettre d'une responsable de formation, celle-ci dit au saint : « cher père, nous avons actuellement chez nous deux novices, la première est très pieuse, elle passe son temps à prier à la chapelle mais son regard est tellement mélancolique, elle semble si triste. Puis il y a la seconde, une « indomptable » mais dont la joie se lit sur le visage et qui est toujours de bonne humeur ». Que dois-je faire demanda la s½ur ? La réponse du saint fut cinglante : débarrassez-vous de la mélancolique et gardez l'indomptable. Voilà de quoi remettre un peu les pendules à l'heure. Tout comme les textes de ce jour d'ailleurs puisque tous trois nous parlent de « salut ».

Salut ? Etre sauvé ? Mais qu'est-ce à dire ? La réponse se trouve dans l'évangile que nous venons d'entendre. Etre sauvé, c'est tout simplement avoir la vie en abondance. Voilà le sens premier, le sens principal du salut tel que le Christ nous propose de le vivre. Vivre sa vie en abondance, aller jusqu'au bout de soi-même, c'est-à-dire s'accomplir, se réaliser. Nous pourrions même dire s'épanouir. En fait, tout simplement, être heureux. Voilà le sens du salut, cette abondance de vie à laquelle nous sommes toutes et tous appelés. Jésus, Fils de Dieu, s'est incarné d'abord et avant tout pour nous montrer un chemin précis d'humanité, une porte par laquelle passer. Même s'il n'y avait pas eu le péché, Dieu se serait incarné. Il n'a pas eu besoin de nos manquements d'amour pour venir vivre notre vie d'homme. Dieu attend donc bien de nous que nous allions jusqu'au bout de nous-mêmes. En effet, nous sommes par définition des êtres inachevés, vivant dans un monde inachevé. Nous sommes toujours en quête d'un plus-être, d'un mieux vivre. Un peu comme si nous avions en nous cette certitude que nous ne sommes jamais pleinement arrivés. Pour se réaliser, pour être sauvé, il faut prendre le temps de s'arrêter, prendre le temps de vivre. Je crois même pouvoir affirmer qu'il faut attendre pour pleinement s'atteindre. Notre vocation d'hommes et de femmes, en tant qu'être humain, est donc de ne jamais s'arrêter dans notre quête incessante de l'épanouissement. Voilà le sens premier du salut. L'expérience de nos vies, nous montre, nous démontre que ce n'est pas quelque chose de facile. Que de fois, nous trébuchons sur le chemin de nos vies, nous nous égarons dans les méandres tortueux de nos pensées. Nous devons alors, aussi être sauvé de tout ce qui nous empêche de devenir nous-mêmes. Et voilà le second sens du salut. Hélas pour nous, mais au cours des siècles, ce second sens est devenu premier quitte même à en oublier le salut d'accomplissement au profit du salut des péchés.

Jésus est également mort pour nos péchés, nos manques d'amour. Trop de choses encombrent nos routes pour être ce que nous sommes appelés, par vocation humaine, à être. Mais en quoi, est-ce que Jésus est mort pour nos péchés, puisque nos livres d'histoires mais également nos journaux nous rappellent chaque jour des actes de violence, de mépris, d'absence de tendresse et d'amour. En quoi Jésus nous sauve-t-il donc ? Venant du pays de la bande dessinée, permettez-moi d'illustrer ce second sens du salut par, ce que j'oserais appeler, une parabole moderne. Il était une fois, un homme qui mourut. Il arriva au ciel dans une immense salle de cinéma. Très confortable par ailleurs. Il était là. Seul. Terriblement seul avec tous ces fauteuils vide. Et voilà que tout à coup, de par derrière l'écran arrive un ange qui lui souhaite la bienvenue et lui fait savoir qu'il va assister à la projection du film de sa vie, c'est-à-dire que tout ce qu'il a dit, fait, voire même pensé va apparaître à l'écran. Vous imaginez bien qu'au terme de la projection, notre homme est tout à fait effondré dans son fauteuil et est heureux de voir apparaître le mot « fin » à l'écran. Et voilà, que toujours par derrière l'écran, notre ange revient pour lui dire : nous espérons que tu as apprécié la projection. Tu t'es sans doute demandé pourquoi, il y avait autant de fauteuils dans cette salle alors que tu es tout seul. Et bien voilà, nous allons projeter à nouveau le film de ta vie, mais cette fois, tous ceux et celles qui sont acteurs dans ton film vont venir te rejoindre dans la salle. Vous imaginez l'horreur. Et bien, de manière imagée, c'est cela le second sens du salut. Dieu le Fils nous sauve de cette deuxième projection. Par sa mort, elle n'aura jamais lieu.

Et le Christ ce soir vient nous retrouver dans l'intime de notre être par les mots de saint Jean. Oui, j'ai pris sur moi le poids de vos manquements ; oui, je continue à prendre sur moi, comme si je vivais un vendredi saint éternel, tout ce qui vous encombre, tout ce qui vous empêche de devenir ce à quoi vous êtes appelés, c'est-à-dire vous-mêmes. Tout cela est bien vrai mais c'est second, car dans le c½ur de Dieu, dans la venue de son Fils parmi nous, le salut, c'est tout simplement, tout tendrement, recevoir la vie, mais la recevoir en abondance. Que jamais, ô combien jamais, nous ne gaspillions un tel cadeau. Il vient du ciel. Et cette vie en abondance nous ne la recevons qu'une seule fois. Ne passons pas à côté, nous convie Jésus.

Amen.

5e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

« Notre Père qui es aux cieux », phrase que nous connaissons toutes et tous puisqu'elle introduit la prière que nous récitons à chacune de nos eucharisties. « Notre Père qui es aux cieux », si nous croyons qu'il est vraiment aux cieux, cela signifie quelque part qu'il n'est plus sur terre. Dieu, aux cieux, les créatures sur la terre. Telle est bien notre situation. C'est parce qu'il est aux cieux, que Dieu non pas nous complimente mais nous rappelle aujourd'hui encore qui nous sommes si nous croyons en lui sur cette terre. « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde ». Ce ne sont pas des invitations, des projets à notre encontre mais bien des affirmations divines. Un peu comme si Dieu nous disait : vous voyez, moi, je suis ici au ciel, ce n'est que par vous que je peux vivre sur terre. C'est par vous, avec l'aide de l'Esprit évidemment, que le monde me connaîtra, que le monde m'aimera. Et c'est pourquoi tout simplement vous devez être le sel de la terre et la lumière du monde.

Deux affirmations, deux injonctions pour définir ce qu'est la vie chrétienne, une vie de foi. La foi, en tout cas pour Dieu d'après les dires de son propre Fils, n'est pas quelque chose d'incolore, d'inodore et d'insipide. La foi est cette touche qui donne un tout autre goût à la vie, un goût merveilleux puisqu'il est celui du bonheur. Mais est-ce si vrai que cela : la foi nous donne-t-elle vraiment le bonheur. Sommes nous signes et témoins de notre foi, dans nos gestes, nos actes et nos paroles ? Un homme écrivait un jour dans son journal intime, un événement qui lui semblait bien extraordinaire : « aujourd'hui je suis allé à l'Eglise et je n'ai pas été déprimé. C'est vrai, je croirais plus facilement en ce Dieu d'Amour et de Bonté si tous ces gens qui se prétendent croyants n'étaient pas habillés en couleur de tristesse et n'avaient pas des têtes et des comportements de croque-morts ». Ce ne sont évidemment que quelques phrases tirées d'un journal intime qui n'engage que leur auteur. Pourtant, elles me semblent trop souvent encore criantes de vérité, comme si notre foi se résumait au bois de la Croix. Limiter le combat de la vie au combat de la croix est une erreur car la Croix à laquelle nous croyons est une croix fleurie, une croix brillante, une croix de lumière, celle de la résurrection. Nous sommes signes de Dieu, signes de Jésus lorsque nous faisons transparaître cette lumière qui nous habite plutôt que la pénombre de nos inquiétudes et questions. La foi est avant tout confiance. Une confiance en un mystère qui dépasse toute compréhension, une confiance en une vie qui va au-delà de notre vie, et une espérance que le bonheur est déjà à vivre sur cette terre.

Dieu a besoin de nous pour continuer à exister sur cette terre. Il n'attend pas de nous, me semble-t-il, que nous soyons de simples enseignants, transmetteurs d'un savoir d'une génération à l'autre. Dieu attend de nous que par notre bonheur de vivre, par notre épanouissement, notre manière d'être nous donnions aux autres le goût et le désir de croire en ce Dieu qui nous accompagne sur nos chemins même s'il nous semble parfois bien silencieux. Si la foi éclaire nos routes, elle doit également éclairer celles des autres. C'est bien la multitude des lampes que nous sommes qui doit éclairer le monde dans lequel nous vivons. Ni plus, ni moins. Etre lumière du monde, c'est accepter d'être des diffuseurs de joie. Voilà à quoi se résume notre vocation baptismale : être des diffuseurs de joie. Mais pas n'importe quelle joie !

Une joie pure à l'image du sel que nous sommes. En effet, pour les Romains, à l'époque de Jésus, le sel était symbole de pureté puisqu'il provenait selon eux des deux choses les plus pures de l'univers : le soleil et la mer. La joie que nous sommes appelés à diffuser prend sa source dans la pureté de nos intentions, de nos paroles et de nos actes. Elle prend source dans cette pureté de Dieu qui vit au plus profond de nous-mêmes. « Sel de la terre, lumière du monde », non pas ce que nous serons un jour, mais ce que nous avons à être dès maintenant. Amen.

6e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Mt 5, 17-37

« Je ne suis pas venu abolir la loi mais bien l'accomplir », nous dit Jésus ce matin, mais qu'est-ce à dire. N'y-a-t-il pas une contradiction dans les propos de Jésus. En quoi vient-il accomplir la loi, alors que ce qu'il demande semble aller bien au-delà de ce que les juifs devaient vivre pour respecter la loi ancienne. Comme si la loi nouvelle de Jésus était beaucoup plus exigeante que la loi de Moïse. Il y a une différence entre la loi de l'Ancien Testament et la loi nouvelle proposée par Jésus. La loi ancienne se vit par devoir, la loi nouvelle se vit par amour.

En accomplissant la loi, le Christ libère ses disciples de la loi c'est-à-dire qu'il l'inscrit à jamais au fond des coeurs. Le Christ inscrit la loi au fond des coeurs, parce qu'il dit à ses disciples que ce qu'ils faisaient auparavant par respect de la loi, c'est-à-dire par devoir, par soumission, tristement, ils le feront dorénavant par amour, c'est-à-dire librement. Par exemple : le respect de la vie était, dans la loi de Moïse, une contrainte, un impératif, un commandement : « Tu ne tueras point ». Cette loi devient, dans la bouche de Jésus, l'affirmation joyeuse de l'amour de l'autre, le respect de sa liberté, de la justice... « Vis, heureux es-tu ». Un peu comme dans cette formule de saint Augustin : « aime et fais ce que tu veux ». Si tu vis dans l'amour et par l'amour, tu n'as que faire des lois puisque tu aimes. L'amour devient ainsi la valeur par excellence. En effet, lorsqu'une vie est fondée sur des valeurs, elle s'enrichit et grandit. Les valeurs ouvrent le chemin de la tolérance, de la rencontre et du respect de la différence, même lorsque nous ne la comprenons pas. Il y a alors lieu de refusez les principes, ces derniers sont signes de mort et tuent la relation. Immanquablement, ils conduisent à l'intolérance et ils enferment l'être humain dans sa prison intérieure. Tristes principes que nous utilisons bien souvent, mais en fait pour nous protéger de nos propres angoisses. Tandis que ces valeurs qui nous habitent et font notre richesse sont portés par cette vertu qu'est l'amour de l'autre au nom de l'amour du Tout Autre. Et là, c'est la vie qui jaillit en vous et autour de vous.

Ceci revient à dire que nous pourrions appeler « principe » tout ce que nous faisons par devoir et « valeur » tout ce que nous faisons par désir et/ ou par amour. C'est pourquoi les valeurs nous libère des principes. Quelle mère nourrit son enfant par devoir, par principe ? On ne le fait pas par devoir mais par amour. L'amour y suffit et vaut mieux. D'ailleurs, tant qu'il y a de l'amour, tant qu'il y a du désir, nous n'avons pas besoin de devoir. L'amour libère des principes, l'amour libère de la loi. En nous disant qu'il est venu accomplir et non abolir, Jésus tente de nous montrer que la loi et l'amour ne s'opposent pas, mais sont deux moments dans un même processus : on commence par se soumettre à la loi puis on comprend qu'il est encore mieux de faire par amour ce qu'on nous a appris à faire par devoir. La loi et l'amour sont donc deux choses différentes mais pas opposées au sens où on devrait choisir entre les deux. La vérité, c'est que nous avons besoin des deux : quand l'amour est là, on n'a plus besoin de loi : nous n'avons besoin de loi que faute d'amour. C'est bien pourquoi nous avons hélas aujourd'hui encore terriblement besoin de lois parce que le plus souvent l'amour n'est pas là, le plus souvent l'amour brille par son absence. Un peu comme si Jésus nous disait ce matin, dans toutes les situations où nous ne sommes pas capables de vivre à la hauteur de l'amour, c'est-à-dire à suivre le Nouveau Testament, il nous reste à respecter au moins l'Ancien Testament, c'est-à-dire à nous soumettre à la loi. L'abolition de la loi conduit immanquablement à l'anarchie, au drame. Par contre, l'accomplissement de la loi conduit à l'amour inscrit dans le coeur de chacune et chacun. Principes ou valeurs ? Loi ou amour ? A nous de choisir ce qui conduit à la vie, mais à une vie en abondance.

Baptême du Seigneur, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Noël
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Et si cette histoire nous arrivait aujourd'hui. Imaginez-vous un instant au bord d'une rivière. Et voilà qu'au moment où un homme sort de l'eau, des cieux vous entendiez une voix proclamant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis toute ma confiance. Diverses réactions sont possibles : la peur d'abord, ensuite certains chercheraient à trouver la supercherie, le truc, les haut-parleurs, (un de ceux qui a préparé cette célébration entrerait dans l'eau pour que cela lui arrive aussi (il avait oublié que Jésus était Fils unique)), ou encore la fuite face à un tel mystère. Après l'étonnement, certains d'entre nous accepteront peut-être une telle déclaration en provenance des cieux. Honnêtement, je dois reconnaître que je ne ferais sans doute pas partie de leur groupe ; mon scepticisme étant bien accroché. Peur, suspicion, doute, sentiments qui nous traverseraient face à un tel événement aujourd'hui alors que, lorsque nous lisons le texte de l'évangile que nous venons d'entendre, nous le recevons sans trop de difficulté. Cela s'est passé de la sorte et puis voilà. C'est merveilleux, c'est également énigmatique mais c'est tout à fait possible puisque Dieu est Dieu. Hésitation si aujourd'hui ; conviction parce que cela s'est produit hier. Pourquoi une telle différence ? Sans doute, pouvons-nous affirmer : la foi se reçoit par révélation, elle se vit et se confirme par la contagion. Permettez-moi de reprendre cette dernière phrase. La foi se reçoit par révélation, elle se vit et se confirme par la contagion. D'abord, la foi se reçoit par révélation. Comme Jésus, nous aussi, lors de notre baptême, et ce quelle soit notre confession chrétienne, nous avons reçu l'Esprit de Dieu. Cet Esprit, dans sa discrétion et son silence, depuis cet instant, croyons-nous, nous façonne et nous construit. C'est cet Esprit qui nous fait croire que tout cela s'est réellement passé comme l'évangéliste nous le rapporte. Par Lui, nous lisons le baptême de Jésus avec les yeux des croyants. C'est une croyance, une espérance et non une certitude. La foi ne peut pas se prouver. Par le baptême nous entrons dans une dynamique de vie, dans une dynamique divine. L'Esprit de Dieu, reçu au baptême, nous pousse et nous conduit à aller à la rencontre du Fils Jésus. Et ce dernier, nous ramène toujours au Père. Il ne se complaît pas dans sa divinité, il invite à ce retour incessant vers le Père. Jésus, Fils de Dieu, né dans une crèche, reconnu comme tel par des bergers et des mages et puis oublié des siens pendant une trentaine d'années. Il est maintenant à même de commencer sa mission , celle qui nous ouvre une voie de salut, un chemin de bonheur. Mais pour mener à bien une telle tâche, il fallait qu'il se donne et se découvre comme Fils de Dieu. Jésus n'avait pas besoin du baptême de Jean comme tel. Son baptême était important parce qu'il était lieu de révélation, d'une autre forme d'épiphanie. Et pourtant, souvent, notre foi ne peut se contenter de la révélation. Pour se vivre, se confirmer et grandir, elle a besoin de contagion. Notre foi n'est pas seulement lieu d'une relation privilégiée et personnelle entre soi et le divin. Elle se nourrit également de la rencontre avec celles et ceux qui nous entourent. Notre foi doit être contagieuse au point d'en devenir l'une des plus grandes et merveilleuses épidémies de l'humanité. Dieu attend de nous des êtres en chemin et heureux de vivre parce qu'ils trouvent au plus profond d'eux-mêmes les échos de leur raison d'être. Notre foi ne peut s'emprisonner, elle nous a été donnée comme un flambeau à passer, à partager. C'est la manière dont nous la vivons, c'est le bonheur que nous en retirons qui nous rend crédible et qui nous permet de devenir contagieux les uns pour les autres. C'est tout simplement cela inviter l'autre à entrer dans l'eau. Dans la foi, la contagion n'est pas un mal, mais une nécessité. Ne craignons pas de contaminer celles et ceux que nous croisons sur nos chemins. Si la foi nous fait vivre et nous rend heureux, notre contagion sera douce et agréable. Révélation et contagion, deux dynamiques de notre baptême. L'une nous est donnée, l'autre, nous en sommes responsables. Par la contagion, la foi n'est pas un symptôme mais un syndrome de bonheur. Ne l'oublions jamais. Amen.

Dimanche de Pâques

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : A, B, C
Année: 1998-1999

Jn 20, 1-9

Jésus Fils de Dieu, mais quel Fils exemplaire ? Sans que son Père céleste ne le lui demande, il range sa « chambre tombale » : la pierre est roulée, les bandelettes et le linceul sont pliés et mis à leur place. Voilà le Fils rêvé que tant de parents auraient aimé avoir, je crois. Tout est en ordre, tout semble clair et pourtant un seul verra et croira. Je nous propose de nous arrêter un instant sur le rôle de Jean. De nous arrêter et de nous reposer.

En effet, l'évangile de ce soir est un évangile fatigant, épuisant, surtout en cette fin de week-end. Ils n'arrêtent pas de courir : d'abord Marie-Madeleine, ensuite Pierre et Jean. Je suis déjà essoufflé à leur place rien qu'en lisant cet épisode. Jean, plus jeune, arrive le premier, c'est vrai mais il n'entre pas. Pierre le suit, entre directement dans le tombeau et ne comprend pas. Comment aurait-il pu d'ailleurs.

Pour comprendre la résurrection, pour saisir un tel mystère, tout comme Jean, il faut s'arrêter. Il faut prendre le temps. Un peu comme si cette histoire d'il y a bientôt deux mille était encore et toujours notre histoire aujourd'hui. Nous aussi nous n'arrêtons pas de courir, nous sommes pris tout le temps au risque de nous faire dépasser tant par les événements que par nous-mêmes. Tout va tellement vite, que je n'ai même pas vu le Carême passé, nous confiais l'un de ceux qui a préparé cette célébration. C'est dingue, alors que le Carême était cette occasion qui nous avait été donnée pour revenir à l'essentiel, pour reprendre un peu de temps pour vivre du bonheur, voilà que, pour certains d'entre nous, nous sommes passés à côté. Heureusement, il n'y a pas lieu d'attendre un an, cette quête, cette conquête de l'essentiel, nous pouvons la vivre à chaque instant de notre vie. Mais pour se faire, il faut être capable de s'arrêter. Or de cela, nous en avons parfois peur. Pourquoi ? Peur de croire que nous ne pourrons pas tout faire. Peur peut-être de découvrir le non sens d'un ensemble de choses que nous faisons, comme si je prenais le risque de prendre conscience que je ne fais pas grand chose de ma vie, que je la gaspille. Peur aussi d'être face à nous-mêmes et de se poser les vraies questions. Etre capable de s'arrêter, c'est donc sans doute oser être confronté avec soi-même pour pouvoir contempler ce que nous sommes et ce qui nous fait vivre. Mais comme le fait remarquer l'évangile de ce soir, cela n'est pas suffisant. C'est tout simplement la première partie de la démarche. Pour comprendre, pour tenter de saisir une partie du mystère de la résurrection, de la vie, il faut d'abord s'arrêter, faire le vide.

Vient ensuite une seconde étape, sans doute la plus essentielle, celle du désir de comprendre. Ma démarche n'est pas seulement intellectuelle, elle prend sa source dans le désir. Il faut d'abord désirer comprendre avant de comprendre. Si je veux être à même de réaliser un exercice de maths, de physique ou pire encore de chimie, il faut que naisse en moi d'abord le désir de le faire. Tant que le désir n'y est pas, je n'y arriverai pas et je ne comprendrai pas. Tant pour les maths, le physique ou la chimie, il n'y a pour le moment aucun danger pour que ce désir soit en moi, soyez rassurés. A partir de cet exemple, je crois pouvoir affirmer que pour désirer comprendre, il faut d'abord désirer. Ce qui nous fait continuer, ce qui nous fait avancer, ce qui permet à Jean de comprendre le mystère du tombeau vide, c'est le désir, c'est-à-dire l'amour. Après s'être arrêté, après avoir laissé Pierre entrer le premier, Jean trouve en lui la source du sens, le fondement de l'essentiel. C'est au coeur de son propre coeur qu'il trouve l'amour nécessaire pour entrer dans cette dynamique du chemin de foi qui lui permet soudainement de comprendre ce qui le dépasse totalement. Ce que Jean nous fait découvrir ce soir c'est que même notre raison doit être guidée par les sentiments de l'amour pour que nous puissions saisir ce qui donne sens à notre vie. Sans amour, nous ne sommes que des cymbales retentissantes, chante saint Paul dans son hymne. Il nous faut une dose d'amour pour comprendre la résurrection, il nous faut toujours autant cette dose pour continuer à vivre du Ressuscité. Cet amour se vit en nous, ainsi qu'au coeur des relations que nous avons les uns avec les autres, ainsi qu'avec le Tout-Autre. Prenons alors le temps de nous arrêter, de nous arrêter pour aimer.

Amen.

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