29e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Elle avait tout pour être heureuse et d'ailleurs elle l'était. Il y a quelques mois, elle s'en est allée sur la pointe des pieds, trop tôt c'est vrai. Mais elle était tellement sereine, en paix, avec elle-même et avec Dieu malgré le fait qu'elle aurait aimé voir la vie, sa vie continuer. C'est un soir d'automne que la nouvelle est tombée, froide, brutale, comme un coup de poignard au coeur de son être et un filet de sang qui s'écoule peu à peu jusqu'à l'épuiser. Est venu le temps de la révolte, du cri de sa souffrance, du pourquoi « moi ». Sa prière fut d'abord une plainte douce, vite transformée, il est vrai en colère. Et puis, lentement, est venu le temps de la supplication, la demande insistante pour que tout puisse changer, revenir comme avant. Elle y croyait. Elle espérait. Elle refusait de perdre courage et continuait à désirer, au plus profond de son être, peut-être à ce que nous appelons un miracle. Mais ses forces continuaient de la quitter peu à peu. Elle demanda, elle supplia, elle implora, elle persévéra. Rien n'y fit et face à cette demande, un silence, un profond silence, comme l'écho d'une absence. Dieu semblait si loin, Dieu semblait si sourd. L'histoire que je vous raconte ce soir (matin), je ne l'ai pas inventée et je crois que de nombreuses personnes dans cette assemblée pourront y mettre un visage, un prénom, différent de celui-ci de mon histoire. Et cela importe peu d'ailleurs puisque mon histoire se conjugue au pluriel. Elle cria jour et nuit, comme la veuve de l'évangile. Rien n'y changea. Puis un soir, elle s'arrête presque par hasard. Elle n'a jamais su pourquoi. Elle reprit lentement conscience de la respiration de ce qu'elle était ; et qui était de lâcher prise, de s'abandonner mais pour mieux se recevoir. J'ai vécu, me dit elle, l'expérience merveilleuse de la prière, c'est-à-dire ce mouvement qui descend de la tête vers le coeur et qui découvre quelque chose de mon être. Mais aussi ce mouvement des entrailles jusqu'au coeur. L'expérience de l'émotion, d'un frémissement sensible qui s'apaise et se purifie pour devenir tout amour. A partir de ce jour, sa vie fut tendresse, oui, vraiment tendresse. Elle avait décidé d'ouvrir les yeux pour se nourrir des mille et une petites merveilles de la vie, de se laisser surprendre par la beauté des gestes simples. Elle n'attendait plus rien mais elle reçut tout jusqu'à ne plus rien regretter. Elle se rendit compte que sa prière ne fut pas vaine ; oui, elle avait été entendue. Oh Dieu, ce Dieu qu'elle rencontrait dans ses moments intimes n'avait pas changé le cours ni de son histoire, ni de sa maladie. Par contre, il se révéla à elle de manière inattendue, là où elle ne l'attendait jamais, en des êtres qui l'entouraient, dans tout ces gestes d'amitié échangés. Dieu l'accompagnait, la soutenait, lui tenait tendrement le bras, disait-elle. Dieu se révéla à elle, comme jamais il ne l'avait fait auparavant. J'étais aveugle et aujourd'hui, enfin, je vois. Regardez, confia-t-elle en désignant ce qu'elle appelait le « mystère de l'océan ». Nos yeux ne voient que la surface de l'eau. Mais dessous se cachent de vastes profondeurs et des merveilles à peine imaginables. C'est la même chose quand nous ouvrons les yeux sur la vie. Dans notre vulnérabilité nous osons aller sous la surface pour apercevoir le coeur de l'être rencontré. Nous n'avons plus rien à perdre, seulement tout à gagner. L'impression d'absence divine s'est peu à peu transformée en un bruit joyeux de sa présence révélée dans cette multitude d'attitudes offertes en vérité, dans ces regards, sourires. A partir de ce moment-là, il n'y avait plus besoin de se cacher. Vous êtes beau, me dit-elle en fermant les yeux. Maintenant, je ne vois plus que cette beauté intérieure. Et je ne regrette rien, car ces derniers mois, toutes les rencontres que j'ai vécues l'ont été en vérité. Dieu était avec moi.

Merci à toi, femme de mon histoire, toi qui a vraiment existé, toi qui fut si belle dans ta mort, de nous rappeler par delà la vie éternelle que Dieu se révèle à nous dans tous ces petits événements qui nous font porter la vie. Grâce à toi, nous découvrirons peut-être et plus souvent que nous ne le pensons, combien sont vraies les paroles de l'Apocalypse(3:20) : « Je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi ». Puissions-nous entendre au creux de notre silence, Celui qui frappe à notre porte et s'invite en nous. Amen.

29e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

« Il faut toujours prier sans se décourager » nous dit Jésus.

C'est facile à dire. Comme si l'on obtenait toujours ce qu'on demande !

Et j'entends les prières des malades qui ne guérissent pas, de tous ces infirmes qui vont à Lourdes ou à Banneux dans l'espoir d'une guérison et qui reviennent aussi handicapés qu'avant ! J'entends les demandes de ces jeunes ou moins jeunes qui subitement sont atteints par un cancer ou arrivent en face terminale ! J'entends la plainte de tous les malades du Sida !

J'entends le cri de révolte des parents devant leur enfant mourant tout jeune, à la suite d'une leucémie ! J'entends l'appel au secours de toutes celles et de tous ceux qui ne trouvent plus de sens à leur vie et sont tenté de se supprimer !

J'entends aussi la détresse de tous ceux que les guerres ou les restructurations d'entreprises et les délocalisations, laissent pour compte au bord des routes, de tous ceux qui n'ont plus de place dans la société, pas d'emploi, pas de toit et sont sans abri !. J'entends la plainte de ceux qui luttent pour plus de justice, pour la liberté et dont le combat est toujours à recommencer !

Comment ne pas laisser tomber les bras quand Dieu ne répond pas ? quand il semble rester sourd à nos cris et à nos supplications ? Quand Dieu se tait ! C'est déjà une vieille histoire que celle du silence de Dieu ! Déjà, tout au long de l'Ancien Testament, les croyants s'étonnent de son mutisme. Les prières et les psaumes sont l'écho de cet étonnement : « Jusques à quand, Seigneur, nous oublieras-tu ? jusqu'à la fin ? N'entends-tu pas le cri de ceux qui te supplient ? Resteras-tu sourd à notre appel ? » Ps 12. Ou encore « Est-ce que Dieu oublie d'avoir pitié, ou de colère ferme-t-il ses entrailles » Ps.76.

Pour justifier le silence apparent de Dieu et rendre compte, malgré tout, de sa foi et de sa confiance, la tradition biblique a forgé le thème du « Jour du Seigneur » Le croyant doit rester patient et garder courage car Dieu va intervenir, sans tarder, pour établir son règne. Il va même régner sur les nations païennes et le monde entier, d'où le « jour du Seigneur » sera aussi le « jour du jugement »

Au temps de Jésus, cette question du silence de Dieu était aussi bien présente dans la pensée des juifs pieux. Beaucoup attendaient une intervention divine, qui ne semblait pas venir, beaucoup espéraient la venue d'un « messie » qui chasserait les romains et établirait un règne de Dieu ! Comme souvent, Jésus répond à cette question en racontant une histoire, une parabole, celle des démêlés d'une veuve avec un juge, peu pressé à rendre la justice.

Malgré la mauvaise volonté du juge, une faible femme obtient justice par son opiniâtreté. Dans la pensée juive, la veuve est le symbole de la faiblesse. Par sa ténacité, elle a gain de cause auprès d'un juge véreux. A plus forte raison ceux qui sont aimé de Dieu, lui qui est Juste, se feront-ils écouter dans leur prière.

Un temps de crise est donc évoqué ici. Les élus crient vers Dieu, sans comprendre le retard pris par Dieu à rendre justice. C'est donc de la part de Jésus un enseignement non seulement sur la prière mais aussi sur l'avènement du règne de Dieu.

Comme la veuve, il faut sans cesse revenir à la charge. Et puisque Dieu est bon, qu'il exauce sans tarder ses élus, le croyant ne doit pas se lasser de demander. Même s'il y a retard dans l'exaucement de la prière.

« Il faut donc toujours prier. » C'est Jésus qui parle comme si cela allait de soi ! Mais je l'ai vu partir au jardin de Gethsémani. A l'approche de la mort, il se mit à demander : « Père, fais donc que ce supplice s'éloigne de moi » Il n'eut pas de réponse et partit vers la croix Et quand il fut pendu au bois du supplice sa prière se fit plainte : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » Il n'eut pas de réponse. Il mourut. Ainsi donc lui aussi s'est heurté au silence de Dieu. Plus tard, Luc a repris cet enseignement du Maître comme paroles d'encouragement à sa communauté chrétienne, ne comprenant pas que l'attente du retour du Seigneur soit si longue. Si, au bout d'un certain temps la veuve a réussi à se faire entendre par le juge malhonnête, à plus forte raison les croyants persécutés se feront-ils entendre, sans tarder, par le Père qui les aime. Il voulait par là ranimer l'espérance des chrétiens, malgré le silence apparent de Dieu. Le fidèle doit inclure dans sa prière l'acceptation du délai que Dieu s'octroie. Même s'il se heurte au silence divin, le disciple attend le Seigneur dans la foi. Alors, aujourd'hui je me suis souvenu de Moïse qui priait, au haut de la colline, les mains levées au ciel, pour avoir la victoire. Quand il levait les mains son peuple était le plus fort et quand il les baissait, ses ennemis l'emportaient. Mais, avec la fatigue, ses mains s'alourdissaient. Alors ses compagnons lui soutinrent les bras jusqu'à la fin du jour.

Et je me suis dit que, dans la prière, on ne peut parvenir à persévérer seul. Mais qu'ensemble, qu'en communauté, qu'en Eglise on peut se soutenir mutuellement les bras, pour les élever vers le Père jusqu'à ce qu'il nous aide.

Fête de la Pentecôte

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : A, B, C
Année: 1997-1998

Dieu a créé le monde en se retirant, écrivait Holderling, poète allemand du siècle passé. Jésus est venu en notre monde pour partager notre condition humaine et nous montrer un chemin de divinité, puis, lui aussi, comme son Père, s'est retiré. Père et Fils, main dans la main, ont commencé quelque chose et puis, ils nous laissent à nos solitudes les plus profondes. Nous pourrions être désemparés, attristés de cette forme d'abandon divin. Cela ne serait encore rien, mais en plus, ils ont le culot de nous prétendre que c'est comme cela que cela devait se passer, que c'était programmé pour que quelque chose d'autre puisse advenir : l'Esprit.

Déjà tenter de comprendre le Père et le Fils pour pouvoir entrer en relation avec eux, n'est pas si facile mais nous mettre en présence de cette troisième personne de la divinité complique encore un peu plus notre affaire. Sans pour autant le réduire à ces dimensions, l'Esprit auquel nous croyons, cet Esprit de la Pentecôte que nous célébrons, est force divine et souffle de Dieu. Il vit en nous. Il a sa source en Dieu et vient se reposer au plus profond de nous-mêmes là où les mots n'ont plus de sens puisque nous naviguons dans les eaux du ressenti de la foi. Il est là et comme toute force, il nous donne des ailes pour accomplir ce qui nous semble humainement tellement lourd. Il est cette source à laquelle nous allons puiser et qui nous fait faire ou dire des choses qui nous dépassent, comme si nous ne nous appartenions plus vraiment. Il nous invite à aller toujours au-delà de nous-mêmes. Il surgit en nous et nous étonnera toujours.

Cet Esprit reçu par les Apôtres et qui construit l'Eglise que nous formons est également souffle. D'abord souffle fragile, comme une brise légère. Dieu, le Père n'est plus au coeur de notre monde, mais son Esprit en est rempli. L'Esprit ne s'est jamais arrêté de souffler doucement, tendrement dans les petits signes, ô combien merveilleux de la vie, qui font toute la richesse d'une relation. Il devient de la sorte un lien possible entre nous autres êtres humains. Toutefois, je ne crois pas que l'Esprit, comme tel, puisse changer le cours des événements de manière radicale, comme par exemple permettre la guérison. Par contre, je reste convaincu qu'il se révèle au coeur de cette souffrance dans tous les gestes d'amitié, de solidarité qui se mettent en place autour de la personne en désarroi physique ou d'âme. Il donne la force, parfois surhumaine, de se battre pour vaincre cette maladie, ce manque de chance qui vous colle à la peau. C'est également ce même souffle léger qui susurre au creux de nos coeurs d'entrer en relation avec le Père ou le Fils. Il est en nous pour vivre de cette intimité divine dans les silences de ce que nous sommes. Par là, il donne vie à Dieu en nous. Ce sera alors notre décision personnelle d'y répondre de manière positive ou négative.

Hélas, les êtres que nous sommes, sommes souvent aveuglés ou sourds devant les signes visibles de l'Esprit. Nous sommes enfermés en nous-mêmes et nous ne permettons plus cette intrusion divine dans nos vies. Les barricades intérieures se mettent en place, plus solides les unes que les autres et il n'y a plus de possibilité d'évolution. Nous stagnons, voire même nous régressons. Or nous sommes des êtres créés en devenir. Pour nous permettre de continuer d'avancer sur notre propre chemin, l'Esprit se doit alors de souffler fort, beaucoup plus fort et nous sommes alors bousculés dans nos habitudes, rites, croyances et manière de vivre. Ce qui était établi pour nous se met à chanceler, vaciller et parfois ira jusqu'à s'écrouler. Ces changements radicaux nous mettent mal à l'aise, nous font peur et également mal. La seule manière de s'en sortir, c'est de continuer à faire confiance en l'Esprit puisque celui-ci donne vie.

Comment me direz-vous savoir si c'est vraiment l'Esprit qui a soufflé, lorsqu'il n'est plus brise légère mais bourrasque violente. Je crois qu'il n'y a qu'une seule réponse : laisser le temps au temps pour pouvoir être à même de décrypter les signes de l'Esprit et voir si la vie renaît au coeur de nos ruines. Pour ce faire, il faut être capable de s'arrêter. Or dans notre monde, nous courons, nous sommes pressés. La vie devient comme un paysage aperçu au travers d'une vitre d'un TGV, on a à peine le temps de l'apercevoir qu'on est déjà 10 kilomètres plus loin. En ce jour de Pentecôte, que l'Esprit vienne en chacune et chacun de nous pour reprendre le temps de le découvrir dans tous ces gestes qui donne vie. Amen.

1er dimanche de l'Avent, année C

Auteur: Berten Ignace
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

La figure de Jean-Baptiste est centrale dans la liturgie de l'avent : par là, l'Église fait retentir son appel dans le présent : « Préparez le chemin du Seigneur ». Selon Luc, Jean prêche en prenant appui sur le prophète Isaïe et en l'actualisant : « Comme il est écrit dans le prophète Isaïe », dit-il. De même, un peu plus tard, quand Jésus commence à prêcher, il va à la synagogue de Nazareth et ouvre le lire d'Isaïe pour en faire le commentaire : « L'Esprit du Seigneur est sur moi pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres ». Comme croyants, nous sommes habités par une longue mémoire, des paroles et des textes reçus de la tradition, que nous relisons dans le présent, en les transposant dans notre propre temps. Nous leur permettons ainsi d'être des paroles vivantes qui viennent éclairer notre propre chemin.

Dans des temps difficiles, marqués par la déportation et l'exil, par la guerre ou par la domination et l'occupation étrangères, des prophètes, - Isaïe, repris plus tard par Baruch, puis par Jean, - prennent la parole nourrir une espérance, quand tout semble conduire au découragement voire au désespoir, quand tout semble dire qu'il n'y a plus rien à espérer. Chacun, en son temps et à sa manière, ouvre le présent sur un avenir offert par Dieu.

Isaïe comme Baruch invitent à garder confiance, car disent-ils, l'avenir reste ouvert : cet avenir appartient à Dieu, et Dieu est fidèle à ses promesses ; il va intervenir. Cependant, en reprenant les textes prophétiques et en les actualisant, Jean effectue un déplacement important dans la dynamique de l'espérance : « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route... et tout homme verra le salut de Dieu ». L'espérance trouve sa source et sa force dans une confiance faite à la promesse de Dieu, mais elle prend corps dans une pratique qui contribue, de quelque façon, à la venue de Dieu.

Préparer le chemin du Seigneur est une responsabilité à la fois éthique et spirituelle. Les images utilisées par Jean évoquent des obstacles à la venue de Dieu : ravins et montagnes, passages tortueux et routes déformées... Ces obstacles, Jean en précise la nature. En effet, quand les auditeurs de cette prédication lui demandent : que nous faut-il faire ? celui-ci les renvoie vers leurs responsabilités immédiates : que celui qui a deux vêtements en donne un aux pauvres, que le collecteur d'impôt ne s'emplisse pas les poches, que le soldat n'use pas de violence... Telle est la suite du texte que la liturgie nous proposera en lecture dans une semaine. Les trois exemples proposés par le texte vont dans le même sens : ils désignent chacun un rapport inégal du fort au faible, et ils mettent en cause une pratique habituelle, socialement admise par la partie privilégiée, pour laquelle il est normal qu'on profite de sa situation. Mais tel est précisément l'obstacle qui demande à être levé. Jean met en cause cette évidence et cette légitimité ; il requiert une pratique différente, une conversion, car cette mentalité commune au point de sembler aller de soi est précisément l'obstacle à la venue de Dieu, qu'il s'agit de lever afin de préparer le chemin du Seigneur. C'est en cela, en effet, que consiste l'acte de rendre droits les sentiers et de combler les ravins... et alors, tous verront le salut de Dieu.

Comment cette prédication de Jean-Baptiste peut-elle retentir aujourd'hui aux oreilles d'universitaires chrétiens ?

Le monde dans lequel nous vivons est bien loin de ressembler à ce qu'avaient espéré et annoncé les prophètes : « Voici venir des jours où j'accomplirai la promesse de bonheur que j'ai adressée à la maison d'Israël », proclamait le prophète Jérémie en ouverture du temps de l'avent. Notre histoire est faite de trop de contradictions et de violences que pour qu'elle puisse être le lieu de la présence visible du salut de Dieu. Et c'est bien pourquoi, l'avent nous rappelle, chaque année, que nous sommes en attente et en espérance. Il nous est dit cependant : « Préparez le chemin du Seigneur ».

Notre monde est façonné par d'innombrables pratiques tortueuses, de discours déformants, de violences faites aux plus faibles. Nous participons souvent à cet ordre de choses de façon plus ou moins aveugle ou délibérée : l'idolâtrie du marché annoncé comme sauveur universel, la brutalité des pratiques économiques, les manipulations et multiples formes de corruption et de détournements, les jeux de pouvoir et les comportements institutionnels tordus... La confiance dans les institutions s'en trouve profondément ébranlée ; toutes les institutions sont aujourd'hui plus ou moins profondément discréditées, quelles qu'elles soient : économiques, judiciaires, politiques, mais aussi ecclésiales. Les plus faibles en sont d'abord et partout les victimes. Et pour beaucoup, l'avenir est porteur de bien plus de menaces que de promesses. Dieu ne peut survivre dans une monde de mensonge. Préparer le chemin du Seigneur, n'est-ce pas dès lors et d'abord faire ½uvre de responsabilité et de vérité ? Le messie attendu et annoncé par Jérémie devait faire prévaloir le droit et la justice de sorte que tous puissent habiter en sécurité dans le pays. Jean Baptiste disait en son temps qu'il était de la responsabilité de chacun de faire cela, et que c'était la condition de la venue du messie... Difficile exigence pour aujourd'hui, dans nos pratiques personnelles, privées ou professionnelles et dans nos pratiques collectives. La protestation dont a été porteuse la marche blanche et l'espoir mis dans les commissions parlementaires expriment l'immense aspiration à une société plus juste et plus vraie, libérée du mensonge et de l'hypocrisie. La recherche de vérité et de transparence est une urgente exigence de société. Exigence de cohérence et d'authenticité dans les comportements personnels et professionnels, exigence de clarté dans les pratiques institutionnelles, exigence d'honnêteté dans les affaires, exigence d'intégrité en politique, exigence de vérité et de participation dans les fonctionnements ecclésiaux. Pour nous chrétiens, cette droiture dans tous les domaines de l'existence personnelle et sociale est en quelque sorte aussi une condition de crédibilité de toute parole que nous pourrions dire sur Dieu : par là, nous ouvrons ou nous fermons des chemins par lesquels Dieu pourrait passer.

Mais l'attitude chrétienne d'attente et d'espérance peut-elle s'exprimer complètement à partir de la figure de Jean-Baptiste ? Pour nous, Dieu n'est-il pas déjà venu à nous en Jésus ? Selon Luc, je l'ai déjà relevé, Jésus commence aussi sa prédication en citant et commentant Isaïe : « L'Esprit du Seigneur est sur moi pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres ». Jésus n'invite plus à préparer le chemin du Seigneur. Il dit : « Le royaume est au milieu de vous ». Et il en fait les signes. Son attitude d'accueil et de vérité est telle que le pauvre ou le pécheur qui se sent reconnu et pardonné, le malade qui retrouve la santé, le marginal qui est remis au centre, le riche enfermé dans son égoïsme qui se découvre la capacité de partager, tous ceux-là qui retrouvent leur véritable humanité, voient le salut de Dieu dans cet événement même : Dieu vient à eux, au c½ur même de leur existence transfigurée. Et les gens s'étonnent et se réjouissent de ce que « Dieu ait donné une telle autorité aux hommes » dit Matthieu.

S'il reste donc vrai qu'il faut constamment préparer le chemin du Seigneur en écartant les obstacles à sa venue, passages tortueux et routes déformées, tout l'Évangile dit en même temps : le Seigneur est présent parmi nous ; il se donne à voir, à entendre, à toucher là où la puissance de l'amour suscite la vie, dans cet entre deux de la relation interpersonnelle ou communautaire de la rencontre et de l'échange en vérité, qui se libère des multiples processus de marginalisation et de mépris, d'ignorance de l'autre. Dieu peut se donner à voir et à entendre au c½ur des pratiques sociales qui révèlent le vrai visage de l'humanité.

La conversion à laquelle Jean-Baptiste appelle n'est donc pas un préalable à la venue de Dieu : cette conversion, lorsqu'elle va jusqu'au bout d'elle-même, est l'acte qui permet à Dieu de s'offrir dans le présent. Ainsi le Royaume se donne comme une pousse fragile, dont la maturité se fait par lente germination et croissance. Par les difficiles et exigeantes conversions sur le chemin de la vérité et de la responsabilité, et par les moments lumineux où l'existence se transfigure par la force de rencontre et de réconciliation de l'amour, se maintiennent vive l'attente et l'espérance de ce jour où tout homme verra le salut de Dieu, cet horizon universel de notre espérance anticipé et annoncé dans la résurrection de Jésus.

3e dimanche de Carême, année C

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Ce passage du livre de l'Exode est un des plus mystérieux et un des plus essentiels de toute l'écriture sainte. Moïse garde le troupeau de son beau-père, chez qui il habite. Rien de plus quotidien pour un berger que d'être avec ses brebis. Mais au milieu de cette vie quotidienne, Moïse voit quelque chose d'extraordinaire, un buisson qui brûle sans se consumer. Et bientôt, il se trouve en conversation avec Dieu. Il n'y rien de plus impossible.

Dans le contexte du Carême, l'importance de ce passage est que Dieu y annonce qu'il va libérer son peuple ; c'est une libération qui préfigure la libération qu'effectue Jésus par sa passion, sa mort et sa résurrection. Mais il y a dans ce texte un mystère encore plus profond et essentiel que cela, et c'est le mystère de Dieu lui-même. Cette conversation avec Moïse est le moment où Dieu se présente, où il se révèle, où il dévoile son nom. C'est une procédure tout à fait compréhensible. Ici, Moïse et Dieu se rencontrent pour la première fois, et il est normal que Dieu, qui connaît déjà le nom de Moïse, lui donne le sien. Désormais, Moïse va connaître Dieu, il faut donc qu'il connaisse son nom. La connaissance du nom d'une personne est normalement un élément intégral de la connaissance de la personne elle-même. C'est en employant le nom de quelqu'un qu'on dialogue avec lui, qu'on pense à lui, qu'on parle de lui, et qu'on le connaît de plus en plus.

Mais le grand mystère de cette rencontre est ceci : le nom que Dieu révèle à Moïse n'est pas un nom. Il dit simplement "Je suis celui qui suis". Même cette traduction n'est pas certaine. L'hébreu pourrait signifier également "Je suis ce que je suis", "Je serai ce que je suis", "Je suis celui qui je serai", etc. Si Moïse souhaite savoir qui est ce dieu avec qui il parle, la réponse "Je suis celui qui suis" n'est pas une réponse. Moïse ne connaîtra jamais le vrai nom de Dieu ; il saura seulement que ce dieu est celui qui est. Ce qui veut dire qu'il ne connaîtra jamais Dieu. Dieu, en se révélant à Moïse, révèle effectivement qu'il est inconnaissable, qu'il n'a pas de vrai nom ; il est impossible de lui imposer une étiquette qui corresponde à qui il est. Dieu est en soi mystérieux ; il n'est pas qu'inconnu, mais il est inconnaissable. Quand nous parlons de Dieu, nous parlons de ce nous ne connaissons pas, de ce que nous ne comprenons pas. Il faut quand même en parler de temps en temps. Dans l'Ancien Testament, en parlant de Dieu on remplace toujours ce nom qui n'est pas un nom par le titre 'le Seigneur'. Quand on parle du Seigneur, on emploie un mot compréhensible, et cela peut nous donner l'impression que nous savons de qui ou de quoi nous parlons. Mais ce n'est pas le cas. On impose cette étiquette maniable à Dieu, mais elle se décolle tout le temps, la réalité de Dieu est trop glissante, trop insaisissable, pour qu'elle colle. Il en va de même pour le mot 'Dieu' que nous employons fréquemment ; ce n'est qu'une étiquette qui ne correspond pas à la réalité. On commence à comprendre Dieu seulement quand on sait et accepte qu'il est incompréhensible. C'est pourquoi, pour les juifs, il était toujours interdit de faire une image de Dieu. Toute image de Dieu est trompeuse ; non seulement elle ne correspond pas à la réalité de Dieu, mais elle peut aussi nous faire croire qu'elle y correspond et nous fourvoyer ainsi. Une image de Dieu est toujours une fausse image de Dieu, et elle devient facilement l'image d'un faux dieu. Il en va de même pour toutes nos images verbales. Malgré toutes nos Bibles, tous nos livres de théologie et tous nos dogmes, nous ne comprendrons jamais Dieu, et s'ils nous font croire avoir compris Dieu, ils sont dangereux.

Nous savons simplement qu'au fond de l'existence, au fond du ciel et de la terre, il y a cette réalité mystérieuse et inépuisable qui nous dépasse et nous dépassera toujours, une réalité qui est ce qu'elle est. On peut d'une certaine manière rencontrer cette réalité, même au milieu de la vie quotidienne, comme l'a fait Moïse, et cette rencontre peut changer notre vie, comme elle a changé celle de Moïse. En fait, nous allons à la rencontre de ce mystère chaque fois que nous nous mettons à prier, et chaque fois que nous venons, comme aujourd'hui, à la messe.

5e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

"Eloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur". C'est le cri de Pierre face à un phénomène qui le dépasse : l'abondance de la pêche. Il exprime ainsi sa prise de conscience de ses propres limites !

Il s'y connaissait pourtant en matière de capture de poissons. Un vrai technicien. Au courant de toutes les ficelles du métier. La barque d'ailleurs lui appartenait. Il avait pour ainsi dire pris la tête de la petite entreprise, associé qu'il était avec Zebédée et ses fils. Dans la vie des pêcheurs, il y avait de temps en temps des moments de malchance. Ainsi, la nuit précédente, malgré leurs savoirs et leurs astuces, il n'avaient rien pris. Et voici qu'aujourd'hui, avec le maître le poisson afflue. Les filets sont prêts à se déchirer tellement il y en a !

Alors, Pierre prend conscience qu'il est "dépassé". Malgré tout son savoir, malgré toute sa technique, il se sent tout à coup un pauvre homme, "limité". Il mesure la distance qui le sépare de Jésus , lui criant : "Eloigne-toi de moi, je ne suis qu'un pécheur". Ses compagnon autant que lui-même font l'expérience de la finitude de l'être humain. Aussi l'effroi les avait saisi. Tous se sentaient tout petits, face à ce qui arrive !

Nous trouvons un écho de cet effroi qu'éprouve tout être humain, si malin soit-il, devant l'extraordinaire qui lui échoit dans la description de la vison d'Isaïe dans le Temple. "Malheur à moi, s'écrie le prophète, je suis un homme aux lèvres impures et j'habite au milieu d'un peuple aux lèvres impures". Quand l'homme prend conscience de sa finitude, devant la grandeur de Dieu ou la beauté de l'univers, devant l'immensité des espaces et des galaxies que la science aujourd'hui découvre, devant la complexité des êtres, même les plus petits, il éprouve une sorte de vertige ! Qui suis-je ? Si non, un être imparfait, limité dans l'espace - je ne puis être à la fois en Europe et dans le Nouveau Monde-, limité dans le temps- le nombre de mes années peut être de quatre-vingt, nonante tout au plus - perdu dans la foule des êtres et des générations qui ont précédés et de celles plus nombreuses encore qui pourraient venir, un être imparfait, qui certes peut beaucoup mais ne peut pas tout.

Cette finitude de l'être humain me semble très bien exprimée dans les premiers récits du livre de la Genèse. Les premiers chapitres ne sont pas une relation historique des origines du monde, tel que l'entendrait le concept moderne de l'Histoire : relation précise de ce qui s'est exactement passé autre fois. Ce sont plutôt des récits mythiques, mais qui nous révèlent une réalité humaine profonde, présente dans l'homme depuis ses origines, au coeur même de ce qu'il est. Ainsi, au second chapitre de la Genèse, nous découvrons cette mise en scène où Dieu, ayant formé l'humain, Adam, avec la glaise du sol et lui ayant insufflé le souffle, la vie, se met à réfléchir. Le texte emploie la première personne du pluriel, comme si Dieu n'était pas seul et qu'il parla avec quelqu'un : "Il n'est pas bon, dit-il que l'homme soit seul. faisons lui une aide semblable à lui" . Ayant plongé l'homme dans un sommeil, il tira de lui un vis à vis ; la femme, Eve, autre être humain, différend mais complémentaire."Homme et femme, il les créa" nous dit l'auteur sacré.

Ce récit, quelque peu imagé, exprime une réalité profonde : l'être humain, seul, est limité, imparfait. Pour grandir, il a besoin d'un autre, des autres. Il a besoin de l'autre sexe d'abord, mais aussi de tous les autres qui viennent par lui à l'existence. Au plus profond de l'humanité est inscrite la différence entre les humains, présentée comme une richesse et une complémentarité. Chacun étant un être fini, à la puissance limitée, a besoin d'un autre, des autres pour grandir et progresser ! Le drame, qui deviendra faute et péché, serait de penser qu'on est seul, qu'on peut se passer des autres et qu'il est intéressant d'accaparer la place, toute la place, pour soi tout seul, au besoin en éliminant le partenaire

Nous avons besoin des différences, celles des sexes d'abord, celles des générations, celle des races, des nations, des cultures. Il faut le vivre comme une grande richesse, en acceptant que notre faiblesse soit comblée par la présence des autres et même du Tout Autre. Il n'y aurait pas de relation entre nous si nous étions parfaits. C'est notre pauvreté qui est comblée par les ressources des autres et nos propres valeurs remplissent leurs manques. Ainsi toute rencontre de celui qui est différend de moi peut être enrichissante.

Quand, dans le Temple de Jérusalem, Dieu demande à Isaïe "Qui enverrai-je ? cette question suppose un envoi du prophète vers des gens différents, qui attendent le message de Dieu ! Et lorsque Jésus dit à Pierre : "Sois sans crainte. Désormais ce sont des hommes que tu prendras", cela signifie : n'ait jamais peur de la différence. Considère les autres comme pouvant t'apporter ce que tu n'as pas.

Mais que veut dire alors l'expression "pécheurs d'homme" ? Il faut savoir que pour les juifs, et peut-être encore pour les premiers chrétiens de la communauté lucannienne, l'eau, et surtout le lac et la mer sont comme l'habitacle de Satan et des forces opposées à Dieu. Le signe de la pèche extraordinaire provoquée par Jésus, est une manière de dire à Pierre - et à travers lui à tout chrétien - qu'il a mission de tirer les hommes en dehors de ces eaux, de les libérer du mal et surtout de cette violence qu'engendre le désir de vouloir tout pour soi, en écrasant les autres. Dans cette lutte incessante, seul, le chrétien ne peut rien. Comme Pierre, il peinera toute la nuit sans rien prendre. Mais ensemble, avec les autres et avec le Seigneur, tout est possible. Et pour le montrer Luc ne craint pas d'annoncer l'efficacité collective par une accumulation d'images : il y a une quantité exceptionnelle de poissons, les filets se déchirent, les barques s'enfoncent. Etre pécheurs d'hommes, c'est donc participer ensemble à cette entreprise de sauvetage.

Que conclure, sinon que Dieu n'attend pas que nous soyons parfaits pour nous confier ses projets de bonheur pour l'humanité. Il travaille d'ailleurs avec nous, à partir de ce que nous sommes, des êtres limités. Il nous accepte et nous aime avec nos limites. Isaïe se sentait faible quand Dieu l'appelle. Paul avait persécuté l'Eglise quand le Seigneur en fait l'apôtre des nations. Pierre s'est dit pécheur et, en effet, plus tard il a renié. Notre expérience personnelle autant que nos réflexions sur nos conditions d'existence nous font comprendre nos limites, nos imperfections et nos échecs. Malgré cela Dieu nous appelle tous, tous différents, mais tous complémentaires. Cela me fait penser à la petite chanson qu'apprenait autrefois à ses élèves une institutrice d'école primaire : "Seul, on ne peut rien. A deux, c'est déjà mieux. A cent, c'est plus plaisant. A mille, c'est plus facile. Alors, viens !"

1er dimanche de l'Avent, année C

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : "Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées par le fracas de la mer et de la tempête..."

Ces paroles de Jésus sont bizarres ; elles sont aussi perturbantes, si nous les prenons au sérieux. Il n'est pas évident non plus de savoir pourquoi nous les lisons et les écoutons le premier dimanche de l'Avent. L'Avent est la saison de l'attente, où nous nous préparons à fêter la naissance du Christ. Qu'est-ce que ces paroles ont à voir avec Noël ou avec la préparation à Noël ?

Elles font partie d'un discours où Jésus parle du temps où Jésusalem sera encerclée par les armées, et où elle sera détruite ; c'est l'heure de sa dévastation. Beaucoup tomberont au fil de l'épée. Tout ordre, toute paix dans la vie humaine disparaîtra. C'est ce que Jésus dit dans les versets précédents. Et maintenant il ajoute que tout l'ordre naturel va être dérangé aussi : il y aura des prodiges dans le soleil, la lune et les étoiles, et la mer sera violente et menaçante. L'ordre deviendra le chaos. Et c'est à ce moment-là que Jésus apparaîtra pour établir le Royaume de Dieu. Le moment de Dieu est un moment de chaos, où toute certitude humaine se perd.

Certains disent que nous, le peuple de Dieu, sommes là pour construire le Royaume de Dieu ; nous pouvons le faire en essayant de construire un monde plus juste, plus humain. C'est ainsi que le salut viendra à nous. Nos efforts peuvent nous sembler faibles pour le moment, et ils le sont ; mais Dieu les comblera. Puisque nous aidons Dieu à faire venir son règne, il nous aidera de sorte que ce que nous faisons maintenant aboutira au Royaume. C'est peut-être vrai, mais ce n'est pas ce que dit Jésus ici. Selon lui, tous nos efforts pour construire un monde civilisé, un monde de justice et paix, aboutiront au chaos. L'homme détruira tout ce qu'il aura construit, et ce qui survivra aux guerres sera menacé par le chaos dans la nature. Jésus n'est pas partisan de l'idéologie du progrès ultime dans les affaires humaines. Certes, le progrès existe, mais il est toujours provisoire. Le Royaume de Dieu ne sera pas construit par ce que nous faisons. La justice et la paix que nous essayons d'établir ne se répandront pas jusqu'au point où on pourra dire du Royaume de Dieu qu'il est arrivé. C'est dans les ruines de notre civilisation et de toute civilisation que Dieu va paraître, selon Jésus. Les juifs croyaient que la Jérusalem qu'ils avaient construite était la cité de Dieu, que le temple qu'ils avaient bâti et qu'ils vénéraient était la véritable maison de Dieu, donc que les deux étaient protégés par Dieu. Mais ce n'était finalement qu'une cité humaine et un bâtiment humain. Ils finiraient par être complètement écrasés.

Ces paroles peuvent nous paraître un peu décourageantes, même déprimantes. Mais, d'autre part, elles nous montrent que le Royaume de Dieu ne dépend finalement pas de nous, de l'humain ; il dépend de Dieu. Et cela nous libère. Nous n'avons pas à travailler pour Dieu. Dieu, créateur du ciel et de la terre, n'a pas besoin de nos petits efforts. C'est plutôt Dieu qui travaille pour nous, et qui se révèlera malgré nous. Le Royaume de Dieu n'est pas une construction humaine, c'est un don divin. Ce n'est pas quelque chose pour lequel nous travaillons ; il ne vient pas de nous, mais de l'extérieur, comme quelque chose de gratuit. C'est pourquoi nous ne voyons pas Dieu dans la force de l'homme, mais dans sa faiblesse, pas dans la victoire mais dans l'échec ; pour nous, le roi de ce Royaume est un homme crucifié. Le salut que nous espérons est un don ; nous n'avons pas à construire ce don, nous avons à l'attendre.

C'est pourquoi nous lisons ce texte aujourd'hui, au début de la saison de l'attente, de cette saison où nous nous préparons à célébrer, non pas ce que nous avons fait pour Dieu, mais ce que Dieu a fait pour nous, à célébrer le don gratuit de Dieu qui est Dieu lui-même.

3e dimanche de Carême, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Ca, jamais je ne lui pardonnerai me dit-elle avec un brin d'agressivité. Tant pis pour lui, il n'aura qu'à vivre avec cela toute sa vie. Il verra que ce n'est pas le genre de chose que j'accepte. Non je ne l'accepterai jamais, il n'avait qu'à réfléchir avant. Maintenant c'est trop tard et j'espère qu'au fond de lui-même, il s'en mord les doigts, à en saigner. Tout en affirmant cela, elle ne voyait pas que sur son visage se lisait une profonde tristesse, elle ne se rendait pas compte que son regard vers celui qui l'avait blessé, peu à peu l'emprisonnait, l'empêchait d'être elle-même. Quel pouvoir lui donnait-elle et sans s'en rendre compte. Ce dialogue, chacune et chacun nous en avons sans doute vécu de semblables au cours de nos vies. Notre relation s'en est trouvée altérée, abîmée, voire même détruite parce qu'il n'y a jamais eu vraiment place pour une réconciliation. Cette dernière naît de la rencontre d'un pardon donné et d'un pardon reçu en humanité et en Dieu.

Pardonner, c'est entre autre accepter de reconnaître l'autre, celui qui m'a fait mal, dans ce qu'il est, en son altérité. C'est accepter de reconnaître en lui ou en elle une part d'inconnaissance, d'imperfection, une sorte de nocturnité dont lui-même n'a pas pleinement la maîtrise. Pardonner, c'est donc ouvrir en l'être offensant un nouveau chemin sur lequel il ou elle pourra continuer d'avancer, de vivre avec un fardeau moins lourd. C'est lui permettre ainsi d'aller à la rencontre du meilleur de lui-même. Nous découvrons alors que le pardon est une forme particulière d'amour de l'autre. Jamais rien n'est perdu, tout peut toujours recommencer. Cependant, il y a également dans le pardon une dimension plus personnelle et que nous oublions souvent, c'est-à-dire qu'il y a aussi lieu de se libérer soi. Nous avons à prendre conscience que faute de pardon, nous resterons toujours hantés par un souvenir douloureux. Ce dernier ne cessera de resserrer en nous un noeud de haine et de colère. Cette colère que nous éprouvons à la fois contre nous-même puisque, quelque part, nous nous reprochons de n'avoir pas su nous défendre contre notre offenseur mais également contre celui-ci qui, outre la blessure, reste le maître de notre existence par l'emprise qu'il a sur nos souvenirs, si douloureux soient-ils. Le pardon devient pour nous, dans cette dimension personnelle, l'expression d'une farouche volonté de reprendre sa liberté. Par cette démarche, nous allons délier au fond de nous-même cette tension qui nous empoisonne la vie et nous rend prisonnier de l'événement. Ainsi, arriverons-nous à retrouver une certaine estime de nous, où la blessure n'aura plus le dernier mot, notre propre volonté ayant pris le dessus. Dès lors, nous pouvons affirmer que seule une démarche de pardon peut éliminer la haine entre nous, pour nous permettre de sortir de ce fameux cercle vicieux du « oeil pour oeil - dent pour dent ». Nous évitons ainsi une escalade dans la violence qui conduit inévitablement à l'exclusion de l'autre. Le pardon ouvre alors au plus intime de nous-même une nouvelle voie faite d'amitié, de tendresse où chacune et chacun en se "déliant" mutuellement retrouve sa liberté et redonne une certaine dignité à la relation blessée.

Il est pour nous ce passage qui va permettre d'abandonner notre passé-souffrance pour prendre possession d'un futur possible, notre futur, celui qui va libérer toutes nos forces de vie, d'amour et de création, pour remarcher sur le chemin de nos existences. Alors et alors seulement, nous vivons entre nous ce que nous appelons la réconciliation, à l'image de celle proposée dans la parabole du fils prodigue. Cette dynamique de réconciliation peut sembler bien simple lorsqu'elle est enfermée dans un drapé de mots mais ô combien difficile dans la réalité de la vie. C'est pour cela que je crois que la réconciliation trouve avant tout sa source dans notre relation à notre Dieu, Père de tendresse et de miséricorde. En lui, nous pouvons la force pour dépasser ce qui semble impossible à l'être humain et par lui, nous percevons une capacité de pardon qui va au-delà de toutes nos espérances puisque le pardon divin nous est donné lorsque nous le demandons. Tout un chemin d'humilité. Au coeur de nos vies, sommes-nous capables de vraiment pardonner ? Suivons-nous l'attitude du père ou du frère de la parabole ? A chacune et chacun d'y répondre, en conscience.

Amen.

1er dimanche de l'Avent, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Devant les perspectives d'avenir, aujourd'hui beaucoup de gens ont peur... Peur d'une catastrophe écologique ou nucléaire... Peur de perdre un emploi, de régresser dans l'échelle sociale, de disposer de moins de ressources pécuniaires... Peur d'aller au fond de soi-même et de découvrir la profondeur de nos attentes.

Alors beaucoup se réfugient au coeur des villes dans des déserts au silence assourdissant et au goût de paradis artificiel. Ils cherchent des petits bonheurs dans des à-côtés. La société de consommation invite d'ailleurs à acquérir toutes sortes de biens éphémères. Et le qu'en dira-t-on excite à suivre le mouvement afin de rester dans le vent.

Et pourtant, elle se fait entendre aujourd'hui la voix de la promesse. Elle raisonne, claire comme le rire d'un enfant, lumineuse comme l'avenir dont il rêve.

"Voici venir les jours où j'accomplirai la promesse de bonheur que j'ai adressée à la maison d'Israël et à la maison de Juda".

Elle n'est pas facile à entendre surtout dans le tintamarre du monde, cette voix de l'espérance. Elle vient d'ailleurs, de l'au-delà de toute créature. C'est une Parole du Seigneur qui vient.

Au moment où Jérémie la prononce, la situation de son pays est aussi dramatique. Le royaume de Juda est ravagé par l'envahisseur, la ville de Jérusalem détruite. Beaucoup ont été tués et d'autres, dont le roi, ont été déportés à Babylone. Mais Dieu veut restaurer la confiance chez ceux qui sont restés au pays. Un monde, leur fait-il dire, s'en est allé, mais mon amour pour le peuple et mon pouvoir de créer sont intacts. Un roi, issus de David, régnera à nouveau sur le pays redevenu libre et il rétablira une ère de justice, de paix et de bonheur pour tous.

Promesse de bonheur, adressée autrefois par le prophète à ceux qui étaient dans le malheur. Promesse de bonheur qui nous est adressée encore aujourd'hui par Dieu. Si vraiment nous croyons qu'il nous aime, qu'il est un Dieu d'amour, nous pouvons imaginer qu'il s'intéresse à nous et que son désir le plus cher est de nous voir heureux sous son regard, comme nous-même nous souhaitons le bonheur à ceux que nous aimons. Mais voilà, le bonheur des autres ne se fait jamais sans eux, comme notre bonheur à nous ne se fait pas sans nous.

Alors la grande question à se poser pour soi-même, comme pour chacun d'autre. Qu'est-ce qu'être heureux ? Qu'est-ce qui fait ta joie, qu'est-ce qui fait aussi la mienne ? On ne sait pas toujours ce qu'est le vrai bonheur ou plutôt, on sait parfois mieux ce qu'il n'est pas. Les souffrances, les malheurs, les privations, les manques, les nôtres autant que ceux des autres, peuvent nous faire prendre conscience de l'absence de bonheur. On dit alors, que c'est mal-heureux.

Le bonheur est fait souvent d'un tas de petites choses qui comblent nos attentes et nos désirs.

Dans notre monde actuel, il peut être important de rappeler qu'il est d'abord une qualité d'être, plutôt qu'un avoir. ETRE HEUREUX, Ce n'est pas avant tout, une possession d'objets, de biens. C'est bien d'avantage une HARMONIE avec soi-même et avec les autres. Et c'est sans doute pour ce motif que la justice, la paix et le pardon et la réconciliation sont des conditions nécessaires pour que chacune et chacun, se sentant respecté et important, trouve la confiance en soi-même et dans les autres.

Jésus invitait au bonheur. Il invitait à oser croire que Dieu est tendresse et bonheur en lui-même et pour toutes et tous. Par son comportement et dans ses relations, il donnait les signes de ce respect immense qu'il avait pour chacune des personnes qui était devant lui.

Mais voici qu'aujourd'hui il nous parle de sa venue : "Veillez et priez" nous dit-il. Oui, pour voir le Seigneur venir, il faut être vigilant. Si nous gardons les yeux ouverts, nous pourrons discerner les signes de son amour. Si nous sommes éveillés, nous pourrons aussi découvrir ces tas de petites choses qui font plaisir aux autres autant qu'à nous mêmes et qui contribuent à créer l'harmonie entre nous. Si nous restons attentifs à une qualité d'être, nous pourrons construire des relations justes avec les autres et contribuer à plus d'harmonie dans nos sociétés. Nous serons alors, à notre tour, des semeurs de bonheur !

Certes, on pourrait dire que depuis toujours des gens ont espéré le bonheur et, malgré toutes les bonnes volontés, les puissances de mort sont encore à l'oeuvre, ici maintenant. Mais si ces puissances du mal sont toujours présentes, elles ont déjà été définitivement ébranlées. Le jour du Seigneur, l'avènement du Fils de l'homme dont nous parle Luc dans l'évangile, c'est bien le matin lumineux de Pâques. C'est sa victoire sur toutes les forces de mort et du mal. C'est là le coeur de notre foi et le fondement de notre espérance. Nous attendons l'achèvement de ce qu'il a inauguré par sa résurrection. Aujourd'hui, il nous enseigne ce chemin, rempli de moments de bonheur et qui nous prépare à sa venue, à son retour : "Restez éveillés et priez. ainsi vous serez jugés dignes de paraître debout devant le Fils de l'homme."

Fête de la Sainte Trinité

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 1997-1998

Dieu n'est pas évident.

Dans la société d'aujourd'hui, beaucoup de gens s'en passent et ne s'en portent pas plus mal. Beaucoup ont une famille, des amis, une profession honorable, un emploi qui leur donne des ressources pécuniaires leur permettant d'accéder aux biens matériels, culturels, aux loisirs, aux voyages.

Sans nécessairement croire en Dieu, ils cultivent des valeurs humaines comme l'équité, la justice, la tolérance et la philanthropie. Lorsque les épreuves surviennent, comme la maladie, la mort, ils font preuve de courage et de dignité.

Il ne faut donc pas nécessairement croire en Dieu pour être heureux.

Dieu n'est pas évident.

Mais il y a cependant tous ceux qui y croient, qui lui font confiance et lui font une place plus ou moins grande dans leur vie !

Certains ont pour mission d'amener les autres à croire en Lui. Mais, hélas, ils s'en servent bien souvent pour imposer leur vues. Ils disent : "Dieu exige ceci." ou "Dieu interdit cela"

Et avec menaces à l'appui : la damnation éternelle, le paradis.

Maintenant qu'on vienne dire que Dieu est Trinité, ne change rien à rien. ce n'est qu'un exercice intellectuel pour théologiens. De toutes manières, c'est hors de la vie ! En plus, cela irrite aujourd'hui les frères musulmans qu'il nous arrive de cotoyer.

Eux insistent sur l'unicité de Dieu. Pour eux, il est l'Unique.

Ce qui intéresse : c'est de passer au mieux le peu de temps qu'on a sur la terre. Car la vie est si courte et le bonheur si rare. Les jeunes font des projets. Puis la vie a tôt fait de leur faire prendre conscience de la réalité : les enfants, le ménage, les maladies, les deuils, les séparations, aujourd'hui les divorces, l'avenir incertain, les inquiétudes et les souffrances.

Quand on est heureux, il arrive même parfois que l'on en soit gêné, devant tous les malheurs qui atteignent les autres.

Et puis, petit à petit, on en vient à comprendre qu'il n'y a pas de bonheur sans amour ; sans amour qui se donne et sans amour qu'on reçoit.

Il n'y a pas de bonheur sans amour, quand on veut vivre seul ou replié sur soi.

Dans ma vie pastorale déjà longue, j'ai sans doute rencontré beaucoup de gens, auxquels j'ai donné un peu de mon temps, de mon dévouement, un peu de mon coeur ! Mais j'en ai reçu bien davantage de leur part ! Et si je devais écrire mes souvenirs, j'intitulerais mon livre : "Ils m'ont apporté tant de bonheur !"

Quand on est chrétien, on est invité à comprendre que Dieu lui-même, non plus, ne veut pas être seul, tout là-haut, dans son ciel, dominant la terre, écrasant de sa toute-puissance. Pour Dieu, il faut être trois pour donner, pour recevoir, pour échanger, pour aimer.

C'est ce que nous explique l'évangile que nous venons de lire.

C'est le Père qui, dans sa bonté, envoie l'Esprit sur la terre et sur les hommes. Déjà dans le passé, maintes fois, il fit don de son Esprit, de son souffle de vie. Depuis la création du monde, où l'Esprit de Dieu planant sur les eaux, transforma le chaos initial, séparant la lumière des ténèbres, les eaux d'avec la terre ferme. Dans son immense Sagesse, il créa les grands luminaires, le soleil, la lune, les étoiles ; et tous les êtres vivants.

C'est encore son Esprit, son Souffle de vie, que le Père insuffle en l'homme et en la femme, pour les créer à son image. Tout au long de l'histoire humaine c'est le Père qui envoie ainsi son Esprit sur les hommes, depuis Abraham, en passant par Moïse et tant de prophètes, connus ou inconnus. Aujourd'hui, encore dans sa tendresse, il nous donne son Esprit, à nous qui sommes croyants. "Cet Esprit qui vient du Père, c'est l'Esprit de vérité." nous dit Jésus.

Guidés par cet Esprit qui nous est donné, nous allons aujourd'hui à la rencontre du Christ.

"Il me glorifiera." dit encore Jésus. "Il prendra de ce qui vient de moi pour vous l'expliquer.

Ce que j'ai à vous dire, pour l'instant, vous n'avez la force de le porter. Plus tard, il vous mènera vers la vérité toute entière."

Ainsi aujourd'hui, c'est le rôle de l'Esprit de Dieu de nous guider vers Jésus, l'homme de Nazareth, celui sur lequel il repose entièrement depuis son baptême au Jourdain, parce que Dieu le reconnaît comme son Fils, sa propre image.

Alors, en regardant cet homme de Nazareth agir avec humanité, c'est Dieu le Père lui-même que nous découvrons. "Tout ce qui appartient au Père est à moi." nous dit Jésus.

Ce qui a frappé les disciples dans l'évangile, c'est le lien permanent qui existe entre Jésus et son Père. "Qui me voit, voit le Père." "Il y a tant d'années que tu es avec moi, Philippe, et tu n'as pas encore compris que je suis dans le Père et que le Père est en moi."

Le Christ Jésus nous ramène sans cesse vers le Père. C'est ainsi que nous prenons conscience que nous entrons nous-mêmes dans ce mouvement divin. Dieu donne et reçoit. Dieu donne l'Esprit à Jésus qui le reçoit et qui réfère tout son amour au Père. Le cercle est donc bouclé. Le mouvement de l'un à l'autre est complet.

Ce qui est extraordinaire, c'est que, recevant nous même l'Esprit qui vient du Père, celui-ci nous mène vers Jésus, qui à son tour nous conduit au Père. Avec Jésus, nous entrons dans le mouvement de retour vers le Père. Placé entre l'Esprit et Jésus, nous sommes insérré dans le mouvement trinitaire.

On a souvent représenté la Sainte Trinité par un triangle isosèle, ayant les trois côtés et les trois angles égaux. La pointe, représentant le Père, est au sommet et la base en dessous.

Ne faudrait -il pas le renverser et le mettre sur sa pointe ? En élargissant la base du triangle, placée cette fois en haut, depuis l'Esprit à gauche jusqu'au Fils à droite et en y plaçant toute l'humanité, l'angle du Père à la base aurait tendance à s'élargir jusqu'à faire du triangle un cercle. Le mouvement dans lequel nous serions inclus serait ainsi circulaire. Partant vers la gauche, c'est le Père qui envoie son Esprit. Celui-ci vient en nous pour nous conduire vers le Fils, qui lui ramène vers le Père. Pour conclure, je dirais volontiers que c'est ce mouvement qui donne sens à tout amour humain, seul source de bonheur ! Recevoir et donner, sont les deux composantes du mystère de Dieu. Pour recevoir, il faut les autres. Pour donner, il faut aussi les autres. Dans notre monde moderne, où chacun est marqué par l'individualisme, on admet encore facilement de donner, mais recevoir des autres est plus difficile, car chacun veut être autonome et libre. On cherche à monter, peut-être pas bien haut, mais tout seul. Recevoir, c'est admettre sa pauvreté, admettre que l'on a besoin des autres. Comme dans le mystère Trinitaire, il n'y a pas de bonheur pour nous sans que nous recevions des autres et sans que nous leur donnions.

20e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Jésus s'adresse à ses disciples pour leur parler de lui. « Je suis venu sur la terre pour... ! » Il est rare dans les évangiles que Jésus fasse ainsi des confidences sur ce qui lui tient à c½ur, sur ce qui le passionne et donne sens à sa vie. . « jee suis venu apporter un feu ! » Voilà ce qu'il voulait.

Mais les disciples et, après eux, tous les chrétiens ont eu peur. Le feu, c'est dangereux. Il peut brûler. Et en nous tous, il y a tant de bois sec et mort, mais auquel nous tenons fort. Il y a tant d'habitudes acquises, il y a tant de compromis avec le ciel, avec les exigences du christianisme. Le feu de l'Evangile, cela peut nous mener très loin, là où nous n'aimons pas tellement d'aller ! C'est pourquoi chacun n'hésite pas à tailler des coupe-feu. On se dit : voilà ce qui est bien et voilà ce qui est mal ; ceci est important tandis que cela l'est beaucoup moins ; Il y a bien sûr des manquements graves, les péchés mortels, mais beaucoup de fautes sont vénielles. Et, pour se rassurer, on se dit qu'il suffit d'être en règle, d'obéir à l'autorité religieuse et l'on sait alors où l'on va. Mais Jésus lui, avait dit : « Comme je voudrais que ce feu soit déjà allumé ! » Et il avait ajouté en parlant de sa Passion et de sa mort : « Je voudrais être baptisé » Le baptême que doit recevoir Jésus est essentiel dans sa mission. Ce baptême a tout d'abord un goût d'épreuve. Seul le don total et unique de sa propre vie portera du fruit à jamais ! Sa hâte à marcher vers ce moment est autant liée à la difficulté de la passion, qu'à l'enjeu de vie éternelle que sa mort comporte.

Ensuite le baptême qu'il annonçait, c'est comme une naissance : la naissance d'un monde nouveau : Un monde où l'homme passerait avant la loi ; un monde où le publicain dans le fond de l'église aurait plus de valeur aux yeux de Dieu que le pharisien qui fait la leçon ; un monde où celui qui ne parvient pas à respecter la loi et qui se sait pécheur est pardonné avant le juste qui est irréprochable et le fait sentir à tous ; un monde où l'humble femme du temple qui n'a qu'une petite pièce à donner est plus généreuse que l'homme qui est riche et fait de grandes offrandes.

A l'aube de ce monde nouveau, ce serait la croix du Christ qui allumerait le feu. Et depuis lors, jamais, les chrétiens ne seraient en paix. Dans cette paix tranquille qu'affectionnent les puissants et les autorités, où le chef est le chef et le fidèle est le fidèle.

Depuis lors, il y aura toujours des divisions : comme dit Jésus dans l'évangile « trois contre deux et deux contre trois, le fils contre le père et le père contre le fil ... » Il y aura toujours des Jérémie, des gens accusés comme le prophète de démoraliser tout ce qui reste de combattants, des témoins parlant à contre-courant de la pensée véhiculée en leur temps. Il y aura toujours des contemplatifs et des spirituels qui consacreront leur vie ou leur temps à la prière et à la louange de Dieu. Il y aura toujours des théologiens, poussés par l'Esprit-Saint, qui secoueront les opinions traditionnelles, poseront des questions à partir des situations actuelles et bousculeront les certitudes établies. Il y aura toujours des hommes et des femmes suscitant des débats, ramenant à l'Evangile et retournant à la croix. Et chacun sera ainsi amené à dépasser sa médiocrité et à prendre position.

Ce sont ces témoins évangéliques - des gens parfois célèbres comme Mère Thérèsa, S½ur Emmanuel, l'Abbé Pierre - mais aussi des simples chrétiens anonymes qui aujourd'hui rallument le feu, allumé sur la terre par Jésus. Grâce leur soit rendue !

21e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Si nous nous étions assoupis au cours de notre liturgie de ce jour, avec un évangile pareil nous voilà bien réveillés. La vie éternelle est pour chacune et chacun d'entre nous, une grande question. On se l'imagine, on la pressent, en tout cas, nous l'espérons et voilà que le Christ ce matin (soir), nous annonce que nous y aurons des surprises. Et des surprises pas toujours heureuses. Qu'est-ce à dire ?

La vie chrétienne, le chemin d'humanité sur lequel nous avançons n'est pas quelque chose de fini. Nous sommes comme des ascensionnistes sur une montagne dont nous ne verrions jamais le sommet et nous sommes invités à grimper, à toujours grimper. Jésus, avec force, nous rappelle à nouveau que nous sommes des êtres en devenir, que jamais nous ne pouvons nous considérer comme étant arrivés. Tout comme celles et ceux qui s'adonnent au sport de l'escalade, nous aurons des temps de pause, des temps de repos après l'effort fourni. Lors de cette ascension qu'est notre vie, il y a aussi des arrêts important. L'essentiel est de ne jamais oublier que s'arrêter n'est que passager, éphémère. La vie se marche, la vie se vit. Elle a ses moments heureux puis ceux qui sont plus douloureux, mais elle avance toujours à son pas, à son rythme. Chacune et chacun, nous avons le nôtre. Il n'y en a pas un meilleur que l'autre puisque c'est à nous de trouver celui qui nous convient tant que nous n'arrêtons pas de marcher. Je suis le chemin, la vérité, la vie, nous dit Jésus ailleurs dans les évangiles. Et nous sommes conviés à le suivre tout simplement. Il n'y a rien d'extraordinaire là dedans si ce n'est que sur un tel chemin, nous ne sommes jamais, jamais arrivés au bout, nous n'atteindrons jamais le sommet ici sur terre. L'imaginer, c'est se leurrer.

Etre sauvé, telle est notre destinée. Mais se dire croyant, sans que cela se vive, c'est être comme celles et ceux qui ont pris place un jour à la table du Christ et s'en sont contentés. Or la foi en Jésus, est d'abord et avant tout un mouvement, un élan vers un avant, un ailleurs dont nous ne percevons pas toujours les contours. S'asseoir à la table de Dieu, c'est le rencontrer pour mieux repartir, pour mieux vivre de ce qui habite au plus profond de nous-mêmes. D'après le Christ aujourd'hui, la foi n'est pas d'abord un temps, mais plutôt un état. Un état de vie en marche, en mouvement. Un peu comme si Jésus nous disait le que le salut n'est pas garanti par la carte du parti. Il ne suffit pas de se dire chrétien pour vivre pleinement de la vie éternelle. Celle-ci requiert certaines exigences non pas comme une sorte de ticket d'entrée mais plutôt parce que la vie éternelle est entendue comme la continuation de ce que nous avons commencé ici sur terre. Il y a cette histoire qui illustre assez bien me semble-t-il les propos du Christ de ce jour. C'est l'histoire d'une femme, ça aurait pu être un homme aussi, mais comme ce n'est pas moi qui l'ai écrite, je respecte son auteur. Cette femme était habituée à un confort certain. Elle se plaisait dans le luxe, l'argent et aimait se faire reconnaître par ses richesses. Comme tout un chacun, un jour, elle mourut. Lorsqu'elle arriva au ciel, un ange lui fut envoyée pour la guider vers sa demeure éternelle. Il parait que c'est l'habitude là-haut. Ils passèrent d'abord devant de nombreux châteaux, plus superbes les uns que les autres. Et elle pensa chaque fois que l'un d'entre eux serait pour elle. Ce furent ensuite le tour des villas. Mais aucune ne lui fut attribuée. L'ange et elle traversèrent ensuite plusieurs rues de ce qui semblait être le centre d'une petite ville ; ils arrivèrent dans les faubourgs et toujours rien pour elle alors que les maisons devenaient de plus en plus petites. Enfin, nous dit l'histoire, ils s'arrêtèrent devant une maison qui était à peine plus grande qu'une hutte. C'est ta maison lui dit l'ange. Quoi, répondit la femme, ça ! Mais je ne peux pas vivre dans ça. Désolé lui répondit l'ange mais c'est tout ce que nous avons pu construire avec les matériaux que tu nous as envoyés de la terre.

C'est cela marcher sur le chemin de sa vie, accepter de n'être jamais arrivé. Nous sommes des êtres reçus et en devenir. Nos pas si maladroits soient-ils sont les matériaux construisant notre demeure éternelle. Château ou hutte, à nous d'en décider. Amen.

Armel Job : La disparue de l'île Monsin



G. Vanheeswijck : Onbeminde gelovigen