23e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Il faut avoir un fameux sens de l'humour, me semble-t-il pour oser demander à une personne sourde et muette qui recouvre deux de ses sens, ainsi qu'aux personnes qui ont assisté à cette guérison, de ne rien dire. Qui d'entre nous lorsqu'il ou elle vient de vivre un moment important de son histoire personnelle, un temps inoubliable et inexprimable n'a pas envie de le partager, le chanter, le crier à tous ceux et celles qui l'entourent. Etonnant alors que le Christ leur demande de se taire. Ou alors, Jésus avait peut-être compris que ce miracle, cette guérison n'était qu'un moment particulier, singulier de l'histoire de notre humanité. Et que pour qu'un tel événement puisse être vraiment fêter, célébrer, le Christ espère la guérison de toutes les surdités et de toutes les formes d'attitudes muettes.

Il y aurait sans doute un danger à croire que cet évangile ne s'adresse qu'aux personnes atteintes de ces types de vulnérabilités, de fragilités dans leur chair. Nous ne pouvons nous leurrer, cet extrait concerne également le fait d'être muet et les surdités qui coexistent en nos coeurs. Combien d'entre nous n'ont pas fait l'expérience, lorsqu'ils souhaitaient partager un incident, un événement important de leur histoire, se voir soudainement couper par leur interlocuteur qui ramenait alors tout à lui ou à elle. Dans de nombreuses discussions n'avons nous pas la tendance à ne pas écouter l'autre jusqu'au bout pour lui faire connaître d'abord nos convictions, nos idées. Nous ne vivons plus une discussion, un débat mais plutôt une joute oratoire où tout le monde sort perdant puisque nous sommes passés à côté d'une véritable rencontre humaine, en croyant que communiquer c'est tout simplement devoir donner son avis plutôt que d'essayer ensemble d'avancer sur une question, une problématique. Si tout ceci est tellement vrai, comment alors espérons-nous être capable d'entendre les signes vivants de Dieu parmi nous, si nous ne sommes pas à même de nous écouter les uns les autres. Or le Seigneur continue à s'adresser à nous par divers signes. Ce serait également une erreur de croire que notre surdité n'existe que vis-à-vis de l'autre qu'il soit parent, enfant, ami ou simple connaissance, ou encore vis-à-vis de Dieu qu'il soit Père, Fils ou Esprit. Non, nous devons nous rendre à l'évidence que cette surdité se vit également par rapport à nous-mêmes. Combien de fois, n'écoutons-nous pas les signes alarmants de nos corps. Ce qui conduit parfois certains et certaines d'entre nous à des catastrophes irréversibles. Pire encore, est cette surdité intérieure en lien avec notre coeur. Puissions-nous entendre cette phrase de Jésus, « ouvre-toi ». Oui, mais pour pleinement t'ouvrir aux autres, ouvre-toi d'abord à toi-même. Ecoute ton coeur, écoute ce que tu ressens au plus profond de toi, refuse de te fuir. Alors seulement, fortifié par ce temps d'écoute offert à ton coeur, tu peux commencer à parler, à quitter ce monde intérieur de silence dans lequel tu t'étais cloisonné.

S'ouvrir à soi, c'est donc être capable de se donner à nouveau la parole pour dépasser ses peurs ainsi que certaines convenances qui n'ont plus de raison d'être aujourd'hui. C'est vouloir réinstaurer un type de communication fondé sur la vérité de ce que l'on ressent, pour qu'une véritable rencontre puisse se vivre et s'épanouir. Retrouver la parole, renouer avec le langage du coeur, c'est prendre la responsabilité de laisser se répandre sa sensibilité, ses sentiments. Finalement, les seules choses qui véritablement importe au cours de cette vie sur cette terre. C'est donc entendre une rumeur en soi, dans le pli d'un silence. Refuser d'être muet, c'est oser se dépouiller d'une partie de son âme, se réjouir de ce rapt tout intérieur. Voilà de quoi nous souffrons sans doute le plus lorsque nous sommes muets avec nous-mêmes, c'est de ne pas assez voler dans notre coeur, de piller dans nos sentiments pour nous laisser véritablement déposséder. Vivons de ce rapt, seulement alors la parole coulera à nouveau par nos lèvres, de notre coeur, comme une source d'eau claire et limpide. Trop souvent nous restons sourd et muet, et si le miracle de Jésus était aussi pour nous aujourd'hui.

Amen.

12e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

« Pourquoi avoir peur ? »

C'est le soir ; il commence à faire nuit. Les disciples sont sur la mer, dans une petite barque fragile au milieu d'une grande tempête ; la barque a déjà commencé à se remplir d'eau ; elle va bientôt sombrer. Ils sont entourés d'obscurité et du chaos de la mer, ils vont mourir. Et Jésus leur demande pourquoi ils ont peur. Question curieuse. Dans de telles circonstances, qui n'aurait pas peur ? La merveille est le fait que Jésus n'ait pas peur. En fait, le mot grec qu'utilise S Marc ne signifie pas « avoir peur », mais plutôt « être lâche ». Jésus n'est pas contre la peur. Ce serait inutile ; la peur fait partie de notre vie, il y a beaucoup de situations face auxquelles il est normal d'avoir peur. C'est pourquoi le courage est nécessaire dans la vie humaine ; le courage suppose la peur. Jésus même aura peur dans le jardin de Gethsémani. Mais il vaincra sa peur, il se montrera courageux. Ici, les disciples ne se montrent pas courageux, ils sont saisis de panique.

Mais ce récit n'est finalement pas une leçon sur le courage. L'accent est plutôt sur le miracle, mais surtout sur la réaction des disciples au miracle. S'ils sont dans la crainte avant que Jésus n'apaise la tempête, ils y sont après aussi : « Saisis d'une grande crainte, ils se disaient entre eux : 'Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ?' ». Leur question n'est pas une demande de renseignement. Ils en connaissent déjà la réponse. Dans la mentalité juive la mer représente le chaos, l'incompréhensible ; la mer fait disparaître tout repère, on y est perdu. Sa force destructrice représente la violence et la mort. La mer est l'ennemi du Dieu qui donne l'ordre, la paix et la vie ; elle révèle la fragilité et l'impuissance de l'homme, et seul Dieu peut la maîtriser, et le fait qu'il peut la maîtriser révèle la puissance infinie de Dieu. C'est ce que la première lecture d'aujourd'hui, tirée du livre de Job, nous dit. La scène sur le lac rappelle les premiers versets de la Genèse - l'obscurité, la tempête, l'abîme, le chaos incompréhensible avant que Dieu ne prononce sa parole créatrice. Dans leur barque, les disciples sont au milieu de ce chaos, ils sont perdus, et ils sont menacés par la violence de la mer. Et Jésus prononce sa parole de puissance, sa parole de paix et d'ordre. La question des disciples montre qu'ils sont confrontés, en Jésus, à la puissance de Dieu, et qu'ils le savent. Ils passent d'une crainte à une autre, d'une incompréhensibilité à une autre, du chaos de la tempête où on ne se retrouve pas à la majesté mystérieuse et incompréhensible de Dieu. Le fait que Jésus apaise la tempête est plus qu'impressionnant ; pour les disciples, c'est un moment révélateur.

Il y a des moments révélateurs dans nos vies, des moments où nous voyons un aspect de la vie, du monde, de l'existence, dont nous étions inconscients. Pour prendre un exemple familier : la première fois qu'on tombe amoureux, c'est une révélation ; la personne dont nous tombons amoureux semble changée, elle nous ouvre son mystère. Mais le monde entier aussi peut nous paraître changé. Nous pouvons percevoir une intensité dans les choses, une vie, une profondeur, une richesse auxquelles nous n'avons même pas songé avant. Il y a une double révélation : on voit autrement la personne dont on est tombé amoureux, mais on voit le monde autrement aussi. Il en va de même pour les disciples de Jésus. Maintenant, ils voient Jésus autrement, ils voient en lui la présence divine, d'où leur crainte. Mais désormais ils verront autrement le monde entier aussi. A partir de ce moment le monde sera pour eux un monde sujet à la parole de Jésus, comme à la parole de Dieu. La parole de Jésus est la parole créatrice de Dieu. Même les choses menaçantes, qui font peur, comme les tempêtes, sont plus que le jeu aveugle des forces naturelles ; elles sont soumises à la parole de Jésus, et les disciples se voient entourés de la puissance mystérieuse de Jésus.

Dans ce récit, tout finit bien ; les disciples ne périssent pas, Jésus les sauve. Mais ils vont périr un jour. Pour eux, comme pour nous, tout ne va pas finir bien. Il y a souvent ceux qui, perdus dans une situation périlleuse, dans l'obscurité, dans le chaos, n'en sortent pas, qui crient éperdument vers Jésus, et qui finissent par périr. Marc, semble-t-il a écrit son évangile pour les chrétiens de Rome, qui périssaient sous la persécution de l'empéreur Néron. Ils criaient sans doute vers Dieu, vers Jésus, et ils périssaient quand-même. Le but de ce récit n'est pas de dire aux disciples qu'ils survivront s'ils font appel à Jésus ; ils savaient déjà que ce n'était pas le cas. C'était de leur rappeler que même dans le danger, dans la souffrance incompréhensible, dans la mort, ils n'étaient pas abandonnés. Ils étaient dans un monde animé par la parole de Dieu, de Jésus, et ils étaient entourés par sa puissance mystérieuse. Face à la souffrance, face à la mort, face au chaos, il fallait du courage, et c'est ce moment révélateur sur le lac, qui leur montre la majesté incompréhensible de Jésus, qui leur donne ce courage.

2e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

"Tu m'as appelé, me voici !"

Le petit Samuel entre dans une dynamique : à l'appel de Dieu, il se met debout ! Mais, seul, il ne peut découvrir son interlocuteur. Un autre doit entrer dans cette relation et doit lui prendre la main pour nommer l'auteur de l'appel. Ainsi, Eli n'intervient pas entre Dieu et l'enfant. Il n'interprète pas les paroles du Seigneur, mais il met l'enfant dans les conditions idéales pour connaître celui qui l'appelle.

L'initiative de la relation vient de Dieu. Cet appel divin met l'homme debout, même si celui-ci ne sait pas encore déterminer qui est à l'origine du message. "Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, et sa Parole ne lui avait @ encore été révélée. " Mais la réponse de Samuel est logique : il se présente à celui qu'il connaît et en qui il a confiance. A l'appel supposé d'Eli, il se lève et se déplace. C'est vraiment la démarche d'un enfant, d'un pèlerin, d'un croyant..... quelque chose ou quelqu'un l'interpelle et il fait ce qui lui semble juste. A travers Eli, nous découvrons une caractéristique du prophète : comme le parent, comme l'éducateur, il s'efface pour montrer l'Autre. Dans l'évangile, Jean, le Baptiste, s'efface également. Devant deux de ses disciples, il désigna Jésus comme l'Agneau de Dieu, pour permettre à ceux-ci de le suivre.

La première parole de Jésus, rapportée dans l'évangile de Jean, n'est pas un enseignement, mais une question : "Que cherchez-vous ? " Jésus commence par interroger les deux amis qui le suivent. Il s'intéresse à leur démarche. Il se met à leur écoute. Quelle est votre recherche ? Sans doute un peu embarrassés par cette question inattendue, comme pour se donner contenance, ils répondent :'Maître, où demeures-tu ? "

La réponse de Jésus aux deux disciples est une invitation à découvrir en Lui, ce qu'ils cherchent, et sans doute ce que tous les hommes cherchent "Venez.- et vous verrez" . Ils allèrent chez lui, y passèrent la journée. Mais ils ne savaient pas dans quelle aventure ils s'étaient engagés. Car la foi et la confiance ne sont jamais évidence et clarté. C'est un chemin qu'on prend en marchant à sa suite. Et tantôt, on avance, et tantôt on recule. On marche avec ses doutes et ses hésitations, avec amour aussi. On ne trouve peut-être pas tout de suite ce que l'on cherche. Mais l'important est de chercher. Toute leur vie durant et pas seulement ce jour-là, ils pourront découvrir dans l'humanité de cet homme, dans sa bonté, dans sa tendresse, dans son accueil, le secret du bonheur qu'il apportait, le visage de ce Dieu d'amour que confusément sans doute ils cherchaient.

"Que cherchez-vous ? "Cette question nous est aussi adressée. Savons-nous seulement ce que nous cherchons ? Pour répondre sans biaiser, nous dirions que nous sommes à la recherche de notre bonheur et celui des nôtres, que nous désirons la réussite de notre vie, que nous souhaitons la plénitude d'amour dans notre couple et l'épanouissement de nos enfants, que nous espérons des amitiés vraies et solides qui ne se dérobent pas aux heures difficiles. Dire notre recherche, c'est également en avouer les limites et prendre conscience que nous cherchons plus que ces objectifs, au fond très limités. Car, l'homme est cet être de désir qui ne cesse de se projeter au delà du présent. Il est le sujet d'un quête continuelle. Il est bien plus qu'un être de besoins à satisfaire. Au fond du coeur de chacun, il y a ce désir profond d'un bonheur qui nous dépasse, cette aspiration à la plénitude à rencontrer ce quelque chose ou mieux ce Quelqu'un qui pourrait nous combler parfaitement et nous satisfaire pleinement. N'est-ce pas le désir du bien, de l'éternel, du définitif, du parfait. Au fond, peut-être le désir de Dieu.

"Venez et vous verrez" nous dit encore le Maître. Oui, regarder, dans le coeur de Jésus, l'amour que cherchent les hommes, voir dans sa manière d'accueillir tout être humain, riche ou pauvre, malade ou étranger, pécheur, la tolérance que nous souhaiterions sans y parvenir, découvrir dans ces gestes de guérisons le respect des droits humains fondamentaux auxquels tout être aspire, comprendre dans les larmes du Christ pleurant -son ami Lazare le sens de nos déchirements devant la mort, voir dans la liberté de Jésus la vraie liberté à laquelle tous sont appelés. Regarder dans l'évangile, Jésus vivre, mourir et ressusciter nous invite à découvrir à travers lui qui est Dieu, son Père et notre Père. Mais il faut aller plus loin.

Aujourd'hui, Jésus nous appelle-t-il encore à le suivre ?. Comme Eli avait amené Samuel à rencontrer le Seigneur, comme Jean-Baptiste a conduit les deux disciples vers Jésus, de même nous n'ignorons pas quels intermédiaires inattendus nous conduiront à Jésus et par Lui à Dieu. Si, au delà de l'Ecriture, nous reconnaissons dans la vie courante la présence du Christ dans celui qui crie, celui qui appelle, celui qui a faim, ou soif, qui est malade ou prisonnier, alors notre vie ne peut plus être statique. Il nous faut répondre "Me voici".

4e dimanche de Carême, année B

Auteur: Braun Stéphane
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Ce que je vais exprimer ce soir n'est peut-être pas très théologique et fera peut-être bondir Philippe. Mais tant pis, c'est ce que je ressens et je vais le livrer tel quel. Chacun de nous a déjà connu des moments de vrai bonheur. Des moments où on se sent vraiment bien avec soi-même, où on chante tout seul, très fort, au volant de sa voiture, dans sa chambre ou devant un beau paysage. Je crois que ce bonheur qui nous habite à ces moments-là ne vient pas de nous-mêmes et ne vient pas tout seul. Sa source n'est pas biologique. Je crois que l'origine de ce bonheur est chaque fois dans une relation privilégiée, que ce soit avec quelqu'un qu'on aime, avec soi-même ou avec Dieu. Je crois en cette relation privilégiée au cours de laquelle l'autre devient tellement important pour moi, qu'il prend de la place en moi, qu'il m'habite.

J'ai envie de dire que ce bonheur, cette énergie-là, non seulement vient de Dieu, mais est déjà un peu Dieu en nous. Je crois vraiment que nous avons Dieu en nous mais que nous restons libres et que c'est notre responsabilité de Le faire vivre au coeur de nos relations. Un peu comme si nous avions en nous un merveilleux moteur mais que notre liberté reste de choisir son carburant et d'employer l'accélérateur.

Je crois que Jésus c'est un peu cela aussi. C'est un homme comme nous mais tellement rempli, envahi par Dieu qu'il est Dieu lui-même.

J'oserais presque dire que pour moi, l'homme Jésus c'est un peu l'emballage ou l'habillage de Dieu, que cet homme nous a été envoyé pour que Dieu soit visible, compréhensible, sensible, je dirais même palpable.

Et si cette passion et mort de Jésus que nous allons célébrer bientôt n'était que la déchirure de cet emballage, de cette enveloppe pour libérer et nous laisser cette extraordinaire énergie, cette force d'aimer avec pour liberté et mission de l'employer ?

Je crois que Pâques ou la Résurrection c'est aussi cela. Je vous dis tout cela parce que depuis tout juste un an, je me pose beaucoup de questions sur la mort, la séparation, sur la vie après la vie, sur ce qui reste du disparu. J'ai lu et entendu de beaux textes : " qu'il est là en face, sur l'autre rive...que sa voile est là-bas, tout près dans la brume...qu'il est tout près de nous, juste dans la pièce d'à côté...etc.. " Ces textes sont beaux mais ne rencontrent pas vraiment ce que j'ai vécu et vis maintenant.

Dans une vie de couple, beaucoup de temps se passe à la gestion du quotidien, au train-train journalier. J'ai eu parfois l'impression de manquer d'air, et je sais que c'était dans les deux sens. Plus d'une fois, lors de moments de relation plus difficile, j'ai rêvé de tout ce que je pourrais faire si j'étais seul et indépendant. Et maintenant que je suis seul, je ne suis pas indépendant, je ne me sens pas du tout libéré d'une attache ou de contraintes mais je me sens enrichi d'autre chose. Je sens vraiment en moi autre chose, une énergie nouvelle. l'approche de la semaine Sainte et de Pâques m'éclaire et me donne l'occasion d'y réfléchir.

Je crois vraiment que l'homme comme Jésus est créé à l'image de Dieu. Et comme pour Jésus après la mort d'un être cher on ne vit pas de son souvenir mais de ce qu'il nous laisse. Les souvenirs sont ancrés dans notre mémoire, ils font partie de notre histoire mais ils se réfèrent à notre passé. C'est notre album de photos ou notre montage vidéo. Les souvenirs nous font rire ou pleurer mais ils ne nous font pas vraiment vivre.

Après la mort de Marie-Noëlle, ce qui continue à me faire vivre, et même plus fort qu'avant, c'est toute cette énergie, cette force d'aimer qui l'habitait et que la mort de son corps a libérée. Cette force d'aimer n'est pas partie avec elle, bien au contraire. C'est un merveilleux cadeau qu'elle nous a laissé et transmis en héritage. Je crois que c'est déjà un peu sa résurrection ou sa vie qui continue en moi. c'est aussi sa participation à la résurrection de Jésus.

Pâques n'est pas la célébration d'un souvenir. c'est aussi nous rappeler que nous avons en nous un héritage et en sommes responsables et que mourir peut être transmettre la vie, la vraie Vie.

C'est la fin de l'hiver, les brouillards s'estompent. Déjà sortent les jonquilles et fleurissent les forsythias. C'est bientôt Pâques. Pourquoi ne pas y croire ?

4e dimanche de Carême, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Jn 3, 14-21

Aujourd'hui, il semble que rien ne va plus... C'est la crise. La mondialisation de l'économie a comme conséquence la fermeture de grandes usines. C'est le chômage, les grèves, la vie chère. C'est la pollution, la violence... Des moments viennent où nous sommes prêts à nous prendre à tout, où nous cherchons des responsables et des coupables. Il est bon alors de nous souvenir que, dans son regard sur notre monde, Dieu nous indique souvent une direction inverse à celle que nous suivons facilement. L'évangile de Jean nous dit aujourd'hui : "Dieu n'a pas envoyé son fils dans le monde pour le juger, mais pour que par lui, le monde soit sauvé. "

Ainsi les textes de la liturgie de ce jour nous présente l'amour que l'Eternel a pour toute l'humanité. Déjà, toute l'histoire d'Israël apparaît comme un dialogue incessant recherché par Dieu, avec les hommes. Il les a créés à son image. Ils sont un peu comme le reflet de ce qu'Il est en Lui-même, et Dieu est comme séduit par le chef d'oeuvre de sa création.

Dans le prendre Testament, la relation avec l'Eternel nous est présentée en termes d'épousailles. Dieu se fiance l'humanité qu'il a créé. Il fait alliance avec son peuple. Et puisqu'Il aime, Il suppose la réciprocité. Il attend en retour un amour de la part des humains. C'est là le sens profond de la Loi. Régulièrement, Il envoie les prophètes pour rappeler cette alliance. Car Il ne s'arrête pas aux échecs. Sans cesse Il repropose son amour.

C'est tout le message du livre des chroniques, dont nous avons lu un extrait dans la première lecture. Rédigé après l'exil, à l'époque d'Esdras, au moment où ce dernier essaye de restaurer le culte de Yaveh à Jérusalem, l'auteur relit toute l'histoire comme un mouvement de Dieu qui sans cesse est à la recherche d'une réponse d'amour de la part de son peuple. Il envoie ses prophètes, Jérémie et même le païen Cyrus rappeler sa cause. Finalement, comme le dit encore l'évangéliste Jean, il nous envoie son propre fils : "Dieu a tant aimé le monde, qu'il a envoyé son propre fils pour le sauver ".

Si Dieu fit l'homme à son image, très souvent les hommes ont imaginé Dieu selon leur propre image, selon leurs aspirations et leurs désirs. Comme les humains rêvent de puissance, comme ils rêvent de tout savoir et de tout connaître, comme ils souhaitent dominer la terre et leurs frères et soeurs, ils se sont fabriqué une image de Dieu qui leur conviennent. Dieu est soi-disant comme eux tout-puissant, omniscient, vengeur et vindicatif Il est donc nécessaire d'obtenir ses bonnes grâces et sa bienveillance ou encore d'apaiser son courroux...

Par ses paroles, par ses comportements et par sa vie offerte et sa mort cruelle, Jésus nous dit tout autre chose de Dieu. Il nous révèle un Dieu amoureux de l'homme et de tous les hommes, mais en même temps vulnérable et donc à la merci des humains -C'est donc un Dieu qui a un projet admirable de bonheur pour tous et qui en même temps dépend totalement de nous pour réaliser son rêve Dieu veut la vie pour l'homme et pour tous les hommes. Il ne veut pas la mort de quelqu'un, en tous cas pas celle du pécheur et donc pas celle de son fils, Jésus. Un père souhaitant la mort de son fils nous paraît comme un sentiment abominable

La mort de Jésus n'a pas été voulue par Dieu, demandée et exigée par lui. Si Jésus est mort c'est parce que des hommes l'ont tué. Il a été victime de la méchanceté humaine, comme aujourd'hui meurent encore dans notre mort un tas d'innocents souvent même dans l'indifférence générale.

Il nous faut donc changer de regard et considérer que Dieu n'exigeait pas pour pardonner nos péchés le paiement de notre dette par la mort de son Fils. Jésus n'avait pas à payer à notre place pour apaiser la colère divine. C'est tout le drame de l'opposition des juifs a Jésus. Refusant d'être mis en cause et ayant peur pour leur propre pouvoir, ils l'ont supprimé.

"Quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs oeuvres étaient mauvaises. Tout homme qui fait le mal déteste la lumière. Il ne vient pas à elle, de peur que ses oeuvres lui soient reprochées.

Il est vrai que l'homme religieux, présent dans le coeur des chefs des prêtres et des pharisiens, mais aussi toujours renaissant en nous, veut s'assurer contre Dieu. "Puisque j'observe ta loi, tu dois me récompenser" ou encore "Vois mes sacrifices et mes mérites, tu dois exaucer ma prière." ou bien négativement "qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu pour qu'il m'abandonne ainsi ?" C'est la religion du troc ! A cela, il nous faut affirmer : "ON N'ACHETE PAS DIEU" Dieu n'est pas à vendre, mais il est à rencontrer dans une relation d'amour. A une économie de marché, qui est de l'ordre de la religion, Jésus substitue une économie de grâce et de don, en surabondance. Jésus n'a pas calculé. Il a aimé. Vulnérable, il s'est laissé prendre, il s'est laissé trahir par Judas, il s'est livré aux juifs pour épargner les siens.

Ainsi Jésus présente une image de Dieu toute différente : un Dieu se donnant à l'homme avec un amour fou. Il a préféré abandonner sa propre vie plutôt que de changer quoique ce soit au message d'amour et de compassion qu'Il venait apporter de la part de Dieu. Il est allé jusqu'au bout du don, manifestant ainsi l'amour sans limite que Dieu a pour les hommes. "Par sa bonté pour nous, dans le Xt Jésus, il voulait montrer la richesse infinie de sa grâce. " nous dit l'apôtre Paul.

Au moment de sa mort, le voile du temple se déchire. C'est le signe de la fin d'une alliance pour en fonder une nouvelle. Car la seule gloire de Dieu, désormais n'est plus le saint des saints, mais le crucifié.

"De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, épargnant ainsi ceux qui avaient été mordu par les serpents, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle. " Il est bon de rappeler ici la parole de l'apôtre "Nous prêchons un Jésus crucifié, scandale pour les juifs et folie pour les païens"...

Le crucifié, c'est l'image d'un Dieu qui meurt par amour. Telle est notre foi. Jésus n'est pas seulement un prophète que l'on tue. Il est Dieu lui-même donnant sa vie par amour Il nous faudrait nous en souvenir, au moment où dans quelques jours nous allons faire mémoire de la passion et de la résurrection de Jésus. Nos croix qui ornent nos maisons, que nous dressons aux carrefours des chemins ou dans nos chapelles, mêmes celles que nous portons comme bijoux ou pendentifs sur nos poitrines, sont bien autre chose qu'un talisman. Elles sont le témoignage d'un amour fou de Dieu. Souhaitons qu'à cette lumière "nos oeuvres soient reconnues comme les oeuvres de Dieu".

4e dimanche de Carême, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Jn 3, 14-21

Ce jour là au catéchisme, les enfants avaient lu et commenté le texte de la traversée de la Mer Rouge. Lorsque le petit Samuel, vivant à Jérusalem, rentra chez lui, sa maman lui demanda ce qu'il avait appris au catéchisme. Il lui répondit : les israéliens s'enfuirent d'Egypte et Pharaon envoya son armée derrière eux. Les israéliens arrivant devant la Mer Rouge, se trouvent bloqués car ils ne peuvent pas la traverser. Or l'armée égyptienne avançait à grands pas. Elle était devenue très proche. Moïse voyant cela contacta par son GSM l'armée israélienne qui envoya un esquadron pour bombarder l'armée égyptienne pendant que la marine israélienne faisait un pont de fortune pour permettre aux fuyards de traverser la mer ». La maman fut plutôt choquée par un tel récit. Est-ce vraiment ainsi que ton catéchiste t'a raconté l'histoire de Moïse et de la traversée de la Mer Rouge, demanda-t-elle ? « Pas tout à fait, admit Samuel, mais si je te l'avais racontée comme lui l'a fait, tu ne m'aurais jamais cru ». L'enfant avait bien saisi l'invraissemblance de cette histoire. S'est-elle réellement produite, je n'en sais rien et je ne souhaite pas m'y attarder. Ce qui est par contre intéressant c'est qu'elle nous rappelle que l'histoire de Dieu, l'histoire de la Bible est de l'ordre de l'invraissemblable, elle dépasse notre logique humaine. Comment ne pas s'étonner de cette phrase de saint Jean : Dieu a tant aimé le monde qu'il a doné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. Ces quelques mots résument le sens de notre foi. Si nous croyons nous avons la vie éternelle, ceci est encore plus invraissemblable aux yeux des êtres humains que l'histoire de la traversée de la Mer Rouge. Pourtant par notre foi, nous y croyons, en tout cas, nous espérons que notre vie ne s'arrête pas au moment de la mort, que cette dernière n'est qu'un passage, une étape vers cette vie éternelle promise. Ces quelques mots de l'évangile nous recentre vers l'essentiel au coeur du brouhaha de nos vies quotidiennes.

Reconnaissons que trop souvent nous nous laissons submerger par nos activités, ne plus perdre une minute devient notre leitmotiv. Le « Je n'ai pas le temps » est devenue l'expression fétiche de notre société. Dommage qu'aujourd'hui « je n'ai pas le temps » alors que je suis invité a décliner une telle expression au futur plutôt qu'au présent. Saint Paul, dans sa Lettre, nous invite a découvrir, que notre agitation quotidienne nous conduit à répéter à longueur de journée ce « je n'ai pas le temps ». Cependant si nous osions nous dire « je n'aurai pas le temps », la façon de vivre notre présent changera. Cela peut sembler compliqué, alors je vous convie à écouter et méditer cette chanson (Chanson de Michel Fuguain).

Le « je n'aurai pas le temps », c'est tout simplement reconnaitre et accepter que dans la vie qui nous a été donnée, nous ne serons jamais capable de pouvoir tout faire, tout réaliser. L'univers est trop vaste pour qu'un seul homme, une seule femme arrive à cela. Nous ne sommes pas Dieu. Alors n'est-il pas plus que temps comme le rappelle saint Paul de mettre un ensemble de « il faut » au placard. Ce n'est ni notre agitation, ni notre travail, ni toutes nos petites occupations qui vont nous sauver. La fébrilité nous détourne de notre destinée. C'est avant tout la grâce qui nous sauve. Non pas nous-même et encore moins nos actions. Le salut nous est donné. La réalisation de notre humanité, de notre propre destinée est le sens premier de notre salut. Cela nous est offert pas un Dieu qui aime profondément le monde qu'Il a créé comme le rappelle avec force l'évangile de ce jour.

Comment faire pour comprendre, êtes-vous en droit de me demander ? Tout simplement en nous arrêtant de courir pour nous promener à nouveau sur le chemin de l'essentiel, c'est-à-dire celui qui nous fait découvrir que chaque petit détail est une source de bonheur. L'extraodinaire peut aussi commencer, quand nous nous arrêtons. Souvenons-nous en, en ce temps de carême. Au risque même d'être dépassé par le temps.

Amen.

Ascension

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

Un confrère dominicain prêchait l'année passée à l'occasion de cette fête de l'Ascension en disant que le Père du Ciel n'avait plus le choix. Il ne pouvait que reprendre son « gamin » auprès de Lui, car le fait qu'il soit ressuscité posait déjà assez de questions comme cela. Retourner auprès du Père était le cours normal des choses. Un peu facile comme explication me semble-t-il. S'il est vrai que la résurrection est avant tout un acte de foi, je crois pouvoir dire qu'il en va de même pour l'Ascension. Nous sommes en droit de nous questionner sur le sens d'un tel événement. La prédication de mon confrère religieux ne m'ayant pas tout à fait convaincu, je confesse que, sur les conseils de Lucie Struyf, membre de l'Equipe pastorale, je suis allé voir du côté de nos concurrents : les jésuites. Et je dois bien admettre, à regret il va sans dire, que le père François Varillon, membre de la Société de Jésus peut sans doute nous éclairer dans la compréhension de ce mystère.

Jésus se devait de monter au « ciel », écrit-il, non pas le « ciel » au-dessus des nuages, mais ce ciel qui est la rencontre intime de Dieu et de l'homme, le contact de l'être de l'homme avec l'être de Dieu. Ou pour être plus précis encore, le ciel, vécu comme avenir de l'homme, avenir de l'humanité. Et l'Ascension en est le signe visible. Elle est la fête qui inaugure cet instant, qui fait exister ce Ciel. Et ce, à partir d'un départ. Or bien souvent les départs, surtout quand on aime, sont douloureux. C'est ce que les apôtres ont du vivre. Pourtant, constate un des auteurs favoris de mon adolescence, « lorsque vous vous séparez de votre ami, vous ne vous affligez pas ; car ce que vous aimez le plus en lui peut être clair en son absence, de même que pour l'ascensionniste la montagne est plus nette vue de la plaine ».

Le départ de Jésus vers les cieux ne signifie pas la fin d'une histoire mais plutôt le début de l'éternité, de notre éternité. Si Jésus n'était pas « monté » au ciel, il serait encore parmi nous, au milieu de nous, pire, extérieur à nous, comme je vous suis extérieur et comme vous m'êtes extérieurs. Son départ symbolise dès lors un nouveau mode de présence, non plus une présence proche, visible et à nos côtés mais plutôt une présence à la fois tout intérieure, universelle, hors frontière et hors du temps. Une vraie présence, vécue sur le mode de l'absence, un peu comme lorsque nous vivons un deuil, ce temps nécessaire pour que l'être disparu vive à jamais en nous.

Dieu, Père, avait sans doute compris que s'il laissait son Fils sur terre, nous autres, humains, nous nous serions sans doute infantiliser, nous aurions régresser puisqu'à chaque décision à prendre nous aurions pu l'interroger pour qu'il nous dise la bonne voie à prendre. Il n'aurait pas pu se tromper puisqu'il est Dieu... Notre vie sur terre serait plus facile à vivre mais à l'inverse, nous n'aurions plus été responsables de nos destinées. J'espère que Dieu refusera toujours d'écrire lui-même notre histoire. Je ne crois pas que Dieu ait véritablement un projet sur l'homme, par contre je suis convaincu que l'homme est le projet de Dieu. Voilà toute la différence. Dieu nous veut hommes et femmes, adultes responsables, construisant nous-mêmes notre histoire. Nous sommes des êtres reçus et en devenir. Le départ du Christ, son Ascension, est donc essentiellement de sa part le respect de notre liberté. Une liberté qui nous permet de construire notre avenir. Jésus nous a laissé un message, une tâche à accomplir. Nous avons un coeur et une intelligence, à nous de les utiliser dorénavant au service de notre humanité. C'est à nous qu'il appartient, en pleine responsabilité, de prendre les décisions qui conviennent pour l'avènement d'un monde plus humain, plus juste. Nous n'avons pas d'inquiétude à avoir, le Christ reste bien présent dans chacune de ces décisions humanisantes pour leur donner une dimension divine. En d'autres termes, nous pouvons dire, avec Varillon, que le Christ divinise ce que nous humanisons. Nous sommes liés à lui de la sorte dans cette intimité de Dieu que nous appelons Ciel.

Par son Ascension, le Christ s'en est allé et pourtant, c'est ainsi qu'il nous est le plus profondément présent. Comme le dit si bien Claudel, « il faut que je vous soustraie mon visage, pour que vous ayez mon âme ». Dorénavant nous vivons dans cette intimité divine, réconforté par la présence de l'Homme-Dieu. Que cet acte de foi, nous permette de vivre et d'agir en conséquence pour que la terre que nous laisserons aux générations futures soit plus humaine.

Amen.

Noël

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Noël
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

Il avait pris sa plus belle plume d'ange et dans un ciel étoilé, il inscrivit avec des lettres de lumière : Voici que je viens annoncer une bonne nouvelle : aujourd'hui vous est né un Sauveur. Laissons résonner en nous cette musique comme si nous l'entendions pour la première fois. Une bonne nouvelle raconte les astres lumineux. Mais une nouvelle, c'est quelque chose qui vient changer la vie. Une bonne nouvelle, c'est du bonheur prêt à germer. Aujourd'hui, ce qui rend le coeur léger c'est l'annonce d'une naissance : Jésus, Dieu s'est fait homme né d'une femme. Dieu habite dorénavant parmi nous. Il réside en nous. Depuis des millénaires, des générations d'hommes et de femmes ont cherché Dieu à tâtons. Ils ont rêvé, espéré, imaginé un certain type de Dieu. Celui qui évidemment risquait de ne pas trop les remettre en cause, Celui qui leur dirait ô combien ils avaient bien agi jusqu'ici. On attendait un Dieu tout-puissant, un Dieu inconnu, un Dieu de splendeur et de majesté, un Dieu bien éloigné. Un Dieu qui laissait peu de place pour l'imprévu.

Et Marie met au monde un bébé, un petit bout d'homme, fragile comme tous les nouveaux-nés. Cela n'a rien d'extraordinaire : sur notre terre, il y a à chaque seconde une femme qui accouche. Et une naissance change tout. C'est la nouvelle la plus extraordinaire qui soit, c'est la plus belle histoire qui commence puisque c'est celle de la Vie, de notre vie. Cela ressemble même un peu à un conte de Noël ! Mais... nous est-il permis de nous laisser bercer par un conte lorsqu'on songe à l'étrange situation dans laquelle nous nous trouvons ?
-  aux « affaires » qui secouent notre pays depuis des mois ;
-  aux familles déchirées dans leur amour par un départ, une perte ;
-  aux foules abandonnées sur les routes de l'exil dans la région des Grands lacs ;
-  aux réfugiés à nos portes ici à Rixensart ;
-  à toutes celles et tous ceux que la violence, le chômage, le surendettement plongent dans le désespoir.

Il n'y a donc plus d'avenir pour notre humanité. Noël devient soudainement bien sombre. Pourtant, pourtant tout comme il y a deux mille ans, Jésus vient habiter nos vies et notre monde d'aujourd'hui dans toute leur épaisseur humaine. Alors, dites, dites et si c'était vrai... comme le chantait Jacques Brel. Dites, si c'était vrai que nos fragilités, nos vulnérabilités, nos ténèbres étaient encore et toujours le lieu même où brille l'Etoile de Noël, si c'était vrai que nous devenions la terre où germera celui que nous appelons Sauveur. Comme si, en ce jour, l'Enfant Dieu sommeille en nous et nous entraîne vers l'incroyable, l'inouï.

Noël, un mystère bien compliqué pourrions-nous penser, pourtant il a été révélé à de simples bergers. Et eux, ils ont tout de suite compris le sens de cette Etoile qui a brillé plus fortement que les autres. Quelle drôle d'idée pour Dieu de se faire bébé. Etonnant, surprenant, mais ô combien merveilleux : Dieu aujourd'hui, dans toute sa fragilité de nouveau né, se laisse prendre dans nos bras. Il nous invîte à nous émerveiller. Dieu si petit, si tendre. Dieu qu'on a peur de laisser tomber. Dieu qui nous fait fondre et qui nous laisse vivre nos sensibilités les plus profondes. Dieu qui nous fait vibrer aux cordes de nos paternités et maternités. En cette fête de Noël, Dieu s'offre à nous tout en sentiment. Dieu s'est fait homme et l'homme devient ainsi Dieu. Un Dieu de bonheur fascinant qui nous rappelle que la vie ne s'écrit pas, ne se raconte pas d'abord mais se vit. La vie, ma vie, c'est à moi de la créer. Et Dieu en se faisant homme nous offre une telle possibilité. Je suis l'auteur et le conteur de la plus belle histoire du monde, celle que je ne me lasserai jamais de composer puisqu'elle dit tout simplement un peu de moi et un peu de Dieu. Je n'ai plus besoin de rêver, de jouer à ces super héros adulés. Je peux créer mon histoire avec mon héritage fait de forces et de fragilités. Et pourquoi m'en ferais-je puisque je suis appelé à être Dieu, même dans mon humanité.

Au risque de nous répéter mais Noël est bien ce conte merveilleux. Avec une petite différence : notre histoire, elle s'est vraiment produite, il y a bientôt deux mille ans. Pour nous rejoindre, Dieu a choisi la nuit, la fragilité, l'insécurité. En ce moment de Noël, la toute-puissance de Dieu prend le visage, le corps d'un Enfant tout petit, désarmé, vulnérable... Ces chemins ne seraient-ils pas l'Etoile qui illumine notre aujourd'hui nous qui sommes poussières d'étoiles...

Amen.

14e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Je ne comprends pas, me disait-il, l'air un peu désabusé, que des gens puissent perdre leur temps à lire des passages de la Bible. Vous vous rendez compte dans un monde comme le nôtre, avec tous les progrès scientifiques, psychologiques, pourquoi vouloir continuer à gaspiller son énergie avec de si vieux textes qui ne veulent vraiment plus rien dire aujourd'hui. C'est vraiment un livre pour frustrés, pour gens qui ne vivent plus avec leur temps, qui sont complètement dépassés,..., poursuivait-il. Je ne critique pas votre choix évidemment. Evidemment. Mais je crois que vous êtes tout à fait à côté de la plaque, vous êtes un naïf, vivant dans son petit nuage. Je trouve cela tout simplement dommage pour vous, concluait-il.

Pauvre de moi de vouloir continuer à me confronter à ces textes ou plutôt pauvre de lui de s'être enfermé dans des considérations pareilles. Pauvre de lui de ne pas avoir désiré ouvrir le Livre par excellence. Aujourd'hui encore et à nouveau, la Bible nous offre une recette de vie, une méthode qui nous permettra de réussir tout ce que nous entreprendrons ici sur terre. En une petite phrase, saint Paul résume le sens du succès personnel, professionnel et affectif. Alors que des auteurs contemporains écrivent des livres sur de tels thèmes, saint Paul le dit en quelques mots : car, lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort.

Paradoxe étonnant, mais nous ne sommes plus à un près avec un tel auteur. En quoi une telle phrase peut-elle nous aider à nous insérer et à nous épanouir dans un monde comme le nôtre, sommes-nous en droit de nous demander. Tout simplement en construisant sa vie sur ses faiblesses, en élevant au rang de vertu la notion de fragilité. Quand comprendrons-nous que faiblesses et fragilités font la richesse de notre personnalité. Ce sont ces qualités-là qui permettent la rencontre humaine. Nous pouvons admirer des forces chez l'autre, mais jamais les aimer. Ne voir que les forces est un leurre, car c'est croire que l'autre a atteint une certaine perfection. Miser la rencontre sur les forces, c'est comme si deux feuilles de papier bien lisses essayaient de se coltiner alors qu'elles glissent et passent à côté l'une de l'autre. Deux feuilles de papier chiffonnées par contre peuvent se mêler. Cela signifie que pour qu'une rencontre soit possible, ce que nous aimons chez l'ami, chez l'aimé, ce sont plutôt ses errances, ses questions, ses fragilités. Ne sommes-nous pas vraiment heureux d'un moment d'amitié voire même d'amour lorsque l'autre s'est totalement livré à nous, abandonné à l'espace que nous lui avons ouvert en nous offrant toute sa vulnérabilité. Lorsque le partage se vit à ce niveau, une alchimie se réalise entre les personnes. Ne serait-ce d'ailleurs pas une telle alchimie qui permet à Dieu de venir s'inscrire dans nos relations ? Reconnaître que c'est le désir de rencontre de nos fragilités qui fait la richesse d'une relation, c'est peut-être tout simplement le début d'une vie où nous pouvons laisser tomber nos masques respectifs.

Si c'est vrai pour notre vie personnelle, je crois qu'il en va tout autant de même pour notre vie professionnelle. Reconnaître ses faiblesses et construire sa vie à partir d'elles, c'est avoir la simplicité, l'humilité d'accepter que nous avons chacune et chacun notre chemin d'humanité, que notre singularité est importante. Construire sur ses faiblesses, c'est être capable de les accepter, de les intégrer.

Fort de cela, nous mettons en place ce qu'il faut ; pour éviter de trébucher. Nous acceptons qu'il y a certaines eaux dans lesquelles nous ne sommes pas prêts à naviguer. Vivre et se réjouir de sa vulnérabilité, c'est reconnaître que nous formons un tout composé à la fois de forces et de fragilités. Et l'intérêt de fonder son histoire sur ses dernières, c'est que lorsque la vie nous réserve de mauvaises surprises, nous avons toutes nos forces qui sont là pour nous aider à traverser ce désert, cette tempête. Nier ses faiblesses, c'est se nier soi-même. Fonder sa vie sur ses forces, c'est prendre le risque de tomber bien bas lorsque des ébranlements se vivent, car à ce moment précis, nous refaisons la découverte douloureuse d'une vulnérabilité non assumée. Et quand nos fragilités nous paraissent trop lourdes à porter, il nous suffit alors de les vivre en Dieu. Dès lors je crois que nous pouvons dire que vivre de ses faiblesses, c'est vraisemblablement jouer gagnant.

Prétendre alors que la Bible ne dit que des vieilles choses démodées, c'est passer à côté d'une sagesse de vie. Notre clef de bonheur aujourd'hui trouve son sens car c'est lorsque je suis faible que c'est alors que je suis fort. Amen.

25e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Mc 9, 30-37

Il y a dans ce petit extrait de l'évangile deux scènes qui n'ont peut-être rien à voir l'une avec l'autre : Sur la route, Jésus parle aux disciples de sa passion et de sa résurrection ; puis, à la maison, il leur dit comment devenir le premier. Ces deux scènes peuvent être tout à fait indépendantes l'une de l'autre, mais il y a un lien entre les deux qui me frappe. Dans la première scène, en parlant de sa passion, Jésus dit qu'il sera livré aux mains des hommes. C'est-à-dire, il sera comme un impuissant, quelqu'un qu'on peut donner aux autres, quelqu'un qu'on peut prendre et traiter comme on veut. Dans la seconde scène Jésus prend lui-même quelqu'un d'autre, et il le traite comme il veut. Dans les deux cas il s'agit d'une sorte d'accueil, mais la qualité de l'accueil est très différente. A Jérusalem, les autorités politiques et religieuses vont prendre Jésus, le maltraiter et le tuer, évidemment sans lui demander la permission. A Capharnaüm, Jésus prend un enfant, apparemment sans lui demander la permission (on ne demande pas la permission aux enfants), et il l'embrasse. A Jérusalem, c'est l'accueil de la haine, l'accueil qui tue. Jésus n'y survivra pas. Certes, il vivra après, mais il faudra le miracle des miracles, la résurrection, pour vivre après cet accueil. Par contre, Jésus accueille avec un geste d'amitié, même d'amour. L'enfant n'a pas besoin d'un miracle pour y survivre. L'accueil de Jésus ne menace pas sa vie ; au contraire, il favorise la vie et l'épanouissement, c'est un accueil vraiment humain.

Quand Jésus prend cet enfant, c'est dans le contexte d'un enseignement sur la grandeur, enseignement qu'il donne parce les disciples discutent entre eux pour savoir qui est le plus grand. Les disciples savent déjà qu'il ne leur est pas bienséant, d'avoir une telle discussion. C'est pourquoi ils ne répondent pas quand leur demandent de quoi ils parlent. Quand leur maître vient de dire qu'il va être maltraité et tué, il ne leur convient pas de se préoccuper d'eux-mêmes et de leur statut. Jésus leur dit que si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier. Alors, on s'attend à ce qu'il prenne l'enfant et leur dise que pour être grand il faut devenir comme ce petit enfant, comme quelqu'un qui n'a aucune autorité et qui est soumis à l'autorité de tout les autres. On s'attend à ce que cet enfant enfant devienne le modèle du disciple. Mais Jésus agit autrement. Il leur dit simplement qu'il faut accueillir en son nom, comme ses disciples, les enfants, les impuissants. Cela n'a rien à voir avec la discussion sur l'importance relative des disciples. Le geste d'accueil que fait Jésus dépasse cette discussion, la détourne. Quand ils discutent pour savoir qui est le plus grand, les disciples pensent à eux-mêmes. Jêsus réagit à cette discussion de deux façons différentes. La première réponse de Jésus est de renverser les valeurs : Vous voulez être grands ? Soyez petits ! Il leur propose effectivement une façon paradoxale de devenir grand, ou une échelle de grandeur renversée : Si vous vous croyez grands, croyez-vous petits. Mais il finit par les détourner de cette question. Il leur dit : Accueillez les petits, les faibles, favorisez leur vie, et vous accueillez Dieu. Ne pensez pas à vous-mêmes et à votre statut, mais aux autres. La question de statut, de savoir qui est plus grand ou moins important que les autres, n'existe finalement pas pour les disciples de Jésus. Peut-être que dans le monde politique, et dans l'Église considérée comme une structure humaine, le pape est une figure centrale. Mais, pour les disciples du Christ, un pape n'est ni important ni peu important, il n'est ni plus important ni moins important que nous. Si on est disciple de Jésus, on pense autrement ; pour le pape, comme pour nous, l'important est d'accueillir, de ne pas maltraiter les autres, mais de les traiter humainement, de se soucier de leur vie et de ne pas les tuer, comme les autorités de Jérusalem, les hommes dits grands et importants, tueront Jésus

25e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Qui donc est le plus grand ?

Les disciples de Jésus n'étaient pas très fiers, car, en chemin, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus important.

A priori, nous aurions nous aussi peut-être tendance à les blâmer, parce qu'ils se disputent pour les premières places. A y regarder de plus près, il faut bien admettre que la compétition a quelque chose de positif Avancer, grandir, chercher à devenir meilleur, à acquérir plus de connaissances, à être plus compétent, réussir, gagner, tout cela est important . Cela fait partie de notre vouloir vivre, de la mise en valeur de nos capacités. Cela donne du dynamisme et de l'enthousiasme. Et aujourd'hui, dans notre monde de battants, c'est même nécessaire pour se faire une place au soleil.

Seulement, voilà, il arrive parfois que cette lutte nécessaire, s'accomplit au détriment des autres, au prix de l'écrasement de celles et ceux qui nous entourent . E y a là souvent un aspect mortifère, à la compétitivité. Pour gagner, pour être le premier et le plus grand, le plus fort, il faut absolument anéantir les autres concurrents. Cela ne s'accorde pas très bien avec l'esprit de Jésus qui nous déclare "Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le serviteur de tous !"

Il arrivent que des personnes, parfois célèbres, accomplissent des oeuvres de bonté et de solidarité, Tout en réussissant leurs croisades du coeur, elles mettent en évidence et en lumière les grandes carences de l'organisation de nos sociétés, et l'incapacité des gouvernements d'enrayer les ravages de la grande pauvreté et de la misère. Comme pour se défendre, ou pour justifier une situation, on colportera volontiers les critiques vis à vis de ces actions humanitaires et l'on mettra en lumière les limites de leur efficacité. A l'occasion du décès de Mère Thérésa, les médias nous ont beaucoup parlé de son oeuvre, de la façon dont elle a permis à tant de malheureux de Calcutta de mourir, non pas dans la rue, mais d'une manière plus humaine et plus digne. Mais en même temps, d'autres ont essayé de dénigrer son action, lui reprochant d'agir uniquement sur les conséquences de la pauvreté en Inde, et de ne jamais remettre en question les causes de cette immense misère. D'autres lui ont reproché même de glorifier la souffrance de ces pauvres, comme si celle-ci avait en soi une valeur importante et rédemptrice. Et nous-mêmes, ne nous arrive-t-il pas de nous irriter lorsqu'à côté de nous d'autres réussissent. Nous éprouvons du dépit devant les initiatives d'autrui. Nous sommes irrités quand quelqu'un s'oppose à nous, n'a pas la même pratique ou les mêmes opinions. Nous avons un inconscient plaisir à humilier les autres, surtout s'ils réussissent. Il nous est facile d'accuser et d'écraser l'autre quand nous sommes soi-disant supérieurs.

C'était déjà pareil au temps de Jésus. E avait jusqu'ici accomplit une oeuvre admirable, en guérissant de nombreux malades, en chassant les mauvais esprits et en accueillant les pécheurs. E s'était donc taillé un grand succès. Par ces nombreuses guérisons, ils s'opposaient aux autorités religieuses de son temps, qui prétendaient que la maladie ou l'infirmité était une punition de Dieu. Si quelqu'un était boiteux ou aveugle, c'est parce qu'il avait péché. Il ne fallait donc pas le soulager ni le guérir pour ne pas s'opposer à la vengeance de Dieu. C'est pourquoi les prêtres, les scribes et les pharisiens se voyaient remis en question par le succès du Nazaréen. Ils le critiquaient volontiers. "C'est par le prince des démons qu'il chasse les démons" disaient-ils. Ce prophète ne pouvait pas venir de Dieu puisqu'il accueillait les pécheurs. Jésus n'est pas dupe de ces pensées mortifères des juifs pieux de son temps. Il annonce clairement l'intention de ses adversaires de le faire disparaître. 'Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront, mais trois jours après il ressuscitera" En cela il réalise ce que l'auteur de la Sagesse disait du Juste : 'Attirons le juste dans un piège, car il nous contrarie et s'oppose à notre conduite. Condamnons-le à une mort infâme puisque quelqu'un, dit-il, veillera sur lui. " Jésus qui croit en la force du bien, annonce le relèvement, la puissance de la vie plus forte que toutes ces critiques. Il prédit la résurrection.

Pour fortifier ses disciples, Jésus fait un geste symbolique. Dans la maison,, il appelle un enfant, le place au milieu d'eux et l'embrasse. Appeler un enfant, c'est peut-être un geste émouvant, touchant voire même merveilleux. Pour les apôtres, c'est un rude coup de point sur la table. Ils ont discuté pour savoir qui était le plus fort et Jésus leur donne en leçon un petit enfant. Car Dieu ne se retrouve pas chez ceux qui veulent être grands au mépris des autres. C'est dans le petit qu'il se reconnaît.

L'attitude de Jésus apparaît comme radicalement neuve. S'il voit dans l'enfant celui qui est sans défense, il voit surtout un être disponible et ouvert à l'avenir. C'est vers lui que s'adresse la tendresse du Maître. Il l'embrasse. Il s'identifie à ce tout petit puisqu'il affirme que celui qui "accueille un enfant comme celui-la, c'est lui-même qu'il accueille et donc le Père qui l'a envoyé.

Aujourd'hui, Jésus ne va pas renouveler ce geste au milieu de nous, mais sa parole nous invite à accueillir l'enfant qui est en nous, qui demeure en nous. C'est une invitation à retrouver ce petit être qui sommeille en chacun de nos coeurs, cet enfant que nous avons été qui était ouvert à l'avenir, au progrès, à l'émerveillement devant la nature et le monde, dans le coeur duquel il n'y avait aucune violence, aucune agressivité, mais un désir d'aimer et de se donner tout entier dans la tendresse envers ceux qui l'entourent.

15e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Alors que les couturiers du monde entier nous présentent pour le moment leurs collections d'hiver par les voies de la télévision, comme si nous devions refaire nos gardes robes, le Christ nous convie ce matin (soir) par son évangile à ne pas prendre de tunique de rechange lorsque nous sommes envoyés sur les chemins de la mission, notre mission. Contraste étonnant entre la vie d'aujourd'hui et l'invitation de Jésus. Au premier abord nous pourrions tomber dans le piège d'un rejet d'une telle phrase de Jésus, un refus d'un manque de sens pratique de la part de ce dernier. Cependant le Christ ne parle pas de n'importe quel voyage, il ne s'agit ni d'un temps d'agrément, ni d'un temps de loisir. Nous sommes ici dans le champ de la mission, voire même de la moisson.

Toutes et tous nous avons une destinée à accomplir, à vivre. Laquelle ? A cette question, il m'est impossible de vous répondre. La réponse est en vous. Alors à chacune et chacun de la découvrir en partant des dons que nous avons reçus, des fragilités qui nous habitent et des forces qui nous soutiennent. Notre vie sur terre n'est pas un pélerinage qui se termine le jour de notre mort et qui n'a pas de sens. Notre séjour terrestre n'est pas simplement un moment absurde, qui ne trouve pas sa raison d'être. Non, notre vie a un sens : tout simplement celui de nous réaliser, de nous épanouir. Cela peut surprendre et pourtant c'est de la théologie bien classique, enracinée dans une longue tradition d'Eglise. Réalisation et épanouissement ne sont pas des concepts égoistes, tournés sur nous-mêmes. En effet, nous ne devons jamais oublier que nous sommes avant tout des êtres de relation qui avons besoin les uns des autres pour vivre, pour être heureux. Mon prochain fait partie intégrante de moi-même, il est en moi et c'est notre rencontre mutuelle qui nous donne sens, qui peut nous aider à chercher et à découvrir le lieu intime de notre bonheur.

Croire en Dieu, Lui offrir notre confiance ne peut être témoignage que si nous rayonnons d'une joie intérieure qui illumine celles et ceux que nous rencontrons. C'est dès lors au plus profond de nous-mêmes que nous pourrons trouver la source de notre réalisation, le sens de notre voyage intérieur. Fort de cette découverte et de ce désir de d'harmonie avec soi-même, nous pouvons alors partir sur le chemin de notre mission personnelle. Chacune et chacun nous sommes envoyés de Dieu. Comme le montre l'histoire des prophètes, l'envoyé est traversé, non d'abord par un message à transmettre, une bonne nouvelle à partager, mais plutôt par une présence qui l'habite et lui permet de combattre et dépasser un ensemble d'infirmités de notre humanité. Seuls nous ne pouvons rien, à deux, ou mieux encore, à Dieu, tout devient possible. Le rêve, l'utopie s'évanouissent pour laisser place à une réalité qui peut aller au-delà de toute espérance humaine. Notre mission n'est plus alors une tâche à accomplir mais un don à partager. Ce que nous avons reçu, par définition, ne vient pas de nous, cela nous a été donné pour être redonné, propagé, partagé ensuite. La foi, est un merveilleux cadeau que nous n'avons pas le droit de garder pour nous. Il y a un danger de désirer se l'approprier et de l'enfermer dans un coffre intérieur que personne ne pourrait ouvrir. C'est vrai cependant, que partager quelque chose d'aussi intime est bien difficile, c'est comme si nous dévoilions un peu de notre intimité. Et pourtant c'est ce que le Christ attend de nous : que nous partions sur le chemin de notre mission mais sans rien emporter, c'est-à-dire partir avec comme seul bagage : notre foi, sans sécurité, en faisant le pari de la confiance, et ce, sans garantie de réussite.

Risqué ? Pas si sûr ! car comme le faisait remarquer un petit paroission de 10 ans c'est Jésus qui est notre tunique de rechange. Il ne nous reste alors plus qu'à partir chacune et chacun sur le chemin de notre destinée, non plus seuls cette fois, mais comme les apôtres, revêtu de la robe de Dieu.

Amen.

Dominique Collin : L'Évangile inouï

Patrick Lens : De leeuw en het lam