23e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Cela fait des années qu'ils se connaissaient et ils avaient décidé d'unir leurs destinées. Elle était vraiment aux anges et lui semblait relativement heureux d'avoir pris une telle décision. Ils avaient chacun choisi de nombreux témoins. Un peu comme s'ils voulaient noyer le poisson dans l'eau. Plus ils sont nombreux, moins il y aura de chance de se faire interpeller. Ses amis à lui, même sa famille proche redoutaient cet événement. Ils parlaient ensemble très souvent de lui. Il était presque devenu leur unique sujet de conversation au fur et à mesure que le plus beau jour arrivait. Ils parlaient de lui mais jamais à lui. Pas un n'avait le courage de l'affronter alors qu'ils avaient tous l'impression qu'il allait à la catastrophe. Il avait tellement changé depuis qu'il la connaissait. Il ne voyait plus personne. C'était trop fusionnel pour qu'il puisse vraiment respirer. Et ils se lamentaient de plus belle sur cette vie gâchée. Il fallait lui parler, il faudrait lui parler. Mais personne n'osait. Quand quelques années plus tard, ils se sont séparés malgré leurs enfants : famille et amis ont vivement regretté de s'être tu.

Qui d'entre nous, d'une manière ou une autre, ne se reconnaît pas dans cette histoire ? Combien de fois dans nos vies, des pensées, des intuitions nous traversent et nous n'avons pas le courage et la franchise de le dire à la personne concernée. Et pourtant les paroles du Christ ce soir (matin) sont limpides : « si ton frère a commis un péché ». Ca vaut aussi pour les soeurs, vous n'y échapper pas mesdames. Si ton frère a commis un péché c'est-à-dire si ton frère a fait ou va faire quelque chose qui va à l'encontre de lui-même, qui l'empêche d'advenir, de devenir ce à quoi il est appelé, va lui parler seul à seul. Un péché, c'est donc tout obstacle qui entrave notre épanouissement, tout acte qui nous dévie du chemin qui conduit au bonheur. Ces actes parsèment nos vies et ralentissent notre réalisation personnelle. Si tu vois que ton frère, ta soeur trébuche ne convoque pas une réunion pour discuter, parler de ce qu'il ou elle a fait mais prends ton courage à deux mains et va lui parler seul à seul. « Seul à seul », c'est-à-dire tout en finesse, tout en tendresse. Dans cette rencontre, nous ne sommes pas là pour juger, voire condamner mais pour aider un être aimé à se relever. Un peu comme si nous lui disions, presqu'en s'excusant : « ce que tu vis, je ne peux pas rester indifférent. Ne te formalise pas de la manière maladroite dont je vais te parler, entends seulement mon souci de toi, je t'aime ». Parler « seul à seul » tel que le Christ nous le demande, c'est être capable de se rencontrer tout en tendresse. Nos mots, si durs soient-ils sont portés par l'amour que nous avons pour l'autre, par notre désir profond de ne plus le voir tomber. Oser parler en vérité est une des nombreuses manifestations de l'amitié. Cela n'est pas aisé. Nous avons peur de nous tromper, de blesser la personne aimée. C'est vrai nous sommes suffisamment intelligent pour trouver toutes les excuses qui nous permettront d'éviter une telle confrontation. Mais ça, c'est tout à fait contraire à l'évangile de ce jour. Aimer, c'est aussi aider l'autre à avancer sur le chemin de sa destinée. Et ce, quel qu'en soit le prix à payer ! Cela risque effectivement de nous coûter.

Mais quelle récompense si nous y parvenons. En effet, nous dit Jésus : « s'il t'écoute, tu auras gagné ton frère ». Qu'est-ce à dire : gagner son frère ? Gagner, verbe devenu presque indécent parce souvent il suppose le fait d'écraser l'autre pour y arriver. Dans l'exemple du Christ, le combat est avec soi-même. Il n'est au détriment de personne d'autre. Je dois donc tout faire pour y arriver. Mais c'est vrai que pour gagner, il faut d'abord se battre. Et cela fait parfois mal, si mal. Cependant, si l'être aimé sort victorieux de cette lutte avec lui-même, il n'aura pas gagné une médaille ; il se sera gagné. Il deviendra un peu plus lui-même. Si c'est cela que nous pouvons espérer, cela ne vaut-il pas vraiment pas la peine d'aller lui parler seul à seul pour le gagner ?

Amen.

25e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Dianda Jean-Baptiste
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

 

 

Mt 20, 1-16a

Frères et S½urs,

Il y a quelques années, j'ai assisté à un débat houleux sur la manière de réduire de façon drastique le chômage. A l'époque la thèse controversée était la suivante : il faut « partager le travail et le revenu ». Pour le tenant de cette thèse « les richesses mondiales étant limitées, et la population mondiale ne cessant pas de croître, le jour viendra où il sera non seulement nécessaire de redistribuer les richesses mais aussi d'accepter une diminution globale du travail et de s revenus qui l'accompagnent,... » Selon ce prophète, le temps de plein emploi est révolu et avec lui les meilleurs salaires, la véritable révolution planétaire à laquelle nous devons nous préparer c'est le partage de travail c'est-à-dire « travailler moins et avoir plus de temps pour d'autres occupations, et aussi gagner moins d'argent et donc apprendre à moins consommer ». La réaction fut immédiate. Il a été sifflé, copieusement hué car il passait pour l'ennemi du monde ouvrier. Mais depuis les choses ont changé. Aujourd'hui, ce sont les syndicats eux-mêmes qui demandent à rencontrer le patronat et l'Etat pour trouver, en concertation les solutions les moins inhumaines pour le partage de travail.(cfr . tout le débat sur les 35 heures) C'est dire que ce débat reste d'actualité.

L'évangile de ce dimanche semble évoquer, comme en écho, toutes ces situations autour de chômage et emploi par des images et cadre imaginés par Jésus pour décrire le Royaume des cieux.

En effet, cette parabole des ouvriers de la dernière heure semble se situer au temps des vendanges. « Le propriétaire de la vigne prend des ouvriers où il les trouve. Les gens arrivent à toute les heures de la journée. Un contrat s'effectue avec les premiers. » Les suivants sont envoyés au « boulot » avec la garantie d'un salaire juste ; mais sans contrat clair. Avec les derniers, un dialogue s'enclenche avant de les recruter. Eux , non plus , ils ne signent de contrat précis. Ce qui est clair ,c'est que le Seigneur embauche » : « allez ,vous aussi à ma vigne » dit-il !

Comme dans d'autres passages de son évangile, Matthieu partage à nouveau sa principale préoccupation qui est de rassembler. Il s'agit d'embaucher largement, quelle que soit l'heure, pour que la vendange soit réussie. Le coup de théâtre intervient au moment du règlement des salaires : les derniers sont payés les premiers, en plus , la durée de travail n'est pas prise en compte. Le contrat de travail fait avec les ouvriers de la première heure semble être juste, puisque les ouvriers ne rouspètent pas ; dans tous les cas , ce contrat ne comporte pas une clause sur la durée et même sur le volume du travail. Maître donne à chacun la même somme. C'est alors que les problèmes commencent ! Relisons attentivement la réponse du Maître. Il dit trois choses principales :

1. « Je n'ai pas commis d'injustice envers vous ». Il s'agit du respect du contrat, le respect de la parole d'honneur. Nous admettons cette réponse, mais elle ne nous convainc pas. Il y a quelque chose qui peut nous inspirer en Afrique. Quand on voit le nombre impressionnant d'accords signés, mais sans effets, dans le règlement des nombreux conflits armés qui déchirent le continent.

2. « Ne puis-je pas faire de mon bien ce que je veux ? » Très souvent, nous lui refusons cette liberté. Nous exigeons sans le dire tout haut, le salaire d'après prestation. Heureusement les contrats modernes sont plus précis sur le volume de travail pour lequel on s'engage et le temps qu'il faut pour le réaliser.

3. « Vas-tu regarder avec un ½il mauvais parce que moi je suis bon ? » c'est la pointe de cette parabole. Dieu n'a pas agi par caprice mais par bonté. Serons-nous fâchés contre lui parce qu'il est bon ? La parabole veut nous faire comprendre combien, de ce point de vue, nous sommes mesquins et calculateurs. Et pourquoi l'attitude de Dieu fait- elle mal ? Pourquoi concluons-nous que Dieu nous aime moins ,alors que la parabole dit seulement qu'il aime les autres autant que nous ? Tous nos malheurs ne proviendraient-ils pas de ce que nous nous comparons aux autres ? « Ce qui est reproché aux ouvriers de la première heure, c'est leur jalousie et leur jugement du comportement du maître ».

Frères et s½urs,

Nous n'oublions pas qu'il s'agit d'une parabole dans la bouche de Jésus qui veut nous parler du « royaume des cieux » et donc de Dieu. Jésus ne nous parle pas de justice sociale et des conventions collectives. Cette parabole est un moyen, une image pour nous parler de la justice de Dieu, ce maître qui embauche à toute heure et rétribue chacun de la même manière. Ce maître dont la bonté est sans mesure accueille tout le monde chez lui chacun peut y trouver sa part. Ce n'est pas parce qu'on est chrétien depuis longtemps ou parce que l'on est meilleur que Dieu nous aime. Dieu nous aime avant tout ça. Il donne tout son amour à chacun.

Cette parabole se termine par une question adressée à tous, une remise en question de notre mentalité. C'est une provocation à la conversion. Comme le montre le passage du livre d'Isaie (55,6-9) : « riche en miséricorde », Dieu laisse à chacun le temps de se convertir. Il est urgent de mettre ce délai à profit pour « le chercher », « l'invoquer », « revenir » à lui, « abandonner » la voie de la perversion. Ces quatre verbes indiquent qu'il ne suffit pas de prendre de bonnes résolutions . Il faut agir. La foi ne se paie pas de mots : elle doit se traduire également en actes dans la vie de chaque jour, en toutes circonstances :la liturgie de ce week-end exhorte à ne pas l'oublier. Le Seigneur embauche pour un salaire juste, viens découvrir sa bonté !

26e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

En entendant l'évangile, je ne puis m'empêcher de penser à Ludivine. Comme le diraient certains, dans les termes d'aujourd'hui, Ludivine est une enroule et elle est « frappa-dingue » de mener sa vie comme elle le fait. Je traduis pour celles et ceux qui comme moi, ne sont pas habitués à ce type de langage. Ludivine est prostituée, elle est une de celles que nous ne comprenons pas, dont nous désapprouvons le métier. Un brin de condescendance et peut-être même de dégoût, voire de mépris. En tout cas un être qui est tombé bien bas, trop bas sans doute. Et pourtant, nous dit Jésus, elle nous précède dès maintenant, ici-bas dans le Royaume de Dieu. C'est quand même un peu fort de café cette affirmation de Jésus. Comme je vous l'ai déjà dit, je crois, du moins j'espère, être celui dans cette assemblée qui a eu le plus de prostitués et de prostituées dans ses bras. Pour celles et ceux qui ne me connaissent pas, c'était à New York comme aumônier et non pas comme client bien évidemment.

Même si c'était il y a quelques années déjà, leurs visages vivent en moi. Ils étaient tous tombés si bas, blessés par la vie. Et pourtant, je n'ai jamais autant senti la présence de l'Esprit que dans les rues de Manhattan la nuit. Michaël se considérait comme une sous-merde. Peu avant de mourir, nous lui avons fait prendre conscience qu'être trilingue était un atout dans la vie et il était redevenu quelqu'un à ses propres yeux. Cathy avait toujours sur elle une petite boite métallique contenant les cendres de sa maman qui l'avait abandonné à la naissance et qu'elle venait de retrouver juste trop tard. Margareth pouvait à nouveau dire « je t'aime » après tant d'années d'abus incestueux. Vance, poète et prostitué, écrivit un jour ses mots : « à quoi cela sert-il de construire des châteaux de sable, ils sont de toute façon détruits par la mer. Croire cela est faux. Ils restent à jamais graver dans la mémoire des vagues ». Enfin pour ne pas trop allonger la liste, Patrick me dit vers 4 heures du matin, alors que je ne le connaissais pas : « Père, par le simple fait de votre en présence en ce lieu, je découvre que Dieu m'aime encore. Merci ». Et puis, il s'est enfuit dans la nuit. Le point commun de tous ces jeunes dont le plus âgé avait 23 ans, c'est qu'ils sont tous morts au moment où je vous parle. Ils sont morts mais vivent dans le Royaume de Dieu. Oui, ils nous précèdent.

Ils nous précèdent parce que lorsque l'on touche de la sorte le fond de son être, il n'y a plus de place pour la suffisance, l'arrogance, la prétention. Ce que publicains et prostitués nous apprennent à nous les bien-pensants, les ingécos quoi de la première lecture et tous ceux et celles qui leur ressemblent, les nantis de la vie avec notre lot de blessures également, c'est que le Royaume de Dieu se gagne avec les fruits de l'humilité. Etre humble, contrairement à ce que notre culture nous a fait croire, ce n'est pas s'humilier, s'écraser, ne plus exister. Non pour être humble, il faut d'abord bien se connaître, s'apprécier dans ses forces et ses fragilités. L'humilité est la qualité des êtres qui s'aiment d'abord eux-mêmes. Qui s'aiment et non pas qui se suffisent. Les êtres prétentieux s'intéressent à eux et non pas aux autres. Ils se donnent l'impression de se suffire à eux-mêmes. Mais quel mensonge.

Nous sommes des êtres de relation et nous avons besoin de cette dernière pour exister, pour vivre. L'humilité est une attitude du coeur, c'est prendre conscience de notre être mais sans jamais le faire peser sur celles et ceux qui croisent mon chemin. La personne humble reconnaît de la sorte la valeur de l'autre. Je ne te suis ni supérieur, ni inférieur, nous partageons ensemble notre condition humaine. Mon seul désir est de te rencontrer. Pour ce faire, je refuse de m'enfermer dans la spirale du plus et du moins. Tout être, quel qu'il soit, quoiqu'il ait fait, garde sa valeur aux yeux de Dieu. Si c'est vrai pour Dieu, il devrait en être de même pour nous. Ne pas juger, ne pas condamner, simplement rencontrer. Et la rencontre, c'est tout simplement l'union de deux histoires qui se racontent en vérité. Cela nous demande une fameuse dose d'humilité. L'humilité, c'est créer un espace d'abord en nous pour laisser l'autre exister en toutes ses composantes. Prostitués et publicains sont peut-être petits à nos yeux mais grands dans le coeur de Dieu. Ne marchons pas à côté d'eux avec dédain, mais partons à leur rencontre, eux aussi, à leur manière nous montrent le chemin de la vie. En toute humilité. C'est d'ailleurs ce que saint Paul nous dit dans sa lettre aux Philippiens. Amen.

27e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Cette histoire des vignerons homicides, (ce poème wallon concernant les cloueurs) nous montrent que l'histoire continue d'aller de commencements en recommencements, que notre humanité a bien des difficultés à apprendre les leçons du passé. C'est vrai des dictatures, il y en a eu ; des régimes totalitaires continuent d'exister et nous continuons à clouer ce Jésus Christ déjà Crucifié. Oh, prétendront certains, contre ces puissants nous ne pouvons pas faire grand chose et ils ont sans doute raison.

Par contre, ce qui est folie dans l'évangile de ce matin (de ce soir), c'est de découvrir que dans notre petite vie quotidienne, dans nos relations de tous les jours trop souvent encore nous nous conduisons comme ces vignerons. Heureusement, en n'allant pas jusqu'au meurtre physique. Mais il y a cependant des meurtres intérieurs qui ne tuent pas, des blessures que nous endurons et qui font tant souffrir. Le drame de cette vigne est le drame humain de toute violence qu'elle soit verbale ou physique. Cette violence-là a été mise au grand jour par ce grand anthropologue français René Girard. Cet auteur nous explique que la violence est inscrite en nous, qu'elle fait partie de nous-mêmes et que nous sommes invités à la maîtriser, à la transformer en douceur. Douceur de la vie, douceur de la rencontre. Et cela prend du temps.

C'est ce temps-là que les vignerons n'ont pas voulu prendre. Ils voulaient tout, tout de suite. Ils ne faisaient pas vraiment confiance. Et ils pensaient qu'ils obtiendraient cette unité, ce désir réalisé, cette paix en se séparant de l'autre. C'est toute l'idée du Bouc émissaire dont parle Girard. Qui d'entre nous n'a pas dans sa vie fait l'expérience dans sa classe, son staff, son groupe d'amis, son boulot, du bouc émissaire, de celle ou celui qui prend toutes les remarques, les critiques. Et le groupe se soude autour de cette personne qui devient ainsi le souffre douleur. Et le groupe se sent bien mais tout cela est bien éphémère car c'est fondé sur la violence, l'exclusion d'un être humain. Cette dynamique ne tient pas la route et le premier dans l'histoire de l'humanité à avoir refusé de répondre à la violence, à un tel jeu fut Jésus. Il a été ce bouc émissaire, mais il a refusé de s'exclure et il y a répondu par l'amour et le pardon. Tout simplement par la douceur.

Ce soir, l'évangile nous invite à nous poser les questions suivantes : pourquoi ai-je si souvent besoin d'exclure l'autre ? De le critiquer de manière négative, en le condamnant ? Est-ce le seul moyen mis à ma disposition pour trouver une paix intérieure ? Me rappelle-t-il trop mes propres faiblesses ? Suis-je envieux, voire jaloux de ce qu'il a ? Et même si j'ai du bonheur à me retrouver avec d'autres, est-ce que le bouc émissaire au sein de notre groupe n'a-t-il pas la fonction suprême de me permettre de ne pas devoir me dévoiler, de dire un peu de moi-même ? Si à ces différentes questions nous répondons de façon positive, alors il est sans doute plus que temps nous rappelle Jésus de reprendre sa propre route d'Emmaüs. Pour que le monde vive un jour en paix, il est de notre devoir d'arrêter de clouer encore et toujours le Christ sur le bois de sa Croix. Amen.

28e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Mt 22, 1-14

Alors qu'Olivier Strelli vient de nous annoncer qu'il ne dessinera pas la robe de mariée de la future reine des Belges, que les médias nous parlent des collections de mode présentées à Paris cette semaine, les couturiers de Ralph Loren, Scapa of Scotland, Cricket and Co doivent être heureux d'entendre l'évangile de ce jour. Quelle belle publicité pour eux. Enfin pour qu'ils en soient conscients, il faudrait évidemment qu'ils assistent à la messe, et ça, je n'en suis pas trop sûr, mais qui sait finalement. Je profite de cette occasion pour formellement démentir le bruit qui a couru chez certains d'entre vous que les habits dominicains allaient être confectionnés par la célèbre marque belge. C'est tout à fait faux.

Et pourtant aussi compétents qu'ils soient ces couturiers, ils n'arriveront jamais à réaliser les vêtements dont le Christ nous parle. En effet, il n'existe à ce jour aucun tissu qui permet de confectionner les habits de la foi pour participer à la noce. Un vêtement spécifique que nous revêtons pour dire l'aujourd'hui de notre bonheur de croire. Il est cousu avec les plus beaux fils invisibles entrelacés d'amour et de douceur. Nous sommes invités à le porter tout le temps, à chaque instant. Et c'est là que les choses se compliquent un tant soit peu. Vivre et croire ne vont pas toujours très bien ensemble. C'est tellement facile pour nous d'être pris par les choses de la vie que nous en arrivons parfois à oublier les choses de l'éternité, de se limiter à ce que l'on voit plutôt qu'à ce que nous ne voyons pas, d'entendre les appels de plus en plus pressant du monde plutôt que la douceur de la voix du Christ. Nous pouvons être à ce point préoccupés de gagner notre vie que nous en arrivons à la perdre en passant à côté d'elle comme si l'organisation, la gestion de cette dernière nous en faisait presque oublier son existence. Je ne vis plus, je survis dans un monde qui me demande de plus en plus et j'en arrive presque à me noyer dans cet océan sans fond, sans îlot pour se reposer ne fut-ce qu'un petit temps au cours de cette course folle. Courir, toujours courir mais après quoi finalement : un bien-être terrestre, des désirs à combler, des plaisirs à fredonner. Au risque de se perdre soi-même. C'est vrai, il est souvent bien difficile à porter cet habit de foi, de vivre en accord avec soi au nom des valeurs auxquelles nous adhérons, au nom du Dieu auquel nous croyons.

Alors, c'est vrai, parfois nous nous déshabillons, nous retirons cet habit et nous succombons à certaines tentations qui ne nous font pas grandir, qui parfois nous blessent nous ou celles et ceux qui croisent nos chemins. Et ces fameuses tentations font elles aussi partie de la vie mais nous gardons en nous l'espérance que si nous ne portons pas toujours l'habit de la foi, il en reste toujours sa trace, comme s'il était imprimé sur notre corps. Même si Dieu n'est pas omniprésent dans nos existences, dans nos gestes quotidiens, la foi a ancré en nous des marques précises. Celles-ci parfois de manière inconsciente nous permettent de ne pas nous trahir, de continuer à avancer avec les valeurs de l'éternité que sont le respect, la tolérance de soi, des autres, du Tout-Autre. Parce que dans le miroir de l'amour nous revient toujours l'image de l'être que nous souhaitons devenir malgré nos errances, nos trébuchements. [Comme le disaient ceux qui ont préparé cette eucharistie, et comme ils sont tous en voie de devenir ingénieur,] « une flamme doit toujours rester comme dans le boiler de la salle de bain ». C'est une image peut-être un peu terre à terre mais elle nous rappelle que l'éphémère ne doit jamais l'emporter sur l'éternel. Le vêtement de la noce à laquelle toutes et tous nous sommes conviés est un habit divin. Il se porte, en tout temps, en tout lieu, avec douceur et en tendresse. Ne l'abîmons pas, ne le négligeons pas, il est souffle de vie. Il nous accompagne dans les plaines, sur des sentiers escarpés et même lorsque la vie nous semble devenir une montagne infranchissable. L'habit de la foi, revêtons-le, au-delà des couleurs qu'il apporte, il donne un tout autre goût à la vie.

Amen.

2e dimanche de Carême, année A

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Jésus prend Pierre, Jacques et Jean, et il les emmène sur une haute montagne. Ce sont trois des premiers quatre disciples que Jésus prend. Ils le connaissent maintenant assez bien. Ils ont entendu une grande partie de son enseignement, ils ont vu les miracles qu'il a accomplis. Ils savent que c'est un homme qui parle avec autorité, qu'il peut guérir les malades et expulser les démons. Ils trouvent profond et convaincant son enseignement. Tout cela explique pourquoi ils continuent à le suivre : c'est un homme qu'il vaut la peine de suivre. Cela n'est pas rare ; c'est l'expérience des disciples de beaucoup de rabbins, de beaucoup de gourous.

Mais maintenant, sur cette haute montagne, Pierre, Jacques et Jean découvrent que Jésus est beaucoup plus que cela, qu'il est beaucoup plus qu'un homme dont les paroles et les gestes sont impressionnants, et dont les valeurs sont profondes. Il est transfiguré devant eux ; il brille comme le soleil, ses vêtements comme la lumière. Ceci n'est pas simplement un spectacle, ou encore un miracle. Ici, il ne s'agit pas de ce que Jésus fait, mais plutôt de la révélation de ce qu'il est. Il est révélé comme source de la lumière. Ce n'est pas un homme éclairé ; Jésus est celui qui éclaire, qui illumine, qui, dans l'obscurité de cette vie, est lumière. C'est à dire que Jésus est une figure divine. Comme nous le disons chaque dimanche lorsque nous récitons de crédo, il est lumière née de la lumière. Depuis le début, quand Jésus les a appelés là au bord du lac de Galilée, Pierre, Jacques et Jean sont, sans le savoir, en présence de Dieu. Maintenant, ils voient la divinité de Jésus. La voix qui vient de la nuée lumineuse le confirme : "Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour". Depuis quelques mois, peut-être depuis des années, ils marchent avec Dieu, et Dieu avec eux, d'une manière humaine, familière, intime.

En entendant cette voix, les trois se rendent compte du mystère divin qui, depuis longtemps mais à leur insu, fait partie de leur quotidien. Ils réagissent par se prosterner, remplis de crainte. Leur réaction est juste, parce qu'il faut avoir crainte devant Dieu, devant le mystère divin qui est la source de toute existence et de toute vie. Et n'ont-ils pas accompagné Jésus jusque maintenant d'une manière tout à fait inappropriée ? Un homme ne marche pas avec Dieu, son créateur, comme avec un simple homme. Leur crainte est donc compréhensible.

Mais Jésus s'approche d'eux et leur dit de se relever et d'être sans crainte. Seul Dieu a le droit de dire aux hommes de ne pas avoir peur devant Dieu, seul Dieu peut inviter les hommes à se mettre debout, à regarder Dieu face à face. Si ici, sur la montagne, Jésus est révélé comme Dieu, Dieu est révélé comme l'ami des hommes, comme le Dieu avec qui on peut cheminer d'une manière familière, intime. Si ici se révèle le fait Jésus est divin, il se révèle aussi que, en Jésus, le Dieu devant lequel il faut se prosterner est vraiment devenu humain, un homme ami des hommes, qui marche avec nous et fait partie de notre quotidien même si nous ne le savons pas, qui s'approche de nous, qui nous met debout.

2e dimanche de l'Avent, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Un patron belge d'une grande société à capitaux de notre pays venant de vivre une fusion cette semaine et dont je tairai le nom disait un jour : « dans une réunion, où une quinzaine de personnes assistent, lorsqu'il faut discuter d'un investissement de plusieurs milliards de nos francs, seulement trois ou quatre prendront la parole. Par contre, quand il faut décider de la couleur du tapis plein qui va être changé au troisième étage de l'immeuble, là chacun a son mot à dire ». Au plus les décisions sont complexes, au plus elles nous dépassent. Au plus elles s'éloignent de nous, au plus nous ne nous sentons pas concernés. Phénomène intéressant, quand on nous parle de décisions au niveau de la Commission européenne, de mondialisation (je me permets de vous rappeler la conférence qui aura lieu ce vendredi dans cette église), de globalisation, nous sentons que notre prise sur la réalité prend une certaine distance. Tout s'éloigne de nous comme si inexorablement nous ne pouvions rien faire. Peut alors s'installer en nous un sentiment de découragement, voire même de déprime et nous entrons alors dans la philosophie des « ah quoi bon ! ». Comme si le fatalisme était notre réponse. En effet, du fait que tout est dépersonnalisé, nous pouvons nous rassurer en regardant l'absence de réaction chez les autres. Si personne ne bouge pourquoi n'en ferais-je pas autant. Allons-nous inexorablement vers un monde mauvais, où tout va finir par s'écrouler ? La peur devient-elle moteur de nos existences ? Si tel est le cas, il est plus que temps de nous tourner à nouveau vers les textes de notre liturgie d'Avent. Notre monde n'a pas été créé pour aller vers une catastrophe cosmique ; nous sommes sur terre pour découvrir le bonheur. Et si nous nous sentons bien seul face à l'immensité de l'évolution de notre humanité, rappelons-nous que les juifs vivaient la même chose à l'époque de Jésus. Depuis plus de quatre siècles déjà, la voix prophétique s'était tue. Et voilà qu'aujourd'hui une voix à nouveau crie dans le désert. Cette voix s'adresse à nous dans nos déserts. Au coeur de notre société que je crois polluée par tant de bruits inutiles, Dieu nous invite à retrouver la route du silence et du calme. N'est-ce pas dans la brise légère qu'il se révèle à nous ? Dans nos déserts intérieurs, nous sommes conviés à oser prendre le temps de nous arrêter, à faire taire tous ces bruits qui nous protège de nous-mêmes et nous empêche de réfléchir. Dans nos silences intérieurs une voix crie : préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Un homme a transformé le monde, il y a deux mille ans. Nous aussi osons croire, osons faire ce pari que nous pouvons transformer le monde dans lequel nous sommes. Tel est d'ailleurs le thème de cette superbe bande dessinée de Van Hamme : SOS bonheur que je vous invite à lire. Alors que tout semble à ce point nous échapper, l'espérance permet de prendre part à la construction de notre monde. A nous de décider, quel type de société nous léguerons aux générations ultérieures. Et cette construction se vit maintenant, chacune et chacun y a sa place. Ce chemin à préparer, cette venue à célébrer, Jean l'adresse à chacune et chacun d'entre nous. L'invitation est lancée dans nos silences intérieurs. A nous d'y répondre avec ce que nous sommes, avec les moyens dont nous disposons. Ce ne sera peut-être qu'une petite goutte dans un océan. N'oublions jamais que celui-ci est formé de la somme de ces petites gouttes. Si nous nous y mettons toutes et tous à préparer ce chemin, les solidarités naîtront, l'autre que nous croisons prendra un autre visage, celui d'un frère ou d'une soeur à aimer. Alors que beaucoup étaient désespérés, il y a bientôt 2000 ans, certains ont écouté cette voix qui criait et c'est grâce à eux que nous sommes là ce soir (matin). La route qui nous est donnée de vivre est belle, empreinte de douceur et de tendresse, respectueuse des différences et s'enrichissant de celle-ci. Une route qui nous conduit à un monde de paix. Vous ne me croyez pas ? Pourtant ce n'est pas moi qui le dit, mais Isaïe. [Rappelez-vous : le loup habitera avec l'agneau, le nourrisson s'amusera sur le nid du cobra. C'est cela la paix de Dieu, le monde que nous sommes invités à construire. Il n'y a plus de temps à perdre, préparons le chemin du Seigneur. Amen.]

2e dimanche de Pâques, année A

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Jn 20, 19-31

Aujourd'hui, quand il s'agit de la religion, presque tout le monde doute. Mais c'est souvent un doute nébuleux, peu précis. Nous doutons mais, souvent, nous ne savons pas précisément de quoi nous doutons. C'est parce que nous ne savons pas précisément ce que nous croyons. Nous croyons, peut-être, mais vaguement, donc nos doutes aussi sont vagues. Si nous croyons en Dieu, nous ne savons pas exactement en quoi nous croyons, et nous ne croyons pas avec certitude, nous hésitons ; le doute est, pour beaucoup de croyants, intégral à la foi.

C'est peut-être inévitable aujourd'hui. Nous avons perdu l'ancienne culture chrétienne qui favorisait une foi commune et solide. Nous sommes entourés de tant de voix différentes, de tant d'opinions divergentes et contradictoires, qu'il est difficile d'affirmer avec certitude une seule foi. Cette certitude peut nous sembler même très peu souhaitable. Nous savons très bien que ceux qui sont trop certains, qui croient que leur système religieux ou politique est le bon système, s'imposent souvent avec violence sur les plus faibles. Nous avons appris qu'un peu de doute, un peu d'hésitation, peut nous rendre plus humain, et le doute est devenu presque une vertu.

Thomas semble correspondre très bien à cette mentalité moderne. Pour certains, il est même devenu patron des douteurs. Mais le doute de Thomas n'est pas le nôtre. Thomas n'est pas vague. Il doute, mais il sait exactement ce dont il doute. Plutôt, il ne doute même pas ; il nie, il nie que le Christ soit ressuscité des morts. C'est parce qu'il sait ce qu'il croit ; il croit fermement que le Christ est mort, mort à jamais. Et c'est une certitude très raisonnable, parce que tout le monde sait qu'il est impossible de ressusciter d'entre les morts. Thomas ne veux donc pas croire le témoignage des autres disciples qui prétendent avoir vu le Christ vivant. Il ne leur répond pas : « Oui, peut-être, c'est possible, mais je'en doute ». Il dit : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous... je ne croirai pas ».

Après, le Christ ressuscité se montre à tous les disciples quand Thomas aussi est là. Il n'approuve pas le doute de Thomas ; il lui dit : « cesse d'être incrédule, sois croyant ». Pour Jésus, le doute n'est pas une vertu, ce n'est pas un élément intégral de la foi ; au contraire, il s'oppose à la foi. Thomas voit Jésus, et il croit. Il ne nie plus la résurrection. Son doute disparaît ; plutôt, sa certitude négative est remplacée par la certitude de la foi ; il dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Pour Jésus, ce n'est pas que Thomas qui peut croire ainsi, mais toutes les générations suivantes aussi : « Parce que tu m'as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » Pour Thomas et pour Jésus, il ne faut pas faire du doute une vertu, il ne faut pas en faire un élément de la foi. La foi implique la certitude.

Mais ne savons-nous pas que la certitude est dangereuse ? L'histoire de notre siècle et l'histoire des guerres de religion ne nous montrent-elles pas clairement cela ? Non. Ce que l'histoire nous montre est que la certitude sans charité est dangereuse, que la certitude de celui qui veut s'imposer et ne se met pas au service des autres est dangereuse. C'est ce manque de charité qui s'oppose à la foi chrétienne, pas la certitude. Sans charité, notre certitude ne vaut rien, c'est-à-dire que sans charité notre foi ne vaut rien. Si la foi et la charité vont ensemble, la certitude de la foi prête sa force à l'amour du croyant. Thomas croit, et dans la force de sa foi il finira, selon la tradition, par donner sa vie pour l'évangile. Aimons-nous les uns les autres et, si nous aimons, n'ayons pas peur de croire.

2e dimanche de Pâques, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

 

Jn 20, 19-31

Dieu existe-t-il vraiment ? Jésus était-il bien le Fils de Dieu ? Sa résurrection : rêve ou réalité ? L'histoire de Thomas, une parabole ou un récit historique ? Quelques questions parmi d'autres, de quoi agrémenter notre dimanche en ce temps de Pâques. Et pour vous spécialement aujourd'hui, dans quelques instants, vous aurez enfin la réponse à toutes ces questions. Il m'aura fallu de longues minutes de réflexion pour aboutir à certaines conclusions que je souhaitais vous livrer avant de m'envoler pour quelques semaines rejoindre nos frères dominicains du Rwanda et du Burundi.

Pour ce faire, repartons de l'histoire de Thomas. Personnage mystérieux dont nous ne savons pas grand chose à la lecture des évangiles, à part son incrédulité évidemment. Ce qui est étonnant, c'est ce détail qui est précisé chaque fois qu'il est cité : Thomas dont le nom signifie jumeau. Mais jumeau de qui ? A ma connaissance, je ne connais que deux interprétations : il est nommé jumeau en référence à Pierre qui est l'image par excellence de celui qui doute, qui manque de courage pour affirmer ses convictions et qui ne comprend rien. Ou encore, il est jumeau de chacune et de chacun d'entre nous en son incrédulité. Il devient de la sorte un personnage essentiel sur le chemin de notre foi puisque par sa présence, par son questionnement et ses doutes, il nous autorise à mettre les pas dans les siens pour que nous aussi, nous puissions arriver un jour à clamer haut et fort : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Mais c'est trop facile de dire qu'il est notre jumeau. Trop facile parce que lui a eu la possibilité de vérifier ses doutes, de les confronter pour reconnaître Jésus comme Fils de Dieu. Ca me fait une belle jambe de le savoir mon jumeau dans la foi, alors que moi, je n'ai aucune certitude, aucun moyen de me trouver face à Dieu, si ce n'est lors de mon passage dans l'éternité. Je ne puis alors que vivre d'espérance, accepter de croire ce que l'on m'a enseigné, ce que l'on m'a fait découvrir.

Peut-être même, oser tenter d'entrer en relation avec Dieu. Cette relation se construit de diverses manières, il est vrai. Je peux vivre cette relation intime entre Dieu et moi soit par la lecture des Ecritures. La Bible est un livre révélé qui m'aide à mieux saisir le mystère qui me fait vivre, il me permet de ne pas devoir réinventer la roue à chaque fois en me proposant un chemin d'humanité qui me permet de me réaliser. Mais la Bible reste un livre même si c'est la Bible. Elle me permet simplement de comprendre un peu plus ce qui habite au plus profond de mon être mais je n'ai pas de certitude quant à l'existence de Dieu pour autant, même si ce fameux livre a traversé déjà quelques millénaires. Il n'est pas une preuve historique. Par delà les Ecritures, Dieu, me direz-vous, vous pouvez aussi le rencontrer au coeur de votre prière, c'est-à-dire dans cet espace intérieur que vous vous offrez pour vivre de sa présence. Entre Lui et moi s'installe, une discussion faite de demandes, de merci. Elle est le lieu de mes incompréhensions, de mes questions et parfois même de mes énervements vis-à-vis de Dieu quand je vois la manière dont le monde tourne. Mais est-ce moi qui prie en Dieu, Dieu qui prie en moi ou encore une dynamique relationnelle où poussé par l'Esprit, je pars à la rencontre du Fils qui me reconduit toujours au Père. Ma prière est-elle une véritable relation ou le fruit de mon imagination ? Ce n'est hélas toujours pas une preuve scientifique. Il me reste alors un troisième chemin possible : il est tout bête, tout simple, c'est le chemin de l'amour.

Me revient à l'esprit l'épisode d'un dîner. Ce midi-là, la nourriture n'était pas exceptionnelle, mais le repas était vraiment un temps de rencontre entre deux êtres. La relation qui s'était nouée autour de cette table était une relation d'amour d'amitié. Les mots se partageaient en vérité. Nous n'avions pas peur l'un de l'autre ni de nos vulnérabilités, ni de nos ambiguïtés. Nous nous rencontrions vraiment en vérité, comme si quelque chose nous dépassait, nous dépossédait. Nous étions enlevés de nous-mêmes et légers de pouvoir être pleinement ce que nous étions. Lorsque l'amour d'amitié atteint un tel degré, il devient véritablement signe de la présence de Dieu. La rencontre est sacramentelle comme si la liberté d'aimer était preuve de l'existence de Dieu. Oh, non pas une preuve scientifique, mais une preuve de foi. L'amour d'amitié est le lieu par excellence où Dieu se révèle à nous. Puissions-nous ne jamais passé à côté, parce que toute rencontre d'amitié en vérité est symbole de ce bonheur auquel nous sommes toutes et tous appelés. C'est donc bien dans l'amour, et l'amour seulement que nous trouverons les réponses à toutes nos questions existentielles. Il suffit alors d'aimer, d'aimer en vérité. Amen.

30e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Est-ce que ? Voilà au moins une question intéressante. Est-ce que je suis beau ? Est-ce que je suis intelligent, agréable, sociable, fidèle, à l'écoute, doté d'un sens de l'humour ? Toute une série de questions qui se bousculent dans mon esprit. Et en ce temps de questionnaire du Conseil Paroissial, je rallonge un peu la liste. Avec une nuance mais qui est de taille. Aux questions de ce jour, je ne vous demande pas d'y répondre, ce n'est pas votre problème. C'est le mien. C'est le nôtre. Toutes et tous, dans notre silence intérieur nous avons à les méditer ces terribles questions. Nous y répondrons tantôt de manière négative, tantôt de manière positive. Et cela importe d'ailleurs assez peu, l'essentiel est de les aimer nos réponses. Ni vous, ni moi ne sommes des êtres parfaits. Nous sommes tout simplement des êtres en devenir. Et en devenir de soi uniquement même s'il passe par le prochain. Le tout que nous sommes est à la fois forces et fragilités. Elles sont en nous, nous collent à la peau et nous façonnent. Elles forment les deux piliers de ce que nous devenons. J'ai à m'aimer dans ce que je suis pour devenir. Parce que si je m'aime, je peux alors aimer l'autre comme il est et lui peut faire de même à mon égard. Avec l'amour, avec l'amitié nous entrons dans la dynamique du cercle, l'un se nourrit de l'autre sans savoir lequel est premier. Mais tous deux doivent s'aimer. Cela nous demande un travail intérieur d'authenticité : être soi, s'accepter, ne pas jouer, vivre des ses fragilités pour accepter celles des autres. D'ailleurs refuser de voir ces dernières, c'est prendre le risque de se sentir agressé par son prochain lorsqu'il ou elle est notre miroir au risque de ne jamais se rencontrer. Ce chemin ne peut se faire que dans la confiance. Mais il faut avant tout s'aimer soi-même, affirmera Aristote dans le livre IX d'Ethique à Nicomaque.. S'aimer soi-même pour véritablement aimer l'autre.

Peut-être que celui qui sait nous aimer, nous accompagne jusqu'au seuil de notre solitude puis reste là, sans faire un pas de plus. Mais alors qu'est-ce que c'est, aimer ? Ce n'est pas s'enfermer dans la même vision, s'étouffer dans la même parole, s'assombrir dans la même histoire. Ce n'est pas remplir un vide, effacer une distance puisque, comme l'écrit Bobin, l'amour est plénitude du manque. Aimer c'est prendre soin de la solitude de l'autre - sans jamais prétendre la combler ni même la connaître. C'est cela t'aimer sans t'envahir, te garder sans te posséder, te dire sans me trahir pour un jour être vraiment moi-même, mais cette fois au plus secret de toi parce que je t'aime. Et chanter à l'autre « Je t'aime » ne coûte rien, seulement l'infini de son être. « Je t'aime », autrement dit, c'est me réjouir que tu sois ce que tu es ; et tout faire pour que tu le deviennes davantage. Car ces trois mots-là nous renvoient au centre de nous-mêmes, là où plus rien n'est à résoudre, là où brûle l'intouchable de l'esprit. L'amour ne révoque donc pas la solitude. Il la parfait. Il lui ouvre tout l'espace pour brûler. L'amour n'est rien de plus que cette brûlure. Léger, limpide : l'amour n'assombrit pas ce qu'il aime. Il ne l'assombrit pas parce qu'il ne cherche pas à le prendre. Il le touche doucement. Il l'effleure tendrement. Il le laisse aller et venir. Toujours à son heure, rarement à la nôtre. L'amour fait alors des miracles. Il transforme les défauts de la personne aimée en qualités. L'amour nous apprend à vivre et à aimer nos différences au rythme de nos humeurs. C'est tellement important de se savoir aimé également dans ses fragilités.

Aimer son prochain comme soi-même, phrase que nous avons entendue depuis notre petite enfance et qui nous semblait une utopie, devient alors quelque chose de possible puisqu'aimer son prochain, dans l'esprit de l'évangile, c'est aller à la rencontre de l'autre jusqu'au seuil de sa solitude, sans l'envahir ni désirer le posséder. C'est lui permettre d'être lui-même, lui offrir l'espace dont il a besoin pour se réaliser, pour devenir. Nous ne sommes pas tant dans l'ordre des sentiments mais plutôt dans celui du respect vécu dans l'authenticité avec soi, avec l'autre, avec le Tout-Autre. Il en va pour le prochain, comme il en va pour nous. C'est la raison pour laquelle nous pouvons chanter que la vie est belle et doit être vécue en toute intensité, en plénitude de sens et d'amitié. Tout est dit dans ces deux commandements. Il ne reste qu'à me taire pour laisser monter en nous la profondeur de l'amour évangélique.

Amen.

32e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Vers la fin de l'année liturgique, l'évangile nous parle souvent de l'attente. Il nous dit : l'époux va arriver, attendez ; le jour du jugement va arriver, attendez ; la mort sera vaincu, attendez. Parfois, comme aujourd'hui dans la parabole des dix jeunes filles, le message peut sembler un peu menaçant : si nous ne sommes pas bien préparés, risquons de rater le moment que nous devons attendre et d'être exclus. Mais toujours, même s'il y a un élément négatif, le message de Jésus est au fond toujours positif et porteur d'espérance.

Attendre, c'est notre lot commun. Chacun de nous doit attendre, tous les jours. Nous attendons le train, le bus, le feu vert. A la caisse au GB, c'est toujours la file, et nous attendons. Il y a des attentes plus importantes : la femme enceinte attend la naissance de son enfant, le prisonnier attend le jour où il sera libre.

Dans un certain sens, attendre, c'est ne rien faire, ce n'est pas une activité. Quand nous attendons à la gare ou au GB, nous restons simplement là, sans rien faire de spécial. En attendant le train, nous lisons peut-être le journal ; au supermarché, nous regardons peut-être les autres clients et leurs achats. Mais lire le journal n'est pas attendre, regarder les autres n'est pas attendre. Attendre, c'est simplement être là. Mais c'est être là parce qu'on espère quelque chose. Si nous restons à la gare sans rien faire de spécial, c'est parce que nous espérons que le train viendra. Nous sommes orienté vers l'avenir, et vers un avenir positif. Si nous croyions que le train ne viendrait pas, si nous n'avions pas cet espoir, nous quitterions la gare tout de suite. Nous espérons que le train viendra, c'est pourquoi il vaut la peine de rester à la gare. Si nous restons dans la file au GB, c'est parce que nous espérons arriver un jour à la caisse. L'attente suppose l'espoir. D'autre part, cesser d'attendre, c'est cesser d'espérer. Si nous cessons d'espérer, nous faisons peut-être quelque chose d'autre, nous quittons la gare ou le magasin pour aller ailleurs ; mais nous sommes déçus. La déception est parfois fondamentale : le prisonnier qui ne croit pas qu'il sera libéré, qui cesse d'espérer le jour de sa libération, ne peut pas aller ailleurs, sans espoir, il tombe dans le désespoir, il est désespéré.

Il n'y a pas que des prisonniers qui tombent dans le désespoir. Beaucoup de gens croient qu'ils n'ont rien à espérer. Pour eux, la vie semble être le feu rouge permanent, la déception permanente. Ou il n'y a que la mort qui les attend. Quand Jésus nous dit d'attendre, il nous dit effectivement que nous avons quelque chose à espérer. Quelles que soient les difficultés de notre vie, quelles que soient les déceptions que nous avons éprouvées, nous pouvons espérer, il vaut la peine d'attendre. Nous pouvons nous orienter vers l'avenir, parce il y aura un avenir positif. C'est la promesse de Jésus.

Parfois, si on attend quelque chose, on risque de rater ce qu'on attend. Pour ne pas le rater, il faut attendre de manière intelligente. Bien attendre le train veut dire attendre à la gare et pas à la maison. Il faut être attentif : si on lit le journal en attendant, il ne faut pas s'y immerger à ce point qu'on ne remarque pas le train qui arrive. C'est en effet le côté négatif de ce que Jésus dit : quelque chose de bon va arriver, quelque chose qu'il est possible de rater. Attendons donc le bonheur qu'il nous promet, mais attendons avec intelligence.

32e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Mt 15, 1-13

Je me rappelle de cette blague circulant dans le milieux ecclésiastiques et commençant par la question suivante : comment sait-on qu'un italien est catholique ? C'est très simple, il est catholique si sa femme va à la messe tous les dimanches. Intéressant comme réponse mais tout à fait à l'encontre de l'évangile de ce jour.

Nous la connaissons toutes et tous cette parabole des jeunes filles insensées et prévoyantes. Depuis le temps que nous l'entendons. Et puis, au premier abord, elle est choquante, dérangeante cette histoire. Elle va à l'encontre des bons principes chrétiens qui nous ont été inculqués tout au long de notre enfance : il faut prendre soin de l'autre, il faut partager avec celles et ceux qui ont moins ou voire même qui n'ont pas. Si nous le faisons, alors nous serons vraiment gentils et le petit Jésus sera content. Dans cette perspective évidemment l'évangile de ce jour est heurtant. Nous sommes un peu déboussolés par l'égoïsme des cinq jeunes filles prévoyantes. Or, je crois, le texte est nettement moins dur que ce qu'il n'y paraît à première vue.

Il rappelle simplement qu'il y a des choses qui ne se prêtent pas, qui ne s'empruntent pas. Je peux vous parler d'une relation d'amitié que j'ai avec quelqu'un, de la relation que je vis avec le Christ. Je peux vous en parler sans problème mais je ne peux pas vous la prêter. Vous ne pouvez pas me l'emprunter et c'est ce que notre cher italien de la blague de tout à l'heure n'a pas saisi. La relation à Dieu est d'abord et avant tout une relation personnelle. C'est à chacune et chacun dans son for intérieur de la trouver, de la composer et surtout de la vivre. Mais Dieu nous semble souvent bien silencieux et parfois ses échos résonnent peu en nous. Un des chemins proposés par Lui est alors sa rencontre au travers des Ecritures. Et aujourd'hui, dans la première lecture, il se présente à nous non pas en Père Tout Puissant mais en Mère pleine de douceur et de tendresse. Dieu dévoile de lui la face sensible de son Etre dans des mots que nous ne lassons pas d'entendre. Ils glissent doucement, ils frôlent tendrement les cordes fragiles de notre foi. Ces mots-là disent quelque chose du mystère de Dieu. Un Dieu d'amour. Un Dieu qui nous façonne puisqu'en le cherchant, il se laisse trouver nous dit l'Ecriture. Un peu comme si en apprenant comment nous sommes aimés, nous aussi nous apprenons à aimer. Mettons alors un peu de douceur dans notre liturgie pour écouter et faire vivre en nous à nouveau cette superbe lecture de la Sagesse.

Cette sagesse nous conduit au coeur d'une rencontre. Elle est là, elle existe. A nous de la trouver. Nous ne sommes plus dans l'ordre du savoir, de la connaissance mais plutôt dans celui de la confiance. Un peu comme l'enfant qui fait confiance à son grand-père même s'il ne comprend pas tout. La sagesse de Dieu, tendresse divine est ce vers quoi nous devons tendre. Elle n'est pas seulement quelque chose à regarder, à contempler. Il ne suffit pas d'y croire, il faut en vivre. Et ça, au risque de me répéter, cela ne se partage pas, cela ne s'emprunte pas. Nous sommes dans un champ éminemment personnel. La relation au Père est un peu à l'image des lampes d'huile de l'évangile. Cette foi en Lui s'entretient, se nourrit. Elle est comme un petit réservoir intérieur ayant ses propres réserves. Et de temps à autre, chacun à son rythme et selon ses propres besoins nous avons besoin de le remplir, de faire le plein de nos batteries.

C'est en ce sens que je comprends l'importance de nos eucharisties dominicales. Elles sont un temps, un moment dans cette course folle de la vie. Un temps donné pour recharger nos accus, pour prendre un peu de hauteur sur nous-mêmes, pour chercher du sens à ce que nous vivons. Un peu de temps pour Dieu et tant de temps pour nous. Les forces que nous trouvons en nous, dans nos réserves intérieures, sont des conduites essentielles de nos existences. Face à la dureté de certaines réalités, face aux souffrances et injustices endurées, notre relation à Dieu, notre rencontre avec la Sagesse divine, notre confiance et notre espérance trouvent leurs sources et leur sens dans le temps que nous nous donnons pour revenir à l'essence de nos vies. Celui qui cherche la Sagesse dès l'aurore ne se fatiguera pas : il la trouvera assise à sa porte. Ouvrons alors chacune et chacun la porte de notre coeur pour laisser entre en nous ce Dieu-Sagesse, Mère de Tendresse et de douceur.

Amen

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