3e dimanche de Carême, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Ca, jamais je ne lui pardonnerai me dit-elle avec un brin d'agressivité. Tant pis pour lui, il n'aura qu'à vivre avec cela toute sa vie. Il verra que ce n'est pas le genre de chose que j'accepte. Non je ne l'accepterai jamais, il n'avait qu'à réfléchir avant. Maintenant c'est trop tard et j'espère qu'au fond de lui-même, il s'en mord les doigts, à en saigner. Tout en affirmant cela, elle ne voyait pas que sur son visage se lisait une profonde tristesse, elle ne se rendait pas compte que son regard vers celui qui l'avait blessé, peu à peu l'emprisonnait, l'empêchait d'être elle-même. Quel pouvoir lui donnait-elle et sans s'en rendre compte. Ce dialogue, chacune et chacun nous en avons sans doute vécu de semblables au cours de nos vies. Notre relation s'en est trouvée altérée, abîmée, voire même détruite parce qu'il n'y a jamais eu vraiment place pour une réconciliation. Cette dernière naît de la rencontre d'un pardon donné et d'un pardon reçu en humanité et en Dieu.

Pardonner, c'est entre autre accepter de reconnaître l'autre, celui qui m'a fait mal, dans ce qu'il est, en son altérité. C'est accepter de reconnaître en lui ou en elle une part d'inconnaissance, d'imperfection, une sorte de nocturnité dont lui-même n'a pas pleinement la maîtrise. Pardonner, c'est donc ouvrir en l'être offensant un nouveau chemin sur lequel il ou elle pourra continuer d'avancer, de vivre avec un fardeau moins lourd. C'est lui permettre ainsi d'aller à la rencontre du meilleur de lui-même. Nous découvrons alors que le pardon est une forme particulière d'amour de l'autre. Jamais rien n'est perdu, tout peut toujours recommencer. Cependant, il y a également dans le pardon une dimension plus personnelle et que nous oublions souvent, c'est-à-dire qu'il y a aussi lieu de se libérer soi. Nous avons à prendre conscience que faute de pardon, nous resterons toujours hantés par un souvenir douloureux. Ce dernier ne cessera de resserrer en nous un noeud de haine et de colère. Cette colère que nous éprouvons à la fois contre nous-même puisque, quelque part, nous nous reprochons de n'avoir pas su nous défendre contre notre offenseur mais également contre celui-ci qui, outre la blessure, reste le maître de notre existence par l'emprise qu'il a sur nos souvenirs, si douloureux soient-ils. Le pardon devient pour nous, dans cette dimension personnelle, l'expression d'une farouche volonté de reprendre sa liberté. Par cette démarche, nous allons délier au fond de nous-même cette tension qui nous empoisonne la vie et nous rend prisonnier de l'événement. Ainsi, arriverons-nous à retrouver une certaine estime de nous, où la blessure n'aura plus le dernier mot, notre propre volonté ayant pris le dessus. Dès lors, nous pouvons affirmer que seule une démarche de pardon peut éliminer la haine entre nous, pour nous permettre de sortir de ce fameux cercle vicieux du « oeil pour oeil - dent pour dent ». Nous évitons ainsi une escalade dans la violence qui conduit inévitablement à l'exclusion de l'autre. Le pardon ouvre alors au plus intime de nous-même une nouvelle voie faite d'amitié, de tendresse où chacune et chacun en se "déliant" mutuellement retrouve sa liberté et redonne une certaine dignité à la relation blessée.

Il est pour nous ce passage qui va permettre d'abandonner notre passé-souffrance pour prendre possession d'un futur possible, notre futur, celui qui va libérer toutes nos forces de vie, d'amour et de création, pour remarcher sur le chemin de nos existences. Alors et alors seulement, nous vivons entre nous ce que nous appelons la réconciliation, à l'image de celle proposée dans la parabole du fils prodigue. Cette dynamique de réconciliation peut sembler bien simple lorsqu'elle est enfermée dans un drapé de mots mais ô combien difficile dans la réalité de la vie. C'est pour cela que je crois que la réconciliation trouve avant tout sa source dans notre relation à notre Dieu, Père de tendresse et de miséricorde. En lui, nous pouvons la force pour dépasser ce qui semble impossible à l'être humain et par lui, nous percevons une capacité de pardon qui va au-delà de toutes nos espérances puisque le pardon divin nous est donné lorsque nous le demandons. Tout un chemin d'humilité. Au coeur de nos vies, sommes-nous capables de vraiment pardonner ? Suivons-nous l'attitude du père ou du frère de la parabole ? A chacune et chacun d'y répondre, en conscience.

Amen.

1er dimanche de l'Avent, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Devant les perspectives d'avenir, aujourd'hui beaucoup de gens ont peur... Peur d'une catastrophe écologique ou nucléaire... Peur de perdre un emploi, de régresser dans l'échelle sociale, de disposer de moins de ressources pécuniaires... Peur d'aller au fond de soi-même et de découvrir la profondeur de nos attentes.

Alors beaucoup se réfugient au coeur des villes dans des déserts au silence assourdissant et au goût de paradis artificiel. Ils cherchent des petits bonheurs dans des à-côtés. La société de consommation invite d'ailleurs à acquérir toutes sortes de biens éphémères. Et le qu'en dira-t-on excite à suivre le mouvement afin de rester dans le vent.

Et pourtant, elle se fait entendre aujourd'hui la voix de la promesse. Elle raisonne, claire comme le rire d'un enfant, lumineuse comme l'avenir dont il rêve.

"Voici venir les jours où j'accomplirai la promesse de bonheur que j'ai adressée à la maison d'Israël et à la maison de Juda".

Elle n'est pas facile à entendre surtout dans le tintamarre du monde, cette voix de l'espérance. Elle vient d'ailleurs, de l'au-delà de toute créature. C'est une Parole du Seigneur qui vient.

Au moment où Jérémie la prononce, la situation de son pays est aussi dramatique. Le royaume de Juda est ravagé par l'envahisseur, la ville de Jérusalem détruite. Beaucoup ont été tués et d'autres, dont le roi, ont été déportés à Babylone. Mais Dieu veut restaurer la confiance chez ceux qui sont restés au pays. Un monde, leur fait-il dire, s'en est allé, mais mon amour pour le peuple et mon pouvoir de créer sont intacts. Un roi, issus de David, régnera à nouveau sur le pays redevenu libre et il rétablira une ère de justice, de paix et de bonheur pour tous.

Promesse de bonheur, adressée autrefois par le prophète à ceux qui étaient dans le malheur. Promesse de bonheur qui nous est adressée encore aujourd'hui par Dieu. Si vraiment nous croyons qu'il nous aime, qu'il est un Dieu d'amour, nous pouvons imaginer qu'il s'intéresse à nous et que son désir le plus cher est de nous voir heureux sous son regard, comme nous-même nous souhaitons le bonheur à ceux que nous aimons. Mais voilà, le bonheur des autres ne se fait jamais sans eux, comme notre bonheur à nous ne se fait pas sans nous.

Alors la grande question à se poser pour soi-même, comme pour chacun d'autre. Qu'est-ce qu'être heureux ? Qu'est-ce qui fait ta joie, qu'est-ce qui fait aussi la mienne ? On ne sait pas toujours ce qu'est le vrai bonheur ou plutôt, on sait parfois mieux ce qu'il n'est pas. Les souffrances, les malheurs, les privations, les manques, les nôtres autant que ceux des autres, peuvent nous faire prendre conscience de l'absence de bonheur. On dit alors, que c'est mal-heureux.

Le bonheur est fait souvent d'un tas de petites choses qui comblent nos attentes et nos désirs.

Dans notre monde actuel, il peut être important de rappeler qu'il est d'abord une qualité d'être, plutôt qu'un avoir. ETRE HEUREUX, Ce n'est pas avant tout, une possession d'objets, de biens. C'est bien d'avantage une HARMONIE avec soi-même et avec les autres. Et c'est sans doute pour ce motif que la justice, la paix et le pardon et la réconciliation sont des conditions nécessaires pour que chacune et chacun, se sentant respecté et important, trouve la confiance en soi-même et dans les autres.

Jésus invitait au bonheur. Il invitait à oser croire que Dieu est tendresse et bonheur en lui-même et pour toutes et tous. Par son comportement et dans ses relations, il donnait les signes de ce respect immense qu'il avait pour chacune des personnes qui était devant lui.

Mais voici qu'aujourd'hui il nous parle de sa venue : "Veillez et priez" nous dit-il. Oui, pour voir le Seigneur venir, il faut être vigilant. Si nous gardons les yeux ouverts, nous pourrons discerner les signes de son amour. Si nous sommes éveillés, nous pourrons aussi découvrir ces tas de petites choses qui font plaisir aux autres autant qu'à nous mêmes et qui contribuent à créer l'harmonie entre nous. Si nous restons attentifs à une qualité d'être, nous pourrons construire des relations justes avec les autres et contribuer à plus d'harmonie dans nos sociétés. Nous serons alors, à notre tour, des semeurs de bonheur !

Certes, on pourrait dire que depuis toujours des gens ont espéré le bonheur et, malgré toutes les bonnes volontés, les puissances de mort sont encore à l'oeuvre, ici maintenant. Mais si ces puissances du mal sont toujours présentes, elles ont déjà été définitivement ébranlées. Le jour du Seigneur, l'avènement du Fils de l'homme dont nous parle Luc dans l'évangile, c'est bien le matin lumineux de Pâques. C'est sa victoire sur toutes les forces de mort et du mal. C'est là le coeur de notre foi et le fondement de notre espérance. Nous attendons l'achèvement de ce qu'il a inauguré par sa résurrection. Aujourd'hui, il nous enseigne ce chemin, rempli de moments de bonheur et qui nous prépare à sa venue, à son retour : "Restez éveillés et priez. ainsi vous serez jugés dignes de paraître debout devant le Fils de l'homme."

Fête de la Sainte Trinité

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 1997-1998

Dieu n'est pas évident.

Dans la société d'aujourd'hui, beaucoup de gens s'en passent et ne s'en portent pas plus mal. Beaucoup ont une famille, des amis, une profession honorable, un emploi qui leur donne des ressources pécuniaires leur permettant d'accéder aux biens matériels, culturels, aux loisirs, aux voyages.

Sans nécessairement croire en Dieu, ils cultivent des valeurs humaines comme l'équité, la justice, la tolérance et la philanthropie. Lorsque les épreuves surviennent, comme la maladie, la mort, ils font preuve de courage et de dignité.

Il ne faut donc pas nécessairement croire en Dieu pour être heureux.

Dieu n'est pas évident.

Mais il y a cependant tous ceux qui y croient, qui lui font confiance et lui font une place plus ou moins grande dans leur vie !

Certains ont pour mission d'amener les autres à croire en Lui. Mais, hélas, ils s'en servent bien souvent pour imposer leur vues. Ils disent : "Dieu exige ceci." ou "Dieu interdit cela"

Et avec menaces à l'appui : la damnation éternelle, le paradis.

Maintenant qu'on vienne dire que Dieu est Trinité, ne change rien à rien. ce n'est qu'un exercice intellectuel pour théologiens. De toutes manières, c'est hors de la vie ! En plus, cela irrite aujourd'hui les frères musulmans qu'il nous arrive de cotoyer.

Eux insistent sur l'unicité de Dieu. Pour eux, il est l'Unique.

Ce qui intéresse : c'est de passer au mieux le peu de temps qu'on a sur la terre. Car la vie est si courte et le bonheur si rare. Les jeunes font des projets. Puis la vie a tôt fait de leur faire prendre conscience de la réalité : les enfants, le ménage, les maladies, les deuils, les séparations, aujourd'hui les divorces, l'avenir incertain, les inquiétudes et les souffrances.

Quand on est heureux, il arrive même parfois que l'on en soit gêné, devant tous les malheurs qui atteignent les autres.

Et puis, petit à petit, on en vient à comprendre qu'il n'y a pas de bonheur sans amour ; sans amour qui se donne et sans amour qu'on reçoit.

Il n'y a pas de bonheur sans amour, quand on veut vivre seul ou replié sur soi.

Dans ma vie pastorale déjà longue, j'ai sans doute rencontré beaucoup de gens, auxquels j'ai donné un peu de mon temps, de mon dévouement, un peu de mon coeur ! Mais j'en ai reçu bien davantage de leur part ! Et si je devais écrire mes souvenirs, j'intitulerais mon livre : "Ils m'ont apporté tant de bonheur !"

Quand on est chrétien, on est invité à comprendre que Dieu lui-même, non plus, ne veut pas être seul, tout là-haut, dans son ciel, dominant la terre, écrasant de sa toute-puissance. Pour Dieu, il faut être trois pour donner, pour recevoir, pour échanger, pour aimer.

C'est ce que nous explique l'évangile que nous venons de lire.

C'est le Père qui, dans sa bonté, envoie l'Esprit sur la terre et sur les hommes. Déjà dans le passé, maintes fois, il fit don de son Esprit, de son souffle de vie. Depuis la création du monde, où l'Esprit de Dieu planant sur les eaux, transforma le chaos initial, séparant la lumière des ténèbres, les eaux d'avec la terre ferme. Dans son immense Sagesse, il créa les grands luminaires, le soleil, la lune, les étoiles ; et tous les êtres vivants.

C'est encore son Esprit, son Souffle de vie, que le Père insuffle en l'homme et en la femme, pour les créer à son image. Tout au long de l'histoire humaine c'est le Père qui envoie ainsi son Esprit sur les hommes, depuis Abraham, en passant par Moïse et tant de prophètes, connus ou inconnus. Aujourd'hui, encore dans sa tendresse, il nous donne son Esprit, à nous qui sommes croyants. "Cet Esprit qui vient du Père, c'est l'Esprit de vérité." nous dit Jésus.

Guidés par cet Esprit qui nous est donné, nous allons aujourd'hui à la rencontre du Christ.

"Il me glorifiera." dit encore Jésus. "Il prendra de ce qui vient de moi pour vous l'expliquer.

Ce que j'ai à vous dire, pour l'instant, vous n'avez la force de le porter. Plus tard, il vous mènera vers la vérité toute entière."

Ainsi aujourd'hui, c'est le rôle de l'Esprit de Dieu de nous guider vers Jésus, l'homme de Nazareth, celui sur lequel il repose entièrement depuis son baptême au Jourdain, parce que Dieu le reconnaît comme son Fils, sa propre image.

Alors, en regardant cet homme de Nazareth agir avec humanité, c'est Dieu le Père lui-même que nous découvrons. "Tout ce qui appartient au Père est à moi." nous dit Jésus.

Ce qui a frappé les disciples dans l'évangile, c'est le lien permanent qui existe entre Jésus et son Père. "Qui me voit, voit le Père." "Il y a tant d'années que tu es avec moi, Philippe, et tu n'as pas encore compris que je suis dans le Père et que le Père est en moi."

Le Christ Jésus nous ramène sans cesse vers le Père. C'est ainsi que nous prenons conscience que nous entrons nous-mêmes dans ce mouvement divin. Dieu donne et reçoit. Dieu donne l'Esprit à Jésus qui le reçoit et qui réfère tout son amour au Père. Le cercle est donc bouclé. Le mouvement de l'un à l'autre est complet.

Ce qui est extraordinaire, c'est que, recevant nous même l'Esprit qui vient du Père, celui-ci nous mène vers Jésus, qui à son tour nous conduit au Père. Avec Jésus, nous entrons dans le mouvement de retour vers le Père. Placé entre l'Esprit et Jésus, nous sommes insérré dans le mouvement trinitaire.

On a souvent représenté la Sainte Trinité par un triangle isosèle, ayant les trois côtés et les trois angles égaux. La pointe, représentant le Père, est au sommet et la base en dessous.

Ne faudrait -il pas le renverser et le mettre sur sa pointe ? En élargissant la base du triangle, placée cette fois en haut, depuis l'Esprit à gauche jusqu'au Fils à droite et en y plaçant toute l'humanité, l'angle du Père à la base aurait tendance à s'élargir jusqu'à faire du triangle un cercle. Le mouvement dans lequel nous serions inclus serait ainsi circulaire. Partant vers la gauche, c'est le Père qui envoie son Esprit. Celui-ci vient en nous pour nous conduire vers le Fils, qui lui ramène vers le Père. Pour conclure, je dirais volontiers que c'est ce mouvement qui donne sens à tout amour humain, seul source de bonheur ! Recevoir et donner, sont les deux composantes du mystère de Dieu. Pour recevoir, il faut les autres. Pour donner, il faut aussi les autres. Dans notre monde moderne, où chacun est marqué par l'individualisme, on admet encore facilement de donner, mais recevoir des autres est plus difficile, car chacun veut être autonome et libre. On cherche à monter, peut-être pas bien haut, mais tout seul. Recevoir, c'est admettre sa pauvreté, admettre que l'on a besoin des autres. Comme dans le mystère Trinitaire, il n'y a pas de bonheur pour nous sans que nous recevions des autres et sans que nous leur donnions.

20e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Jésus s'adresse à ses disciples pour leur parler de lui. « Je suis venu sur la terre pour... ! » Il est rare dans les évangiles que Jésus fasse ainsi des confidences sur ce qui lui tient à c½ur, sur ce qui le passionne et donne sens à sa vie. . « jee suis venu apporter un feu ! » Voilà ce qu'il voulait.

Mais les disciples et, après eux, tous les chrétiens ont eu peur. Le feu, c'est dangereux. Il peut brûler. Et en nous tous, il y a tant de bois sec et mort, mais auquel nous tenons fort. Il y a tant d'habitudes acquises, il y a tant de compromis avec le ciel, avec les exigences du christianisme. Le feu de l'Evangile, cela peut nous mener très loin, là où nous n'aimons pas tellement d'aller ! C'est pourquoi chacun n'hésite pas à tailler des coupe-feu. On se dit : voilà ce qui est bien et voilà ce qui est mal ; ceci est important tandis que cela l'est beaucoup moins ; Il y a bien sûr des manquements graves, les péchés mortels, mais beaucoup de fautes sont vénielles. Et, pour se rassurer, on se dit qu'il suffit d'être en règle, d'obéir à l'autorité religieuse et l'on sait alors où l'on va. Mais Jésus lui, avait dit : « Comme je voudrais que ce feu soit déjà allumé ! » Et il avait ajouté en parlant de sa Passion et de sa mort : « Je voudrais être baptisé » Le baptême que doit recevoir Jésus est essentiel dans sa mission. Ce baptême a tout d'abord un goût d'épreuve. Seul le don total et unique de sa propre vie portera du fruit à jamais ! Sa hâte à marcher vers ce moment est autant liée à la difficulté de la passion, qu'à l'enjeu de vie éternelle que sa mort comporte.

Ensuite le baptême qu'il annonçait, c'est comme une naissance : la naissance d'un monde nouveau : Un monde où l'homme passerait avant la loi ; un monde où le publicain dans le fond de l'église aurait plus de valeur aux yeux de Dieu que le pharisien qui fait la leçon ; un monde où celui qui ne parvient pas à respecter la loi et qui se sait pécheur est pardonné avant le juste qui est irréprochable et le fait sentir à tous ; un monde où l'humble femme du temple qui n'a qu'une petite pièce à donner est plus généreuse que l'homme qui est riche et fait de grandes offrandes.

A l'aube de ce monde nouveau, ce serait la croix du Christ qui allumerait le feu. Et depuis lors, jamais, les chrétiens ne seraient en paix. Dans cette paix tranquille qu'affectionnent les puissants et les autorités, où le chef est le chef et le fidèle est le fidèle.

Depuis lors, il y aura toujours des divisions : comme dit Jésus dans l'évangile « trois contre deux et deux contre trois, le fils contre le père et le père contre le fil ... » Il y aura toujours des Jérémie, des gens accusés comme le prophète de démoraliser tout ce qui reste de combattants, des témoins parlant à contre-courant de la pensée véhiculée en leur temps. Il y aura toujours des contemplatifs et des spirituels qui consacreront leur vie ou leur temps à la prière et à la louange de Dieu. Il y aura toujours des théologiens, poussés par l'Esprit-Saint, qui secoueront les opinions traditionnelles, poseront des questions à partir des situations actuelles et bousculeront les certitudes établies. Il y aura toujours des hommes et des femmes suscitant des débats, ramenant à l'Evangile et retournant à la croix. Et chacun sera ainsi amené à dépasser sa médiocrité et à prendre position.

Ce sont ces témoins évangéliques - des gens parfois célèbres comme Mère Thérèsa, S½ur Emmanuel, l'Abbé Pierre - mais aussi des simples chrétiens anonymes qui aujourd'hui rallument le feu, allumé sur la terre par Jésus. Grâce leur soit rendue !

21e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Si nous nous étions assoupis au cours de notre liturgie de ce jour, avec un évangile pareil nous voilà bien réveillés. La vie éternelle est pour chacune et chacun d'entre nous, une grande question. On se l'imagine, on la pressent, en tout cas, nous l'espérons et voilà que le Christ ce matin (soir), nous annonce que nous y aurons des surprises. Et des surprises pas toujours heureuses. Qu'est-ce à dire ?

La vie chrétienne, le chemin d'humanité sur lequel nous avançons n'est pas quelque chose de fini. Nous sommes comme des ascensionnistes sur une montagne dont nous ne verrions jamais le sommet et nous sommes invités à grimper, à toujours grimper. Jésus, avec force, nous rappelle à nouveau que nous sommes des êtres en devenir, que jamais nous ne pouvons nous considérer comme étant arrivés. Tout comme celles et ceux qui s'adonnent au sport de l'escalade, nous aurons des temps de pause, des temps de repos après l'effort fourni. Lors de cette ascension qu'est notre vie, il y a aussi des arrêts important. L'essentiel est de ne jamais oublier que s'arrêter n'est que passager, éphémère. La vie se marche, la vie se vit. Elle a ses moments heureux puis ceux qui sont plus douloureux, mais elle avance toujours à son pas, à son rythme. Chacune et chacun, nous avons le nôtre. Il n'y en a pas un meilleur que l'autre puisque c'est à nous de trouver celui qui nous convient tant que nous n'arrêtons pas de marcher. Je suis le chemin, la vérité, la vie, nous dit Jésus ailleurs dans les évangiles. Et nous sommes conviés à le suivre tout simplement. Il n'y a rien d'extraordinaire là dedans si ce n'est que sur un tel chemin, nous ne sommes jamais, jamais arrivés au bout, nous n'atteindrons jamais le sommet ici sur terre. L'imaginer, c'est se leurrer.

Etre sauvé, telle est notre destinée. Mais se dire croyant, sans que cela se vive, c'est être comme celles et ceux qui ont pris place un jour à la table du Christ et s'en sont contentés. Or la foi en Jésus, est d'abord et avant tout un mouvement, un élan vers un avant, un ailleurs dont nous ne percevons pas toujours les contours. S'asseoir à la table de Dieu, c'est le rencontrer pour mieux repartir, pour mieux vivre de ce qui habite au plus profond de nous-mêmes. D'après le Christ aujourd'hui, la foi n'est pas d'abord un temps, mais plutôt un état. Un état de vie en marche, en mouvement. Un peu comme si Jésus nous disait le que le salut n'est pas garanti par la carte du parti. Il ne suffit pas de se dire chrétien pour vivre pleinement de la vie éternelle. Celle-ci requiert certaines exigences non pas comme une sorte de ticket d'entrée mais plutôt parce que la vie éternelle est entendue comme la continuation de ce que nous avons commencé ici sur terre. Il y a cette histoire qui illustre assez bien me semble-t-il les propos du Christ de ce jour. C'est l'histoire d'une femme, ça aurait pu être un homme aussi, mais comme ce n'est pas moi qui l'ai écrite, je respecte son auteur. Cette femme était habituée à un confort certain. Elle se plaisait dans le luxe, l'argent et aimait se faire reconnaître par ses richesses. Comme tout un chacun, un jour, elle mourut. Lorsqu'elle arriva au ciel, un ange lui fut envoyée pour la guider vers sa demeure éternelle. Il parait que c'est l'habitude là-haut. Ils passèrent d'abord devant de nombreux châteaux, plus superbes les uns que les autres. Et elle pensa chaque fois que l'un d'entre eux serait pour elle. Ce furent ensuite le tour des villas. Mais aucune ne lui fut attribuée. L'ange et elle traversèrent ensuite plusieurs rues de ce qui semblait être le centre d'une petite ville ; ils arrivèrent dans les faubourgs et toujours rien pour elle alors que les maisons devenaient de plus en plus petites. Enfin, nous dit l'histoire, ils s'arrêtèrent devant une maison qui était à peine plus grande qu'une hutte. C'est ta maison lui dit l'ange. Quoi, répondit la femme, ça ! Mais je ne peux pas vivre dans ça. Désolé lui répondit l'ange mais c'est tout ce que nous avons pu construire avec les matériaux que tu nous as envoyés de la terre.

C'est cela marcher sur le chemin de sa vie, accepter de n'être jamais arrivé. Nous sommes des êtres reçus et en devenir. Nos pas si maladroits soient-ils sont les matériaux construisant notre demeure éternelle. Château ou hutte, à nous d'en décider. Amen.

21e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Au cours de sa marche vers Jérusalem, pour souffrir la passion, Jésus est interpellé au sujet du nombre des élus. Quelqu'un lui demanda : « Seigneur, n'y aura-t-il que peu de gens sauvés ?

Eternelle question, poussée par la peur de l'au-delà ! Question si bien manipulée par les prédicateurs, qui brandissent la menace pour asseoir leur pouvoir : le paradis pour ceux qui obéissent à Dieu et l'enfer pour les autres.

Avouons qu'il y a de quoi avoir peur. Le bonheur pour toujours ou les flammes éternelles. Et Jésus lui-même ne nous parle-t-il pas d'une porte qui est étroite ?

Les sectes chrétiennes sont friandes de ce genre de textes avec lequel il est facile de faire peur. Mais la foi au Christ doit-elle être terrifiante ? Le Royaume de Dieu est-il réservé à quelques privilégiés ?

En réalité, Jésus veut moins attirer l'attention sur le nombre des sauvés, que sur ce qu'il faut faire pour entrer dans son Royaume.

Mais alors, devant l'incertitude et le risque de perdre le ciel, le plus sûr ne serait-il pas de mettre toutes les chances pour soi ? La messe du dimanche, les confessions fréquentes, les communions nombreuses, le respect des commandements. Plus parfait serait-on, plus on aurait des chances.

Ce n'est pas comme cet homme là-bas, au fond de l'église ; encore est-il rentré. Mais que dire de tous ceux qui ne croient plus à rien !

Nous qui essayons d'être fidèles, nous aurions, au moins, une sorte de droit d'entrer. Nous lui rappellerions que nous avons mangé et bu en sa présence. Mais voilà qu'il répond : « Je ne sais pas d'où vous êtes » et il ferme la porte.

Dans l'image de la porte étroite, nous pouvons deviner l'expérience des premières communautés chrétiennes affrontées à la difficulté de croire en Jésus. On les présente parfois sous un jour idéal. Mais en réalité, déjà en ce temps il y eut des abandons et beaucoup de défections dans le rang des disciples. Comme son maître le disciple ne doit pas avoir peur de porter sa croix. Suivre Jésus n'était sans doute pas plus facile à ce moment là qu'aujourd'hui !

Pour « ceux qui font le mal », les malfaisants, le salut est impossible. Leur ancienne convivialité avec le maître de maison ne peut servir de laissez-passer. Le disciple ne peut se prévaloir de la connaissance de Jésus comme d'une assurance. La foi s'implique dans un faire le bien. En Mathieu, Jésus le dit d'une manière équivalente : »Il ne suffit pas de me dire : « Seigneur, Seigneur » pour entrer dans le Royaume des cieux ; il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux » De la part du Seigneur, il y a donc un encouragement à la fidélité concrète, se traduisant dans des comportement et des actes.

Si l'important est d'accomplir la volonté de Dieu, comment se fait-il que parmi les premiers installés dans le Royaume, certains seront jetés dehors ? On sait que le problème de l'accueil des païens dans l'Eglise s'est posé au tout début de façon aiguë et qu'il a engendré bien des disputes et des divisions, à commencer par l'opposition entre Pierre et Jacques d'une part et Paul, l'apôtre des nations d'autre part. Luc ne perd pas une occasion pour souligner les décisions du Concile de Jérusalem, dont il a lui-même fait le récit dans les Actes des Apôtres : les païens, eux les derniers venus, ont droit au salut comme les chrétiens d'origine juive, les premiers arrivés. En refusant l'accès de l'Eglise aux païens, les premiers venus s'excluent du Royaume. Ainsi, les premiers seront les derniers. Pour nous aujourd'hui, le Royaume n'est pas pour plus tard, il est déjà là. L'au-delà, est commencé. Son esprit, ses lois, ne sont pas comme les nôtres. Jésus apporte de nombreux bouleversements. Il met tout à l'envers. Pour lui, certains derniers seront premiers.

Il s'y est engagé. Il s'y est engagé. Il marche vers la passion. S'il s'arrête en chemin, c'est pour relever les blessés, guérir les malades, accueillir les exclus, réconcilier les pécheurs, pleurer devant la mort, celle d'un jeune homme qu'il rend à sa mère, celle de son ami Lazare. Il marche vers sa croix, lui devenu le dernier des derniers et le serviteur de tous.

Alors, aujourd'hui, du nord au midi, de l'orient à l'occident, des foules nombreuses marchent sur ses pas, poussées par son esprit, l'Esprit d'amour de Dieu. C'est la réalisation de ce que Dieu lui-même annonçait par la bouche d' Isaïe : « Je viens rassembler les hommes de toutes nations et toutes langues. Ils verront ma gloire. » L'évangile est annoncé parmi tous les peuples de l'univers et comme le dit encore le prophète : « Ces messagers annonceront ma gloire parmi les nations. » et paradoxalement l'incroyance progresse sans cesse dans nos pays de vieille chrétienté. N'imitons pas les fils d'Abraham, qui soucieux de garder leurs privilèges, refusaient à d'autres l'accès du Royaume. Faisons plutôt route avec les jeunes Eglises. La Porte est largement ouverte à tous.

2e dimanche de l'Avent, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Mais pourquoi saint Luc s'encombre-t-il l'esprit et donc le nôtre également de tant de détails tout à fait insignifiants. Ces derniers ne semblent rien apporter au récit : l'an 15, Pilate, Tibère, Hérode, Philippe, Traconitide, j'en passe et des meilleures. Il avait peut-être le goût de l'histoire mais quand même. Il y a moyen de prendre des chemins nettement plus rapides pour aller droit au but. Le message est très simple, juste une phrase, une petite phrase, la dernière : « et tout homme verra le salut de Dieu ». Il ne fallait rien dire de plus, tout est résumé en ces quelques mots. Ils se suffisent eux-mêmes. Oui, mais si nous n'avions pas eu tous ces petits détails en introduction aurions-nous pu nous préparer à recevoir une telle bonne nouvelle ? C'est un peu comme si on lisait l'évangile en commençant la célébration. D'abord, il y aurait tous ceux qui l'auraient manqué parce que leurs montres n'indiquaient pas la bonne heure ou que la nôtre avançait, et seraient arrivés en retard, puis il y a tous les autres, qui n'auraient pas eu le temps d'entrer dans un tel texte sans aucune rupture avec ce qu'ils faisaient avant.

Il y a donc lieu de se préparer. Tout simplement. Une bonne nouvelle se prépare à être reçue, pour être ensuite intériorisée. De la sorte, elle n'est pas seulement quelques phrases gribouillées sur le coin d'un parchemin, elle est devenue vie en nous. Alors heureusement que saint Luc a pris le temps, il nous permet de nous préparer. Et cette préparation à laquelle nous sommes conviés est une invitation personnelle faite à chacune et chacun d'entre nous. Pas moyen d'y réchapper, comme s'il y avait un RSVP (ou RSLP) dans le coin inférieur gauche de l'invitation et ce avant le 25 décembre de ce mois, s'il vous plaît. Il nous reste peu de temps pour aplanir cette route, notre chemin nous conduisant vers Dieu puisque c'est bien de cela qu'il s'agit en ce temps de l'Avent. Dieu, ce soir, nous fixe à nouveau rendez-vous pour une grande fête, celle de sa rencontre en notre humanité. Il nous indique l'endroit, c'est-à-dire au plus profond de nous-mêmes. Et malheureusement pour nous, il ne nous indique pas le chemin à suivre. A chacune et chacun de le trouver, à partir de son histoire et de ses certitudes. Il y a autant de chemins qu'il n'y a de personnes dans cette assemblée. Cependant, c'est la même voix, celle de Jean le Baptiste qui crie dans nos déserts intérieurs : préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route.

Qu'est-ce à dire ? Tout simplement, inviter Dieu à entrer en nous, et cela exige un fameux remue-ménage. Nos routes intérieures sont tortueuses de nos maladresses, parsemées de nid-de-poule d'hésitations et d'objections, glissantes de nos trébuchements et nos hésitations, durcies par nos entêtements. Elles ressemblent drôlement à certaines routes de Rixensart... Nous pourrions alors nous morfondre face à l'immensité de ce travail. Mais ce ne serait pas lire et comprendre l'évangile de ce soir jusque dans son dernier drapé : tous les hommes verront le salut. Une telle phrase serait une promesse de rêveur si elle ne nous ramenait à ce qui doit être sauvé en chacune et chacun de nous. Comme si se préparer c'était creuser dans notre terre propre jusqu'au moment où nous atteignons cette source d'eau claire à laquelle nous pouvons à nouveau venir nous abreuver, nous ressourcer pour repartir à la conquête de notre être intérieur, lieu de la rencontre avec le Christ. C'est faire de la place, enlever le secondaire et ainsi retrouver l'essentiel de nos existences.

Et si l'essentiel c'était d'oser à nouveau croire et proclamer à voix forte que Dieu s'est fait homme pour nous sauver. Mais, qu'est-ce, au fond, l'idée de salut ? Essentiellement ceci : que les choses peuvent être reprises, que rien n'est jamais perdu, définitif. Tout peut toujours reprendre, rien n'est inexorable, bref tout peut être sauvé. Comme s'il y avait une sorte de surabondance dans la venue de Dieu en nous. Si c'est tout cela, alors je crois que cela vaut vraiment la peine de s'y préparer.

Amen

3e dimanche de Pâques, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

« Je me casse que Jésus soit ressuscité, pour moi c'est le message qui est le plus important. Ma foi en la morale est plus forte que ma foi en Dieu », disait l'un d'entre nous en préparant cette eucharistie dominicale. Nous pourrions nous étonner de tels propos, cependant je crois qu'ils seront partagés par de nombreuses personnes de notre assemblée. C'est vrai, il est plus facile de croire en des valeurs de vie, qui nous aident à nous construire, que de croire en ce mystère, cette énigme, voire même cette question qu'est Dieu.

Celui-ci se révèle à nous de manière intéressante dans l'évangile de ce jour. Nous retrouvons un Christ que ses propres disciples ne reconnaissent pas. Et malgré cela, ils continuent de lui obéir et constatent que cette obéissance leur sera bénéfique. Ce soir, nous n'avons pas souhaité nous arrêter sur la pêche miraculeuse des 153 poissons représentant l'humanité entière mais plutôt sur le dialogue entre Jésus et Pierre. Quelqu'un me disait un jour que les « je t'aime » prononcés et offerts sont plus souvent des questions appelant une réponse similaire plutôt qu'une affirmation. C'est possible, je reste cependant convaincu que les « je t'aime » véritables sont ceux qui ne demandent aucune réponse, si ce n'est l'espace entre deux êtres pour que de tels mots puissent se chanter. S'il est vrai qu'ils sont trop souvent encore dans notre société difficile à dire, combien plus serons-nous mal à l'aise si nous avions à poser la question, « et toi, m'aimes-tu ? ». Nous ne la posons pas, pour ne pas embarrasser l'autre et peut-être aussi pour ne pas être déçu de sa réponse. En amour, en amitié, on ne ment pas... au risque de tout perdre sinon.

Le dialogue entre Jésus et Pierre est d'autant plus intéressant qu'il se situe à deux plans différents que le texte français occulte par sa pauvreté de langage. Nous sommes alors retourné au texte grec. Rappelez-vous, comme je l'ai déjà souvent dit, dans cette dernière langue, il y a plusieurs mots pour aimer. Le texte de ce soir nous en offre deux. D'abord, l'amour d'agapé, c'est-à-dire l'amour de raison, celui qui exige un acte de la volonté pour respecter chaque être qui nous entoure, lui donner l'espace nécessaire pour qu'il ou elle puisse se réaliser, s'accomplir sur le chemin de sa destinée. Vient ensuite, l'amour de philia, l'amour d'amitié, celui qui vient du coeur, que l'on ne peut justifier. Celui qui nous lie à l'autre par les sentiments. Amour de raison, amour d'amitié, deux types de relation. Nous savons au plus profond de nous-mêmes que nous ne pouvons nous contenter de nos solitudes, nous sommes avant tout des êtres de relation. Par trois fois, Jésus demande à Pierre s'il l'aime. Lors des deux premières questions, Jésus, dans le texte grec, pose la question en termes d'amour de raison que l'on pourrait traduire par « me respectes-tu, me permets de vivre ma vie comme moi je le désire » et Pierre réponds chaque fois « oui, je t'aime » mais son amour est un amour d'amitié. Ce n'est qu'à la troisième question que le Christ pose sa question d'aimer en terme d'amour d'amitié. Entre eux, il y a d'abord, le respect d'une autonomie nécessaire pour que la relation puisse s'établir. Ayant la conviction que cet espace existe entre eux, Jésus peut alors demander à Pierre si au-delà du respect, il y a des sentiments.

La relation entre le Christ et Pierre peut aujourd'hui encore dire quelque chose de notre propre relation à Dieu. Nous sommes conviés à ne pas nous enfermer dans une relation de raison, une relation intellectuelle, philosophique. La foi comporte aussi sa part de sentiments. Elle est un sentiment instinctif que nous essayons de comprendre tout au long de notre vie. Elle nous donne un cadre de valeurs. Et ce cadre, loin de nous emprisonner, nous donne des balises pour arriver à mieux vivre notre humanité telle que Dieu l'a vécue en se faisant homme. Pour nous le Christ devient un chemin à suivre pour vivre un jour le partage de sa divinité. Que préférons-nous, un amour de raison, un amour des valeurs ou un amour d'amitié, un amour de relation entre Dieu et nous ? Agapè ou philia ? A nous dans le plus secret de son être d'en décider.

Amen.

6e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Vous avez compris quelque chose à cet évangile ? Tous ces uns. Pour vous, je les reprends et ça me paraît bien compliqué. Qu'ils soient un, comme toi tu es en moi et moi en toi. Qu'ils soient un en nous, comme nous sommes un : moi en eux et toi en moi. Et que moi aussi je sois en eux. Au premier abord, tout cela paraît bien malsain, comme si on se modelait l'un dans l'autre, une fusion parfaite au risque de nier notre propre individualité au nom de cette unité entre le Père et le Fils. Unité, unité au risque de se perdre, sommes-nous en droit de nous demander.

Mais de quelle unité s'agit-il donc ? Je ne pense pas qu'il s'agisse d'une unité d'organisation, une unité d'Eglise, comme certains l'ont prétendu. Cette unité-là n'existe pas. Nous n'organiserons jamais nos églises de la même façon. J'en ai pour preuve la manière de prier : chacune et chacun vit sa rencontre intime avec Dieu à partir de sa propre histoire. Une relation s'établit entre Dieu qu'il soit Père, Fils ou Esprit, valeur de vie, Absolu. Chacun le définit à partir de ce qu'il en pressent. Je crois même pouvoir affirmer qu'au sein de notre propre assemblée, nous ne croyons pas tous les mêmes choses. Notre perception de Dieu est fonction de ce que nous avons reçu de Dieu lui-même et des lieux où notre foi a grandi. Il en va de même de nos célébrations, celles-ci sont influencées par les lieux, les groupes de préparation, les célébrants, la manière de chanter. Et pourtant ce soir, malgré toutes ces différences qui nous éloigne d'une certaine forme d'unité nous sommes là pour vivre de cette rencontre divine. Sans doute parce que l'unité dont le Christ nous parle dans l'évangile est une unité qui transcende, dépasse toutes ces différences pour rejoindre chacune et chacun dans une relation d'amour entendue au sens de respect, d'autonomie laissée à l'autre pour se réaliser.

Il me semble qu'ici nous nous situons donc au coeur de l'unité de relation personnelle. Nous sommes donc bien loin d'une quelconque idée de fusion idyllique qui emprisonne, voire même étouffe. Non le Christ Ressuscité nous convie à établir entre nous des relations d'amour puisque dans sa propre prière il demande au Père : pour qu'ils aient en eux l'amour dont tu m'as aimé. Et l'amour, comme le rappelle Christian Bobin, dans notre deuxième lecture, est manque bien plus que plénitude. Mieux encore, l'amour est plénitude du manque, une chose incompréhensible. Mais ce qui est impossible à comprendre est pourtant tellement simple à vivre, conclut-il.

Simple à vivre, vite dit, surtout lorsque nous lisons l'histoire de l'humanité, notre humanité. Nous sommes confrontés à un certain danger qui risque de tout faire basculer, celui d'aimer plus nos organisations et structures d'Eglise, nos crédos, nos rites, que de nous aimer l'un l'autre. Nous nous enfermons alors en nous-mêmes dans des barrières, importantes peut-être, mais qui ne conduisent pas à la vie, puisque son fondement n'en est plus au coeur. Une organisation, un crédo, un rite sans amour est quelque chose qui petit à petit se dessèche et meurt. Seul l'amour fait vivre et donne vie. Et pourtant, il nous fait peur cet amour et alors nous nous mettons à fuir et nous nous contentons de ce que les journaux, la radio et la télé nous crient chaque jour, c'est-à-dire que des hommes et des femmes tuent, humilient, torturent. Nous nous réjouissons du malheur des autres mais sans le faire nôtre. Et nous voilà partis dans la spirale des cancans et des ragots que nous parviendrons toujours à justifier par un soi disant souci de l'autre, n'oublions pas, nous sommes des êtres intelligents et que nous sommes les rois et les reines des excuses faciles. Mais le ragot est tellement loin de l'amour. Comme si le malheur de l'autre nous rassurait ; par lui nous nous mitonnons notre petit coin de bonheur. Cette dynamique nous conduit à dire : « aimons-nous, comme on s'aime dans le monde de Dieu ». Cependant, l'évangile nous invite à nous aimer comme Dieu nous aime. Là est toute la différence. Et c'est si simple à réaliser. Plutôt que de nous contenter du malheur des autres ou de s'en apitoyer, pourquoi ne pas commencer à nous émerveiller à nouveau devant des simples gestes de la vie véhiculé par l'amour, des actes de tendresse et d'amitié, des solidarités. Nos vies en sont parsemées. Prenons le temps de nous tourner vers tout ce qui se fonde sur l'amour et alors se réalisera la prière de Jésus : « qu'ils soient un comme nous sommes un ».

Amen.

Le Corps et le Sang du Seigneur

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 1997-1998

Le jour baisse. La nuit tombe. L'obscurité s'installe au désert et l'inquiétude également. Les douze se demandent que faire pour nourrir cette foule ? "Renvoie-les" disent-ils à Jésus. "Ils pourront aller dans les villages pour y loger et trouver de quoi manger. Ici, nous sommes dans un désert."

Nous aussi, comme les douze et les disciples, nous avons écouté souvent sermons et homélies sur le Royaume de Dieu. Et nous y avons cru. Et voilà que maintenant, tout à coup, nous ne voyons plus clair. L'obscurité s'installe aux déserts de nos vies ! Tant de questions se posent.... Que va-t-on devenir ? Quels seront nos vieux jours ? En l'an 2002, l'Etat pourra-t-il encore payer les pensions ? Avec l'Euro que vont devenir nos économies personnelles ? Pourra-t-on encore soigner tout le monde et mettre à la disposition de tous ces traitement coûteux qui prolongent la vie ou guérissent les cancers ? Ne va-t-on pas bientôt régionaliser la sécurité sociale ? Les pauvretés et les misères risquent alors d'augmenter chez nous et de multiplier toutes les violences qu'elles entraînent. ! Quelle terre sera pour nos enfants ? Avec le réchauffement de la planète et les déchets nucléaires dont on ne sait que faire ! N'auront-ils à manger que de la viande aux hormones ? Quelle eau boiront-ils ? On voudrait des réponses, des sécurités et il semble que Dieu reste muet.

Alors tous les bons apôtres ont cru pouvoir nous répondre : "Allez dans les fermes des environs, trouver de quoi manger et de quoi vous loger" ! "ce n'est pas notre rôle à nous de nous préoccuper de cela. Nous, nous sommes témoins d'un autre monde. Nous prêchons le ciel. Le paradis n'est pas sur terre". Ainsi, ils nous ont affirmé que le bonheur n'était pas pour maintenant mais pour plus tard. Et ils ont ajouté : "Notre pain à nous, c'est celui du ciel, pain et vin consacrés où Dieu se rend présent. Adorez-le, à genoux, devant le Saint Sacrement. Priez beaucoup pour mériter la vie éternelle que Dieu promet à ceux qui mange de ce pain-là" "Pour le reste, allez voir ailleurs chercher votre nourriture quotidienne. Dans le monde, il faut que chacun se débrouille, qu'il travaille et tire son plan. C'est la loi aujourd'hui : que le meilleur gagne" Et je me suis demandé : serait-ce là vraiment le temps de l'Eglise ?

Dans l'évangile de ce jour, nous voyons Jésus lui-même réagir. Il impose aux disciples de s'occuper réellement de ces questions matérielles : "Donnez-leur vous-mêmes à manger". Pour Jésus, il n'est pas question de renvoyer la foule. C'est au douze à faire le nécessaire pour la nourrir !

Alors ces derniers protestent : "mais nous n'avons pas plus de cinq pains et deux poissons... à moins d'aller nous-mêmes acheter de la nourriture" Mais Jésus va les obliger à donner eux-mêmes en partage ce peu de nourriture qu'ils possèdent. "Faites-les asseoir par groupes de cinquante." Et les apôtres ont réparti la foule par groupes d'environ 50. Comme ils étaient 5.000 personnes, cela fait une centaine de petites communauté où l'on se distribue les pains et les poissons, où chacune et chacun partage avec les autres le peu qu'il a, où dans la joie, toute eucharistie est geste de partage si humble soit-il !

Le temps de l'Eglise est donc le temps où chaque groupe chrétien, chaque petite communauté constituée, qu'elle soit paroisse, équipe, communauté religieuse ou simple groupe, doit se préoccuper de partager les biens élémentaires à l'existence. La vie éternelle, le bonheur profond apporté par Jésus, le royaume de Dieu, commence toujours ici-bas par ce partage, par cette répartition entre tous des richesses matérielles indispensables à la vie digne, de manière à ce que tous les membres de la communauté aient de quoi vivre décemment.

C'est aussi ce que nous enseigne l'apôtre Paul dans la seconde lecture. Il est nécessaire de la remettre dans son contexte. Paul rappelle, comme venant du Seigneur, la manière de faire mémoire de sa mort et de sa résurrection. Mais c'est pour reprocher aux Corinthiens leur façon scandaleuse d'agir dans leurs réunions. Leur conduite n'est pas conforme à la volonté du Christ qui veut qu'en frères on partage les biens nécessaire à la vie. En effet, à Corinthe, tandis que certains mangent abondamment, d'autres ont faim et après ce scandale, tous ont l'audace de célébrer le rite de la Cène. En fait, "Ils mangent et boivent leur propre condamnation."

Deux remarques pour terminer :

1) Pour raconter la multiplication des pains, l'évangéliste utilise la même formulation que pour décrire la cène du Jeudi-Saint.

Comme la veille de sa mort, Jésus prend le pain, et les yeux levés au ciel il prononce la bénédiction. Ensuite il rompt les pains et les donne aux disciples, pour que ceux-ci les partagent avec la foule. C'est bien montrer le lien existant entre ce partage de la nourriture et l'Eucharistie. IL est donc impossible pour nous de célébrer l'Eucharistie sans partager nos biens avec ceux qui autour de nous sont dans le besoin.

2) Quand on partage, il y en a toujours de trop. Ainsi, après le partage des pains et des poissons, on ramassa les restes. Les disciples remplirent douze paniers avec tout ce qui restait. Il y en avait donc bien de trop !

Quand on veut garder tout pour soi, on a toujours peur de ne pas en avoir assez. Alors on amasse sans cesse, dans la crainte d'en manquer à l'avenir. Mais quand on accepte de tout partager, il y en a beaucoup trop. Chacun voulant être délicat, fait attention à l'autre et ne prend que ce qui lui est nécessaire absolument maintenant. De ce fait, il en reste toujours.

6e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

A force de les avoir tellement entendues, ces béatitudes, nous pourrions être pris par ce sentiment où nous avons l'impression que tout a déjà été dit, qu'il n'y a plus rien à ajouter, comme si elles avaient au cours des années été galvaudées. Cependant, croire que nous les possédons à ce point, risque de nous en faire oublier le caractère particulièrement révolutionnaire.

Les béatitudes sont un chemin de bonheur proposé ; elles nous sont données comme des éclairs au milieu d'une tempête, notre tempête. Elles bousculent, surprennent, déconcertent, et font voler en mille morceaux nos idées bien établies. (Comme si, faisait remarquer un de ceux qui a préparé cette eucharistie, Jésus avait bu un petit verre en trop avant de les dire. Ivre de vin, non, ivre de vie, certainement.) Elles sont la réponse du Christ aux dix commandements, ces lois anciennes qui donnaient déjà un chemin possible de bonheur. Mais à la différence de ces dernières, les béatitudes ne s'enferment pas dans des prescrits de lois énonçant ce qu'il y a lieu de faire. Non, les « heureux » et « malheureux » de l'évangile de ce matin (soir) sont non des normes mais des défis lancés à chacune et chacun d'entre nous dans la quiétude de nos vies et que nous sommes appelés à relever.

Le défi du Christ, dans notre quête incessante de bonheur est de nous inviter à voir si nous souhaitons investir dans le court ou le long terme. Il nous rappelle que, même si sur terre, le tout, tout de suite est une valeur ; cette immédiateté fait hélas de nous des êtres déjà consolés et repus, pour reprendre les termes de Jésus. Or, le bonheur n'est jamais un état atteint, il se projettera toujours dans un avenir. En effet, l'amitié, l'amour prennent du temps, le temps de se construire peu à peu, au hasard des rencontres. Leur objectif n'est jamais comblé, sinon la relation se meurt. Fort de ce constat, pour être heureux à long terme, il y a alors lieu d'oser vivre l'expérience du manque, du vide. C'est à partir de ce dernier que l'existence surgit, qu'une relation plus libre à l'autre et à Dieu peut se réaliser. « Si je suis vide de tout, c'est afin de pouvoir mieux vous attendre » dit Don Camille dans le Soulier de Satin de Paul Claudel. Telle est l'expérience de la pauvreté, de la nudité de l'esprit.

La béatitude devient ainsi un défi au détachement. L'autre, l'être aimé ou Dieu ne peut se donner que si le coeur s'est préparé, dilaté en quelque sorte, pour l'accueillir. N'est-il pas vrai que bien souvent nous ne recevons de l'autre que ce que nous sommes nous-mêmes capables de recevoir. Et pour recevoir, il faut qu'il y ait un espace en nous. Si nous sommes comblés, rassasiés, repus, il n'y a pas de rencontre possible. La faim, l'attente sont des flèches qui nous propulsent dans un avenir où nous espérons que le bonheur se conjuguera toujours au pluriel.

« Fais-toi capacité, je me ferai torrent » entendait Thérèse d'Avila. Avoir soif d'amour, avoir soif de Dieu, voilà le défi des « heureux êtes-vous » de ce matin (soir). Ne jamais se sentir combler pour pouvoir partir à la quête d'un plus et d'un mieux à toujours découvrir et partager. Le merveilleux des béatitudes, c'est qu'elles nous font ressentir que le vide est ce temps nécessaire pour vivre d'un désir de tendresse. Alors effectivement, le Christ a raison d'insister sur les « malheureux êtes-vous ». Non pas pour nous culpabiliser, mais plutôt pour nous faire découvrir que certaines valeurs et attitudes de notre monde, si elles sont vécues de manière égoïstes ou extrêmes empêchent tout naturellement qu'une véritable relation puisse s'établir soit entre nous, soit avec Dieu. Etre, de suite comblé, c'est passé à côté des mille beaux côtés de la vie ; c'est s'enfermer dans une solitude toute nourrie de son confort ; c'est à long terme, perdre le goût de l'existence. Heureux sommes-nous de pouvoir relever chacune et chacun avec ce que nous sommes, ces défis de Dieu. Alors, nos choix quotidiens sont-ils vécus à court ou à long terme, nos options de vie sont-elles guidées par la philosophie des « heureux » ou celle des « malheureux », avons-nous toujours faim et soif de Dieu et des autres. N'attendez pas de moi une réponse, elle est tout simplement, tout tendrement, en vous, puisque « heureux, êtes-vous », nous chante le Christ. Amen.

22e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Quand nous parlons du Royaume de Dieu, du ciel ou de l'au-delà, nous sommes incorrigibles. En effet, ou bien nous l'oublions, parce que cela nous dérange, ou bien nous le voyons là-haut dans les nuages ! Et souvent nous le reportons à plus tard et le plus tard possible. De plus nous le voyons comme un lieu de bonheur. Un grand bonheur qui est à conquérir, un peu comme une de ces médailles que gagnent les champions. Nous pensons le ciel comme un lieu de récompense pour une vie d'efforts, de vertus, de mérites.

Par contre, Jésus quand il en parle, c'est pour le comparer à un festin de noces où l'on est invité ! L'évangile de ce jour nous présente Jésus, invité à dîner chez un chef des pharisiens. Il remarque que les convives prennent les premières places. Alors il va puiser dans la Tradition, dont se réclament d'autre part les pharisiens. En effet, au livre des Proverbes, dans la littérature des sages d'Israël, il est écrit : « En face du roi, ne prends pas des grands airs et ne te mets pas à la place des grands. Car il vaut mieux qu'on te dise « monte ici » que d'être abaissé en présence du prince. » A partir de là, Jésus conseille à ses disciples de ne pas rechercher à occuper les premières places.

Aujourd'hui, nous chrétiens, nous recherchons au moins les premières places au dernier hit-parade des vedettes du bien et de la bonne conduite. Nous portons nos vertus comme des décorations. Nous additionnons nos mérites comme dans un concours. Nous gagnons notre paradis à la force du poignet. Il nous arrive même de faire la leçon à d'autres qui sont pécheurs et qui ne méritent pas selon nous d'aller au ciel.

Mais, selon Jésus, on ne s'invite pas à un festin de noces. On ne peut être qu'invité par celui qui l'organise. On ne peut être qu'invité par Dieu

Et en effet, c'est Lui qui invite. Et Jésus nous dit qu'il invite les pauvres, les laissés-pour-compte, les boiteux, les aveugles et tous ceux que la vie relègue aux dernières places. D'ailleurs, ce sont ces places là que jésus choisissait lui-même. Il mangeait avec les pécheurs, ceux qui n'ont rien à perdre et qui risquent tout sur Lui. A leur plus grande joie et au scandale des autres ! Un jour Il leur dira : « Mes amis, avancez donc plus haut » car il accueille sans réserve et invite gratuitement.

Les pauvres sont les privilégiés de Dieu du fait même de leur pauvreté. Comme dans une famille, où tous les enfants sont aimés par les parents, mais ceux-ci marquent une attention plus particulière à l'enfant handicapé, parce que son handicap le place dans une situation plus délicate que celle des autres.

La pauvreté est un mal et Luc n'en fait pas l'apologie. Pour lui, la Bonne Nouvelle de Jésus c'est précisément le renversement de situation : les pauvres vont sortir de leur situation de misère. Voilà pourquoi ils sont heureux, parce que l'heure de leur libération est proche.

Jésus est venu inaugurer le Règne de Dieu pour faire disparaître le scandale de la pauvreté. Par ces gestes, il a manifesté l'arrivée de ce Règne, en guérissant les malades, en accueillant les marginaux et les exclus.

Les disciples ont a donner les signes de ce Royaume en faisant en sorte qu'à l'image du Christ, leur Seigneur, ils fassent disparaître la pauvreté. Les chrétiens ont à combattre aujourd'hui les situations de misère.

Ilios Kotsou : Prendre soin de la vie



G. Vanheeswijck : Filosofie staat niet los van het leven