3e dimanche de l'Avent, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : C
Année: 2000-2001

Comment priez-vous ? Comment dialoguez-vous avec Dieu ? demanda un journaliste de La Croix au frère Timothy Radicliffe, actuel Maître de l'Ordre des Dominicains. "Dans la tradition dominicaine, répondit ce dernier, la prière est souvent conçue comme un acte d'amitié, nous n'avons pas vraiment de technique de prière. Je dois avouer que je ne suis pas très fort pour la prière. Je suis très facilement distrait. Souvent, je vais dans la chapelle, juste pour m'asseoir et rester avec Dieu, en silence. Mais, souvent, j'ai la tête et le c½ur trop pris pour cela. Je suis préoccupé par mes problèmes, mes dossiers, trop soucieux de moi-même. Un jour, l'auteur de théatre anglais Noel Coward rencontra l'un de ses amis dans une soirée et lui dit : "Nous n'avons pas le temps de parler de nous deux. Alors parlons de moi." Notre prière, souvent, commence un peu commça. Nous adressons à Dieu un bavardage sur nous-mêmes, sur les autres, tout en nous demandant ce qu'il y aura à manger pour le déjeuner. Mais si l'on prend le temps nécessaire, vient le moment du silence où nous sommes avec Dieu. Prier, ce n'est pas penser à Dieu. Comme dit mon camarade de noviciat Simon Tugwell, concluait le frère Timothy, lorsque nous sommes avec nos amis, nous ne pensons pas à eux, nous sommes avec eux. Prier, c'est être avec Dieu".

De tels mots dans la bouche du big boss de notre Ordre me font terriblement plaisir et nous ramènent au sens des lectures de ce jour. La vie de foi, la vie chrétienne, n'est pas comme l'ont prétendu de nombreuses personnes au cours des siècles et encore aujourd'hui quelque chose de difficile, de compliqué. Croire au Christ n'est pas vivre sa vie avançant à genoux sur un chemin rocailleux. Sans pour autant nier les souffrances que nous traversons, les heurts et trahisons que nous subissons, ces événements douloureux font partie de notre vie humaine. Mais la foi nous fait découvrir une autre facette de la vie. Même si nos journaux quotidiens sont trop friands de drames, la vie est également belle et vaut la peine d'être vécue. Cette beauté peut être illuminée de la lumière de Dieu qui prend son humanité tellement au sérieux qu'il se fait lui-même l'un des nôtres par l'Incarnation de son Verbe. Prendre la vie au sérieux n'est cependant pas synonyme de tristesse. Et pourtant ces deux notions sont souvent confondues. Pour croire, il faut être sérieux, entend-on parfois. Erreur, me semble-t-il.

C'est vrai, la foi c'est quelque chose de très important, et il faut donc la prendre au sérieux. La prendre au sérieux, c'est-à-dire en vivre pour donner du goût à sa vie, l'épicer d'une herbe toute spéciale, la parfumer d'une relation unique au Créateur. Pour croire, il ne faut pas être sérieux, il faut être joyeux. La foi n'a pas de sens si elle n'est pas vécue comme une joie, si elle n'est pas légère et douce. Croire n'est pas une obligation mais une invitation à laquelle toutes et tous nous avons envie de répondre positivement parce qu'elle nous nourrit d'un bonheur indicible. Et cette joie intérieure qui nous anime est une joie toute simple, sans fard, sans bruit, à l'exemple de la manière de prier telle qu'elle nous est proposée par le frère Timothy. Une joie qui nous envahit dans ce que nous faisons, dans ce que nous sommes. Par cette joie, la foi au Dieu de Jésus Christ nous fait découvrir que vivre chrétiennement n'est pas quelque chose de compliqué. Vivre chrétiennement, selon l'évangile de ce jour, c'est "n'exiger rien de plus que ce qui vous est fixé", c'est-à-dire elle n'est pas une longue démarche dans laquelle il y a lieu d'entrer au risque de souffrir car nous n'y arrivons pas. Non le Christ, en ce temps de préparation à sa venue, nous convie à ne pas aller au-delà de nos forces, à faire ce que nous avons à faire mais à notre mesure, selon nos capacités. Pas plus mais pas moins non plus. Vivons ce que nous avons à vivre avec tout ce qui nous a été donné et sans jamais chercher midi à quatorze heures. Mais vivons cette foi dans la joie avec cette certitude annoncée dans la première lecture : "Le Seigneur ton Dieu est en toi. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il dansera pour toi avec des cris de joie, comme au jour de fête". Si cette promesse est vrai et si nous le croyons, que cette foi qui nous habite soit fête pour celles et ceux que nous rencontrons.

Amen.

3e dimanche de Pâques, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : C
Année: 2000-2001

La semaine dernière je me trouvais pour quelques jours en Italie. Non pas pour un séminaire, un colloque ou une retraite, mais tout simplement pour un petit temps de vacances que j'estimais bien méritées. Durant ce séjour, je me suis arrêté à Padoue où j'ai vécu une expérience religieuse intéressante. N'ayez aucune crainte, je ne vous montrerai ni photos, ni dias, ni vidéo. Ce n'est pas encore l'enfer sur terre. Je vous épargne ce genre de supplice. A Padoue, se trouve le tombeau de Saint Antoine, celui qui est invoqué lorsque nous perdons quelque chose. Les fidèles se pressent autour de son tombeau, le touchent et prient. Je ne permettrais jamais de porter un jugement sur cette piété populaire. A quelques mètres du corps se trouve un reliquaire où les pélerins peuvent apprécier la machoire inférieure, la langue et l'appareil oratoire baignant dans un liquide. Cet endroit de la basilique est d'ailleurs, à ma grande surprise, tout autant visité. Dehors, les échoppes sont nombreuses à proposer toute une série d'articles religieux et les cars s'arrêtent par dizaines à cet endroit. Ce qui est par contre tout à fait étonnant, c'est qu'à plus ou moins 750 mètres de saint Antoine se trouve la basilique sainte Justine. Cet édifice est nettement moins connu et de nombreux guides le passent sous silence. Ni touristes, ni pélerins ne s'y arrêtent. Il est vrai que l'église n'est pas très jolie et pourtant, pourtant c'est là que repose le corps de l'évangéliste Luc. Son tombeau se trouve dans un endroit peu chaleureux avec deux plantes vertes comme unique décoration. Vous imaginez ma surprise face à un tel contraste. Tant de dévotion pour un saint et aucune pour un évangéliste. La foi et notre manière de la vivre me surprendra toujours un peu.

Cette foi, il est évident que chacune et chacun d'entre nous, nous la vivons avec ce que nous sommes, façonnés par nos expériences de vie, nos histoires personnelles, nos états d'âme. Et voilà que ce matin (soir), le Christ nous pose cette question : « m'aimes-tu ? ». Difficile d'aimer quelqu'un que nous n'avons jamais vu pourraient dire certains. Et pourtant nous sommes là aujourd'hui, venu lui rendre une petite visite. Notre façon de l'aimer, de répondre positivement à son invitation est éminemment personnelle. Nous n'aurions pas assez de la mémoire du plus puissant ordinateur pour mémoriser tous les chemins de rencontre avec Dieu qu'il soit Père, Fils ou Esprit. Mais le Christ ne se contente pas d'une réponse positive : « oui, Seigneur, tu sais que je t'aime ». Il attend de nous que nous partions à sa rencontre. Comment ? Tout simplement, comme le récit évangélique le souligne. Dieu se rencontre au c½ur de nos vies, là où nous sommes. Je ne crois pas que Dieu se rencontre uniquement dans nos églises, ou encore dans des lieux précis, propices à la méditation, au silence intérieur. Dieu se laisse découvrir là où nous vivons. Il est présent dans notre vie quotidienne. C'est peut-être un peu pour cela que le sondage réalisé dans nos paroisses nous a fait découvrir que pour certains, l'eucharistie est le seul lieu où je rencontre Dieu. Mais alors, si je rate, un dimanche, cela signifie-t-il que Dieu devra attendre la semaine suivante pour que je prenne un peu de temps avec lui. La question a le mérite d'être posée en tout cas.

Pourtant, Jésus Ressuscité n'attend pas que ses disciples soient à nouveau entre eux, dans un endroit calme pour se révéler à eux. Il offre sa présence alors qu'ils sont en plein travail. Un peu comme s'il nous envoyait un petit clin d'½il pour nous dire, partout où vous êtes, quoique vous fassiez, je suis avec vous. Non pas comme un ½il qui contrôle, vérifie mais comme une présence toute attendrissante dont le regard d'amour se donne à vivre en plénitude chaque fois que nous le souhaitons, chaque fois que nous nous tournons vers lui. Dieu s'offre à nous dans notre quotidien. Vivre sa foi, ne se réduit pas à une pratique. Vivre sa foi, c'est respirer Dieu et prendre un peu de temps hors du temps chaque fois que l'occasion ou l'envie est là. C'est la raison pour laquelle j'aime cette phrase du frère Louis Dingemans : « ma voiture est ma chapelle ». Cette affirmation, je l'ai faite mienne et il m'est déjà souvent arrivé de rater des sorties d'autoroute parce que j'était bien avec Dieu tout en conduisant. En voiture, en promenade, dans la nature ou encore en travaillant, abandonnons-nous et laissons à Dieu de l'espace dans notre quotidien. Nos gestes, nos regards et nos vies changeront de ton puisqu'ils seront inscrits dans l'amplitude du divin. « Et toi, m'aimes-tu ? », demande Dieu. Je ne puis répondre à votre place. A nous de le faire, chacun séparément et de se laisser envahir de sa présence dans tous ces petits moments qui font la richesse de nos vies.

Amen.

5e dimanche de Carême, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : C
Année: 2000-2001

Il y a quelques années au cours d'une prédication, le prieur du couvent dominicain d'Oxford disait ceci aux fidèles : si vous aimez l'argent, le sexe et la violence, lisez la Bible. Il faut dire que l'évangile de ce jour ne fera que confirmer de tels propos. Mais ce matin, je voudrais avec vous, méditer plutôt sur tout ce climat de violence que nous retrouvons dans ce passage de la femme adultère. [Il y a quelques jours, monsieur Demol, qui est assis ici à ma droite à la deuxième rangée, me faisait gentillement remarquer que mes homélies étaient devenues un peu trop classique. Je suis heureux de le rassurer aujourd'hui, l'évangile parle de sexe et de violence. Tiens, c'est étonnant, en prononçant les mots sexe et violence, tout à coup, les gens se taisent même au troisième étage de cette église. Afin de ne pas incommoder votre épouse et au risque de vous décevoir, je ne m'attarderai pas tant sur la question de l'adultère mais plutôt sur celle de la violence.] Violence qui existe également en nous et que nous serons invités tout à l'heure à nous déposséder pour retrouver par le pardon de Dieu une certaine sérénité au plus profond de nos êtres. C'est pourquoi, il nous a paru intéressant de vous proposer deux récits de lapidation pour cette célébration du pardon : celui de la femme adultère et celui de la lapidation d'un mendiant décrit dans la vie d'Apollonius de Tyane, gourou célèbre du deuxième siècles après Jésus-Christ.

Dans ce récit, les Ephésiens sont d'humeur pacifique et défavorables à toute lapidation. Aucun Ephésien ne semble décider à lancer une pierre. Ces braves gens ne peuvent pas se résoudre, froidement, à massacrer un de leurs semblables, si misérable, si dégoûtant et insignifiant soit-il. Par contre la foule qui amène la femme adultère à Jésus est d'humour combative et pourtant elle ne lapidera pas. Dès lors pour arriver à ses fins, Apollonius doit distraire les Ephésiens de l'action qu'il leur demande de commettre en les aidant à oublier la réalité physique de la lapidation. Comment ? Tout simplement en accusant ce pauvre mendiant d'être un ennemi des dieux. En effet, écrit René Girard dans son dernier livre intitulé « Je vois Satan tomber comme l'éclair », pour rendre la violence possible il faut démoniser celui dont on veut faire une victime. Le gourou d'Ephèse réussit puisque les habitants se mettent à lapider cet homme. Et voilà qu'une foule au départ bien calme se met à détruire un des leurs.

Le récit évangélique est tout le contraire, la foule est excitée et pleine de violence. Pour ne pas exciter une telle violence qui pourrait dégénérer, Jésus se baisse et se met à écrire avec son doigt sur le sol. Ce n'est pas parce qu'il veut écrire quelque chose que Jésus se penche, je crois. Non je pense plutôt que c'est parce qu'il se penche qu'il se met à écrire dans la poussière. Il s'est penché pour tout simplement éviter le regard de cette foule aux yeux injectés de sang. En effet, si Jésus avait posé son regard sur eux, ceux-ci n'auraient vu que leurs yeux de haine à eux, ils n'auraient plus vu son regard à lui tel qu'il était réellement. Ils auraient transformé le regard du Christ en un miroir de leur propre colère. C'est leur provocation, leur défi qu'ils liraient dans le regard de Jésus, si paisible soit-il en réalité. Ils se sentiraient provoqués en retour. L'affrontement ne pourrait plus être évité et il entraînerait probablement ce que Jésus s'efforce à tout prix d'éviter : la lapidation de la femme. Jésus évite donc jusqu'à l'ombre d'une provocation. Agissant de la sorte, il peut alors leur dire : « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre ». Jeter le première pierre est devenue une expression populaire que tout le monde répète puisque même les étudiants en guindaille la paraphrase : « Que celui qui n'a jamais péché, me jette la première bière ».

Mais revenons à cette première pierre. Celle-ci n'est pas une pierre parmi d'autres elle est décisive parce qu'elle est la plus difficile à jeter. En effet, la première pierre est la seule à ne pas avoir de modèle. En attirant l'attention sur cette fameuse première pierre, Jésus en fait un véritable obstacle à la lapidation. Plus ceux qui songent à jeter la première pierre se rendent compte de la responsabilité qu'ils assumeraient en la jetant, plus il y a des chances que cette fameuse première pierre leur tombe des mains. Cette responsabilisation empêche tout être humain d'entrer dans l'escalade, dans le cercle vicieux de la violence. Cette première pierre nous invite à réfléchir à ce que nous faisons, à en assumer les conséquences, à regarder tout simplement devant sa propre porte. Ce que Jésus nous fait découvrir dans ce récit de la femme adultère c'est qu'il suffit parfois de peu pour calmer et faire taire la violence : s'abaisser et parler d'une première pierre. Ce matin, (ce soir), nous sommes nous aussi conviés à nous abaisser un instant sur nos violences intérieures pour les poser symboliquement dans un petit caillou. Ce dernier après l'imposition des mains, nous vous invitons à la déposer dans le panier qui vous sera présenté. Ne nous lapidons pas mais recevons comme un cadeau du Ciel cette conclusion : « moi non plus je ne te condamne pas. Va, désormais, ne pèche plus ».

Amen

6e dimanche de Pâques, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : C
Année: 2000-2001
 Mes chers enfants, je vous quitte... Je vais tous vous bénir, sans exception, vous pour qui j'ai tant prié tous les jours de ma vie, pour que vous soyez des foyers heureux et chrétiens et que vous restiez tous unis ». Ces paroles, vous ne les avez sans doute jamais entendues même si elles nous en rappellent d'autres. Ce sont en fait les dernières paroles de mon grand-père maternel. Après avoir dit ces quelques mots, il a béni ses huit enfants puis s'en est allé tout en douceur et en confiance de l'autre côté de la lumière. A suivi alors le temps de l'apprentissage de l'absence, d'un deuil à devoir faire pour continuer à vivre. Un chemin à découvrir pour ne pas l'enfermer dans les vestiges d'un passé à jamais révolu mais plutôt une occasion d'enraciner sa propre vie dans ce qu'il avait semé en chacun de ses enfants et petits enfants. Il n'est plus de ce monde, il s'en est allé dans sa propre lumière. Et chaque fois que nous faisons l'expérience d'un deuil, ici sur terre, nous sommes forcés de faire ce type de chemin alors que souvent nous ressentons un vide, une grande absence, un profond silence.

Nous entendent-ils ? Y a-t-il vraiment quelque chose après cette vie ? Nous n'avons aucune certitude. Seulement une espérance. Seulement une foi en celui qui a dit à ses amis : « je m'en vais et je reviens vers vous ». Une phrase on ne peut plus paradoxale puisque le Christ dit en même temps : je pars et je ne pars pas. Nous avons l'impression qu'il dit une chose et son contraire. En tout cas, il ne nous a pas menti quand il a dit qu'il partait. Un peu comme s'il nous disait, aujourd'hui encore, vous ne me verrez plus. Faites-vous bien à cette idée. Vivez sans ma présence visible. Sans doute que je vous manque. Vous aimeriez peut-être voir mon visage, être certain de mon humanité et de ma divinité, contempler en mon regard toute la tendresse du Père pour ses créatures. Tout cela vous y aurez droit mais seulement dans l'éternité. D'ici là, le Christ nous laisse la place c'est-à-dire que tout ce que nous ne ferons pas nous-même ici sur terre pour améliorer l'humanité, il ne viendra pas le faire à notre place. Il nous respecte et nous laisse notre autonomie. Il ne veut pas que nous soyons de simples automates. Il s'en est allé rejoindre le Père pour y préparer notre propre place, notre demeure éternelle.

Ne soyons pas bouleversés, nous vivons tout simplement la vie telle qu'elle a été envisagée dans le plan de Dieu. Il s'en est allé, c'est vrai. Mais en même temps, il reste à nos côtés. Il n'est pas tout à fait parti. Il est là, présent, proche de nous, nous accompagnant sur cette traversée. Il est maintenant présence invisible et pourtant perceptible. Sa présence est plus profonde, plus intérieure. Elle s'enracine au plus profond de ce que nous sommes. Dorénavant, par l'Esprit, Dieu a choisi de se poser en chacune et chacun de ceux qu'il aime. Il vit en nous et reste vivant à jamais par ses paroles à méditer mais également au c½ur de chacune de nos eucharisties. L'Esprit poursuit son ½uvre divine : il est ce souffle qui nous pousse à retrouver Dieu dans les traits de celui qui s'est perdu dans sa vie, qui s'est enfermé dans une solitude de laquelle il n'arrive plus à sortir, qui dans le monde aujourd'hui a faim, ou souffre de la blessure infligée par d'autres. Oui, Dieu le Fils est là, dans chacun de nos visages, dans l'étincelle de nos regards. Il est là, bien là. Mais nous ne pouvons le découvrir et le rencontrer qu'avec l'aide de son Esprit. Ce dernier, troisième personne de la divinité, est invisible et pourtant aussi fort que le vent (nous rappelle la seconde lecture).

Si Dieu est aujourd'hui encore à l'½uvre dans notre monde, c'est par l'intermédiaire de l'Esprit. Un Esprit respectueux de nos libertés, de nos décisions, de nos choix même s'ils ne vont pas dans le sens divin. Un Esprit qui nous accompagne et ne nous lâche pas. Il se réjouit avec nous dans le bonheur et nous soutient dans les moments plus difficiles. Il est douce présence de Dieu sur notre terre. Dieu s'en est allé et pourtant il est toujours là. Il s'en est allé pour que nous puissions le chercher librement, l'aimer sans contrainte. Selon lui, notre dépendance à son égard n'a de sens que si elle est librement consentie, que si cet amour réciproque est une réponse personnelle liée à ce désir de vivre en lui. Mais en attendant un tel jour, Dieu ne souhaite pas nous laisser dans une absence insupportable, insoutenable c'est pourquoi, depuis ce jour, Dieu l'Esprit est à nos côtés. A chacune et chacun de le trouver. Ne le cherchez pas au loin. Dieu l'Esprit est en vous et chez votre voisin.

Amen.

7e dimanche de Pâques, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : C
Année: 2000-2001

Dites, vous les dominicains, vous ne pensez pas qu'il serait bientôt temps d'organiser un petit week-end retraite pour aider vos paroissiens et paroissiennes à mieux prier ou tout simplement à nous apprendre à prier. Nous avons l'impression d'être fort éloigné de ce que Dieu attend véritablement de nous. Surtout lorsque nous nous mettons à lire des livres de spiritualité écrits par Jean de la Croix, Thérèse d'Avilla ou encore Ignace de Loyola. De grands spirituels, il est vrai mais qui sont profondément marqués par le siècle dans lequel ils ont vécu. Pour avoir lu ces auteurs, je reconnais avoir quelques difficultés à entrer dans une telle démarche qui me semble souvent un véritable parcours du combattant. Un peu comme si Dieu ne pouvait s'atteindre qu'au sommet d'une haute montagne qu'il faut gravir lentement et qui demande de nombreux efforts.

Des écoles de prière, au sein de notre église, il y en a beaucoup. C'est à chacune et chacun de nous de trouver celle qui correspond le mieux à notre personnalité. Certains apprécieront d'ailleurs les auteurs que je viens de citer. D'autres culpabiliseront parce qu'ils n'arrivent pas à atteindre un tel degré de spiritualité. D'autres encore, et j'en fais partie, estiment que la prière est beaucoup plus simple que ce que prétendent certains maîtres spirituels. Et l'évangile de ce jour semble leur donner raison.

Dans cette prière du Christ, acte d'intimité par excellence entre lui et son père, Jésus parle tout simplement. Il émet un ensemble de souhaits, d'abord pour ses amis puis pour tous ceux et celles qui se laisseront atteindre par leurs paroles les conduisant vers le Fils. Ce Fils qui les amènera en toute confiance vers le Père puisqu'ils ne font qu'un au sein de cette Trinité. Mais l'unité dont parle le Christ n'est pas une fusion dans laquelle nous nous sentons prisonniers, incapables de nous délier, une fusion idyllique dans laquelle nous ne pouvons plus respirer mais simplement étouffer. Non l'unité divine est d'abord et avant tout la rencontre de deux personnes uniques au sein de la divinité : le Père et le Fils. L'unité véritable n'est possible que s'il y a acceptation et reconnaissance de la différence, de l'altérité. Un plus un n'égalera jamais un mais toujours un plus un. C'est parce que deux créatures sont uniques, à ce point différentes, que la rencontre est possible. Mais n'exaltons cependant pas cette différence. Il est vrai que la différence pour être rencontrée, reconnue et surtout pour qu'elle ne fasse pas peur, exige qu'elle se vive au c½ur d'une certaine ressemblance, d'une certaine similitude.

En effet, si nous sommes trop différents les uns les autres, il n'y aura pas entre nous de points d'ancrage qui nous permettra de nous rencontrer. La différence est donc importante mais au c½ur de ressemblances. Ressemblance à laquelle nous sommes conviés, rappelle le premier récit de la Création dans le Livre de la Genèse. Nous sommes sur terre pour acquérir cette ressemblance puisque nous avons déjà reçu l'image divine. Cette acquisition ne passe pas par une recette toute faite, elle est tributaire des nos histoires personnelles mais également de la manière dont nous répondons à l'invitation de la foi. Et cette foi, nous y répondons par nos actes mais également par tous ces temps que nous prenons pour vivre de la vie divine c'est-à-dire par la prière. Prier, c'est parler à Dieu, souvent de soi d'abord : de ce qui nous préoccupe, de ce qui nous encombre. C'est également nous réjouir de la beauté de la vie, de moments merveilleux qui nous sont donnés à vivre. Prier c'est aussi demander comme le Christ le fait tout au long de l'extrait d'évangile que nous avons entendu aujourd'hui. La prière est parole. Mais pour que cette parole soit vraie, la prière est d'abord silence en nous. Un silence tout intérieur, un peu comme si nous éteignions notre lumière intérieure pour entrer au plus profond de ce que nous sommes, là où réside la lueur divine. Silence en soi pour mieux rencontrer l'autre, l'écouter dans son silence à lui. Là nous entrons dans le domaine de l'indicible, de l'inexprimable tant cette émotion est personnelle. Vient alors le temps du monologue où nous posons en Dieu tout ce qui nous préoccupe ou nous réjouit. La prière, ce n'est pas plus compliqué que cela, c'est simplement avoir un désir défait de tout ce que nous sommes pour rencontrer en nous ce Dieu qui est Père, Fils et Esprit. Et c'est vraiment en nous que cela se passe.

Amen.

Fête de la Sainte Trinité

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 2000-2001

Connaissez-vous le nouveau manon du fameux chocolatier belge, fondé il y a déjà plus de cent cinquant ans ? C'est un manon de chocolat noir, fourré à la mousse de chocolat, sur une petite plaque de chocolat blanc. Pour tout vous dire, il est absolument délicieux. Trois types de chocolat pour faire une délicieuse praline. Trois en un. Trois ingrédients pour faire un tout, mais trois ingrédients séparés et malgré tout, trois en un. Contrairement à ce que nous aurions pu imaginer, ce type de raisonnement ne nous aide malheureusement pas beaucoup pour comprendre le mystère de la Trinité. Tout simplement parce que ce mystère, cette révélation défie toutes les mathématiques. Cette équation de trois égale un est impossible à réaliser sauf si ce n'est dans la Trinité. Ce n'est donc pas avec les armes de la raison, de la curiosité mal placée que nous pouvons entrer dans la compréhension de cette fête d'aujourd'hui. En effet, croire en un Dieu trois et un se comprend uniquement dans l'expérience que nous en faisons.

Notre Dieu est à la fois unique et pluriel. En lui, il constitue sa propre famille. Dieu ne peut seulement être un car si Dieu est amour et un, il doit d'abord s'aimer lui-même ; vous imaginez le narcissisme divin dépassant de loin tous les narcissismes dominicains et ce depuis la fondation de notre Ordre. Impossible. Dieu ne peut se nourrir de ce type d'amour. Dieu est amour, à l'image de l'amour que nous pouvons éprouver les uns pour les autres. Avec comme nuance, le fait que l'amour divin n'est pas un feu mais une fournaise qui ne peut être un véritable foyer d'amour que s'il existe un échange entre des personnes. Dieu le Père ne peut se complaire en lui-même. Il a besoin du Fils et de l'Esprit pour vivre l'amour qu'il a en lui. Nous n'arriverons jamais à tout comprendre tant le mystère est grand et pourtant nous devons tenter de dévoiler un coin de ce voile. Comme le disait le philosophe Pascal : « je crois parce que je ne comprends pas ». Je ne comprends pas alors j'essaye de croire ce mystère que nous contemplerons toutes et tous dans la foi au soir de notre vie. En attendant ce jour, nous n'avons que notre petite terre au c½ur de cet univers pour entrer dans ce mystère par l'expérience que nous en faisons.

Certains ont prétendu que le Père s'était révélé dans l'Ancien Testament, le Fils dans l'évangile et l'Esprit Saint dans la vie de l'Eglise. Cette manière de voir ne me paraît pas respecter la Trinité. Elles n'est pas une suite de séquences dans le temps à écarteler. La Révélation de la divinité a été de tout temps et elle a toujours été celle du Père, du Fils et de l'Esprit. Par l'expérience, la Trinité, est un mystère à scruter, à découvrir pour en vivre. Elle n'est pas une dynamique théologique enfermée dans la tour d'ivoire de certains penseurs. Elle se donne à vivre dans notre expérience quotidienne et en fonction de nos états d'âme et de nos moments de vie. Dieu s'offre à nous aujourd'hui encore. Il ne nous écrase pas de sa divinité pour nous montrer à quel point nous sommes petits face à lui. Dieu nous prend tellement au sérieux qu'il s'est fait l'un des nôtres pour nous montrer le chemin d'accès à sa propre divinité. Nous sommes conviés, en suivant l'enseignement de Jésus, de découvrir dans l'amour qu'il est le seul chemin permettant à l'homme et la femme de s'épanouir, de se réaliser. Le chemin de Dieu le Fils est une autoroute du bonheur. Et sur celle-ci, il n'y a jamais d'excès de vitesse puisque tout se vit dans l'amour de l'autre au nom du Tout-Autre. Dieu le Père envoie son Fils, pour donner un visage humain à sa divinité. Il est un Dieu qui a pris le temps de venir en notre monde par amour. C'est dans l'expérience de notre rencontre avec Dieu le Fils que nous comprenons un peu mieux le mystère du Père puisque Jésus ne se suffit jamais à lui-même et ramène toujours tout à son Père. Non content, de son passage historique, Dieu le Père ne veut pas nous laisser orphelin de sa divinité filiale. Il répand alors son Esprit sur notre monde. Ce dernier se découvre et se vit également dans l'expérience de nos vies. L'Esprit de Dieu est toujours à l'½uvre dans notre monde mais il se laisse découvrir dans le silence de la vie, avec les yeux de la foi en accompagnant tous nos gestes de tendresse et de solidarité, en soutenant nos larmes et nos désespoirs. L'Esprit de Dieu, c'est l'expérience divine au quotidien, même si nous avons parfois l'impression qu'absence est un de ses prénoms. C'est ce même Esprit qui par le baptême nous pousse par des petits clins d'½il, tout en douceur, à partir, repartir à la rencontre du Fils. Par son Fils et dans l'Esprit, nous redécouvrons ainsi le visage de Dieu le Père. Il est ce Dieu créateur, plein d'amour, qui se révèle et se dévoile dans tous les actes d'amour que nous posons. Il attend de nous d'être heureux, de poursuivre notre marche incessante vers notre accomplissement. Il est Dieu de finesse qui espère la réalisation de sa création. En fait, Dieu désire tout simplement que nous vivions intensément. De la sorte nous deviendrons trinitaires d'instinct puisque nos actes seront marqués du sceau de sa présence. Dieu, trois et un, un mystère qui se découvre par nos expériences personnelles et qui se rencontre en fonction de nos chemins. Tantôt, il est Père, tantôt il est Fils, tantôt il est Esprit. Mais quoiqu'il en soit, toujours il est Dieu. Amen.

Tous les Saints

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 2000-2001

Lorsque la météo annonce un temps de Toussaint, tout de suite nous imaginons un temps de grisaille, une pluie fine sous un ciel bien gris. Un peu comme si la déprime était au goût du jour. Certains pourraient même aller jusqu'à dire que puisque tout est lugubre et maussade, c'est que c'est vraiment la Toussaint. S'il en est ainsi nous devons reconnaître que la Toussaint est la fête de l'opposition. Opposition à la grisaille, opposition à toute forme de tristesse. En effe,t la Toussaint est une fête qui ne parle que de bonheur, c'est-à-dire la Toussant des Béatitudes. Par neuf fois nous entendons dans l'évangile de ce jour le terme " heureux ". Ce n'est donc pas Toussaint des ambiances de cimetière mais plutôt Toussaint la fête. Notre fête. Alors à toutes et à tous : bonne fête.

Oui, c'est bien notre fête. Par les sacrements, nous sommes devenus Corps du Christ et Temple de l'Esprit. Nous sommes appelés à la sainteté de Dieu. Cela nous paraît peut-être impensable, impossible. Et pourtant telle est notre condition humaine : l'appel à la sainteté. Et le Père, par son propre Fils, nous donne les moyens de réaliser un tel objectif : ces fameuses béatitudes. Le chemin de la sainteté est celui de la réalisation des béatitudes en nous. Si nous essayons de les vivre approchons de ce qui paraît tellement loin de nous. Heureux nous sommes parce que nous avons reçu le plus cadeau qu'il puisse nous être donné : celui de vivre notre vie. Elle peut parfois nous sembler faite d'embûches, de dérapages, c'est vrai. Mais avant tout elle est belle et vaut tellement la peine d'être vécue. Cette vie reçue nous en sommes responsables et c'est la manière dont nous traverserons les événements qui nous permettront de nous rendre compte que nous ne passons pas à côté d'elle, que nous y croquons à pleine dents. Oui, la vie est belle et heureux sommes-nous. Désencombrons nous alors de tout ce qui nous empêche de nous rendre compte d'une telle réalité et retrouvons le sens de nos existences. Pour nous, croyantes et croyants, il passe immanquablement par la foi en Dieu. Un Dieu qui ne nous demande pas de souffrir, de peiner. Un Dieu qui nous demande tout simplement d'être heureux : avec ce que nous sommes.

La sainteté à laquelle nous sommes appelés variera d'une personne à l'autre. En fonction de nos qualités et de nos fragilités nous serons plus à même de commencer à développer une béatitude plutôt qu'une autre. L'essentiel, c'est qu'à la fin du parcours nous ayons comme souci de les vivre toutes. Certains auteurs envisagent les béatitudes comme étant le renversement des dix commandements. Nous ne sommes plus dans l'ordre d'une loi vétéro testamentaire complètement dépassée. Par le Christ, nous entrons dans une ère nouvelle, celle des béatitudes. Une ère qui reconnaît que l'important sur la terre, c'est le bonheur. Et s'il y a plusieurs béatitudes, c'est pour nous rappeler que le bonheur comme tel n'existe pas. Le bonheur se construit chaque jour. Nous seuls pouvons le réaliser. Le bonheur n'existe pas par essence et pourtant nous le vivons. Tout simplement parce que le bonheur est le fruit d'une somme et d'une multiplication. Le bonheur est la somme de tous les petits bonheurs que nous vivons : un sourire, un regard, un geste de tendresse, un acte de solidarité, un refus de juger et de condamner, une parole de compassion voire même de pardon, une oreille attentive, une épaule sur laquelle sécher ses larmes, un souci de paix, un cri face aux injustices. Ces petits bonheurs sont les béatitudes d'aujourd'hui. Celles que nous pouvons vivre quotidiennement. Notre vie en sera complètement transformée. Nous pourrions alors nous contenter d'une telle addition et vivre notre vie. C'est possible mais j'ai l'impression que nous vivrions un fameux manque. Pour nous qui avons reçu le don de la foi, l'addition doit se compléter par une multiplication. En effet, pour qu'il y ait vraiment bonheur, nous devons multiplier la somme des petits bonheurs que nous vivons par le message du Christ Ressuscité. Dieu s'est incarné parmi nous pour que nous ayons la vie et que nous l'ayons en abondance. Vivre sa vie par le prisme de la foi rend la vie plus belle encore car nous lui donnons sens. Dans la foi, nous vivons notre vie en Dieu. Que les béatitudes soient pour chacune et chacun de nous un chemin merveilleux vers la sainteté, notre sainteté ici et maintenant.

12e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

« Pourquoi avoir peur ? »

C'est le soir ; il commence à faire nuit. Les disciples sont sur la mer, dans une petite barque fragile au milieu d'une grande tempête ; la barque a déjà commencé à se remplir d'eau ; elle va bientôt sombrer. Ils sont entourés d'obscurité et du chaos de la mer, ils vont mourir. Et Jésus leur demande pourquoi ils ont peur. Question curieuse. Dans de telles circonstances, qui n'aurait pas peur ? La merveille est le fait que Jésus n'ait pas peur.

En fait, le mot grec qu'utilise S Marc ne signifie pas « avoir peur », mais plutôt « être lâche ». Jésus n'est pas contre la peur. Ce serait inutile ; la peur fait partie de notre vie, il y a beaucoup de situations face auxquelles il est normal d'avoir peur. C'est pourquoi le courage est nécessaire dans la vie humaine ; le courage suppose la peur. Jésus même aura peur dans le jardin de Gethsémani. Mais il vaincra sa peur, il se montrera courageux. Ici, les disciples ne se montrent pas courageux, ils sont saisis de panique.

Mais ce récit n'est finalement pas une leçon sur le courage. L'accent est plutôt sur le miracle, mais surtout sur la réaction des disciples au miracle. S'ils sont dans la crainte avant que Jésus n'apaise la tempête, ils y sont après aussi : « Saisis d'une grande crainte, ils se disaient entre eux : 'Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ?' ». Leur question n'est pas une demande de renseignement. Ils en connaissent déjà la réponse. Dans la mentalité juive la mer représente le chaos, l'incompréhensible ; la mer fait disparaître tout repère, on y est perdu. Sa force destructrice représente la violence et la mort. La mer est l'ennemi du Dieu qui donne l'ordre, la paix et la vie ; elle révèle la fragilité et l'impuissance de l'homme, et seul Dieu peut la maîtriser, et le fait qu'il peut la maîtriser révèle la puissance infinie de Dieu. C'est ce que la première lecture d'aujourd'hui, tirée du livre de Job, nous dit. La scène sur le lac rappelle les premiers versets de la Genèse - l'obscurité, la tempête, l'abîme, le chaos incompréhensible avant que Dieu ne prononce sa parole créatrice. Dans leur barque, les disciples sont au milieu de ce chaos, ils sont perdus, et ils sont menacés par la violence de la mer. Et Jésus prononce sa parole de puissance, sa parole de paix et d'ordre. La question des disciples montre qu'ils sont confrontés, en Jésus, à la puissance de Dieu, et qu'ils le savent. Ils passent d'une crainte à une autre, d'une incompréhensibilité à une autre, du chaos de la tempête où on ne se retrouve pas à la majesté mystérieuse et incompréhensible de Dieu. Le fait que Jésus apaise la tempête est plus qu'impressionnant ; pour les disciples, c'est un moment révélateur.

Il y a des moments révélateurs dans nos vies, des moments où nous voyons un aspect de la vie, du monde, de l'existence, dont nous étions inconscients. Pour prendre un exemple familier : la première fois qu'on tombe amoureux, c'est une révélation ; la personne dont nous tombons amoureux semble changée, elle nous ouvre son mystère. Mais le monde entier aussi peut nous paraître changé. Nous pouvons percevoir une intensité dans les choses, une vie, une profondeur, une richesse auxquelles nous n'avons même pas songé avant. Il y a une double révélation : on voit autrement la personne dont on est tombé amoureux, mais on voit le monde autrement aussi. Il en va de même pour les disciples de Jésus. Maintenant, ils voient Jésus autrement, ils voient en lui la présence divine, d'où leur crainte. Mais désormais ils verront autrement le monde entier aussi. A partir de ce moment le monde sera pour eux un monde sujet à la parole de Jésus, comme à la parole de Dieu. La parole de Jésus est la parole créatrice de Dieu. Même les choses menaçantes, qui font peur, comme les tempêtes, sont plus que le jeu aveugle des forces naturelles ; elles sont soumises à la parole de Jésus, et les disciples se voient entourés de la puissance mystérieuse de Jésus.

Dans ce récit, tout finit bien ; les disciples ne périssent pas, Jésus les sauve. Mais ils vont périr un jour. Pour eux, comme pour nous, tout ne va pas finir bien. Il y a souvent ceux qui, perdus dans une situation périlleuse, dans l'obscurité, dans le chaos, n'en sortent pas, qui crient éperdument vers Jésus, et qui finissent par périr. Marc, semble-t-il a écrit son évangile pour les chrétiens de Rome, qui périssaient sous la persécution de l'empéreur Néron. Ils criaient sans doute vers Dieu, vers Jésus, et ils périssaient quand-même. Le but de ce récit n'est pas de dire aux disciples qu'ils survivront s'ils font appel à Jésus ; ils savaient déjà que ce n'était pas le cas. C'était de leur rappeler que même dans le danger, dans la souffrance incompréhensible, dans la mort, ils n'étaient pas abandonnés. Ils étaient dans un monde animé par la parole de Dieu, de Jésus, et ils étaient entourés par sa puissance mystérieuse. Face à la souffrance, face à la mort, face au chaos, il fallait du courage, et c'est ce moment révélateur sur le lac, qui leur montre la majesté incompréhensible de Jésus, qui leur donne ce courage.

13e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

Perfection, performance, réussite, créativité, voici quelques mots qui résonnent en nous et qui nous chantent la clé du succès d'aujourd'hui. Si nous voulons être heureux, si nous voulons être appréciés, voire même aimés dans cette vie, nous devons être au-dessus de la moyenne, presque être meilleur encore que des ordinateurs quant à la mémoire et à la connaissance. Comme si le monde était réservé à une élite bien choisie où seuls quelques uns trouvent leur place et s'épanouissent. Heureusement, pour nous de tels sur-êtres humains n'existent pas. Et s'ils existaient, il y a fort à penser qu'ils passeraient à côté de l'essentiel de leur vie. Et pourtant, tous les messages de notre société vont dans le sens de la performance, de la réussite sociale avant tout. Une réussite que nous n'emporterons pas avec nous dans notre mort d'ailleurs puisqu'elle est fondée sur les valeurs d'ici-bas qui vont à l'encontre même des valeurs d'en-haut.

Reconnaissons cependant que nous sommes désarmés par rapport à une telle demande de succès. Plusieurs chemins s'offrent à nous. Soit nous essayons en épuisant un ensemble de nos forces de naviguer dans ces eaux troubles, soit nous les refusons et nous choisissons de nous réaliser ailleurs, soit encore, pour garder la tête hors de l'eau nous nous appuyons sur les épaules de celles et ceux qui nous entourent quitte à ce que eux se noient plutôt que nous. Ayant peur de l'avenir, de l'échec toujours possible, des mes propres fragilités, je veux à n'importe quel prix garder la tête haute, avoir une grande estime de l'être que je suis. Et comme je n'y arrive pas par mes propres moyens, limité par l'expérience de la vie et ma propre personne, je me mets à écraser celles et ceux que je rencontre. Cela me fait du bien de les diminuer, j'ai alors l'impression d'être supérieur, de mieux m'en sortir. Comme si mon idéal de vie était : « je te diminue à mes yeux et aux tiens pour que je puisse grandir ». Mais écraser l'autre pour sa propre réussite, est un leurre. En effet, cette attitude petit à petit tue toutes les relations nous entourant. Les proches se mettent à nous fuir parce que nos propos deviennent désagréables, parfois grossiers ou méchants. « En te dénigrant, j'existe » voilà bien une maxime qui nous conduit à la mort sociale, familiale. Et au bout d'un tel chemin, nous sommes confrontés à la solitude, notre solitude. S'il est vrai que nous aimons être seuls lorsque nous sommes entourés et que nous aimons être entourés lorsque nous nous sentons seuls, il existe cependant des solitudes très lourdes à porter surtout lorsqu'elles sont le résultat de son propre comportement, souvent inconscient hélas. Et pourtant, ce type de comportement existe bel et bien dans notre société et nous en sommes responsables. D'autant plus que nous allons irrémédiablement vers l'échec. Il est faux de croire qu'en dénigrant l'autre, j'existe parce que, tout simplement, c'est par l'autre que j'existe. Par le respect que j'éprouve à son égard, son regard donne de la valeur à mes yeux. Et au fil des mois et des années, l'image que j'ai de moi est belle. Elle est loin d'être parfaite parce que j'ai acquis la conviction que la perfection n'est pas de ce monde, mais elle est belle. Je puise alors dans cette beauté intérieure pour vivre, exister, rencontrer.

Je sais alors au fond de moi que seul, je ne peux pas vraiment exister. L'autre est essentiel à mon épanouissement, à ma réalisation. Mais cela demande une sacrée dose d'humilité : oser reconnaître que j'ai besoin des autres, que je ne suis pas suffisamment fort pour réussir, que je ne suis pas aussi parfait et performant que je ne le souhaiterais. J'arrête ainsi de croire que je suis celui que je voudrais être, je reviens sur mon propre globe pour retrouver et aimer celui que je suis, là où j'en suis. Ce n'est peut-être pas aussi brillant mais je peux m'habiter pleinement parce que je suis moi et non plus le rêve dans lequel je m'étais enfermé. Cette conversion intérieure, me paraît essentielle dans notre société en cette fin de millénaire, parce qu'elle nous conduit au chemin de la rencontre avec le divin. C'est parce qu'une femme, un homme ont eu l'humilité de croire que seuls, ils ne pouvaient rien qu'ils se sont tournés vers le Christ. Ils ont alors fait confiance. Ils ont fait la découverte de l'humilité humaine et de la grandeur de la foi. Puisions-nous découvrir chacune et chacun que le dénigrement de l'autre nous tue à petit feu et que nous marchions sur le sentier de l'humilité, celui qui donne à l'autre et au tout Autre, sa véritable dimension. Alors, confiance et amour chanteront dans nos vies à l'unisson.

Amen

15e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

Souvent, peut-être même trop souvent, certaines personnes justifient leur incroyance en attaquant l'Eglise. Nous avons alors droit à la litanie des « comment pouvez-vous encore croire avec les prises de positions de l'Eglise ? », « je ne vais plus à la messe quand je vois qui fréquente l'Eglise ». Quand je reçois ce type de remarque, j'invite toujours les personnes à préciser leurs pensées. Est-ce vraiment à cause des gens ou bien ne vivez-vous pas plutôt un moment de remise en question par rapport à votre foi. Ou encore, quand vous critiquez l'Eglise, est-ce l'Eglise ou certaines parties de l'Eglise ? Est-ce le Vatican ? Ce dernier fait évidemment partie de l'Eglise mais il n'est pas l'Eglise en tant que telle parce que tout simplement l'Eglise est d'abord et avant tout, l'Eglise du peuple de Dieu. Cette Eglise, fondée par le Christ, ne se limite pas à ses structures, elle est formée de l'ensemble des croyantes et croyants qui croient au mystère et se reconnaissant dans la divinité du Fils de Dieu.

Au cours des siècles de notre histoire chrétienne, il me semble que quelques dérapages vont se vivre. L'institution va de plus en plus professionnaliser certaines tâches, certaines fonctions. Pour prendre la parole publiquement, expliciter les Ecritures, il faut quelques années de formation, avoir pris le temps d'étudier et d'entrer dans la lumière du mystère. Mais il y a un certain danger à s'isoler dans ce type d'appréhension de notre vie chrétienne. Laisser la parole aux professionnels, c'est quelque part s'autoriser à entrer dans une démarche de passivité. C'est s'en remettre à d'autre comme si la prédication n'était réservée qu'à quelques élus. Erreur. Grave erreur.

Méditons le texte d'évangile de ce jour. Le Christ ne s'est pas tourné vers de grands scientifiques, des théologiens réputés de l'université de Jérusalem ou d'ailleurs. Non ses disciples, ses apôtres sont des gens tout simples. Ils ne comprennent pas tout du mystère de l'homme-Dieu qu'ils ont pourtant décider de suivre. Pierre croit comprendre se trompe et le niera, Jacques et Jean veulent la meilleure place, Judas trahira et tous l'abandonneront. Et pourtant ce sont de tels hommes que Jésus envoie sur les chemins pour proclamer la bonne nouvelle. Ils n'étaient vraisemblablement pas des érudits du savoir intellectuel, mais ils avaient la connaissance du savoir de la vie, celui qui s'apprend au jour le jour. Par cet évangile, Jésus nous rappelle que toutes et tous nous sommes invités prêcher. La prédication de la foi n'est pas réservée à quelques spécialistes. Même si nous le refusons, nous prêchons que nous le voulions ou non. Lorsque le Christ envoie les premiers apôtres, il se préoccupe d'abord et avant tout de leur style de vie. C'est vrai, nous enseignons, nos mots sont véritablement les nôtres par la manière dont nous nous comportons. C'est pour cette raison précise que je puis affirmer que tout le monde prêche. Si nous sommes avares, médisants, peu scrupuleux, fainéants et si nous sommes connus comme chrétiens, nous prêchons. Nous prêchons c'est vrai, mais nous prêchons contre la religion, contre Dieu. La prédication n'est pas seulement une affaire de paroles mais également d'attitudes. Si notre comportement va à l'encontre de notre foi, des commandements des évangiles, nous sommes des menteurs vis-à-vis des autres mais également vis-à-vis de nous-mêmes. Notre prédication devient alors un contre-témoignage et par notre attitude, nous faisons reculer la bonne nouvelle du Royaume. Par contre, si nous montrons un visage heureux, si nous sommes épanouis, attentifs, compatissants, respectueux, nous prêchons également. Et cette prédication est notre devoir. Une lumière dans un regard, un geste de tendresse, disent souvent beaucoup plus que des mots.

De la sorte la prédication n'est pas un temps de la journée, voire même de la semaine, notre prédication se doit d'être à l'oeuvre à toute heure du jour. Il y va de la crédibilité du message évangélique. C'est notre tâche ; mieux encore, c'est notre responsabilité. Chacune et chacun d'entre nous sommes parcelle de l'Eglise de Dieu. Jésus nous a envoyé par notre baptême sur les chemins de la vie. Que nos paroles, nos gestes, nos attitudes soient alors en harmonie avec cette foi qui nous habite. Amen.

18e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

Le dimanche passé, Jésus a multiplié les pains pour rassasier la foule qui l'entourait. Aujourd'hui commence le long discours de Jésus où il explique la signification de ce qu'il vient de faire. Derrière son discours, et derrière les questions des juifs, il y a l'histoire de la manne que nous avons entendue dans la première lecture.

Israël est dans le désert, dans une terre stérile, sans eau et sans nourriture, et Dieu donne au peuple à manger. C'est un miracle, mais c'est aussi une métaphore. De même que nous avons besoin de bien manger pour bien vivre, pour bien fonctionner au niveau physique, nous avons besoin de quelque chose pour bien vivre au niveau plus personnel. Comme on le disait autrefois, si on a besoin d'une nourriture physique, on a besoin aussi d'une nourriture spirituelle.

Cette métaphore semble quasi naturelle. On peut dire plus ou moins la même chose en parlant de la faim. Il y a en Afrique du Sud aussi un grand désert aride. Il y a un peuple qui habite ce désert. Ces gens ont du mal à vivre ; la nourriture n'est pas facile à trouver. Pour eux, la faim est un élément central et quotidien de la vie. Ils ont un vocabulaire intéressant : ils parlent de la grande faim et de la petite faim. La petite faim est la faim, l'absence de nourriture, tandis que la grande faim, la faim la plus importante, est ce qu'on pourrait appeler une faim spirituelle, l'absence de Dieu.

Ce n'est pas difficule à comprendre. La faim, l'absence de nourriture, c'est l'estomac vide, et c'est la fatigue, la faiblesse et la douleur qu'il entraine. Quand on a faim on doit manger, il n'y a pas de repos, pas de paix, avant qu'on ne se remplisse la bouche. Mais, après un certain temps, on s'y habitue, on ne sent plus le manque de nourriture, on s'engourdit. C'est comme si on avait mangé, comme si on n'avait plus hesoin de nourriture, sauf que la faiblesse et la fatigue restent. Il peut sembler que la faim est vaincue, parce que cela ne fait plus mal. Mais c'est parce qu'on n'est plus assez vivant pour souffrir, la machine du corps a déjà commencé à s'arrêter, la vie commence à s'éteindre. On cesse de chercher la nourriture. Il peut y avoir une sorte de confort dans cette condition, parce qu'on ne sent plus rien, mais en fait, c'est le triomphe de la faim ; on n'est pas loin de la mort.

La grande faim, la faim de Dieu, est semblable ; il s'agit d'un vide, d'une lassitude, d'une faiblesse. Mais ce n'est pas la faim de la nourriture. Le vide n'est pas dans l'estomac, mais dans la vie. La vie semble dépourvue de sens, elle ne nous nourrit pas. On est lassé par les tâches multiples de chaque jour, qui semblent de plus en plus lourdes et embêtantes. Le monde devient gris et plat, et l'existence devient pénible. Il est possible de s'habituer à ce vide de sorte qu'on ne le remarque plus. Alors le vide semble la condition humaine naturelle, et on ne remarque pas qu'il manque quelque chose, on ne cherche plus. On comprend la vie et le monde comme si ses besoins sprituels n'existaient pas, comme si Dieu n'existait pas. Il y a une sorte de bonheur dans cette condition, mais c'est le bonheur de l'oubli, c'est le triomphe du vide.

Il y a donc une grande ressemblance entre ces deux faims, c'est pourquoi il est naturel d'employer le mot « faim » en parlant des choses spirituelles. Mais il y a aussi une différence importante, et c'est une différence qu'indique Jésus. Quand on a l'estomac vide, on peut, si les circonstances le permettent, travailler pour se rassasier. On peut aller à la chasse des bêtes sauvages, on peut cultiver des plantes. Par son travail, on peut se nourrir. En fait, les premières pages de la Bible font le lien entre manger et travailler : Dieu dit à Adam « Le sol sera maudit à cause de toi. C'est dans la peine que tu t'en nourriras tous les jours de ta vie... A la sueur de ton visage tu mangeras du pain ». Par contre, le vrai pain dont parle Jésus ne sort pas du sol, il tombe du ciel. On ne doit pas travailler pour le produire, et on ne peut pas. C'est gratuit, et cela a l'aspect d'un don ; Dieu le donne. Si on veut être rassasié, il faut d'abord s'ouvrir à recevoir le gratuit. Quand les juifs demandent à Jésus « Que faut-il faire pour travailler aux oeuvres de Dieu ? », lui répond « L'oeuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé ». Mais croire en Jésus n'est pas travailler, c'est cesser de travailler, cesser de s'occuper de ce qu'il faut faire, pour s'ouvrir, pour se permettre de recevoir le don de Dieu. La première lecture dit la même chose : les cailles descendent sur camp après le coucher du soleil, après la fin de la journée, quand on ne travaille plus. Et la manne est déjà là le lendemain quand les gens se lèvent. Dieu donne dans la nuit, et la nuit est le temps de repos, où on ne travaille pas.

Dans un monde qui prône la valeur du travail et du non-gratuit, de ce qu'on achète, il n'est pas toujours facile d'être simplement passif, ouvert à recevoir le gratuit, d'accepter le fait que notre nourriture ne vient pas de nous-mêmes, mais c'est ce qu'il faut. Il faut accepter le gratuit, et en reconnaître la gratuité en disant merci. C'est pourquoi nous nous sommes réunis aujourd'hui, pour recevoir à cette table le pain que Jésus nous donne, et pour en rendre grâce.

1er dimanche de Carême, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : B
Année: 1999-2000

Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle.

Nous avons souvent entendu cet appel de Jésus. Toutes les semaines, mais surtout en carême, l'église nous invite à nous convertir, à ne plus pécher, à vivre dans la vertu et pas dans le péché. Parfois, nous écoutons cet appel et nous faisons un petit effort. Mais, pour la plupart, cela ne dure pas très longtemps. Nous retombons dans nos anciens péchés. Un des problèmes est que nous ne sommes pas, en général, de grands pécheurs. Nos péchés ne sont pas impressionnants, spectaculaires. Nous ne sommes pas des meurtriers habituels. Nos péchés sont quotidiens et médiocres. Ici, un petit manque de patience ; là, un petit manque de générosité. Si nous étions de grand pécheurs, nous pourrions faire un effort spectaculaire de conversion. Nous pourrions, avec beaucoup de force et d'énergie, rejeter le meurtre, décider d'éviter toute occasion de tuer. Mais nos péchés sont tellement petits, ils sont souvent là avant que nous ne les remarquions. Un geste presque automatique d'impatience, une phrase un peu dure, une phrase irréflechie, et nous voilà encore une fois dans le péché. Impossible d'être parfait. Et finalement, est-ce que c'est vraiment important de nous débarrasser de nos petits défauts ? On dit que le péché est une horreur, et il est vrai que le meurtre, le viol et l'oppression sont horribles ; mais nos péchés ne sont pas comme ça. Le langage de Jésus et de l'église semble un peu exaggéré et dramatique quand il s'agit de nos faiblesses quotidiennes.

C'est vrai. Il ne faut pas trop dramatiser quand on parle du péché ou des péchés de la plupart des gens. En plus, ces petits travers peuvent même être amusants, intéressants et satisfaisants. Même si nos péchés nous embêtent de temps en temps, ils peuvent nous attirer aussi.

Mais, il n'est pas tout à fait exact de dire la conversion, la pénitence, est un rejet du péché. Quand nous nous convertissons - si nous nous convertissons - nous ne nous détournons pas du péché. Nous nous tournons plutôt vers Dieu. Si la conversion est un concept important pour Jésus, ce n'est pas parce que le péché lui semble tellement laid ou horrible. N'oublions pas qu'il est très content d'être avec les pécheurs. L'importance de la conversion vient de la beauté de Dieu. Même si le péché n'était pas très intéressant, ce ne serait pas la peine de s'en détourner. Pour que nous regardions ailleurs, il faut quelque chose de plus attrayant, un meilleur bien, qui attire nos yeux, notre attention. Pour Jésus, c'est Dieu qui est plus attrayant, le plus attrayant. C'est lui qui attire, c'est lui qui satisfait nos désirs les plus importants et les plus profonds. Quand il parle de la conversion, c'est toujours la conversion vers Dieu. Il ne condamne pas le péché, il ne condamne pas les pécheurs, il leur offre quelque chose de meilleur, de plus attrayant, de plus satisfaisant. C'est pourquoi il dit : Croyez à la bonne nouvelle du royaume de Dieu. C'est seulement parce qu'il y a une bonne nouvelle, quelque chose de meilleur, qu'il vaut la peine de se convertir.

Le but de la conversion n'est pas un rejet. Un simple rejet nous laisse avec rien. Le but est plutôt de voir la beauté, l'attrayant, de Dieu. Et c'est important, parce que c'est Dieu qui est notre destin, pas le péché. Nous ne sommes pas faits pour le péché. Nous sommes faits pour Dieu. Tournons-nous vers lui.

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