27ème dimanche ordinaire (année A)

Auteur: Didier Croonenberghs
Date de rédaction: 4/10/20
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 2019-2020
Textes : 27ème dimanche ordinaire (année A)

« La pierre rejetée des bâtisseurs est devenue pierre d’angle ». Voilà le verset du premier testament le plus souvent cité dans le Nouveau Testament !

Pour le comprendre, faisons un peu de rudologie ! Peut-être avez-vous déjà entendu parler de cette science nouvelle qui étudie les déchets. La ‘rudologie’ se penche sur tout ce que nous jetons, rejetons ! Et bien souvent, cela parle de nous, de nos modes de surconsommation, de notre incapacité à conserver, à sauvegarder… Dans la vie, il est parfois tellement plus simple de jeter, de laisser tomber lorsqu’une relation ne porte pas de fruits,  plutôt que de persévérer, avec douceur et patience ! Oui, les bâtisseurs que nous sommes rejettent tant des pierres, pourtant bien vivantes…

D’un point de vue humain, n’en faisons-nous pas souvent l’expérience ? Combien de groupes peuvent parfois se souder simplement par l’opposition : rejet de l’autre, rejet d’une victime —innocente ou non— , d’un bouc émissaire qui permet souvent de ne pas se remettre en question. Combien de fois n’avons-nous pas croisé ces personnes qui se posent en s’opposant ? Et lorsque de la critique violente apparaît, cela parle souvent plus de ceux qui l’expriment, que des personnes visées… Quant à nous, ne nous conduisons-nous pas parfois comme ces mauvais vignerons ? En convoitant ce que nous n’avons pas, plutôt qu’en cultivant ce que nous avons ?  « Voici l’héritier : venez, tuons-le, nous aurons son héritage ! ». La parabole nous le rappelle : une réelle violence est inscrite en nous.

L’Évangile de ce jour n’est cependant pas un miroir de cette triste réalité. Il nous amène justement au-delà de nos logiques de violence et d’opposition ! Pour bien le comprendre, reprenons la citation de la parabole. Regardons d’abord —sans culpabiliser— ce que nous avons peut-être trop vite rejeté, mis de côté ou abandonné dans nos vies. N’y-a-t-il pas des projets, des proches, écartés, avec lesquels il nous faut peut-être construire, reconstruire ?  L’évangile nous pose donc cette question : sur quoi peux-tu te reposer, en qui peux-tu te déposer ?

Car, au sens premier, la pierre d’angle signifie la première pierre d’un édifice. C’est elle que l’on place au début, qui inaugure les travaux… Elle nous invite à nous reposer sur nos fondations. La pierre d'angle est bien la première pierre d’une construction nouvelle. Et lorsque celle-ci est dans notre vie le roc du Christ, elle nous permet d’accueillir une sérénité intérieure, au-delà de ce que nous pouvons imaginer pour nous-mêmes. Notre première pierre nous rappelle que nous sommes des êtres reçus, en construction, inachevés, toujours en devenir...

Cette première pierre sur laquelle nous pouvons nous poser et nous reposer sans nous opposer, n’est-ce pas tout simplement la « paix de Dieu qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir » ? Cette paix, magnifiquement dans la lettre aux Philippiens, est un hymne à la sérénité intérieure ; une invitation constante à ne voir que le bien en chacun. A nous poser, nous reposer, nous déposer en Dieu.

Comment faire grandir alors cette paix au fond de nous, lorsque tout semble s’effondrer ? En prenant justement en compte ce qui dure, ce sur quoi nous pouvons prendre appui.

Pour cela écoutons la lettre : « Tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le en compte. » Pour le dire autrement, plutôt que de commencer par rejeter, s’opposer, se lamenter, nous sommes invités sans cesse à rendre grâce ; à faire en sorte que soient gravés sur la clé de voûte de notre édifice de mots de bénédiction ; que sur le portail de notre cœur, soient inscrits des mots de pardon ; que les plans de notre vie toujours à dessiner soient à l’échelle de la démesure de Dieu ! C’est à nous, chaque matin, de choisir ce qui compte, ce qui dure, pour que la paix de Dieu garde nos cœurs et nos pensées.

Cette paix intérieure nous donne de regarder avant tout en quoi une situation peut être juste…  plutôt que de chercher en quoi elle peut être injuste ! Regarde d’abord en chaque personne ce qui est digne d’être aimé, plutôt que de lorgner sur ce qui est en elle moins honorable... « Tout ce qui est bon, prenez le d’abord en compte » En un mot, commence par rendre grâce, et repose-toi sur celui en qui tu trouves ta source. Alors tu seras crédible, et tu pourras t’insurger contre ce qui est injuste. Alors, tu pourras t’opposer contre ce qui défigure l’humain…

Vivre comme cela, en prenant inconditionnellement comme point d’appui la parole du Christ, nous fera découvrir une paix qui dépasse tout ce que nous pouvons concevoir pour nous-mêmes. Une paix bien plus profonde qu’une absence de conflit. C’est cette paix inimaginable —au-delà de nos oppositions puisqu’elle vient de Dieu— que je vous souhaite de découvrir, de cultiver et de répandre autour de vous. Alors, vous aurez en héritage une joie que personne ne pourra vous prendre.  Amen.

 

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