27ème dimanche ordinaire (année A)

Auteur: Laurent Mathelot
Date de rédaction: 4/10/20
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 2019-2020
Textes : 27ème dimanche ordinaire (année A)

 

A travers les textes de ce dimanche, court la même histoire, une parabole. C’est l’image classique du peuple de Dieu présenté comme la vigne qu’il chérit et qui demande de l’entretien. Le Livre d’Isaïe, le Psaume, l’Évangile et même, entre les lignes, la Lettre aux Philippiens s’accordent aujourd’hui assez bien sur un même thème.

Il y a cependant entre ces textes des différences de lectures notables, et même d’interprétations de cette parabole, qui précisément donnent de l’épaisseur à l’image du peuple de Dieu comme d’une vigne dont il faut prendre soin pour qu’elle donne de bons fruits.

Les clés de lectures sont à la fois classiques et simples – vous les connaissez : le propriétaire du domaine c’est Dieu ; les vignerons sont les anciens et les grands prêtres ; la vigne, le peuple ; les bons fruits, ses vertus et les mauvais fruits, ses vices.

L’extrait du Livre d’Isaïe date du VIIIe siècle avant Jésus-Christ, c’est une prophétie qui annonce l’invasion d’Israël par les troupes assyriennes et la déportation de toute la population. Dans ce texte, Dieu juge les fruits de sa propre vigne, la maison d’Israël. « Il en attendait le droit, et voici le crime ; il en attendait la justice, et voici les cris ». C’est un motif que l’on retrouve chez tous les prophètes : c’est de la corruption du peuple et de ses dirigeants que surviennent les catastrophes. Ainsi, parce qu’elle ne donne pas de bons fruits, la vigne du Seigneur sera piétinée et dévorée par les animaux, livrée à l’abandon, à la sécheresse et à la désolation. L’image forte ici est celle de la « brèche dans le mur » qui traduit l’invasion prochaine.

Ainsi, nous avons deux niveaux de lecture : un niveau historique qui nous parle de l’ annonce prophétique de la destruction du Royaume d’Israël par les Assyriens et une lecture théologique qu’amène la parabole et qui nous dit les causes de cette désolation à venir, à savoir la corruption du peuple, le fait qu’il se soit détourné du droit et de la justice.

Ici, sans doute, une précision historique s’impose, qui va nous permettre de saisir l’importance spirituelle de ce passage. A l’époque du Temple, la grande crainte du peuple d’Israël était que Dieu abandonne le sanctuaire, qu’il n’habite plus parmi eux. L’idée que Dieu habite dans le ciel c’est celle de la fin des temps. Mais pour le peuple juif, au temps d’Isaïe comme encore au temps de Jésus, Dieu réside effectivement dans le Temple, il est présent dans le Saint des saints. Exactement de la même manière qu’il est effectivement présent pour nous dans le Tabernacle. Dieu est là, présent, qui accompagne son peuple au quotidien.

La conséquence d’un Dieu qui réside parmi les hommes c’est que la terre qui entoure son sanctuaire est sainte et que le peuple qui vit sur cette terre est élu. On parle d’ailleurs, encore aujourd’hui, à propos d’Israël et des Juifs, de Terre sainte et de Peuple élu. Pour cette terre et pour ce peuple, Dieu constitue un rempart. On retrouve le domaine de la parabole et la clôture qui le défend.

Ainsi, à mesure, que l’on s’approche du Temple, du lieu effectif de la présence de Dieu sur Terre, il s’agit de se purifier. On peut voir encore aujourd’hui, tout autours et dans Jérusalem, les vestiges de piscines et de bains rituels. Peut-être aussi avez-vous eu la curiosité de parcourir, dans la Bible, les règles du Lévitique ? C’est à n’en pas finir avec la pureté rituelle à l’approche du Temple. La crainte est profonde, encore à l’époque de Jésus, que les souillures du peuple contaminent littéralement le sol, la terre sur laquelle Dieu réside et que, finalement dégoûté de cette pollution qui l’entoure, il s’en aille, déserte le Temple de Jérusalem, les laissant seuls, à leur sort.

Vous relirez le psaume, c’est exactement ce qu’il chante : la crainte d’un Dieu qui a quitté son peuple. En son centre, le texte dit : « Dieu de l’univers, reviens ! Du haut des cieux, regarde et vois : visite cette vigne, protège-la. »

Dans l’Évangile, Jésus reprend ce thème du peuple comme la vigne dont les grands prêtres et les anciens sont les intendants. Il en profite pour relire toute l’histoire sainte d’Israël : des serviteurs de Dieu – les prophètes – sont venus régulièrement quérir les fruits de la vigne du Seigneur et ils ont été frappés, tués, lapidés. Dieu a alors envoyé d’autres prophètes et « on les traita de la même façon » dit le texte. Enfin, Jésus annonce sa propre mort, en dehors des murs de la ville : « Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. » « ‘Voici l’héritier : venez ! Tuons-le, nous aurons son héritage !’ ».

Le peuple de Dieu maintenant c’est nous. Et le temple de Dieu c’est notre corps. Et notre crainte c’est que l’Esprit d’Amour nous déserte, qu’une brèche survienne dans le rempart de notre cœur et que la haine ou le mépris le gagnent, nous empêchant de porter de bons fruits, n’en offrant même que de mauvais. Ainsi, le parallélisme avec la parabole reste pertinent pour notre spiritualité chrétienne. Et si le prêtre est encore de nos jours l’intendant du culte communautaire, chacun de nous, individuellement, parce qu’il a reçu à son baptême le don de l’Esprit Saint, reste l’intendant de sa foi, de sa prière, de son corps et de son esprit. Le chrétien est individuellement responsable devant Dieu des fruits de sa foi et du soin qu’il apporte à la vigne qu’il est.

Nous avons conservé des rituels de purification, c’est le kyrie au début de chaque eucharistie et le sacrement de la réconciliation pour nos corruptions les plus graves, qui nous replantent comme vigne dans l’enclos de Dieu et restaure sa présence dans le temple de nos corps. Au fond, dire un kyrie ou demander le pardon de ses fautes, c’est restaurer en nous le rempart de l’Amour.

Dans ses recommandations aux Philippiens, Paul nous donne des éléments pour rebâtir ce rempart : « Tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le en compte. (…) Et le Dieu de la paix sera avec vous. ».

Alors que retenir de tout ceci ? D’abord que nous sommes spirituellement libres et que nous pouvons faire régner dans le temple de notre corps n’importe quel esprit : l’Esprit Saint donné par Dieu ou tout autre esprit : un esprit de cupidité, de haine, de vengeance … Et nous savons que, si dans notre cœur règne le plus souvent l’esprit d’amour, parfois ce repart de l’amour cède et un esprit de division nous gagne.

Deuxième enseignement : la patience de Dieu, qui persiste à envoyer des prophètes, et finalement son fils dans l’espoir de récolter de bons fruits de la part de sa vigne. Et peut-être sommes-nous plusieurs ici à avoir pu constater dans notre vie la patience de Dieu.

Troisième enseignement – sans doute celui que notre monde a, aujourd’hui, le plus tendance à oublier – la patience de Dieu a des limites et parfois Dieu fait se rompre l’enclos de sa présence, laissant sa vigne à la merci de ravages par un esprit mauvais. Et nous savons très bien qu’il nous arrive de nous emporter, de voir la barrière de notre cœur se rompre et la colère (ou parfois la haine) envahir notre corps, saccageant de l’intérieur le temple de l’Esprit saint que nous sommes.

Soyons conscients d’être des esprits libres, capables de fruits divins comme d’être parfois ravagés par un esprit mauvais, tout autant capables de semer autours de nous l’amour que parfois la désolation.

De cette conscience d’être une vigne qui parfois se trouve ravagée, naît la conscience du soin qu’il reste à apporter à notre spiritualité.

 

 

 

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