26ème dimanche du temps ordinaire (A)

Auteur: Philippe Cochinaux
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 2019-2020

En entendant la phrase « un homme avait deux fils », peut-être vous êtes-vous intérieurement dit « nous allons entendre la parabole du fils prodigue et de son frère aîné ».  Et puis, vous vous êtes laissés surprendre par cette autre parabole qui ne se trouve que dans l’évangile de Matthieu.  Je dois vous avouer que c’est ce qui m’est arrivé en préparant cette célébration.  Je me suis alors rendu compte que je m’étais fourvoyé à cause des traducteurs.  En effet, dans le texte original en grec, il n’est pas écrit « un homme avait deux fils » mais bien « un homme avait deux teknon, c’est-à-dire deux enfants, deux petits ».  Cette erreur de traduction risque alors de donner un tout autre sens à cette parabole proposée par le Christ.

Reprenons alors le texte original. Ce sont donc deux petits.  Ils n’ont pas encore acquis leur dignité de fils.  Ils sont dans le temps de leur croissance, de leur maturation.  Et ces deux enfants n’évoluent pas de la même manière.  En disant : « Oui, Seigneur », le deuxième enfant souligne qu’il est dans une relation de serviteur.  L’homme qui lui donne cet ordre est une figure d’autorité pour lui.  L’enfant n’est pas encore éveillé à sa conscience.  Il laisse toute la place à son sur-moi qui est ce grenier intérieur dans lequel nous avons entassé tout au long de nos premières années, les injonctions, les interdits, les ordres reçus de toutes ces personnes qui ont exercé une autorité à notre égard.  Notre colonne vertébrale n’existe pas encore par nous-mêmes.  A ce stade de notre développement, cette dernière est encore extérieure à nous.  Notre sur-moi est envahi de tous les « il faut, il faudrait, tu dois, tu devrais ».  Et dans le cadre de l’éducation, il est essentiel de pouvoir les entendre car un sur-moi bien construit va permettre l’émergence du moi.  Et c’est sans doute toute la différence avec le premier enfant qui dit « je ne veux pas ».  Cette fois, c’est bien un « je » qui s’exprime.  En disant « je ne veux pas », il se situe personnellement par rapport à l’ordre qui vient d’être donné.  Il est ancré en lui et prend conscience que sa colonne vertébrale est maintenant intériorisée.  Il peut ainsi exprimer tous ces « je veux, je désire ».   Il parle en conscience.  Est-il besoin de rappeler que, selon le Concile de Vatican II, « la conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre ».  Notre tradition a toujours attesté de la primauté, de la dignité et de l’inviolabilité de la conscience humaine.  Le premier enfant en s’exprimant comme il l’a fait, puis en réfléchissant à ce qui lui est demandé de faire, il exerce sa conscience.  Il ne vit plus l’injonction première comme un ordre venant d’une figure d’autorité à son égard, il décide de la faire sienne, d’adhérer à ce qui lui est demandé. En agissant de la sorte, il répond cette fois librement et se rend à la vigne pour y travailler.  A cet instant précis, l’enfant devient fils et l’homme père.  La demande du père correspond maintenant à sa propre volonté de fils.  Dans cette église, nous nous reconnaissons toutes et tous, comme fils et filles d’un même Père.  Dieu n’attend pas de nous que nous ayons une obéissance aveugle à ses attentes et ses désirs.  Il veut que nous soyons des femmes et des hommes, ancrés dans leur être et soucieux de leur devenir, pour à leur tour aller travailler librement à la vigne qui est ce monde qu’Il nous a confié.  Cela demande tout un travail intérieur de réflexion, de voir de quelle manière, à partir de qui je suis, ce que je peux apporter à la construction d’une société plus juste et plus digne.  Et pour ce faire, il ne faut pas grand-chose.  Le père n’a pas dit à ses enfants « va retourner la terre, va émonder les sarments, va vendanger ».  Il dit tout simplement « va travailler aujourd’hui à la vigne ».  C’est à chacune et chacun de nous de réfléchir et de voir, à partir de qui nous sommes, ce que nous pouvons faire aujourd’hui dans cette vigne.  Il y va de notre responsabilité d’hommes et de femmes.  Il y va de notre responsabilités de citoyens.  Il y va de notre responsabilité de chrétiens.  Prenons le temps chacune et chacun de voir de quelle manière nous allons contribuer à cette vigne qui nous a été confiée et d’arriver à ce que la volonté du Père devienne notre propre volonté car nous nous sommes ajustés l’un à l’autre en toute liberté et en pleine conscience.

Amen

 

 

 

 

 

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