24ème dimanche du temps ordinaire (A)

Auteur: Philippe Cochinaux
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 2019-2020

« Combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois ».  Avec une telle réponse, nous découvrons à nouveau que le pardon est une dimension fondamentale de la vie chrétienne. 

Il est alors bon de se rappeler que pardonner, ce n’est pas oublier.  Non, pardonner est d’abord un acte de souvenir mais un souvenir qui est devenu léger car nous nous sommes libérés de son étreinte qui nous empoisonnait l’existence par cette colère qui naissait en nous lorsque nous y pensions.  Pardonner nous permet également de retrouver l’autre, tout aimé qu’il soit, dans toutes les dimensions de sa personne en refusant de l’identifier à l’acte blessant.  Le pardon est humain.  Le pardon est divin.  Dieu ne nous enferme jamais dans nos erreurs. Il nous donne toujours une nouvelle chance. Dans la vie, il peut nous arriver de trébucher, de nous tromper, de nous éloigner de nous-même. Un danger nous menace, celui de nous condamner à jamais comme si nous étions réduit à notre faute alors que nous valons tellement plus que cette dernière. Pour dépasser une telle attitude, reconnaissons que Dieu est plus grand que notre cœur et qu’il nous donne toujours une nouvelle chance.

Si c’est vrai que Dieu nous offre cela, nous sommes conviés à faire de même vis-à-vis de nos contemporains. Il est vrai que certaines offenses peuvent nous blesser.  Nous sommes alors pris d’un désir d’enfermer l’autre dans sa faute. Il y aura lieu de laisser le temps agir. Par ce temps laissé au temps, nous laissons en nous place à l’indulgence, au pardon, voire à la réconciliation. Nous offrons à l’autre une nouvelle chance. Pour ce faire, il se peut que nous ayons besoin de l’aide et de la force de Dieu. Le pardon devient une invitation à ce que l’offenseur change son identité et retrouve celle qu’il avait à ses yeux avant l’acte qu’il a perpétré.  Le pardon dans sa dimension altruiste est sans doute le sens qui lui est le plus souvent attribué. Il s’agit du pardon offert à l’offenseur qui pose un acte d’humilité, reconnaît sa faute et demande le pardon. Et pardonner, c’est en quelque sorte lui dire : « Tu vaux mieux que l’offense qui a été commise. Je te libère de cette dernière, de ce poids qui t’empêche d’avancer, pour que tu puisses à nouveau marcher librement sur le chemin de la vie ». L’offenseur retrouve en lui le meilleur de lui-même. En ce sens, l’acte de pardon est un acte d’amour qui permet à l’autre de se libérer des entraves dans lesquelles il s’était enfermé. L’offensé en agissant de la sorte refuse que l’offenseur s’emmure dans un acte ou une parole répréhensibles mais s’ouvre à nouveau vers un futur plein d’espérance. 

Mais dans le pardon, il y a aussi une autre dimension, un peu oubliée au fil des siècles : c’est la dimension personnelle du pardon.  L’offensé, même s’il a pardonné à l’offenseur, peut encore ressentir de la tristesse au fond de lui. Il doit arriver à pouvoir se dire : « Je te pardonne pour retrouver ma liberté, ma sérénité et ma paix intérieure ».  Cette fois l’offensé ne pardonne plus à l’offenseur pour le bien de ce dernier mais parce que vit en lui un désir sincère de retrouver sa propre paix.  Cette dimension personnelle du pardon est fondamentale surtout lorsque l’offenseur ne reconnaît pas sa faute ou est décédé.  Le pardon altruiste n’est pas possible.  Toutefois, grâce à la dimension personnelle du pardon, un pardon est encore et toujours possible.  Ici, l’offensé décide de vivre le pardon d’abord pour lui-même.  Il veut se libérer de ce nœud de colère et de tristesse qui lui empoisonne l’existence.  Chaque fois qu’il pense à l’événement douloureux ou à l’individu qui l’a blessé, il sent monter en lui ces sentiments négatifs qui l’emprisonnent dans son passé.  Il veut se libérer de l’emprise que l’offenseur a sur ses souvenirs. 

Vivre le pardon dans sa dimension altruiste ou personnelle est toujours le signe d’une volonté de reprendre sa liberté.  Cela commence par un acte de la volonté, celui de ne plus laisser l’autre avoir un tel pouvoir sur son existence.  Pardonner, c’est se libérer de toutes ces entraves en les intégrant dans son histoire pour à nouveau vivre le présent en vue d’un futur toujours à construire.  Nous comprenons ainsi mieux pourquoi Dieu attend de nous que nous entrions toujours dans une démarche de pardon.

Amen

 

 







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