19ème dimanche du temps ordinaire (A)

Auteur: Didier Croonenberghs
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 2019-2020

Qui, dans l’évangile que nous venons d’entendre, marche sur les eaux ? Vous me répondrez spontanément Jésus, bien entendu. Mais cette réponse est évidemment incomplète car nous oublions un peu vite que, dans ce récit, Pierre marche également sur les eaux ! « Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus » nous dit l’évangéliste. Pierre s’aventure donc hors de la barque, hors de ses sécurités, hors du groupe, et il marche un moment sur les eaux. Il parvient un temps à ne pas se laisser engloutir par les forces du mal. Tant que Pierre n’est pas gagné par la peur, il marche donc lui aussi sur la mer... Dans le récit que nous venons d’entendre, c’est lorsque Pierre prend peur qu’il commence à couler…

Dans la vie, c’est plutôt l’inverse que nous expérimentons : c’est en général lorsque nous nous sentons couler —lorsque les éléments et les événements nous échappent­—que nous prenons peur. Lorsque nous perdons notre assise, lorsque les bases de ce que nous sommes s’effondrent, alors nous perdons confiance. Mais l’évangile nous montre une autre dimension de la peur ! Une méfiance existentielle ! Lorsque nous sommes gagnés par une telle peur, alors nous coulons !

Pour comprendre cela, regardons simplement la figure de Pierre ! Il prend peur à cause du vent contraire. Voilà peut-être la première question qui nous est adressée aujourd’hui. Comment gérons-nous les vents contraires, l’adversité ? Acceptons-nous d’être contrariés par des courants opposés, qui ne pensent pas comme nous, qui ne vont pas dans notre sens ? Prenons-nous peur lorsque le vent tourne ? Sommes-nous menacés par ce qui ne va pas dans notre direction ? Lorsque l’imprévu survient ?

Il y a dans chaque vie —quelle qu’elle soit— des zones de haute pression et des temps de basse pression, voire de dépression. Lorsque le vent se lève, survient l’heure de la difficile confiance, voire de l’adversité. Vous comme moi, sommes parfois envahis par la peur. Peur de la maladie, de la mort, de la perte de l’être aimé, de l’échec, de la solitude, du ridicule, de l’avenir, de l’autre… Dans ces moments-là, nous pouvons être tentés comme le prophète Elie de nous retirer, de nous replier sur nous-mêmes ou de nous laisser enfoncer dans un passé, une certitude. Or, l’évangile nous le rappelle, le seul vrai remède est de risquer, d’oser affronter les flots menaçants, l’adversité avec cette confiance que nous ne serons pas abandonnés, livrés à nous-mêmes, mais qu’au milieu de la tempête, il y a quelqu’un qui nous tend la main pour nous sortir de là.

Quel est l’erreur de Pierre ? N’était-ce pas la suffisance ? Croire qu’il peut y arriver tout seul. Comme si le simple ordre de Jésus de marcher les eaux pouvait suffire… Pierre a donc l’orgueil de croire qu’il peut avancer seul, comme un grand. L’être humain est ainsi fait : il veut avoir sa vie en main, se sauver tout seul, ne devoir rien à personne !

L’évangile nous le rappelle : tout s’apaise lorsque l’humilité s’exprime, lorsque Pierre accepte la main que Jésus lui tend. A cet instant, l’orgueil de Pierre disparaît, et les flots s’apaisent. Pierre n’est plus dans une foi triomphante, mais dans l’audace de l’humilité !

Vous me direz : il y a des bonnes peurs ! Et c’est vrai ! Certaines de nos peurs conduisent à beaucoup de prudence. Beaucoup de nos « gestes barrières » —depuis quelques mois— sont dus à de la bienveillance, et peut-être à un peu de peur. Mais si nous parlons sans cesse de ces gestes barrières, il nous faudrait davantage redécouvrir dans nos vies tous ces « gestes passages », comme celui de Jésus dans l’évangile. Ces gestes qui prennent littéralement l’autre par la main, qui donnent confiance… Ce sont des gestes qui disent : aie confiance, marche sur les eaux solides de ton baptême. Ces gestes passages sont des gestes de résurrection, qui font passer de la méfiance au courage, de la peur à la confiance, de la mort à la vie, du désespoir à la foi.

Alors, je vous invite à la créativité ! Pour offrir de tels « gestes passage », autour de vous. Ces gestes qui redonnent confiance et invitent à marcher sur les eaux du baptême ! A nous de les partager, à l’image du Christ, qui nous redit encore aujourd’hui: « Confiance ! N’ayez pas peur, c’est moi ».

Ayons l’audace de croire que dans toute épreuve, un signe semblable au murmure d’une brise légère ou d’une main tendue nous sera offert. A nous de le découvrir, pour marcher à nouveau, avec une confiance renouvelée, sur les eaux de notre baptême !


 

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