Troisième dimanche de Pâques (A)

Auteur: Mark Butaye
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : A
Année: 2019-2020

 

 

Quand la mémoire nous rattrape
Luc 24, 13-35. Les disciples d'Emmaüs. 3ème dimanche de Pâques

La résurrection, concerne-t-elle ce qui est à venir, pas maintenant, mais beaucoup plus tard, par exemple à la fin de notre vie ? Est-ce ce espérer ce que nous ne pouvons pas encore voir ? Est-ce se confier à la promesse qu’il n’y aura plus jamais “ de mort” , même si nous mourrons inévitablement et qu' après il y a le grand silence?

Avec notre communauté dominicaine et la famille nous nous trouvons au cimetière autour de la terre creusée où notre frère sera enterré. Nous avons conclus toutes nos prières. Deux de ses petits neveux se trouvent aux bords de la tombe. Au moment où l’on fait descendre le cercueil dans la profondeur et que nous ne pouvons que regarder et écouter le silence, les deux petits neveux s’accrochent irrésistiblement à leur papa et maman : "N’allons-nous plus voir notre oncle "?

La courte distance entre Jérusalem et Emmaüs devient une longue étape pour les deux découragés. Se remettre du désespoir requiert du temps. Ce n’est pas un petit revers qui les décourage. Le grand rêve s’est brisé. “Qu’ avons-nous cru, vécu tout ce temps? Notre espoir, était-il illusoire ? Notre attente, était-elle démesurée, impossible ?  "Tout sera nouveau", nous avait-on promis. C’est à ce but que nous nous sommes investis à fond, jusqu’au bout.”
La vérité à laquelle on a attaché tant d’attention, pour laquelle on a voulu vivre, est partie en fumée. Seul un tombeau vide nous reste.  

"Et nous avons vécu dans l'espoir qu'il sauverait Israël". Ce soupir exprime le désarroi de l’homme désillusionné. Combien de fois nous le rencontrons. Combien de fois nous l’affrontons, nous aussi. Un vécu qui éclate en miettes. Des relations qui ne durent pas, des liens qui perdent leur valeur; un divorce, des déceptions dans la profession, dans le travail. Ou l’on avait espéré que le renouveau de l'Église se poursuive, que la femme ait accès au ministère du diaconat et de la prêtrise; que la solidarité entre pays riches et pays pauvres prendrait enfin une forme structurelle; ou on est déçu dans des politiques qui devraient préserver la création, la nature, les espèces, le soin pour le climat; combien de déceptions, de perte de foi.

Lorsque le désarroi ronge trop fort, les disciples tournent le dos : «Au revoir Jérusalem, ville de nos rêves. Il vaut mieux que nous nous retirons dans notre fermette sécurisante, à Emmaüs, ce qui signifie «à la source». Peut-être y reprendrons-nous du souffle ?

Dans le désespoir l'homme regarde la mort en face. Il n’existe pas de simples paroles, de consolation facile. Les gestes sensés ne reprennent pas aussitôt.

Ou quand même ? N’avions-nous pas appris de répondre à la mort dès nos premières années, en apprenant à marcher, tomber et se redresser ? En chérissant un petit oiseau fragile tombé se son nid; en étant assis à côté de notre frère ou sœur malade; en soutenant un étudiant qui avait difficile à suivre, en se trouvant devant la main tendue à l'entrée du métro, à chaque blessure, à chaque roseau cassé comme les Ecritures ( Isaïe 42, 3 ) ?

N’ avions-nous pas ainsi appris à vaincre toute petite mort ?

La réponse à la grande mort s’enracine dans celle qui répond à la petite mort  :  par exemple lorsqu’il n’y a plus de vin pour la fête; quand il nous manque du pain pour les cinq mille; lors du dispute qui est le plus grand; quand le mal prend le dessus; lorsque des relations sont bloquées, quand il faut du pardon; au moment où la flûte invite à la danse; si la loi se durcit et perd son inspiration, quand la prière perd son ardeur, lorsque le temple sombre dans le commerce,
et aussi lorsque les deux petits cousins ​​pleurent sur la tombe de leur oncle. C'est un apprentissage de longue haleine, pour surmonter la mort quotidienne et pour chérir la vie comme un sanctuaire.

Vraiment, notre foi en la résurrection ne commence pas plus tard, pas après cette vie. Elle commence au premier de nos jours, en traversant péniblement la porte étroite et les douleurs d’accouchement que subit notre maman, pour nous faire entrer dans la vie et la lumière.  Et la résurrection devient encore plus présente au moment de notre baptême au moment de la bénédiction: "Tu es mon bien-aimé, en qui je trouve bonheur  - Moi, Je suis, je serai pour toi."  Dans le baptême, dans le pain rompu, dans l'Eucharistie, nous sommes ressuscité dans le Christ. Sans réserve.

Le compagnon qui nous rejoins sur notre chemin vers Emmaüs nous apprend à regarder en arrière pour que nous nous souvenions. “ Ne fallait-il pas que le Messie souffrît cela pour entrer dans sa gloire” ?  Regarder en arrière pour comprendre que tout essai de guérir ou de vaincre la souffrance, est espoir dans la résurrection. 

Pour que les yeux comprennent et découvrent ce fil rouge, il leur faut la parole, un langage et beaucoup de souvenirs.  Voyons ce que fait le disciple Philippe avec le pèlerin Ethiopien pour lui expliquer le verset de Isaïe : "Comme un mouton, il a été conduit au massacre." (Actes 8, 26-40). Il reprend l’histoire, évoquant les signes, gestes, bref la vie du Serviteur Souffrant.  Et quand Moïse demande à Dieu: «Comment puis-je expliquer à mon peuple que vous pouvez transformer la mort, sauver nos vies, qui êtes-vous? "... il reçois comme réponse : " Viens te tenir ici sur le rocher avec moi (…) et quand ma gloire passe devant vous, et qu’ensuite je retire ma main, vous pouvez Me voir de derrière, car personne ne peut voir mon visage." (Ex. 33, 21-23).
On ne voit Dieu que de derrière. Lorsqu’il est passé. Après les évènements.

Vivre avec la confiance que la mort n'est pas le dernier mot, c'est relire la vie et sa vie avec des yeux qui cherchent la lumière. Toute acte d'amour, chaque tentative de réconciliation, chaque rétablissement, toute parole mot intentionnée de  réconforter, de guérir, tout geste qui embrasse avec respect, tout cela est suffisamment grand et suffisamment significatif pour arracher l'aiguillon de la mort.

Ainsi nous accompagne une troisième personne vers Emmaüs. Il écoute le désir de l’homme. Et comme son Père, il dit lui aussi : "J'ai vu la misère de mon peuple - je serai là pour vous." Voilà ce qu’il est. Son existence est de partager la vie humaine, pour la guérir et la sauver, celle des boiteux, des malades, du quêteur de spiritualité, de la prostituée, du prisonnier, de ceux qui ont soif, faim, des doutes, de la richesse. Chacune de ses rencontres est un acte qui rétablit une nouvelle vie.

C’est pourquoi nous proclamons : il est résurrection. Il est Résurrection ininterrompue à l’homme. Il nous rend à la vie, et au Seigneur de toute vie.

Dans cette mémoire, il nous ouvre les yeux. 

Mark Butaye          
Avril 2020


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