5ème dimanche ordinaire (année A)

Auteur: Philippe Cochinaux
Date de rédaction: 9/02/20
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 2019-2020
Textes : 5ème dimanche ordinaire (année A)

« Vous êtes, vous étiez, vous avez été, vous aviez été, vous fûtes, vous eûtes été, que vous soyez, que vous ayez été, que vous fussiez, que vous eussiez été.  Ou encore, vous serez, vous aurez été, vous seriez, vous auriez été, vous eussiez été et enfin, soyez ou encore ayez été ».  Eh dire que toutes ces conjugaisons de la deuxième personne du pluriel du verbe être ainsi que toutes les autres personnes, nous avons dû un jour les apprendre par cœur.  A l’époque, je me demandais si c’était vraiment nécessaire de les mémoriser.  Est-ce que j’utiliserais un jour toutes ces formes ?

  Un doute me submergeait et il fut soudainement dissipé à la lecture et à la méditation de l’évangile de ce jour. En effet, le Christ nous dit très clairement « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde ». Il n’a pas dit pas « Soyez le sel de la terre ou la lumière du monde ».  Il nous dit « vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde ».  Et cela change tout.  S’il avait dit « soyez », nous serions appelés à le devenir puisque nous ne le serions pas encore.  Dès à présent, selon les dires de Jésus, nous sommes déjà le sel de la terre et la lumière du monde.  Alors si nous le sommes déjà, le Christ ne s’est pas incarné pour nous proposer une nouvelle morale à suivre, ni un ensemble de conseils ou de bonnes recettes pour un mieux vivre.  Nous sommes le sel de la terre et la lumière du monde.  C’est un acquis.  C’est inscrit en nous.  Et c’est précisément ce que Jésus vient nous dire.  En utilisant ainsi le présent du verbe être, il nous fait prendre conscience que nous le sommes déjà, au même titre que le livre de la Genèse, en son premier chapitre, nous apprend que nous sommes images de Dieu.  Alors, imaginons-nous la situation suivante où une personne nous demanderait : « dites monsieur, dites madame, qui êtes-vous ? »  et nous répondrions : « je suis image de Dieu, je suis sel de la terre et je suis lumière du monde ».  Si cette personne ne nous prend pas pour un fou ou une folle, elle poursuivra sans doute la conversation en ces termes : « et cela signifie quoi exactement dans la vie de tous les jours ? ». Cela signifie, poursuivrions-nous, « que le fait d’être image de Dieu me fait prendre conscience que je suis habité de sa présence et que je crois en Lui.  Cette foi qui m’habite parce que je suis sel de la terre donne, tout à coup, une autre saveur à ma vie et enfin, parce que je suis également lumière du monde, je suis appelé à rayonner de cette foi qui vit au plus profond de mon être ».  Cette prise de conscience de qui nous sommes est une invitation à vivre sa vie habitée de ce mystère divin.  En aucune manière, la foi ne peut se vivre pour elle-même.  Sa vocation même est celle de rayonner, de se rendre contagieuse, de s’offrir.  Conscients des êtres que nous sommes, acceptant cette part divine en chacun de nous, parce que nous sommes déjà sel de la terre, nous mettons non seulement de la saveur dans nos propres vies, mais aussi dans la vie des autres.  Agissant de la sorte, nous donnons à notre tour de la saveur à Dieu.  Telle est notre responsabilité et cela se réalise tout simplement, tout tendrement par tous les actes d’amour que nous posons tout au long de notre vie quotidienne.  Toutefois, si être le sel de la terre, c’est donner sens à la vie de celles et ceux de qui nous nous faisons proches par nos actes d’amour, il y a également lieu de leur laisser de la place, de ne pas les envahir. Comme nous le savons, en cuisine, le sel ne s’utilise que par petites pincées, humblement, discrètement. Trop de sel rend un plat immangeable.  Ne tombons pas dans un excès de charité qui infantilise et déresponsabilise.  Et il en va de même, lorsque nous sommes lumières du monde.  Il s’agit non seulement de rayonner de notre foi en Dieu mais également d’éclairer à notre tour les pas de nos proches qui marchent dans leur obscurité.  Nous n’avons pas pour vocation de les éblouir, ni de les aveugler au risque alors qu’ils se perdent car nous serions devenus de vils prétentieux prétendant connaître leur chemin.  Éclairer l’autre, c’est lui permettre à son rythme de se relever lorsqu’il a trébuché et de pouvoir à nouveau marcher mais plus librement encore car il se sent guidé par la lumière divine qui rayonne de notre être.   Nous sommes images de Dieu !  Nous sommes sel de la terre ! Nous sommes lumière du monde !  Voilà qui nous sommes. C’est cela oser croire en ce Dieu qui se révèle à nous car nous avons compris qu’en fait, croire, c’est donner de la saveur à la Vie !  Et cela se vit tout tendrement comme nous le propose le prophète Isaïe: « Partage, ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, ne te dérobe pas à ton semblable, alors ta lumière jaillira comme l’aurore et tes forces reviendront rapidement ».  Enfin, tout cela pour dire que  si le Christ avait été belge, il nous aurait dit : « Une vie sans actes d’amour, c’est comme des frites sans sel.  C’est fade et c’est pas bon.  C’est pourquoi, vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde ». Amen