2ème dimanche ordinaire (année A)

Auteur: Laurent Mathelot
Date de rédaction: 19/01/20
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 2019-2020
Textes : Lectures du 2ème dimanche ordinaire (année A)

 

Jean le Baptiste est un fils de bonne famille, issue de l’establishment. Son père Zacharie est un prêtre du Temple de Jérusalem. C’est une situation élevée. Jean, cependant, est de ces fils qu’une radicalité opposée à leur époque envoie sur les chemins du plus grand dépouillement. Saint François en sera un autre, qui ne se vêtira de rien et ne se nourrira de rien, sinon de ce que Dieu naturellement donne.

Au delà de sa personne, c’est le culte que Jean le Baptiste dépouille. Contestant l’hypocrisie des élites sacerdotales qui prétendent et servir Dieu et se soumettre à l’envahisseur romain, Jean retourne au Jourdain, c’est-à-dire aux origines de l’entrée des Hébreux en Terre promise. C’est une posture scandaleuse parce qu’elle assimile les grands-prêtres du Temple, les élites de Jérusalem et, au-delà, la soumission du peuple, aux Cananéens que Josué avait précisément chassés à l’entrée en Terre d’Israël.

« Votre culte n’est rien et il nous faut regagner la Terre promise » voilà le cri de Jean le Baptiste à la face de ses contemporains. Il est « celui qui crie dans le désert : Redressez le chemin du Seigneur. » [Jn 1, 23]. Par son discours et sa vie Jean conteste non seulement l’hypocrisie des rites, mais surtout le fait que Dieu résiderait encore au Temple de Jérusalem, que la Terre d’Israël serait toujours son pays.

Si Dieu a déserté et le culte et le Temple et la Terre, c’est à cause du péché des hommes. Jean est pragmatique : s’il faut restaurer la relation avec Dieu, il faut se purifier. Le rite qu’il met en place au Jourdain reste avant tout un rituel juif de purification avant l’entrée sur un sol sacré.

Et de toute éternité, voilà que surgit le Christ qui le dépasse. C’est le sens du verset 30 : « L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. ».

Que vient changer la venue du Christ au baptême de Jean ? Précisément qu’il apporte cette Terre promise, ce nouveau Temple dans lesquels les disciples de Jean prétendent entrer : en l’occurrence son corps – corps humain où l’esprit de Dieu choisit de demeurer sur Terre. Le Christ, nous le savons, remplace le Temple de Jérusalem par son Corps et la purification rituelle par la conversion du cœur.

Notre baptême a fait de notre corps une Terre promise, un Temple pour Dieu, un endroit où il vit. C’est en cela qu’il est un baptême dans l’Esprit. Il s’inscrit dans la ligne, il accomplit de l’intérieur – dans la conversion de notre cœur – le baptême de Jean, d’une eau qui purifie de l’extérieur.

A l’heure où la Terre semble à nouveau plus polluée que promise, à l’heure où la corruption des élites semble prévaloir, alors que s’affirme à nouveau frais le besoin de dépouillement et de retour aux sources, nous chrétiens savons que c’est avant tout par la conversion du cœur que s’opère la purification du corps et de son environnement. Et que c’est par la conversion de notre cœur que nous retrouverons la Terre promise.

 

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