Epiphanie du Seigneur (année A)

Auteur: Laurent Mathelot
Date de rédaction: 5/01/20
Temps liturgique: Temps de Noël
Année liturgique : A
Année: 2019-2020
Textes : Lectures de la fête de l'Epiphanie (année A)

 

Épiphanies : Dieu se manifeste

Nous célébrons aujourd’hui l’Épiphanie, je voudrais réfléchir avec vous sur la séquence « Adoration des Mages – Vie cachée de Jésus – Baptême par Jean – Tentation au désert » que nous présentent les évangiles à partir d’ici et tenter d’en tirer quelques enseignements pour notre vie spirituelle.

On va d’abord se débarrasser du stéréotype de Roi-Mage. Le texte de Mathieu qui relate l’Adoration des Mages ne dit jamais qu’ils sont rois ni, d’ailleurs, qu’ils sont trois. Le terme grec μάγοι désigne plutôt des savants, des sages venus d’Orient. Pour les Juifs, les sagesses sont orientales. C’est de Mésopotamie, de l’actuel Irak, que vient Abraham ; c’est à l’Extrême-Orient que se trouve Babylone, la ville des sagesses qui ont cherché à s’élever d’elles-mêmes jusqu’à Dieu – c’est l’épisode de la Tour de Babel. L’Adoration des Mages, ce sont en fait les sagesses orientales qui viennent déposer leurs trésors au pied de l’Enfant-Jésus ; les sagesses humaines qui s’inclinent devant l’Incarnation de Dieu. L’apparition d’une étoile est le phénomène cosmique qui, par excellence, interroge la science des hommes – c’est là sa symbolique dans le récit, qui renforce l’idée que les Mages sont en fait des savants, des astronomes, des sages qui étudient le Cosmos. Le récit de l’Épiphanie met ainsi en scène les premiers à être avertis en eux-mêmes de la venue de Dieu sur Terre : d’abord des Bergers, c’est-a-dire des gens simples n’ayant que leur bon sens pour comprendre le Monde et les plus éminents savants de l’époque qui déposent au pied de l’Enfant-Dieu, toute la richesse de leur savoir et s’inclinent.

Épiphanie est un mot grec qui signifie « se manifester, apparaître, être évident, éclatant » – littéralement : « sur-briller ». Pour les bergers comme pour les mages, l’Incarnation de Dieu est devenue évidente, éclatante. Plus précisément on parle de « théophanies » c’est-à-dire de Dieu qui se manifeste, qui apparaît, dont la présence devient évidente. Pour Moïse, le Buisson ardent est une théophanie, une manifestation claire de la présence de Dieu. Nous trouverons une autre dans l’Évangile de la semaine prochaine, lorsqu’après le Baptême de Jésus, le ciel s’ouvre que l’Esprit-Saint apparaît comme une colombe et qu’une voix venant du ciel proclame : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. ».

Dans nos vies aussi se produisent des événements qui touchent au divin. Nous avons tous dans nos existences – je l’espère – des événements où le temps semble suspendu, comme éternel, même s’il ne dure qu’un instant, où l’esprit et le cœur se laissent gagner par une plénitude qui emporte tout. Parmi ces parcelles d’éternité qui nous gagnent, il doit y avoir – je pense – la mise au monde d’un enfant : pour nous croyants, donner la vie touche au divin. Pour des parents qui voient naître leur enfant, il y a quelque chose de la manifestation de Dieu dans leur existence. D’autres moments humains ont le goût de la plénitude divine : un « je t’aime » entendu, une tête complice qui se pose sur votre épaule, un moment de pure amitié ou un bel élan de fraternité. Il y a, si on y est attentifs, tout au long de l’existence de nombreux petits moments qui touchent à la divinité : chaque fois que nous voyons une manifestation authentique d’amour, nous, croyants, y voyons une manifestation de Dieu.

Dans notre vie spirituelle aussi. Si vous vous enfoncez dans la prière, s’il vous arrive de creuser votre relation avec Dieu, vous vivrez de ces moments qui touchent à l’extase spirituelle, qui donnent le sentiment de communion avec le divin, qui nous emportent dans un élan d’éternité. Il y a des prières qui peuvent se révéler intenses et qui n’inondent pas moins le cœur qu’un élan amoureux.

Pour les bergers qui le rejoignent spontanément, pour les mages qui viennent à lui avec leurs sagesses : la rencontre avec le Christ est ce moment d’éternité, cette apparition phénoménale de Dieu dans leur vie qui les emporte vers le divin. Imaginez ce qu’il se passe dans le cœur et l’esprit des mages lorsqu’ils voient leurs espérances réalisées dans cet enfant qui manifeste authentiquement Dieu. Imaginez ce qu’il se passe dans le cœur et l’esprit de Jésus, à son baptême, quand il entend cette voie venue du ciel qui dit « « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

Et puis plus rien, le désert …

Parce que si on réfléchit aux bergers, aux mages venus adorer l’enfant Jésus dans la Crèche, pour eux, pendant les trente années qui suivent, il ne se passe rien. A part l’épisode où Jésus, jeune adolescent, viendra retrouver des sages au Temple, pendant trente années le Salut qu’il apporte reste totalement caché, pour ainsi dire : disparu. Pour peu que les mages aient été âgés au moment de la venue de Jésus au monde, pour eux, il ne s’est rien passé d’autre ...

Et même pour Jésus, après la théophanie de son baptême, les Évangiles nous racontent que l’Esprit l’emporte au désert pour y être tenté. Comme si la joie devait nécessairement retomber ; comme si après toute épiphanie, tout événement lumineux, toute manifestation divine dans l’existence, il devait y avoir un passage à vide …

Pour les mères qui accouchent on appelle cela une dépression post-partum : alors que la plus grande joie, avec leur enfant, vient de leur arriver, certaines mères sombrent dans le blues. J’ai personnellement vécu cela à chacune des grandes étapes de ma vie religieuse : après chaque profession religieuse, après chaque ordination – chaque fois après la joie et à mesure de son intensité – un long passage à vide, un long désert ...

Les manifestations de Dieu, le sentiment d’éternité que donne la joie divine quand elle nous gagne, les grandes joies de nos existences, parce qu’elles changent profondément les choses en nous, parce qu’elles s’affrontent à nos libertés, parce qu’elles donnent à nos vies une toute autre dimension, les manifestations divines au sein de nos existences créent parfois paradoxalement en nous un sentiment de deuil, d’absence, de vide, de désert.

Ce n’est pas que la joie nous quitte ou nous abandonne, que Dieu après nous avoir comblé de sa présence se retire de nos vies, y laissant le sentiment d’un vide abyssal. Non, c’est que ces joies qui font exulter divinement le corps, pour pleinement s’incarner, doivent aussi rejoindre les doutes de notre esprit dans ce qu’ils ont, eux aussi, de plus présent, de plus vif.

Toutes les manifestations de Dieu, toutes nos joies les plus intenses finissent par rejoindre nos doutes les plus profonds, nos déserts les plus désolés, nos solitudes les plus tristes. C’est précisément le signe qu’il s’agit d’action divine : elle rejoint tout, même le plus désespéré en nous. Dieu nous montre alors la puissance de la Résurrection ; à quel point il est un guérisseur et qu’ainsi il sauve véritablement le monde.

 

 

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