30ème dimanche du temps ordinaire (année C)

Auteur: Philippe Cochinaux
Date de rédaction: 27/10/19
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 2018-2019

[ Textes liturgiques ]

Une question qui m’est souvent posée est la suivante : « tiens, au fait, y a-t-il encore beaucoup de confession ? ».  Ma réponse est inlassablement la même : « Absolument et étonnamment, il y en a de plus en plus ».  Face à la stupéfaction qui se lit sur le visage de mes interlocuteurs, je poursuis : « toutefois, il vous faut savoir qu’il y a un changement de paradigme dans la confession.  Avec les gens venaient se confesser.  Aujourd’hui, sous l’influence de certains médias, ils chercher plutôt à confesser les péchés et les fautes des autres ».  Un peu comme si notre société était devenue pharisienne.  Confesser les péchés et les fautes des autres nous permet peut-être de nous sentir différents, voire un peu mieux que celles et ceux à qui sont attribués les faits énoncés.   

Il y a un côté rassurant dans cette attitude.  Cette dernière me permet de me dire que finalement, je ne suis pas si mal que cela.  Mais mieux encore, le confession des péchés et des fautes des autres me permet également de ne pas devoir me dévoiler.  Il est tellement plus facile de parler des autres que de parler aux autres.  En effet, tant que je parle de l'autre, je ne me dévoile pas, je me protège. Je passe un bon moment tout en ne permettant à personne de venir vaguer dans les méandres de ma propre pensée. Cette distance me rassure. Je ne crains pas d'être trahi puisque je ne te dis pas qui je suis. Pharisiens, nous le sommes donc parfois. Si nous ne parlons pas des autres aux autres, nous avons encore un autre moyen de nous protéger. Je ne parle toujours pas de qui je suis mais de ce que je fais. Et nous voilà à nouveau dans la peau du pharisien : " je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne ". Par cette manière de communiquer, j'acquiers une certaine valeur à mes propres yeux et à ceux à qui je m'adresse. M'enfermer dans la spirale du " faire " me conduira peut-être à être admiré. N'oublions jamais que nous sommes admirés pour ce que nous faisons mais aimés pour qui nous sommes. Ne parler que des autres et/ou ne parler uniquement que de ce que nous faisons, sont deux attitudes qui font de nous des gloutons, c’est-à-dire des êtres humains tellement pleins d’eux-mêmes qu’il n’y a plus de place ni pour les autres ni même pour Dieu.  Par cette attitude pharisienne, l’être humain se suffit à lui-même.  J’irais même jusqu’à dire que sa suffisance devient son identité.  Il en va autrement du publicain qui susurre : " Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ". 

Cette fois l’initiative revient à Dieu.  Si le pharisien est glouton de lui-même, le publicain est gourmand de Dieu.  C’est-à-dire qu’il laisse d’abord Dieu prier en Lui.  Il lui offre tout l’espace nécessaire pour que Celui-ci puisse faire œuvre de miséricorde et permettre une rencontre en vérité dans la foi.  Il est vrai que même si « Dieu connaît toute chose et est plus grand que notre cœur »,  pour oser lui dire " ce qui je suis ", je dois me sentir en sécurité, en confiance. La relation entre Lui et moi doit être simple, désencombrée de toute crainte. Cela ne peut se vivre que dans une relation d’amour car nous prenons le risque de nous offrir tels que nous sommes.  Dans la prière humble et toute tournée vers ce Dieu qui prie en nous, j’accepte que Dieu m’aime tel que je suis et surtout qu’il ne me jugera pas et encore moins qu’il ne me condamnera.  Lorsque je prends la posture du publicain, je prends conscience qu’à Dieu, je peux tout dire, qu’en Dieu, je peux tout déposer, je peux tout partager et je vis avec ce sentiment profond qu'il m'entend et qu'il m'aime. Nous avons donc une chance, un privilège unique sur cette terre : celui de croire avec force qu'en nous Dieu vit à chaque instant, à tout moment. Il est là présent et chaque fois que nous en ressentons le besoin, nous pouvons nous tourner vers lui, lui partager ce que nous sommes, ce que nous ressentons. Avec lui, je peux m'avouer mes contradictions, mes paradoxes. Il m'accueille et m'accepte tel que je suis. Dieu est amour et confiance. Ne passons pas à côté d'une telle aubaine : vivons en Dieu de cette vérité qui nous façonne et éclaire l'être que nous sommes. Vis-à-vis de Lui, deux attitudes sont donc possibles nous dit l’évangile de jour.  Glouton de nous-mêmes ou gourmand de Dieu.  A chacune et chacun de choisir sa relation avec l’Eternel. Sans jamais oublier que l’une conduit à la suffisance et l’autre à l’Amour.  Amen.