24ème dimanche du temps ordinaire (année C)

Auteur: Didier Croonenberghs
Date de rédaction: 15/09/19
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 2018-2019

24ème dimanche du temps ordinaire

Luc 15, 1-10

 Dans chaque conclusion des trois petites histoires juxtaposées que nous venons d’entendre —la brebis perdue, la drachme perdue et le fils perdu— un même mot revient… Il s’agit de la joie ! « Il y aura de la joie dans le ciel ». « Il y a de la joie devant les anges de Dieu ». « Il fallait se réjouir ». Vraiment, ces trois petites paraboles nous invitent à la joie des retrouvailles ! Et elles sont adressées aux scribes et aux pharisiens qui récriminent contre Jésus. En ce sens, elles s’adressent à nous tous, lorsque nous étouffons précisément notre joie… Lorsque nous pestons, nous bougonnons, nous boudons, nous murmurons, nous ronchonnons, nous grommellons. J’imagine que cela vous arrive…

Peut-être avez-vous remarqué… le mot joie  —très présent dans les deux premières paraboles— disparaît dans le troisième récit !
Il n’apparaît qu’en finale, comme un commandement ! « Il fallait se réjouir ! » dit le père à l’aîné. C’est comme si la joie n’était pas véritablement complète, par l’absence du frère ainé… Comme si la parabole du fils perdu devait encore se poursuivre dans le récit —encore à écrire— du frère retrouvé

Oui, il y a de la joie à retrouver ce qui est perdu !  Et la troisième parabole nous montre précisément ce qui nous empêche bien souvent d’accéder à cette joie ! C’est un cœur divisé par la comparaison, la convoitise. Dès lors, la question toute simple que je nous adresse est bien la suivante : qu’est-ce qui vient en nous étouffer la joie, le plaisir de la rencontre, de l’écoute ? Qu’est-ce qui vient mettre de la comparaison, voire de la frustration ? Ne nous arrive-t-il pas, plus souvent que nous le pensons, de nous croire en règle, et d’être comme le fils aîné ?

Nous le savons, lorsque nous mettons de la comparaison, nous voyons la vie comme un droit, un du, et non comme une joie au quotidien. Le calcul, la convoitise viennent ainsi étouffer notre simple plaisir d’exister. Avec cette clé de la comparaison, reprenons le récit et regardons d’abord le fils cadet. « Père, donne-moi la part de fortune qui me revient », dit-il. Et le père s'exécute sans discussion, comme s'il n'avait pas le pouvoir de s'opposer à ce fils en quête d’autonomie. La relation n'est ici que de la succession, avec son lot de comparaison. C’est comme si ce fils voulait tuer son père… Voilà une première manière de se comparer : par désir d’autonomie et de liberté, se croire indépendant.Regardons maintenant l’aîné. Que dit-il ?  « Il y a tant d’années que je suis à ton service ». Ici, la relation n’est qu’obligation, un grand livre de comptes, fort peu à l’équilibre. Ce second fils n’a pas tué son père, mais il ne rend pas vivant pour autant… Dans sa logique marchande, il ne voit en lui —non des droits comme le premier— mais que des devoirs… Voilà une seconde manière de se comparer : ne voir en l’autre que des devoirs. Et par excès de zèle, devenir dépendant.

Voilà donc deux fils qui, finalement, se trompent de père, se séparent de lui, par souci d’indépendance ou excès de zèle ! Le premier ne lui donne aucun pouvoir, le second lui en donne trop… Et il en va de même dans notre relation à Dieu. On peut véritablement s'écarter de Dieu en s'en croyant tout proche, et paradoxalement s'en rapprocher en s'en sentant éloigné, perdu, égaré… La joie, nous suggère l’évangile, est ce qui vient effacer toute comparaison. Car où commence dans notre monde d'aujourd'hui le refus d’aimer, si ce n'est dans un cœur qui compte, dans un cœur sans joie qui compare, qui est dans le du plutôt que le don ? Dans un cœur qui n’accueille pas l’autre comme un frère, mais comme le fils d’un autre ! Oui, c’est bien de notre propre cœur lorsqu’il se met à comparer, que vient notre refus d’aimer, de pardonner ou d’être pardonné.

Dans la vie, l’antidote de la comparaison, s’appelle donc la joie !
Seule la joie véritable vient assouplir nos relations.
Une telle joie ne recherche pas le plaisir comme le cadet
ou la rectitude comme l’aîné.
Elle s’accommode de nos erreurs et de nos errances.
Elle sait s’émouvoir, sans se perdre en l’autre.

Seule cette gratitude —une attitude qui laisse place à la grâce— efface nos logiques marchandes, pour accueillir la joie plus profonde encore de Dieu. Seule une vraie jovialité nous fait passer de la vie comme un du,
à la vie comme don de chaque instant. Car, sans vouloir jouer inutilement sur les mots, lorsqu’on est sans cesse dans le comme le fils aîné, on se découvre finalement soi-même per-du. Au contraire, lorsqu’on est prêt à accueillir véritablement le don comme le cadet, on découvre ultimement le par-don. Puisse une telle joie nous accompagner au quotidien, tout au long de cette année. Amen.