28e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 2008-2009

Un paroissien qui avait déserté sa paroisse depuis quelques temps, rencontra son curé au marché. Il expliqua sa désertion par le fait que selon lui, l'Eglise réclamait toujours de l'argent lors des collectes ou à l'occasion de diverses opérations proposées aux sorties des célébrations. - Il n'est continuellement question, lui dit-il d'un ton furieux, que de donner, donner, donner... Le curé réfléchit un instant et répondit: -Je tiens à vous remercier, cher ami, pour cette définition du Christianisme, c'est une des meilleures qu'il m'ait été donné d'entendre. La question que nous sommes alors en droit de nous poser est celle de savoir si la maxime des boxeurs qui consiste à dire qu'il y a toujours plus de plaisir à donner qu'à recevoir s'applique également à tout chrétien.

C'est sans doute ce que le jeune homme riche de l'évangile semble ne pas avoir compris. Dans la foi, nous n'aimons pas la conjonction de coordination « ou », nous préférons plutôt le « et ». Ce n'est pas l'un ou l'autre mais bien l'un et l'autre. En effet, il ne s'agit pas de donner ou de recevoir mais plutôt de donner et de recevoir. Reprenons la dynamique du récit évangélique qui souligne cela de manière précise. Toutes et tous, nous avons reçu la vie. Elle nous a été donnée par nos parents sans que nous la leur demandions. La vie est alors vraisemblablement le plus beau cadeau que nous ayons reçu au cours de notre pèlerinage terrestre. Ce don reçu ne peut toutefois pas se décliner par la négative. La vie, elle se vit. Elle est proactive, nous rappelle le Christ. Contrairement au jeune homme riche, nous ne pouvons pas nous contenter de ne pas faire certaines choses. Dieu ne semble pas se suffire du fait que nous évitions simplement de commettre le mal. Vivre sa vie à la négative n'est pas un chemin suffisant en vue du salut. Ce serait trop facile. Me contenter de « ne pas poser» des actes mauvais est vraisemblablement une première étape dans la vie mais nous ne pouvons pas nous y enfermer, nous en contenter. En effet, après avoir pris le temps d'intégrer ces divers commandements, le Père nous invite à entrer dans une dynamique vivante, celle de faire activement le bien, de poser des actes positifs. Au jeune homme, il lui dit : va, vends et donne. De cette manière, nous humanisons notre conception de la vie. Nous lui donnons chaire par les actes que nous sommes prêts à poser lorsqu'ils s'inscrivent dans la générosité de notre c½ur. « Aller, vendre, donner » sont des verbes à vivre pour nous permettre mieux encore d'entrer dans une dynamique de la gratuité, c'est-à-dire celle d'un don sans retour. Nous sommes loin de toute forme de mercantilisme, à mille lieues d'une loi d'échange où c'est du donnant-donnant. Le Fils de Dieu nous convie à un déplacement intérieur où nous quittons tout modèle de profit pour nous laisser apprivoiser par celui du don à offrir. Un don gratuit, un don sans retour. En fait, un don pour le plaisir du don en lui-même, c'est-à-dire un don qui prend sa source dans l'amour que nous pouvons nous porter les uns aux autres. Cette attitude de vie n'est malheureusement pas innée. Elle nous demande un temps de mûrissement intérieur pour nous permettre de nous désencombrer de tout un ensemble de richesses matérielles et immatérielles qui entravent nos existences. Ce soir, Jésus vient nous demander de nous débarrasser de tout ce qui nous enferme dans une logique mercantile, de nous désencombrer de tout ce qui nous empêche de vivre pleinement nos vies à la lumière de l'Esprit Saint. Ayant accompli ce qu'il nous invite à réaliser, nous pouvons alors avancer plus librement encore sur le chemin de la vie. Notre vie, nous la vivons en donnant de notre temps, en offrant chaque fois un peu de nous-mêmes. C'est aussi simple que cela. Ayant pris le temps de nous laisser interpeller par le Fils de Dieu, nous participons alors à l'avènement de son Royaume. La Vie ou le Royaume ne sont pas non plus des réalités monnayables, même le fait de pratiquer les commandements du décalogue ne suffisent pas. Le Christ nous rappelle avec force qu'il est tout simplement impossible à tout être humain, et ce quelle que soit sa condition personnelle, d'obtenir par lui-même la vie éternelle. Cette dernière est un don de Dieu. Elle ne se mérite pas, elle se reçoit. Mais pour recevoir un tel cadeau, il nous faut être libre vis-à-vis de nous-même et des autres car ce don-là emplira à jamais tout l'espace de notre c½ur puisque le Père nous l'offre au centuple. Puissions-nous alors vivre pleinement nos vies au son de la musique divine, une musique d'amour éternel.

Amen.