28e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 2007-2008

Dans cette chapelle, ce matin, nous sommes, toutes et tous, venus habillés de différentes façons : en blouse d'hôpital, en peignoir, en pull, en cravate, en tailleur, en costume, etc. Imaginons qu'à ce moment précis, chacune et chacun, nous recevions une enveloppe dans laquelle se trouve un carton d'invitation où nous lisons : « Le Maître prie chacun des participants à la célébration eucharistique de Saint-Luc de lui faire l'honneur d'assister au déjeuner qu'il donnera aux Salons Z à l'occasion des noces de son Fils le dimanche 12 octobre 2008 à 11 heures 30 précises ». En fait dans moins d'une heure. Et puis, toujours sur ce même carton, en bas à gauche, en plus petit, est indiquée la tenue vestimentaire exigée pour la circonstance : robe longue, jaquette ou uniforme. Notre célébration dominicale se terminant aux alentours de 11h10, je suis au regret de vous annoncer que je pense être le seul à pouvoir m'y rendre. En tant que religieux, je porte l'habit de mon Ordre et je réponds ainsi aux conditions requises par l'invitation. Ne vous inquiétez pas, je penserai à vous là-bas et je boirai un verre à votre santé. Mon histoire pourrait se terminer de la sorte. Toutefois, je me suis imaginé une autre fin d'autant que, comme le dit la sagesse populaire, l'habit ne fait pas le moine. Il m'est en effet difficile d'imaginer que le Dieu qui nous rassemble pour le célébrer s'encombre de détails vestimentaires superfétatoires. Il nous invite plutôt à le rejoindre tout en portant un vêtement de noce, c'est-à-dire un vêtement invisible aux yeux des êtres humains mais tellement visible aux yeux de Dieu. Le Père nous prie de nous habiller, c'est-à-dire, pour reprendre l'expression du poète de nous « endieuser ». S'endieuser, c'est accepter de revêtir le Christ, ou encore de se laisser enrober par le Père. Dès l'instant de notre baptême, toutes et tous, nous avons été endieusés. En effet, nous portons en nous et sur nous la marque de l'Esprit-Saint. Il ne s'agit pas d'une simple étoffe mais plutôt d'une disposition de c½ur : se laisser recouvrir par l'amour de Dieu qui se révèle dans le drapé de notre être. Au fil de la vie, cet habit de lumière créé par le Père, dessiné dans le Fils et confectionné par l'Esprit peut, suite à certaines saisons douloureuses de l'existence, se ternir quelque peu, voire s'abîmer. L'échec professionnel, la maladie, les diverses souffrances auxquelles nous sommes confrontés sont autant de facteurs qui peuvent altérer la qualité de ce vêtement de noce qui ne demande qu'à rayonner d'une lumière arc-en-ciel offrant ses couleurs à nos histoires personnelles. Permettez-moi d'insister : il est vrai que la dure réalité de la vie reprend parfois le dessus et fait alors ombrage à ce qui nous a été donné. Si le vêtement de noce a vocation d'éternité, il reste immanquablement marqué de nos accrocs respectifs mais également altéré par ces mites humaines qui viennent subtiliser nos énergies par le mensonge, la trahison ou encore l'abus. Heureusement pour nous, dans la foi, le plus grand couturier depuis la Création du monde est l'Esprit Saint qui n'utilise que le fil d'or de la tendresse pour réparer nos blessures les plus profondes. L'aiguille de la douceur, tenue par une main d'amour, vient caresser la béance de certaines parties de notre être et de notre histoire pour la recouvrir à nouveau d'un point qui relie, d'un mouvement qui réconcilie, d'une attention qui attendrit. En Dieu, rien n'est jamais perdu à jamais. Il y a toujours l'espérance. Et cette dernière se laisse découvrir dans la rencontre humaine. Il ne faut pas grand chose, juste deux c½urs prêts à s'accorder pour que le souffle de l'Esprit puisse agir en nous. S'endieuser devient ainsi l'espérance folle que Dieu est avec nous, que Dieu est en nous. Il ne nous lâche pas et nous convie à le chercher dans les traces laissées par son Fils lors de son pèlerinage terrestre et dans les marques de l'Esprit agissant par le biais des créatures humaines. L'endieusement est alors cette pratique de l'existence qui nous fait prendre conscience que nous sommes non seulement toutes et tous appelés à la Vie mais également élus en Dieu lorsque nous écrivons notre histoire avec l'encre de l'amour dont la source est intarissable puisque divine. Oui, ne craignons pas nos avenirs, revêtons tout simplement, tout tendrement ce vêtement de noce. Laissons-nous recouvrir par l'amour Dieu, un amour d'éternité.

Amen

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