25e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 2008-2009

Un étudiant se trouvait assis dans un train aux côtés d'un homme qui semblait être un paysan bien portant. Cet homme priait le chapelet et égrenait les perles dans ses doigts. - Monsieur - demanda l'étudiant au vieil homme - vous croyez encore en ces trucs arriérés ? Et le jeune éclata de rire, avant d'ajouter : « personnellement, je ne crois pas en de telles stupidités. Suivez mon conseil. Jetez ce chapelet par la fenêtre, et apprenez donc ce que la science a à dire à ce sujet. - La science ? demanda humblement l'homme avec des larmes dans les yeux. Je ne comprends pas cette science dont vous parlez... Peut-être pourrez-vous me l'expliquer ? L'étudiant vit que l'homme était profondément touché. Pour éviter de le blesser davantage, il répondit : - S'il vous plait, donnez-moi votre adresse et je vous enverrai quelques ouvrages pour vous aider dans ce domaine. Le vieil homme fouilla dans la poche intérieure de sa veste, et donna au garçon sa carte de visite. En découvrant la carte, l'étudiant inclina la tête, honteux, et n'osa plus dire un mot. Il venait de lire : "Louis Pasteur, Directeur de l'Institut de Recherche Scientifique, Paris".

Sur quelques apparences extérieures, cet étudiant avait jugé un homme qui priait dans un train. Alors, la question que nous pouvons nous poser est celle de savoir si nous aussi nous n'agissons pas parfois comme ce jeune. Pouvons-nous partir à la rencontre de l'autre librement ou sommes-nous encombrés de ce qui peut nous traverser l'esprit ? Ne sommes nous pas trop souvent habités par des idées véhiculées par notre culture environnante : le gagnant est celui qui fait mieux que les autres, la gloire est d'être respecté et reconnu, le pouvoir est d'être capable que les choses se passent selon notre désir et que les gens nous obéissent. Dans cette perspective, il vaut donc mieux être fort que faible, grand que petit, admiré que blâmé. Et ceci n'est pas nouveau puisque ces mêmes idées traversaient déjà l'esprit des disciples de Jésus : « qui est le plus grand d'entre nous ? ». Il est vrai que c'est tellement plus simple de pouvoir réfléchir en de telles catégories et au moins, nous pensons, ou mieux encore, nous croyons savoir où nous nous situons dans la société à laquelle nous appartenons. Il y aurait celles et ceux du dessus et celles et ceux du dessous et toute une série de personnes se situant entre les gagnants et les perdants. L'être humain chercherait ainsi à toujours grimper, grimper pour atteindre les sommets de sa propre gloire. Une dynamique bien humaine mais qui semble pourtant très éloignée de ce que le Père propose à son humanité. A la question de savoir qui est le plus grand, la réponse du Christ est cinglante : « Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Et nous voici, une fois encore, bouleversés dans nos certitudes. Ce n'est pas en haut de l'échelle que Dieu nous attend mais plutôt au service les uns des autres. Et pour argumenter son propos, Jésus, en bon enseignant, propose un exemple. Il prend un enfant, c'est-à-dire dans la culture de l'époque un être insignifiant. En effet, un enfant était considéré comme une forme de nuisance jusqu'au jour où il pourra devenir utile à la société. L'enfant n'était donc pas vu comme un petit être merveilleux à chérir. Il était plutôt un être non reconnu et qui n'avait d'utilité pour personne. Et c'est précisément un enfant que le Christ choisit. « Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c'est moi qu'il accueille. Et celui qui m'accueille ne m'accueille pas moi, mais Celui qui m'a envoyé. » Un enfant est choisi par le Fils de Dieu comme icône du Père. En clair, il n'y a pas de place pour une dynamique de compétition entre les êtres humains au royaume de Dieu. Cet enfant, icône du Père, encore inutile à la société, est pourtant là pour nous rappeler qu'il est aimé de Dieu, qu'il est précieux aux yeux de Dieu. Toutes et tous, qui que nous soyons, nous vivons avec cette force de foi de nous savoir aimés de Dieu. Nous sommes précieux pour notre Créateur. Et notre Dieu vient nous redire une fois encore que la toute puissance s'exprime dans la douceur, que la gloire se réalise dans le service, que la force s'accomplit dans notre fragilité intérieure, que le regard porté aux autres se donne dans la tendresse. Alors et alors seulement, à notre tour, nous devenons icônes vivantes de Dieu au c½ur de notre humanité. Ne le cherchons pas à l'extérieur de nous. Dieu aujourd'hui encore continue de se dévoiler à nous dans la tendresse d'un regard, dans la caresse d'un geste, dans la douceur d'une parole. Devenons icônes les uns pour les autres, c'est-à-dire acceptons de nous soumettre à la loi divine qui se réalise dans tous les actes d'amour que nous posons. Soyons de véritables serviteurs les uns pour les autres. Nous permettrons ainsi à Dieu d'être encore plus vivant au c½ur de notre humanité.

Amen