27ème dimanche ordinaire

Auteur: Philippe Henne
Date de rédaction: 3/10/21
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 2020-2021

C’est vraiment un cri d’admiration : Adam est tout surpris.  Il avait autour de lui tant d’animaux, et pourtant il se sentait bien seul.  Et voilà que surgit devant lui une nouvelle créature, bien humaine, tout comme lui.  C’est un cri d’admiration, car cette compagne qui lui est donnée était issue de sa propre chair, de son propre côté.  C’est le même cri d’admiration que pousse une mère qui vient d’enfanter.  Cet enfant, c’est le fruit de sa propre chair.  Comment pourrait-elle lui vouloir du mal, l’écraser, l’humilier ? Adam pensait la même chose en voyant Eve : comment pourrait-il la brutaliser, la frapper ou même la détester ? Et pourtant tant de femmes sont battues encore aujourd’hui dans nos villes et dans nos villages.  Dans beaucoup de pays, des femmes sont publiquement humiliées et, pire encore, réduites en esclavage pour le travail ou pour la prostitution. 

C’est vrai que la qualité humaine d’une société se mesure à la place qu’elle accorde aux femmes.  On le voit tout de suite, dès le début de l’Eglise : les chrétiens se sont préoccupés des veuves.  Ils ont veillé à leur subsistance.  Car, comme les femmes ne pouvaient avoir de travail, ni de fortune personnelle dans l’Antiquité, les veuves étaient condamnées à mourir de faim.  Rappelez-vous la veuve de Sarepta qui a donné sa dernière galette de pain au prophète Elie.  Après cela, dit-elle, elle n’avait plus qu’à s’asseoir et attendre la mort.  C’est pour cela que la belle-mère de Ruth avait conseillée à sa belle-fille de retourner dans son pays.  Peut-être quelqu’un de sa famille pourrait la prendre chez elle et la nourrir.  La veuve de Naïm, elle, n’avait plus personne.  Elle avait perdu son seul fils.  Et Jésus a ressuscité cet enfant, dernier soutien pour une veuve.

            Sur la croix, Jésus a veillé à ce que sa mère ne soit pas réduite à la mendicité et à la famine.  Il a confié Marie à Jean, son disciple bien-aimé.  Et c’est à chacun d’entre nous que Jésus donne cette mission : de veiller sur les plus pauvres, ceux qui n’ont plus aucun droit, qui n’ont plus d’avenir, si ce n’est celui d’une mort lente dans l’indifférence générale. C’est à chacun d’entre nous que Dieu présente une créature nouvelle et qu’il nous invite à dire avec admiration : « c’est vraiment la chair de ma chair, l’os de mes  os ».  C’est sans doute ce que Mère Teresa pensait quand elle voyait un pauvre mendiant agonisant dans les rues de Calcutta.  Sœur Emmanuelle devait se dire la même chose en rencontrant les enfants qui fouillaient dans les tas d’ordure de la grande ville du Caire.  

Mais elles ont été plus loin encore qu’Adam lorsqu’il a découvert Eve.  Ce n’est pas seulement un être humain qu’elles voyaient, c’était le Christ qu’elles découvraient dans ces visages ravagés par la misère et par la peur.  Jésus a pris sur lui toute cette misère : il a été lui-même celui qu’on frappe, sur lequel on crache.
            A chaque instant de notre vie, nous pouvons basculer, devenir soudain quelqu’un qui n’a plus rien à dire, plus rien à faire, quelqu’un qui peut être frappé et battu sans que personne ne s’en inquiète, ou quelqu’un qui se cache de peur d’être à nouveau humilié, maltraité.  Dans cette chute brutale, il n’y aura plus que le regard d’amour de Dieu pour nous soutenir et nous éclairer.  Il y aura peut-être aussi, il faut l’espérer, la bienveillance de ceux qui ne verront pas simplement en nous un pauvre, un malheureux, un raté, mais vraiment un enfant de Dieu.  Il faut pour cela avoir un regard de foi comme celui que nous portons sur l’Eucharistie.  Ce petit morceau de pain a l’air bien ridicule, tout rond, tout blanc, comme une pastille.  Et c’est pourtant le Corps du Christ. 

            Puissions-nous dire à tous ceux que nous rencontrons qu’ils sont « la chair de ma chair, l’os de mes os », c’est-à-dire des enfants de Dieu qui, comme nous, ont été créés et sauvés par amour.

 

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