Veillée pascale

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Triduum pascal
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé, pourquoi s'enfuient-elles du tombeau, de quoi ont-elles peur, cette peur qui les rend silencieuses, de sorte qu'elles ne disent rien à personne ?

Pour nous, cette nuit est une nuit joyeuse, parce qu'elle marque le début de Pâques, où nous célébrons la résurrection de Jésus, qui nous donne la vie. Mais pour elles, ce premier matin de Pâques n'était pas un moment de joie.

Ce n'est pas difficile à comprendre. Imaginez-vous que quelqu'un que vous aimez, et qui est mort, ressuscite. Est-ce que ce serait de la joie pure ? Je ne le crois pas. La mort est un aspect douloureux de notre vie, qui nous touchera tous, et qui touchera aussi, ou a déjà touché, tous ceux que nous aimons et qui nous aiment. C'est douloureux, mais c'est aussi certain. La mort est la chose la plus certaine et la plus définitive de notre vie. Personne n'y échappe, et personne n'y survit. La mort est vieille, nous la connaissons. La mort est inscrite dans notre nature, dans la nature qui nous entoure, et dans notre vision du monde. Elle est inscrite aussi dans la mentalité de ces femmes qui arrivent au tombeau. Pour elles, comme pour nous, la mort va de soi ; c'est pourquoi elles viennent au tombeau avec leurs parfums embaumer Jésus, pour compléter les rites de la mort, pour affirmer la mort certaine du crucifié. Il n'est pas question de croire qu'il soit redevenu vivant. Mais, il est ressuscité, leur dit l'homme vêtu en blanc, il n'est plus mort. L'impossible est arrivé. Cela ébranle toute certitude, cela bouleverse l'ordre des choses. Tous les repères anciens sont perdus, on est émerveillé, mais aussi désorienté, choqué, bouleversé, et cela fait peur. Autrement dit, on est confronté ici, au milieu du monde naturel, au milieu de la nature dans laquelle nous vivons et qui nous ordonne aussi la mort, avec quelque chose qui dépasse la nature, et le surnaturel, le divin, fait trembler.

Après la fin de l'évangile, la peur des femmes cédera à la joie, à une bonne nouvelle qu'elles annonceront à leurs amis et puis au monde ; c'est pourquoi l'Eglise est là aujourd'hui. La bonne nouvelle de la résurrection est de nous montrer que nous ne sommes pas enfermés dans la nature, dans la mort, dans le vieux ; dans le Christ, il y a quelque chose de neuf, il y a la vie qui se renouvelle. Mais si la résurrection est quelque chose de joyeux, cette joie n'est pas une joie naturelle, qui fasse partie de l'ordre naturel des choses ; c'est une joie qui a à son centre un choc, le fait que l'impossible est, par impossible, arrivé, que la mort, qui est inéluctable et définitive, n'est pourtant pas définitive, que la vie, si courte, si fragile, a triomphé.

Si la résurrection du Christ ne nous choque pas comme elle a choqué les femmes au tombeau, si elle ne nous ébranle pas, c'est peut-être parce que nous la contemplons en sécurité, à distance, à travers les siècles. Et nous l'avons inscrite dans le normal, dans le naturel. C'est devenu quelque chose d'habituel. Nous l'annonçons et la célébrons tous les ans, même tous les dimanches. Nous avons peut-être oublié que ce que nous célébrons est impossible. Mais il l'est, et c'est pourquoi il vaut la peine de le célebrer. C'est incroyable, et c'est pourquoi il vaut la peine de le croire ; c'est choquant, et c'est pourquoi on le fête. Et on le fête encore maintenant parce que le renouvellement et la vie qu'ammène le Christ par sa résurrection nous touche à travers les siècles. A cause de la résurrection, nous ne sommes pas enfermés dans le vieux, dans la mort, dans ce que la Bible appelle le péché. Nous aussi pouvons être renouvelés, en nous ouvrant à la vie du Christ, à la vie que nous avons reçue lors de notre baptême. C'est pourquoi nous allons maintenant renouveler notre ouverture à la vie divine en renouvelant notre profession de foi baptismale

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