Le Corps et le Sang du Seigneur

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 1999-2000

Mc 14, 12-26

Il y a quelques années, lorsque l'équipe pastorale avait souhaité distribuer les bulletins paroissiaux à la sortie de la messe plutôt qu'à l'entrée comme nous le faisons d'habitude à Saint-Etienne, une personne avait fortement manifester son regret quant à cette décision en arguant du fait que le meilleur moment pour lire les informations était justement lorsque le prêtre est occupé à l'autel à « faire ses affaires » pour reprendre ses mots. C'est par cette remarque que j'ai alors pris conscience que pour beaucoup d'entre nous l'important lors d'une messe était les lectures, les chants, l'homélie et la communion. Par contre, la prière eucharistique n'était qu'un moment obligé par lequel il fallait bien passé. Une jeune définissait d'ailleurs cette prière comme étant le « moment où tu baratines sur les hosties ».

Le coeur même de l'eucharistie semble donc souvent être le meilleur moment pour décrocher. Nous entrons dans nos pensées. Si toutefois, nous sommes moins attentifs à ce qui se vit, nous réfléchissons et prions plus. Des jeunes parleront durant les lectures et même lors de nos homélies, ils ne savent pas ce qu'ils ratent, et pourtant se taisent au moment de cette prière eucharistique. Pourquoi ? Ne pourrions-nous pas alors nous contenter d'une simple prière après les intentions suivie du Notre Père et de la distribution de la communion provenant du tabernacle. Beaucoup n'y sont cependant pas favorables, comme s'il leur manquait quelque chose. Tout aurait été trop vite, nous n'aurions pas pu entrer dans le sens de cette communion qui va être donnée.

Tournons-nous alors à nouveau vers l'évangile. Ce dernier pourrait sans doute nous aider. Une des clefs de compréhension se trouve dans la phrase suivante : « Allez à la ville ; vous y rencontrerez un homme portant une cruche d'eau ». Un homme portant une cruche d'eau. Petit détail du récit et pourtant essentiel. Un homme portant une cruche d'eau, à l'époque de Jésus, est de l'ordre de l'impensable, voire même de l'impossible. L'homme existe, la cruche existe, mais les deux ensemble, c'est de la science-fiction. L'histoire de l'homme et la cruche au temps de Jésus, serait un peu comme si aujourd'hui on voyait le pape Jean-Paul II descendre d'un avion avec un aspirateur et voilà que le Saint-Père, plutôt que de saluer les autorités venues l'accueillir, se met à aspirer le tapis rouge sur lequel il va s'agenouiller pour embrasser le sol. Le pape existe, l'aspirateur existe mais le pape passant à l'aspirateur nous paraît impossible, impensable et même inconvenant. Tout comme l'homme portant une cruche d'eau. Et pourtant c'est ce que le Christ invite à faire et le texte d'évangile insiste en plus sur le fait que « tout se passa comme Jésus le leur avait dit ». C'était impensable, impossible et pourtant cela s'est passé comme cela. Les disciples ont fait confiance. Et c'est ce que nous sommes invités à faire également avec l'eucharistie. Cette dernière est également une question de confiance, une question de foi. Par définition, par essence, l'eucharistie nous dépasse complètement. C'est vrai, comment pouvoir expliquer rationnellement, scientifiquement que ce pain et ce vin, par l'Esprit Saint, deviennent corps et sang du Christ. Par un simple geste, une simple prière, ils se transforment et changent de substance alors que ce que nous voyons sur l'autel n'a pas bougé, n'a pas changé d'un iota. Nous sommes en plein dans l'ordre du mystère, de l'incompréhensible, de l'inexplicable. En fait, nous sommes bien dans le champ de la foi et de la confiance. Malgré cela, le Christ nous demande de célébrer et il nous dit que « ceci est mon corps », « ceci est mon sang ». Il nous demande d'y croire comme il avait demandé à ses disciples de suivre l'homme portant une cruche. La prière eucharistique peut alors être vécue comme étant une invitation nous conduisant à entrer dans un mystère qui nous dépasse complètement. Elle est un cheminement nécessaire pour donner sens à ce moment de partage qui va suivre et qui nous permet en communauté de devenir membre d'un même corps. Cela aussi est inexplicable.

Que tout se passe alors, pour nous également, comme Jésus nous l'a dit et préparons dans la foi et la confiance ce repas qui nous nourrit intérieurement.

Amen.

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