Epiphanie

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Noël
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

Mt 2, 1-12

En cette fête de l' épiphanie, permettez-moi de vous offrir ce que certains appellent communément « une tranche de vie ». C'était il y a un peu plus de deux ans et nous venions de terminer une longue recherche sur l'éducation. L'autre était un homme que je considère comme ami et grand humaniste, certains d'entre vous le connaissent et l'apprécient. Il s'agit du Professeur Philippe de Woot de l'université de Louvain. Après avoir présenté les fruits de notre étude, nous nous sommes retrouvés dans un musée des beaux-arts et nous nous sommes arrêtés devant un tableau : Jésus au jardin des Oliviers peint par le Greco. Une oeuvre superbe. Et pendant plus d'une demi-heure, nous avons contemplé et commenté ce que nous voyions. Tranche de vie banale et sans intérêt pourront penser certains. Pourtant, je voudrais repartir de cette expérience toute simple pour comprendre ce que nous célébrons ce soir de l'épiphanie. Pour ce faire, je voudrais avec vous imaginer la Crèche comme un tableau, devant lesquels ceux que nous appelons les rois mages viennent s'agenouiller pour contempler, pour admirer.

Ici, cependant, il ne s'agit plus simplement de l'oeuvre d'un peintre, mais bien de l'oeuvre de Dieu. Or, à juste titre, constate Jean-François Bouthors, dans son livre Délivrez-nous du mal, dès l'instant où l'oeuvre est livrée, délivrée, dès qu'elle court sa propre existence, elle est aussitôt et totalement pour celui qui la reçoit. L'artiste en est dépossédé. Dieu en l'occurence. Il lui est interdit d'imposer une lecture, une interprétation, puisqu'il tendrait alors à s'approprier le regard de l'autre. En s'offrant à la Crèche, Dieu se dépossède donc de lui-même pour s'offrir pleinement à l'humanité toute entière, quelle que soit notre couleur de peau, notre richesse, notre intelligence. Une seule chose importe dorénavant, comme le rappelle si bien le conte que nous avons entendu : les sentiments du coeur.

Un peu comme lorsque nous écoutons une pièce de musique, une chanson que nous apprécions. Revenons alors à nos mages. Ils ont vu l'oeuvre de Dieu. Dieu s'est dévoilé à la Crèche. Mais ce dévoilement n'est pas suffisant et ne servirait à rien s'il ne parvenait pas à toucher le coeur de ceux qui viennent admirer. Voilà alors le deuxième mouvement de cette rencontre entre l'oeuvre et les mages : leurs regards doivent aussi engager tout leur être, faute de quoi la vibration de l'oeuvre ne trouverait pas en eux l'espace nécessaire à son existence. Recevoir un tableau, une oeuvre et pourquoi pas tout simplement la Crèche exige donc que nous nous démasquions, que nous sortions de nos retranchements, que nous mettions à bas les défenses dont nous nous sommes entourés, que nous acceptions le risque d'être nous-mêmes, que nous encourions celui de nous découvrir, dans tous les sens du verbe. Devant la Crèche, ce soir encore, nous sommes invités à nous dépouiller de nos faux semblants. Laissons venir au jour, ne fut-ce que quelques instants, nos sensations, nos pulsions, nos émotions. De la sorte s'établit une relation entre l'oeuvre et nous tous par laquelle l'oeuvre s'achève.

Comme le rappelle l'histoire des rois mages, devant l'oeuvre de la Crèche personne n'est exclu, mais chacune et chacun a le droit de s'exclure. Et l'exclusion est avant tout une affaire de coeur. L'Enfant-Dieu n'a que faire de nos présents si notre coeur est encombré de sentiments négatifs, condescendants, voire méprisants. Dieu attend en sa demeure des être humains au coeur léger, qui peuvent encore s'émerveiller de sa beauté. Dostoïevski, à juste titre, peut alors s'écrier par la voix de l'Idiot : « la beauté sauvera le monde ». L'oeuvre culmine lorsqu'elle assume le destin dramatique de l'homme et de la femme aujourd'hui, même si elle a été créée et offerte il y a bientôt deux mille ans. Elle entrouvre la possibilité pour celles et ceux qui osent encore s'émerveiller la possibilité d'un retour à l'harmonie véritable par le don de soi. La Crèche est ainsi posée comme acte d'espérance. Puissions- nous ce soir, donner un peu de nous-mêmes devant cette Crèche et comme les rois mages, offrir à Dieu tout simplement ce que nous sommes.

Amen.

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