30e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Devillers Raphaël
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 2008-2009

Notre cécité est -elle incurable ?

 

La grande traversée du pays par Jésus et son groupe atteint Jéricho, ultime étape avant l'entrée à Jérusalem. Dès le point de départ (8, 27) et tout au long de la route, Jésus a annoncé son destin de souffrance et il a prévenu ses disciples qu'ils devaient renoncer à leurs conceptions pour le suivre.

" Qui veut sauver sa vie la perdra; qui perdra sa vie à cause de moi et de l'Evangile la sauvera" ( 8, 35).

Effectivement cette montée vers la capitale a été marquée par des enseignements d'une extrême rigueur et Marc, à dix reprises, a souligné les réactions négatives des disciples, incapables d'admettre ces leçons qui contrariaient toutes leurs conceptions naturelles:

 

- Lorsque Jésus connaît un moment de transfiguration, ils se demandaient ce que peut bien signifier la   résurrection d'entre les morts ( 9, 10)

- Un pauvre papa leur avait demandé de guérir son fils épileptique et ils avaient lamentablement échoué à cause de leur manque de prière ( 9, 14-29)

- A la 2ème annonce de la Passion, "ils ne comprenaient pas et ils craignaient de l'interroger" ( 9, 32)

- En chemin, le ton montait: ils se disputaient pour savoir "qui était le plus grand parmi eux" ! (9, 33)

- Rencontrant un guérisseur invoquant le nom de Jésus, ils prétendaient l'en empêcher ( 9, 38)

- Ils ne comprenaient pas pourquoi Jésus interdisait la répudiation de l'épouse ( 10, 10)

- Ils repoussaient les mamans qui demandaient la bénédiction du Maître sur leurs enfants  ( 10, 13)

- Ils étaient sidérés quand Jésus dénonçait le danger des richesses ( 10, 24-26)

- A la 3ème annonce de la croix, ils étaient remplis d'effroi ( 10, 32)

- Par jalousie, certains man½uvraient pour dépasser Pierre et obtenir les places d'honneur ( 10, 35)

 

10 fois: sans doute à la ressemblance des ancêtres hébreux sortis d'Egypte et qui, à 10 reprises dans le désert,  n'avaient cessé de geindre, de regretter leur prison dorée, de critiquer leur chef ( Livre des Nombres  14, 22).

Le chemin de Jésus "accomplit" celui de Moïse et des Hébreux jadis: le véritable Exode est en train de s'effectuer.  VOYONS-NOUS les tentations dans lesquelles nous ne devons pas tomber ?

 

ETRE  AVEUGLE  ET  DESIRER  VOIR

 

Devant cette "cécité" terrible des disciples, on comprend pourquoi Marc encadre toute cette section par deux guérisons d'aveugles: à Bethsaïde d'abord (8, 22) puis aujourd'hui à Jéricho.

 

Tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse,

un mendiant aveugle, Bartimée, fils de Timée, était assis au bord de la route.

Apprenant que c'était Jésus de Nazareth, il se mit à crier: " Jésus, fils de David, aie pitié de moi !".

Beaucoup de gens l'interpellaient vivement pour le faire taire

mais il criait de plus belle: " Fils de David, aie pitié de moi !".

Jésus s'arrête et dit: " Appelez-le".

On appelle donc l'aveugle et on lui dit: " Confiance, lève-toi: il t'appelle".

L'aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus.

Jésus lui dit: " Que veux-tu que je fasse pour toi ?   -    Rabbouni, que je voie !".

Et Jésus lui dit: " Va, ta foi t'a sauvé".         Aussitôt l'homme se mit à voir et il suivait Jésus sur la route.

 

La portée symbolique du geste est évidente: les disciples ne parvenant pas à VOIR ce que Jésus veut, il leur est donc absolument nécessaire de lui demander le don d'une vue nouvelle, capable de percevoir les véritables enjeux du Royaume de Dieu. Mais ne les accablons pas de lourdeur et d'imbécillité: les textes sont écrits par Marc non seulement comme des souvenirs mais comme des avertissements pour les lecteurs de tous les temps. Bartimée demeure, aussi pour nous, un grand modèle à imiter. 

 

Jéricho, la palmeraie aux lauriers-roses, est la 1ère ville que les Hébreux, menés par Josué, rencontrèrent en entrant dans la Terre promise et on connaît le célèbre et légendaire récit de sa conquête où les 7 liturgies finirent par provoquer l'écroulement des remparts de la cité (Josué 6). Aujourd'hui Jésus, d'une simple parole, détruit les voiles opaques qui empêchaient Timée de voir.

 

Il était assis, mendiant, en bordure de route: ni debout comme un homme, ni travailleur comme un citoyen, ni intégré sur la voie commune à tout le monde. Misérable, marginal, enfermé dans sa prison.

 

La rumeur d'une foule passante l'intrigue, il s'informe:  Qui est-ce ? - C'est Jésus de Nazareth ! -- Qui est-il ? - Un descendant du roi David, il annonce le Royaume,  fait des miracles, il doit être le Messie.-

Timée crie sa détresse; il doit crier fort pour que sa voix domine celle de la foule en liesse.

Mais une foule n'a que faire d'un handicapé alors qu'elle participe à  un cortège triomphal en l'honneur d'un grand personnage qui va sauver la nation. "Tais-toi, ne viens pas briser l'enthousiasme par tes plaintes. Jésus a autre chose à faire que s'occuper de toi."

Eh bien oui justement ! A travers le joyeux brouhaha, Jésus a perçu un appel: Allez le chercher  !

Quelques-uns se dévouent, vont vers lui, l'encouragent: "Viens, confiance ! "

L'aveugle est pressé, il rejette son manteau, il se dépouille, il s'appauvrit de son seul trésor: alors que le jeune homme riche craignait tellement de renoncer à  tous ses biens !

Il fait confiance à ses guides: avec eux, il accourt vers Jésus: "Que je voie !!! Que je voie !"

Va: ta foi, ta confiance, ton élan, ton cri, ta misère et ta persévérance t'ont fait découvrir ton Sauveur.

 

Bartimée recouvre la vue ! et aussitôt "il suit Jésus sur la route".

Il ne fait pas seulement partie d'une procession jubilant devant un miracle, acclamant un guérisseur exceptionnel. Bartimée suit Jésus...qui entreprend la dernière montée vers Jérusalem et sa passion.

Il n'est pas seulement devenu un homme normal, avec des yeux, mais un "disciple": il ne voit pas seulement le monde, la société, la ville, la nature, les choses: il voit comment il doit vivre, quelle conduite il doit prendre, quelle histoire il doit partager: celle de Jésus qui est plus qu'un médecin, qu'un rabbi, qu'un maître, que le fils de David: il est le Fils de l'Homme qui accepte le destin du Serviteur souffrant.

                                     "Qui veut sauver sa vie la perdra; qui la perd la sauve"

 

Il est trop facile de critiquer la balourdise des apôtres, d'en vouloir aux Juifs qui n'ont pas cru en Jésus.

Nous-mêmes, encore aujourd'hui, nous prétendons être ses disciples mais dès qu'on nous rappelle ses enseignements les plus précis, les plus exigeants, nous répétons les péchés de jadis (cf. supra): nous nous disputons, des évêques et des théologiens se jalousent, nous hurlons devant l'interdiction du divorce, plus encore devant l'obligation de nous méfier des richesses et du devoir de nous dépouiller afin de passer par la porte d'entrée du Royaume, aussi étroite que "le chas de l'aiguille"; nous aimons les liturgies solennelles mais le son des cantiques nous empêche d'entendre les cris des misérables qui appellent au secours; nous ne savons pas aller chercher les marginaux qui, à l'écart de nos bonnes manières, appellent à l'aide et, lorsqu'il clament trop fort, nous les faisons taire.

 

Notre Église occidentale est en crise: chute des vocations, de la pratique liturgique...Comment VOIR ce que nous devons faire, les nouveaux chemins où nous engager ?..."   Seigneur,  que je te voie, TOI ! ......Que je voie ce que tu commandes...Et que j'ose agir selon ce que j'ai vu" !

 

Cher Bartimée : comme toi, je suis un aveugle qui ne distingue pas bien la route à suivre.

Je me dis chrétien "en marche" ...et je suis "en marge" du chemin vrai de l'Evangile.

Comme toi, je dois crier - sans accepter que les bien-pensants me fassent taire.

Comme toi, et en union avec tous les hommes enfermés dans leur nuit, je dois crier encore.

Convaincu que jamais de moi-même je ne parviendrai à "voir" vraiment ce que Dieu veut de moi.

 

Que je sache me dépouiller du superflu et parfois même du nécessaire

                 afin de courir plus vite à la rencontre de ce Jésus qui  me promet la liberté.

Que je ne cherche plus à "voir" un Dieu Roi-Soleil mais un Serviteur humilié qui donne sa vie.

Que je ne cherche plus à "voir" une Eglise triomphante, superbe, sûre d'elle-même,  fastueuse -

mais un peuple de pèlerins qui parfois est transi de peur devant ce qui l'attend

mais qui "voit" qu'il n'a d'autre salut

                                   que de rester près de Jésus et de le suivre sur le chemin de la croix.

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