16e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

 

Mt 13, 24-43

Les anges jetteront dans la fournaise tous ceux qui font le mal ; il y aura des pleurs et des grincements de dents. Mais les justes resplendiront comme le soleil.

C'est l'image d'un jugement sévère, violente, implacable, sans pitié et sans pardon. C'est une image qui nous inspire la peur, si nous la prenons au sérieux. Bref, c'est une image très peu chrétienne. Nous savons, n'est-ce pas, que Dieu n'est pas comme cela, qu'il nous aime comme un père, qu'il nous inspire de faire du bien , qu'il nous pardonne le mal que nous faisons. Comment est-ce possible que Jésus parle d'une manière qui correspond si peu à son propre enseignement ? Pourquoi veut-il faire peur à ses disciples ?

Il faut dire d'abord que ce type d'image est traditionnel dans le judaïsme de l'époque de Jésus, et ici Jésus parle bien sûr aux gens de son époque. Ce n'est pas notre langage, il faut l'avouer. Mais si nous voulons comprendre l'évangile, il ne faut pas nous bloquer sur les mots. Jésus rejette parfois le langage violent de ses contemporains, mais parfois aussi il l'emploie dans un but chrétien, et alors il l'emploie d'une manière un peu paradoxale. Je crois que c'est le cas ici.

Rappelons-nous d'autres éléments de cette parabole de l'ivraie. Bien que le maître de maison ne sème que du bon grain, de l'ivraie pousse aussi ; en le voyant, ses serviteurs proposent d'arracher l'ivraie. Bien sûr : ce sont de bons serviteurs qui savent que le projet de leur maître est d'avoir un champ de blé, et ils veulent travailler pour réaliser ce projet. Mais le maître de maison les empêche en leur disant d'attendre la moisson. Le projet du maître est plus compliqué que les serviteurs ne croyaient ; maintenant, pour obéir au maître, il leur faut ne rien faire ; ils doivent simplement laisser le champ tel qu'il est. Nous pouvons voir derrière ce dialogue un problème qui se soulève dans l'Eglise primitive, peut-être parmi les premiers disciples de Jésus. Jésus sème la parole de Dieu, il fonde la communauté des disciples, l'Église primitive, qui va croître jusqu'à ce qu'elle inclue tous ceux qui font le bien, les justes, tous les enfants de Dieu. Mais les serviteurs de Jésus, ceux qui sont chargés de guider les communautés chrétiennes, voient qu'il y a dans ces communautés de mauvais disciples, ceux qui, tout en se déclarant chrétiens, ne suivent pas vraiment l'enseignement de Jésus ; ils font toujours le mal. L'Église devrait être le commencement du royaume de Dieu, une société juste, une communauté des justes, des bons, des purs, des enfants de Dieu, mais maintenant elle est rendue impure par la présence de ces méchants, elle ne correspond plus au projet de Jésus. Il faut donc arracher l'ivraie, il faut expulser les faux disciples pour que l'Église soit purifiée, pour qu'elle redevienne une communauté digne de Dieu, la communauté des parfaits que Dieu veut.

Et Jésus répond : non, ce n'est pas à vous de séparer les justes des injustes, les bons des méchants, les purs des impurs, les vrais des faux disciples. Ce n'est pas à vous de juger. Le jugement n'est pas votre affaire, ce sera l'affaire des anges, à la fin du monde. À vous d'accepter la communauté chrétienne telle qu'elle est, l'ivraie avec le bon grain. Ne rejetez personne, n'expulsez personne. Vivez en paix avec ceux qui, à votre avis, font le mal. C'est-à-dire, s'il y a ceux qui sont loin d'être parfaits, pardonnez leur leur imperfection. En effet, l'Église n'est pas faite pour être une communauté des parfaits, mais pour être une communauté dans laquelle les fautes, les imperfections, sont pardonnées. Ne vous occupez pas de savoir si les autres sont purs, s'ils sont dignes d'être membres du royaume de Dieu. Ne vous occupez même pas de savoir si vous êtes dignes d'en être membres. Mais, si vous voulez en être membres, apprenez à acceptez les autres, à pardonner. Si vous ne pardonnez pas, telles que soient vos perfections et vos vertus, vous n'êtes pas dignes du royaume. Si vous voulez arracher l'ivraie, vous trouverez que vous êtes de l'ivraie. (C'est pour cette raison que Jésus critique souvent les pharisiens ; c'étaient des hommes pleins de vertu, mais ils ne toléraient pas les défauts des autres ; en cultivant la perfection, ils oublient l'essentiel.)

Si Jésus parle d'un jugement brutal qui viendra à la fin du monde, ce n'est donc pas pour faire peur aux gens ; c'est plutôt pour dire aux disciples qui veulent juger brutalement de ne pas juger ; ce n'est pas leur affaire, quelqu'un d'autre s'occupera de tout cela, et pas maintenant. Maintenant, les disciples ne doivent même pas songer à juger. En effet, si nous jugeons les autres, nous montrons que nous avons mal compris l'appel de Jésus ; si nous nous jugeons nous-mêmes, nous avons mal compris l'évangile. Certes, nous sommes appelés à la perfection - Jésus nous dit ailleurs "Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait" (Mt 5:48) - mais la base de toute perfection chrétienne, de toute vraie perfection, est le pardon de l'imperfection.

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