13e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Régulièrement, je suis pris d'un désir un peu fou : celui d'installer des haut-parleurs sur le toit de la voiture communautaire que j'utilise. Pourquoi me direz-vous ? Pour tout simplement pouvoir traiter de tous les noms d'oiseaux que je connais, et la liste est plutôt longue, les automobilistes qui ne me remercient pas d'avoir été courtois au volant en me mettant sur le côté pour les laisser passer et ce, même s'ils sont en droit. J'imagine la tête de celui ou de celle qui n'ayant pas eu la délicatesse de m'envoyer à travers son pare-brise un petit geste de la main, voire même juste un sourire, se faire insulter à travers mes haut-parleurs. Vu que je rencontre cette expérience douloureuse régulièrement et que je ne suis pas à l'abri de me faire piéger également, je risque d'être poursuivi pour pollution du bruit. Evidemment, ce n'est qu'un rêve. Mais quel rapport avec l'évangile que nous venons d'entendre, êtes-vous en droit de me demander ?

Quand un automobiliste, que nous estimons grossier, ne nous remercie pas, il nous ignore et nous avons l'impression que nous n'existons pas. Nous ne sommes pas reconnus. Or pour être reconnu, il ne faut pas grand chose rappelle Jésus : même un simple verre d'eau fraîche. Ce n'est quand même pas la fin du monde, un simple verre d'eau fraîche. Cependant, celui qui donnera cela en sa qualité de disciple, il ne perdra pas sa récompense, conclut le Christ. Notre vie, aujourd'hui encore, est effectivement parsemée d'une multitude de petits gestes souvent plus insignifiants les uns que les autres et pourtant... Et pourtant qu'est-ce qu'ils sont importants ces petits détails qui rythment nos vies quotidiennes. Une attention par-ci, un sourire par-là, un geste de tendresse, quelques minutes d'amitié. Ils sont millions ces petits riens qui font la beauté de la vie. Mais ne risquons-nous pas de trop souvent les oublier. Nous ne pouvons, je crois, nous mobiliser de manière permanente pour faire des actions d'éclat, un peu exceptionnelles. C'est vrai, et notre communauté l'a encore prouvé récemment, nous sommes capables de nous montrer extrêmement généreux pour un acte ponctuel face à la détresse d'un enfant. Mais qu'un acte pareil, tout aussi merveilleux qu'il soit, ne fasse jamais d'ombre à tous les autres petits actes de la vie, qui sont effectués tout au long d'une année et dans la discrétion de rencontres sans tapage, sans bruit. Là, c'est l'accueil dans la fidélité qui se vit.

Etre accueilli, nous rappelle l'évangile ainsi que les autres lectures de ce jour, n'est pas quelque chose d'anodin mais bien de divin. L'accueil est échange, l'accueil est reconnaissance. Et l'accueil est aussi parfois un défi. En effet, il n'est pas toujours facile d'accueillir celles et ceux envers lesquels nous avons moins de sympathie. Nous ne sommes pas, non plus toujours prêts à nous faire surprendre par certains événements de la vie. Parfois, nous sommes saisis par une situation que nous n'avions pas prévue. Elle déjoue nos plans, fausse nos prévisions, ébranle nos sécurités. Et nous voilà au coeur de la réalité, avec toutes nos questions et nos désirs de tranquillité, de n'être pas dérangé. Les défis, eux aussi, se comptent par milliers. Et voilà, que ce matin (soir), nous sommes à nouveau bousculés dans notre foi, nos certitudes. Le Christ nous convie à répondre à un défi qui dépasse notre imagination : celui de Le choisir. De Le choisir en vérité.

Il nous rappelle avec force, utilisant certaines images d'amour sans concession, que lorsque nous choisissons le chemin de la foi, ce choix n'est pas des moindres. Il demande de nous une disponibilité de coeur et d'esprit qui pourra nous conduire, lors de certains événements, à prendre une direction qui ne va peut-être pas dans le sens de notre humanité mais bien dans celui de la divinité. Croire, c'est donc aussi faire des choix et se laisser surprendre, en confiance, par les défis de la vie. Mais, avons-nous cette disposition de coeur et ce désir de nous laisser émouvoir par l'amour radical de Dieu pour oser mettre nos pas dans les siens ? Que cette question puisse alimenter nos propres réflexions, cet été.

Amen.

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