10e dimanche ordinaire, année A

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A
Année: 1998-1999

Il y a quinze jours, dans cette Eglise, un frère dominicain dont je tairai le nom qui commence par un L et se termine par orenzo, se demandait si j'avais en moi l'Esprit Saint. Je lui renvoie l'ascenseur ce soir en cette fête du Corps et du Sang du Christ. Est-il quant à lui, et sommes-nous par la même occasion, le pain vivant dont nous parle l'Evangile ? Si à sa question, toutes et tous vous avez pu, je l'espère, répondre par l'affirmative dans la seconde qui a suivi ; à ma question, par contre, il nous faudra effectivement un petit peu plus de temps.

Et pour répondre à une telle question je voudrais faire un petit détour en vous racontant une histoire vraie, l'histoire de Jessica, petite fille aveugle qui il y a quelques mois a participé à un spectacle donné ici à Rixensart. Durant les répétitions, tout le monde s'occupait de Jessica. On la guidait, on était toujours près d'elle. Elle ne voyait pas, il fallait donc l'aider. Elle était celle qui avait le plus besoin des autres. Et on se sent tellement fort quand on voit. Puis vint le soir du spectacle, les enfant devaient rester en silence dans les coulisses. Et dans les coulisses, il faisait noir, très noir. Et souvent, quand on est un enfant, on a peur du noir. Plus encore, quand on ne peut pas faire de bruit. Jessica, elle, elle n'avait pas peur du noir puisque sa vie était une longue nuit. Ce soir-là, dans les coulisses, elle prit un livre écrit en braille et elle se mit à le lire doucement aux autres enfants. Elle n'avait pas besoin de lumière. Et voilà que soudainement, celle qui était la plus faible, devient par l'absence de lumière, la plus forte. Les autres enfants étaient émerveillés. Ils n'avaient plus peur du noir, Jessica leur racontait une histoire. Quel lien me direz-vous entre la fête de ce jour et cette histoire, si ce n'est le fait que j'avais envie de vous la raconter ? Il est tout simple.

L'enfant fragilisé par la vie, aux yeux des autres, est devenu source de force pour chacune et chacun. Le Christ s'est lui aussi fragilisé au point d'en mourir. Dieu a trébuché sur le bois de la Croix. Dieu ne s'est pas révélé dans la gloire mais dans une vulnérabilité qui dépasse toute compréhension. Jésus, en mourant sur la croix, en ressuscitant et en montant au Ciel savait que nous ne pourrions nous en sortir tout seul. Il nous a alors envoyé l'Esprit mais ce dernier n'est pas toujours aisé à déceler, à rencontrer. Il faut une disposition spéciale du coeur. C'est pourquoi, Jésus nous offrit sa chair et son sang. C'est ce que nous célébrons, nous nous rappelons chaque dimanche. Au cours de nos eucharisties, nous attachons beaucoup d'importance à la qualité du sermon. Nous estimons, à raison, que celui-ci doit nous nourrir pour la semaine. Le reste de la messe peut sembler être un simple rite répétitif. Et pourtant, au risque de porter à mal notre égo de prédicateur, l'essentiel n'est pas l'homélie mais bien ce qui va suivre : l'eucharistie. Si notre esprit se nourrit du sermon, notre âme et nos sentiments ont besoin d'une autre nourriture, celle du Corps et du Sang de Jésus. Cette nourriture ne nourrit pas physiquement et pourtant le Christ s'est bien livré à nous de la sorte. En se livrant, il s'est fragilisé et depuis ce jour, nous puisons et trouvons force de vie en communiant ensemble à l'eucharistie. Le pain et le vin consacrés vont au-delà du rite, du souvenir d'un dernier repas. Ils sont les moyens donnés par Dieu pour nous nourrir ici sur terre. Ils sont donc plus qu'un symbole. Pain et vin, devenus corps et sang de Jésus, sont une nourriture qui donne force à l'âme. Par la communion, nous trouvons en nous les ressources nécessaires pour continuer d'avancer sur le chemin de la vie. Le corps du Christ vient se poser en notre coeur, lieu de rencontre avec le divin.

Mais ce n'est pas seulement un geste individuel de rencontre entre Dieu et chacun d'entre nous. Il est aussi un geste communautaire à la fois dans le mouvement de communion, mais également dans la prière eucharistique, dite par un ou plusieurs, mais toujours à la première personne du pluriel pour rappeler que cette prière est prière de la communauté. Pain et vin sont des signes tout simple, rappelant la fragilité du don. Mais de sa vulnérabilité naît une force qui nous dépasse et nous fait participer à la communion divine. Celle-ci fait de chacune et chacun d'entre nous une image du Pain vivant que nous devenons par ce simple geste. Nous pouvons ainsi répondre par l'affirmative à la question initiale. Puissions-nous rester digne de cette confiance de Dieu qui, par la communion, fait de nous ces « tenants-lieu » de Dieu sur terre. Amen.

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