Histoire des couvents

Le frère Claude Sélis présente l'histoire des différentes implantations des Dominicains en Belgique francophone : Braine-le-Compte, Bruxelles, Froidmont, La Sarte, Liège Loverval, Mons, Namur, Tournai,... 

BRAINE-LE-COMTE        (1612-1797)

Ce sont les échevins de Braine-le-Comte qui, en 1612, sollicitèrent les Dominicains de Valenciennes (F) pour fonder un couvent et une école secondaire dans leur ville. Ils mirent une maison à leur disposition et quatre frères (3 de Valenciennes et 1 d'Arras) s'installèrent aussitôt. Elle eut le statut de maison vicariale de 1613 à 1621 et devint maison priorale en 1622. Les travaux de construction d'un église commencèrent en 1622 pour se terminer en 1627 (sa façade en style Renaissance en est classée).

Elle fut agrandie ultérieurement, en 1676. Les travaux de construction de deux ailes du couvent débutèrent également en 1622. Une troisième aile fut constuite en 1637. Le couvent fonda un « ermitage » dans les bois de Tilly (Gembloux) en 1658. Celui-ci fut doté de terres en 1664 par Jean de 't-Serclaes, comte de Tilly. Une autre fondation fut créée à Brunehaut (Luttre-Liberchies) en 1659 grâce au comte de St Aldegonde. D'autres sources, font état de maisons vicariales à Ath et à Lessines. L'aire de prédication du couvent et de ces dépendances s'étendait à 90 paroisses de la région. Le rayonnement pastoral à Braine même fut terni par une concurrence avec les Oratoriens de la cité. L'activité scolaire fut le principal apport des Dominicains (toute l'élite brainoise y fut formée et le couvent y trouva ses recrues). En 1787, le couvent et ses dépendances comptaient 37 religieux (26 pères et 11 frères convers).
A l'arrivée des troupes françaises révolutionnaires, le couvent fut transformé (en 1793) en casernement de gendarmerie. Les frères furent chassés en 1796 et l'église transformée en théâtre. La bibliothèque (2.441 livres) fut transférée à la bibliothèque municipale de Mons. Un Brainois racheta le tout en 1798 et l'offrit à la ville. L'église fut réouverte au culte. Elle fut désservie par un ancien religieux du couvent de 1809 à 1812 et ensuite par le clergé paroissial jusqu'en 1897. Le couvent fut cédé en 1818 aux sœurs hospitalières Récollectines qui l'occupèrent comme hôpital jusqu'en 1897 également. Par la suite, l'église fut à nouveau transformée en théâtre et le couvent en bureau de poste. Actuellement (2011), l'aile principale (à front de la rue de Mons, à deux pas de la grand'place) est bien entretenue et habitée (il n'y a plus de bureau de poste), de même qu'une aile perpendiculaire à celle-ci. Une troisième aile est en ruine. L'église sert encore occasionnellement d'espace d'expositions mais elle est en très mauvais état. D'importants travaux de rénovation de l'ensemble du site sont en projet de la part des autorités communales.

Notices dans :
- DE JONGHE, Bernardus, o.p., Belgium Dominicanum, 1719, pp.365-370, (avec gravure de l'aspect du couvent en 1715); rééd. anastatique : Bruxelles, 1996
- DE MECHELEER, Lieve, De Orde van de Dominicanen – Monasticon, Brussel, Algemeen Rijksarchief, 2000, pp.488-504 (bref historique suivi de l'inventaire des archives existantes, d'une bibliographie et d'une liste des prieurs)
- DE MEYER, A., o.p., De Dominikanenkerk van 's Gravenbrakel,
in Dominikaans Leven, jan-feb. 1950, pp.28-29
- Cercle d'histoire locale, Le couvent des Dominicains de Braine-le-Comte, n° spécial sous forme stencylée, 45 pages, Musée Communal de Braine, 1973 (dans les Archives vicariales). Une réédition en 2004 a été augmentée d'une description architecturale précise de la chapelle, dû à Gérard Bavais (16 p.), mais aussi d'un article ésotérique complètement débile, dû à Robert Bermills (12 p.)

BRUXELLES            (1463 - 1796; 1901-1999; 2002 - ...)

Avant le 15°s.

Avant qu'il n'y eut un couvent formel, il y avait à Bruxelles, depuis de nombreuses années sans doute, une « maison terminaire » relevant du couvent d'Anvers (existant depuis 1244). Une « maison terminaire » était une sorte de « pied-à-terre » pour les prédicateurs de passage et l'ensemble des termini d'un couvent marquait son aire de prédication (et, plus prosaïquement, sa zone de « droit de collecte »). Un « terme » pouvait être une maison avec infrastructure permanente et occupée par quelques religieux (pères et frères convers) ou une « chambre d'hôte »  dans la maison d'une famille attachée à l'Ordre.

Au 15°s.

Selon les documents, c'est le pape Calixte III en personne qui donna l'autorisation, le 9 novembre 1457, d'ériger un couvent de frères prêcheurs à Bruxelles à la demande expresse d'Isabelle de Portugal, épouse de Philippe le Bon, duc de Brabant. Une lettre de Philippe le Bon lui-même approuve cette demande et confirme les promesses de donations généreuses faites par son épouse. Il se peut bien que ce soit le père Jacques de Malines, du couvent d'Anvers et ancien provincial de Teutonie (Province dominicaine d'Allemagne), confesseur et conseiller du duc et de la duchesse, qui ait suggéré cette fondation et cette sollicitation auprès du pape. S'il a fallu recourir à cette procédure non habituelle, c'est que le clergé de la ville (et, en particulier, le chapitre des chanoines de St Gudule) ne voyait pas d'un bon œil l'arrivée d'un Ordre mendiant (autant dominicain que franciscain, carme, augustin, ...) sur son territoire, toujours pour des raisons très prosaïques de « droit de collecte » et droits perçus à l'occasion de l'administration des sacrements. Aussi l'autorisation de l'évêque du lieu (Bruxelles relevait du diocèse de Cambrai à cette époque) et de l'église locale qui se faisait appuyer par les magistrats communaux n'allait pas de soi et, quand elle était accordée, elle était assortie de conditions très précises sur les droits de célébration, leur partage ou les compensations financières à verser. Le souci pastoral ne semblait pas être premier.... !
Du point de vue interne à l'Ordre, on sait que le Maître général Auribelli vint à Bruxelles en 1459 au retour d'un Chapitre général tenu à Nimègue (gracieusement financé par le duc....) pour se rendre compte sur place de la faisabilité et, en fait, ériger aussitôt la maison terminaire en maison vicariale avec le père Jean de Harlenne (de Namur), fils du couvent de Liège, comme vicaire (le père Jacques de Malines était mort en 1458) avec pleins pouvoirs pour mener à bien le projet et recruter des frères. Ce sont des frères des couvents de Louvain (°1234), Anvers (°1244) et Liège (°1232) qui constituèrent, dès 1463, la première communauté. Elle fut érigé en couvent formel par le Chapitre général tenu à Navarre en 1465. Les couvents d'Anvers, de Louvain, de Gand et de Liège cédèrent des termini (dûment actés) au nouveau couvent de Bruxelles pour lui déterminer une zone d'action et de revenus.
Initialement, le couvent relevait de la Congrégation de Hollande, mouvement de réforme de stricte observance en faveur à ce moment là. C'était d'ailleurs le vœu de la duchesse (et du duc, qui était favorable à tout ce qui était d'inspiration romaine, surtout pour se démarquer tant que possible du roi de France dont il restait théoriquement le vassal). Mais le couvent n'y resta pas longtemps affilié.
C'est la duchesse aussi qui voulut mettre le couvent sous le patronage de Vincent Ferrier pour lequel elle avait une dévotion et une admiration particulère. Vincent Ferrier (Ferrer de son vrai nom), bien que d'origine catalane, était né à Valence en 1350. Dans le contexte de la Peste Noire (1347) et de la Guerre de Cent Ans (1340 à 1440), sa prédication à fond apocalyptique (ses sermons sont conservés) eut un succès considérable. Son hagiographie le présente comme « thaumaturge » et comme « l'ange noir de l'Apocalypse » et aussi comme « apôtre de la Bretagne ». Il y fut invité en effet, y prêcha (en 1418) et y mourut (en 1419). Sa prédication le mena même jusqu'à St Omer (Flandre gallicante).
Le régime de stricte observance ne convenait apparemment pas trop aux Pères du couvent. L'affiliation à la Congrégation de Hollande ne plaisait plus non plus à Charles le Téméraire, fils et successeur de Philippe le Bon, qui cherchait à renforcer son propre pouvoir local et auquel donc ces affiliations trans-nationales (France et Germanie en l'occurrence) ne convenaient pas. Il prit donc le couvent sous sa protection personnelle et, dès 1468, le couvent fut affilié à la Province de Teutonie (Germanie), ce qui était son bassin naturel (Anvers, Louvain et Liège relevaient aussi de la Province teutone et, politiquement, l'autonomie des Ducs de Bourgogne n'était pas menacée par le Saint Empire, dont ils étaient aussi marquis).  A l'intérieur de cette Province de Teutonie, très étendue (bien que déjà scindée en 1303 d'avec une Province de Saxonie), était organisée une « nation »  brabançonne, dont le couvent de Bruxelles faisait bien sûr partie.
Au niveau de l'implantation, respectant ses promesses, la duchesse avait acheté pour les frères une propriété (l'hôtel de Rummen) donnant sur la rue de l'Ecuyer (déjà existante à l'époque). Cette habitation se révéla vite trop exigue et, en 1477, le couvent acquit un terrain à la rue Fossé aux Loups (également existante à l'époque) et d'autres maisons et terrains en 1480 et 1486. Un couvent complet et une église purent être construits grâce aux dons des fidèles et de la maison de Bourgogne, très attachée aux Dominicains (comme plus tard les Habsbourg d'Espagne). Ainsi par exemple, le duc Adolphe de Clèves, qui se maria avec Anne de Bourgogne, fille de Philippe le Bon, devint un autre grand bienfaiteur du couvent de Bruxelles (ainsi que de celui de Calcar, dans son duché propre). Son fils Philippe, duc de Clèves et seigneur de Ravenstein, continua cette tradition de largesses (ils eurent leur mausolée dans l'église, dont ce fut un ornement remarquable). Dès la fin du 15°s., le couvent et ses dépendances couvraient un espace formé par les actuelles rues de l'Ecuyer, de la Fourche et de la place de la Monnaie (l'actuelle rue des Dominicains est une rue qui donnait perpendiculairement sur l'entrée du couvent) .

Au début du 16°s., le couvent était florissant. La dévotion au Rosaire y était très active. De nombreuses confréries et corporations y avaient leur siège. Il y eut une tradition continue de professeurs à l'Université de Louvain. De nombreux frères furent appelés à siéger au Conseil de la Couronne et à exercer les charges de confesseurs et de prédicateurs à la Cour ou furent chargés de diverses ambassades. Les frères Pierre et Dominique Soto, théologiens influents au concile de Trente, y résidèrent. Mais vers la fin du siècle, la situation changea avec les progrès de la Réforme. Les Calvinistes furent peu nombreux à Bruxelles mais bénéficièrent d'un large soutien dans la bourgeoisie, surtout par sentiment anti-espagnol (à cause de la politique despotique de Philippe II, très étranger aux Pays-Bas, contrairement à son père Charles-Quint). En particulier, le père Antoine Van Ruyskensvelt, déjà expulsé de Gand par les autorités locales, vint reprendre ses prêches endiablés à Bruxelles au point d'y provoquer des émeutes en 1581. Il fut expulsé .. et tout le couvent avec lui. L'église, après avoir servi brièvement de temple calviniste, fut pillée et saccagée comme tout le couvent. Après la reprise de Bruxelles par les Espagnols en mars 1585 sous la conduite d'Alexandre Farnèse, les religieux revinrent d'exil et, indemnisés par Farnèse, reconstruisirent église et couvent. Ces travaux étaient terminés en 1594. Etant franchement connotés pro-espagnols, les Dominicains de Bruxelles n'étaient pas très bien vus de la population.

Au début du 17°s., sous le gouvernement des archiducs Albert et Isabelle (déjà de la branche autrichienne des Habsbourg), assez indépendants des Espagnols, la situation fut très favorable, également du point de vue de la re-catholicisation. Le couvent fut encore agrandi, rénové, embelli. Une deuxième église (dite « chapelle royale » ou « chapelle des Espagnols ») du être construite pour les troupes espagnoles en garnison à Bruxelles. Un noviciat fut ouvert en 1634 (pour les couvents de Mons, Louvain, Namur, Braine, Vilvorde et même d'autres provinces) et acquit une grande réputation de sérieux. De cette époque date également la fondation d'une « maison de campagne » dans le bois de Raspail (à Moerbeke, près de Grammont), où les pères pouvaient se retirer pour prendre un peu de repos et où d'autres assuraient un ministère permanent autour d'un sanctuaire marial. Mais un épisode tragique pour toute la ville de Bruxelles vint troubler ce climat si favorable. Dans le cadre de la « guerre de Hollande » (Louis XIV estimant avoir des droits sur la succession des Habsbourg d'Espagne), le maréchal de Villeroy fit bombarder Bruxelles en août 1695. La plupart des bâtiments du couvent fut réduite en cendres. Mais cette tentative de Louis XIV ne réussit pas. Le pouvoir espagnol, très affaibli, s'effaça cependant quelque peu et nomma comme gouverneur le duc de Bavière, Maximilien-Emmanuel, qui soutint le relèvement du couvent. Il était entièrement reconstruit en 1700.

Au 18°s., passées sous le pouvoir des Habsbourg d'Autriche (Charles VI, Marie-Thérèse et Joseph II, de 1714 à 1794) nos régions connurent une période de ré-organisation et de modernisation profonde dans l'esprit des Lumières. La politique de Marie-Thérèse fut encore très conciliante avec les anciennes habitudes mais celle de Joseph II devint intransigeante (jusqu'à provoquer la Révolution branbançonne de 1787-90). La politique religieuse de Joseph II n'était pas dirigée contre la foi ni la pratique sacramentelle proprement dite (la structure épiscopale et paroissiale fut même renforcée, sous son contrôle) mais tout le reste, jugé irrationnel, inutile ou nuisible, fut pourchassé et supprimé. A l'inverse des autres Ordres religieux et particulièrement des Jésuites, les Dominicains ne furent pas vraiment inquiétés. Concernant le couvent de Bruxelles par exemple, Joseph II eut bien l'intention de l'exproprier mais c'était pour des raisons de réaménagement urbain et il offrait une réinstallation dans le couvent des Minimes qui, lui, avait été fermé. Suite à diverses interventions « politiques », cette expropriation n'eut finalement pas lieu. Par ailleurs des pères du couvent de Bruxelles (et de Louvain bien sûr) furent étroitement associés au nouveau « séminaire général », obligatoire pour tout le clergé séculier et régulier, inauguré par Joseph II à Louvain en 1786.  Bien plus dramatique allait être l'avancée des idées puis des bataillons de la Révolution Française, favorisée par les sentiments anti-autrichiens de la population.
Les Français arrivèrent à Bruxelles dès 1792. En fait, pour le couvent de Bruxelles, tout se passa dans l'ordre, presqu'avec politesse et non sans arrangements complices de la part des exécutants locaux. Ainsi, un détachement de soldats vint demander poliment l'hébergement. On s'arrangea et les deux groupes vécurent  côte à côte pendant des mois, les soldats veillant à ne pas déranger les Offices. Ainsi encore, le prieur fut dûment averti que les religieux pouvaient conserver les biens et meubles essentiels (table, chaise, lit, etc...) ou recevoir des assignats en contrepartie mais que les biens de luxe seraient confisqués et vendus. Une garde avait été placée à la porte principale du couvent (du côté rue de l'Ecuyer)...mais pas à la porte arrière ! Tous les objets précieux possibles furent évacués vers la Hollande ou l'Allemagne. Le 12 novembre 1796, les 36 religieux restants furent priés de quitter le couvent. Le couvent fut vendu en vente publique en février 1797. C'est le nouveau propriétaire qui en pilla tous les matériaux pour rentabiliser son achat et qui ainsi le détruisit.

Durant tout le 19°s., il n'y eut plus de vie dominicaine communautaire à Bruxelles. En 1812, un manège fut construit  sur l'emplacement de l'église pour faire place, en 1817, au théâtre de la Monnaie. Le dernier survivant du couvent (le Père Mahouden) mourut en 1847, dans sa famille. Peu de temps avant, il avait encore eu la visite du P. Lacordaire qui était venu cette année-là prêcher le Carême à Liège.
La Province Sainte-Rose de Belgique ayant été définitivement reconstituée en 1861, il fut décidé (en 1899, sous le généralat du Père Früwirth et le provincialat du Père Lucq) de rétablir un couvent à Bruxelles. Un terrain fut acheté avenue de la Renaissance – rue Leys, en bordure du Parc du Cinquantenaire, quartier en pleine expansion à l'époque.

20°s. La première pierre fut posée le 16 avril 1901 et les travaux furent terminés quinze mois plus tard. La construction de l'église, selon les plans du Père Biolley, débuta le 26 mai 1904. L'église fut très fréquentée. Le public était attiré par la qualité de la prédication et de la liturgie et, à certaines périodes, par la qualité musicale (la « Messe des artistes »). Après Guerre (en 1951), une salle fut construite sur une parcelle du jardin, à front de l'av. de la Renaissance (le « 40 ») pour la projection de films (apostolat très populaire à cette époque) et autres activités de réunions et conférences. Ce bâtiment fut également conçu pour abriter les éditions de la Pensée Catholique (antérieurement localisées au couvent de Liège, quai Mativa) éditant les Etudes Religieuses et les Etudes Sociales et assurant la diffusion en Belgique des éditions du Cerf (des Dominicains de France). Plus tard, il abrita les éditions du CEP (Centre d'Etudes Pastorales, maison d'édition créée par la Province de Belgique-Sud).
Dès les années '60, divers projets de réinstallation sur le site Renaissance virent le jour. Un premier projet prévoyait la démolition du couvent, de l'église et de la salle et l'expropriation de tout le reste du quartier pour y ériger un complexe d'habitations, de commerces et d'équipements collectifs auquel aurait été intégré un nouveau couvent et une chapelle. Une deuxième mouture datant de 1975, plus modeste, renonçait à l'expropriation mais reprenait le même concept sur l'espace disponible. Ces projets avaient provoqué une vive résistance de la part du couvent et de graves tensions dans la Province.
La fin du siècle fut encore animée par un nouveau projet d'implantation à Louvain-en-Woluwe (en 1995 plus précisément, sur le site d'où l'on avait été exproprié dans les années '60), sans provoquer de tensions internes cette fois. Les autorités universitaires y réservèrent un accueil très favorable et un emplacement avait déjà été désigné. Mais une difficulté majeure surgit, cette fois de la part des autorités civiles. La Commission du Patrimoine exigeait de conserver les façades, gabarit et certaines pièces de l'église et du couvent (orgues, escalier, ancienne bibliothèque) pour leur intérêt architectural local du début du 20°s.  Cela rendait impossible la démolition du complexe et la vente du terrain à de bonnes conditions. L'option fut alors prise d'une rénovation fondamentale du couvent existant et d'une rénovation de l'église, en misant sur l'atout de la proximité du site par rapport aux Institutions européennes. La vente d'un vaste terrain à Céroux-Mousty, de l'ancienne Maison St Dominique (coin av. de la Renaissance et rue Murillo) et une énergique opération de fund-raising permirent de récolter les fonds nécessaires. Le couvent fut progressivement vidé de ses occupants. Il le fut complètement en 1999. La rénovation du couvent fut terminée en février 2002. Une toute nouvelle communauté, de composition internationale et à vocation européenne, fut constituée. Elle fut placée sous le patronage de Saint Dominique. Le couvent abritait désormais aussi une salle de conférence, les locaux vicariaux ainsi que la bibliothèque vicariale.

Bibliographie

Ouvrage fondamental de référence :
- ARTS, J., o.p., L'ancien couvent des Dominicains de Bruxelles, Gand, 1922, 490 p. (avec index, gravure de l'état du couvent en 1770 à la p.135, notices sur les pères remarquables du couvent, liste nécrologique des frères de 1463 à 1814, liste des prieurs et documents d'époque, etc...)

Notices dans :
- DE JONGHE, Bernardus, o.p.,  Belgium Dominicanum, Bruxellis, 1719, pp.326-355, (avec gravure de l'aspect du couvent en 1715); rééd. anastatique : Bruxelles, 1996
- DE MECHELEER, Lieve, De Orde van de Dominicanen – Monasticon, Brussel, Algemeen Rijksarchief, 2000, pp.199-240 (bref historique suivi de l'inventaire des archives existantes, d'une bibliographie et d'une liste des prieurs de 1514 à 1798)

Brochure :
- IWEINS, H.-M., o.p., Le couvent des Dominicains de Bruxelles, Louvain, 1901, 31 p. (pages destinées à une revue pieuse ayant pour but de faire connaître les principaux faits édifiants de l'histoire du couvent des Dominicains de Bruxelles)

Pour la période récente :
Actes des chapitres provinciaux et autres documents aux Archives vicariales

FROIDMONT    (1973-2009)

A un moment où, noviciat et studentat étant fermés, la communauté de La Sarte (Huy) sous le priorat du Père Jean-Pierre Charlier cherchait un lieu d'implantation moins isolé et plus proche de Bruxelles ou de Louvain-la-Neuve (à ses débuts à ce moment), l'abbé Hemeleers, curé en titre d'une nouvelle paroisse à créer dans le quartier de Froidmont à Rixensart en plein lotissement  et qui en avait reçu la ferme de la part du chevalier Demeure, lotisseur, fit la proposition au Père Charlier (qu'il connaissait par ses conférences) d'occuper la plus grande partie des bâtiments dont la paroisse n'avait pas besoin. La ferme, datant du 17°s. et de 1773 dans son état à la veille de cette tractation, était du type ferme banbançonne carrée. La très vaste grange pouvait être transformée en église mais la paroisse ne pouvait pas, seule, occuper ni assumer le reste des bâtiments. Les trois autres ailes pouvaient, à première vue, convenir à l'installation d'un couvent. Il fut fait appel à l'architecte Kroll qui, dans un dialogue intensif avec la future communauté, présenta un projet de rénovation complète de ces trois ailes. L'une serait occupée par une hôtellerie (salles de réunions et de conférence au rez et 25 chambrettes dont 8 en duplex totalisant 41 lits), une autre serait transformée en « couvent » (cuisine, réfectoire, séjour et oratoire au rez; 17 chambres spacieuses, lumineuses et confortables, dont 5 en duplex aux étages et la troisième aile en 6 duplex plus indépendants). La cour intérieure garderait  son aspect ; seule la face sud d'une aile sortirait du gabarit et du style de la ferme. A l'emplacement des anciens chenils se situerait la bibliothèque. Ce projet approuvé, les travaux commencèrent en 1972 et la communauté nouvellement constituée (à partir de frères de La Sarte, de la rue de la Presse et du Schreursvest) pu occuper les lieux à partir de novembre 1973.

Un peu dans l'esprit « communauté de base », très en vogue à l'époque, et, plus fondamentalement, de recherche de nouvelles formes de vie religieuse, la communauté initiale fut constituée de frères mais aussi de couples mariés, de laïcs sympathisants de la vie dominicaine, de sœurs dominicaines et du curé (séculier) de la paroisse. Ce fut une expérience fort riche mais aux articulations parfois difficiles et lourdes. Dans un deuxième temps, l'expérience s'orienta vers une articulation à double niveau, communauté et « communion » de Froidmont. Le séjour plus ou moins prolongé de frères de l'étranger (non partie prenante de ce modèle propre à Froidmont) et l'arrivée d'une nouvelle génération de frères changea encore l'orientation. Tout en restant très ouverte et très interactive avec le public paroissial et les sympathisants, la communauté comme telle reprit une identité plus forte.

Au niveau des activités, le « Centre Dominicain de Froidmont » organisa chaque année un programme fort dense de W-E et de conférences sur des sujets très divers mais toujours dans l'optique de stimuler une foi adulte et réfléchie, se laissant interpeller par les réalités du monde et visant à proposer une nouvelle « culture » religieuse. Les « prises de position » de Froidmont sur divers sujets théologiques ou pastoraux finirent par représenter comme une « alternative » dans le champs théologique de l'Eglise en Belgique francophone.
La paroisse, assumée dans un premier temps par des prêtres diocésains (Hemeleers et Lhoir) avec l'appui des prêtres de la communauté, fut prise en charge par la communauté elle-même à partir de 1996 ?. L'église, fort fréquentée, fut un lieu de rayonnement fécond au point que, au moment de la décision de fermeture, ce fut l'aspect le plus difficile à gérér.
Bien que constituée en asbl propre ayant toute son autonomie, la bibliothèque, constituée au départ du fonds de La Sarte, participa indirectement au rayonnement du site. Ouverte au public sous forme volontaire dès 1975, elle fut « reconnue » bibliothèque publique à partir de 1982 (mais ne reçut de subsides qu'à partir de 1992). Pour répondre aux  besoins du public local, une section littérature, s'étant développée de plus en plus, et une section « jeunesse » furent ouvertes. La bibliothèque, de plus de 80.000 volumes, fréquentée par quelque deux mille lecteurs, totalisant 70.000 prêts par an et animée par une trentaine de bénévoles, fut, à ce moment, une des plus importantes du Brabant Wallon.
L'hôtellerie, accueillant des retraites mais aussi tout groupe constitué ayant un objectif spirituel, social ou culturel, fut ressentie comme une charge assez lourde mais, indirectement, positive.

La fermeture de Froidmont ne fut pas tellement motivée par des raisons de dynamique interne mais plutôt par le concours d'une contrainte matérielle (l'obligation, par les services d'incendie, de procéder à des modifications radicales de l'hôtellerie et la partie couvent nécessitant elle aussi de coûteux investissements de rénovation) et d'une opportunité inattendue. Un généreux mécène proposait en effet de financer entièrement la construction d'un couvent dominicain sur le site universitaire même de Louvain-la-Neuve. Malgré que l'effectif du Vicariat s'était renforcé les dernières années de plusieurs jeunes frères, il était impossible et peu judicieux de tenir en même temps le couvent de Froidmont à Rixensart (à 10km de LLN) et un nouveau couvent à LLN même (surtout qu'un nouveau couvent à Liège était aussi en perspective). La présence sur le site universitaire se situant tellement mieux dans la ligne de la vocation dominicaine, il fut décidé de fermer Froidmont au profit de LLN. Cet événement étant concomitant avec l'ouverture d'un nouveau couvent à Liège, on procéda à une recomposition générale de l'assignation des frères entre LLN, Liège et Bruxelles. Le couvent de Froidmont fut canoniquement supprimé le 3 juillet 2009 mais le départ effectif eut lieu en février 2010

Sources :
- Brochures diverses
- Actes des chapitres vicariaux

LA SARTE        (1860-1973)

En 1860, Mgr. de Montpellier, évêque de Liège, proposa au Maître général Jandel que les dominicains reprennent la paroisse de La Sarte (sur les hauteurs de Huy) avec son sanctuaire marial. Le père Rouard de Card (originaire de France), « commissaire général » des Dominicains en Belgique (la Province n'était pas encore rétablie depuis sa suppression en 1797) s'installa lui-même avec quelques frères dans le presbytère mis à sa disposition. Dès 1861, le chapitre provincial de Tirlemont émit le souhait de transférer le noviciat de Tirlemont à La Sarte. Ce ne fut effectif qu'en octobre 1863 car il fallait agrandir le presbytère pour recevoir les quelques novices. En 1864, la communauté eut l'occasion d'acheter un terrain de 75 ares jouxtant l'église. En 1868, la maison vicariale fut érigée en couvent formel. En 1872, le conseil conventuel approuvait le projet de construction d'un couvent sur le terrain acquis et pouvant accueillir les novices à l'avenir dans de bonnes conditions. Il put être occupé dès octobre 1874.
Comme lieu de noviciat commun (flamand – francophone), La Sarte fut remis en question dès 1889 mais ce n'est qu'en 1923 qu'un noviciat pour les néerlandophones fut ouvert à Gand. Son existence comme couvent fut par ailleurs remise en question en 1905 (sous le priorat du P. Perquy) dans l'intention d'un regroupement à Liège. Ce projet n'aboutit pas. Le couvent de La Sarte devint studentat de philosophie pour les francophones à partir de 1929 (localisé à Gand depuis 1920 et à Louvain auparavant). Une nouvelle aile fut construite en 1931 pour mieux les accueillir. Le couvent devint studentat de théologie pour les francophones à partir de 1941 (localisé à Louvain depuis 1857). A partir de 1956, les frères suisses firent leur noviciat et leurs études de philosophie à La Sarte, en commun avec nos frères, et cela jusqu'à la fermeture du Studium de philosophie en 1968. L'organisation d'un programme de cours de 3 ans de philosophie et 4 ans de théologie mobilisait une quinzaine de « lecteurs » (voir Programme des cours en annexe).
A partir de 1951, fut organisé un « Collège dominicain de théologie » regroupant certains de ces  « lecteurs »  et d'autres théologiens invités afin d'organiser des rencontres théologiques qui ont donné lieu à des publications thématiques collectives renouvellant la réflexion théologique. Une collection fut créée, les « Cahiers de l'actualité religieuse » (éditée par Casterman) pour recevoir ces travaux et éditer des ouvrages d'auteurs entrant dans cette dynamique (voir le chapitre "Oeuvres"). Des sessions résidentielles de recyclage théologique furent également organisés annuelllement. Elles eurent un grand succès auprès du clergé local (diocèses de Liège et de Namur) et un impact significatif sur la réflexion théologique de l'époque.
D'autres pères « de ministère » assuraient des « missions paroissiales », des prédications et des retraites à l'extérieur. En 1965, un étage de l'aile principale du couvent fut aménagé pour accueillir des retraites (scolaires et autres) dans le couvent même. En outre, un père-curé assumait la charge paroissiale locale. A l'occasion de la Neuvaine annuelle au mois de mai en l'honneur de Notre-Dame de la Sarte, l'église attirait la grande foule chaque soir pendant neuf jours consécutifs. De plus, tous les sept ans (depuis 1656), autour du 15 août avaient lieu des fêtes particulières où la statue de Notre-Dame était descendue à la collégiale et remontée 7 jours plus tard.  Une très modeste publication mensuelle « L'Echo de La Sarte » (de 1888 à 1971) entretenait la dévotion mariale de La Sarte et donnait quelques échos de la vie du couvent à destination des sympathisants.
Le studentat de théologie de la Sarte fut "suspendu" en 1964 (les étudiants de théologie furent dirigés vers la faculté de théologie de l'Université dominicaine de Fribourg en Suisse ou vers Le Saulchoir à Paris). Le Studium de philosophie fut encore assuré jusqu'en 1968. Les noviciat et studentat étant fermés de fait, la localisation assez isolée et d'accès peu aisée devenait un inconvénient. D'autre part, une opportunité d'une implantation à Rixensart, plus proche de la cité universitaire en construction de Louvain-la-Neuve, se présenta. La décision d'un transfert fut prise en.......
Le couvent fut abandonné en 1973 mais les bâtiments ne furent démolis qu'en 1998. L'animation de la Neuvaine de La Sarte a été prise en charge par la fraternité laïque dominicaine de Huy, des frères continuant d'y participer.

Notice dans :
- BOGAERTS, op.cit., pp.108-123 (avec liste des prieurs et doc. de fondation)
(jusqu'en 1958)

Sources d'archives :
Actes des chapitres provinciaux et autres documents aux Archives vicariales
Le programme des cours au Studium de La Sarte de 1946 à 1954

Philosophie
1° année (année 1947-48)
Introduction à la philosophie (2h/sem), par Bernard Hansoul
Logique (5h/sem), par Hubert Delville
Psychologie expérimentale (2h/sem), par Hubert Delville
Cosmologie (2h/sem), par François Capitte
Philosophie morale (3h/sem), par Léon Vandergheynst
Grec biblique (1h/sem), par Georges Dantinne
2° année (année 1948-49)
Métaphysique (5h/sem), par Jean-Dominique Robert
Histoire de la philosophie (3h/sem), par Bernard Hansoul
Apologétique (3h/sem), par Augustin Léonard
Philosophie Sociale (2h/sem), par Henri-Dominique Robert
Grec biblique et introduction à l'Ecriture Sainte (2h/sem), par G. Dantinne
3° année (année 1949-50)
Psychologie (5h/sem), par Jean-Dominique Robert
Histoire de la philosophie (3h/sem), par Bernard Hansoul
Théologie fondamentale (3h/sem), par Augustin Léonard
Grec biblique (1h/sem), par Georges Dantinne
(+ Hébreu biblique (1h/sem) pour les futurs « lecteurs »)
Théologie
1° année (année 1950-51)
Théologie sacramentaire (5h/sem), par Jérôme Hamer
Théologie morale (5h/sem), par Bernard Olivier
Ecriture Sainte : A.T. (3h/sem), par Georges Dantinne
Histoire de l'Eglise (2h/sem), par Ceslas Salmon
Droit canon (2h/sem), par Georges Dantinne
Patristique (2h/sem), par Humbert Cornélis
2° année (année 1951-2)
Théologie dogmatique (5h/sem), par Louis Charlier
Théologie morale (5h/sem), par Bernard Olivier
Ecriture Sainte : N.T. (3h/sem), par Albert Denis
Histoire de l'Eglise (2h/sem), par Ceslas Salmon
Droit canon (2h/sem), par Ceslas Salmon
Mariologie (2h/sem), par Bernard Olivier
Angélologie (1h/sem), par Humbert Cornélis
3° année (1952-53)
Christologie (5h/sem), par Louis Charlier
Théologie morale (5h/sem), par Bernard Olivier
Ecriture Sainte : N.T. (3h/sem), par Albert Denis
Droit canon (2h/sem), par Ceslas Salmon
Théologie spirituelle (2h/sem), par Augustin Léonard
Liturgie (1h/sem), par Humbert Cornélis
4° année (1953-54)
Théologie dogmatique (5h/sem), par Louis Charlier
Théologie morale (5h/sem), par Bernard Olivier
Ecriture Sainte : N.T. (3h/sem), par Albert Denis
Histoire de l'Eglise (2h/sem), par Humbert Cornélis

LIBRAMONT        (1939- 1985)

Un chapitre provincial en 1931 avait déjà émis le vœu que soit étudié l'opportunité de fonder un couvent dans le diocèse de Tournai ou de Namur. Cette mission fut rappelée au chapitre de 1935 et encore au chapitre de 1938. Le P. Dautrebande fut cette fois expressément commissioné à cette tâche mais il mourut en mai 1939. En août 1939, le bourgmestre de Libramont et son conseil échevinal offrait aux Dominicains un terrain de 6,5 ha pour construire une église et un couvent. En 1940, le P. Laffineur, désigné successeur au P. Dautrebande à cette tâche par le Conseil provincial, commençait la construction d'un église (de style roman, en pierre du pays). Elle fut consacrée en 1946. La communauté, installée depuis 1943, assurait le ministère paroissial et rayonnait dans la région. Malgré le zèle du P. Ignace Daime (4 x prieur, de 1946 à 1958), son existence fut remise en cause dès 1958 où une commission fut créée (comprenant les PP. Hanquet, I. Draime, Sterckx, Delville et Léonard) pour en évaluer l'avenir. Une proposition d'y transférer le studentat de philosophie de la Sarte ne fut pas suivie. Clairement menacée de suppression (elle devint filiale de Loverval en 1959 mais redevint maison autonome en 1971), elle survécut encore grâce à un petit noyau très stable constitué des Pères Bonhomme (rentré de Mission en Uélé en 1963), Rose et Janssens et, à partir de 1973, du P. Thomas (André) Denis (le Père Draime avait été assigné à Bruxelles en 1958 et y mourut en 1963). Sans véritable perspective d'avenir, la décision de fermeture fut prise au chapitre de 1982, dans un climat très polémique. Elle fut effective en 1985. Le complexe fut cédé au diocèse de Namur, à la demande du clergé local, afin d'y établir un centre de resourcement culturel et spirituel géré au niveau du doyenné. L'évêque de Namur, Mgr Léonard, le mit à disposition des frères de St Jean (dits aussi  « Petits Gris », fondés par le P Philippe o.p. de Fribourg en Suisse).

Notice dans :
- BOGAERTS, Dominikanen in Belgïe, 1969, p.150-1
Brochure polémique :
- DENIS, Thomas (André), o.p., Heurs et malheurs des Dominicains à Libramont, 1985
Sources d'archives :
Actes des chapitres provinciaux et autres documents aux Archives vicariales

LIEGE            (1232-1796 ; 1905-1987; 2009- ...)

En avril 1229, juste avant sa mort, l'évêque de Liège Hugues de Pierpont (d'origine française) donnait à son neveu et successeur Jean Van Eppe la mission de fonder à Liège un couvent dominicain. Il s'agissait de se conformer à une directive du pape Grégoire IX, datant de 1227, enjoignant les évêques à s'appuyer sur le nouvel Ordre. D'autre part, son compatriote et ami, évêque de St Jean d'Acre et futur cardinal Jacques de Vitry était très favorable à l'Ordre et l'avait déjà pressé en ce sens. Mais Hugues de Pierpont ne souhaitait pas vraiment que cela se passe de son vivant vu que l'activité de l'Ordre aurait échappé à son autorité. Son successeur s'exécuta mais sans plus d'enthousiasme. Il adressa une requête à Jourdain de Saxe, Maître général et successeur immédiat de St Dominique, et au provincial de Teutonie (Province érigée dès le Chapitre général de Bologne en 1220). Le Chapitre général de Paris en 1230 donna son accord de principe mais la mission d'en évaluer la faisabilité fut confiée à des frères de la Province de France (du couvent de Reims). Cette mission eut lieu entre 1230 et 1232. Ces frères choisirent une maison dans le quartier « en île ». En 1234 commençait la construction d'un couvent, grâce au soutien financier de la haute bourgeoisie. L' église fut terminée et consacrée en 1242 (en présence, entre autres, du futur St Boniface).
En 1267, St Louis lui-même offrait aux Dominicains de Liège des reliques inestimables : une de ses couronnes dans laquelle était enchâssée une parcelle d'une épine de la couronne du Christ, un croix dans laquelle était enchâssée une parcelle de la croix du Christ, un de ses manteaux royaux et un calice. Pourquoi ces cadeaux personnels exceptionnels aux Domicains de Liège  alors que Liège n'était pas territoire français et que St Louis n'était jamais venu à Liège ? On sait que St Louis aimait s'entourer de Dominicains (St Thomas d'Aquin fut reçu au moins une fois à sa table) et qu'il leur confiait diverses missions et ambassades. On sait qu'un dominicain de Liège fut professeur à Paris à cette époque et fut effectivement envoyé en ambassade et, autre indice, qu'un certain Théobald, archidiacre de la cathédrale de Liège et tertiaire dominicain (et futur pape Grégoire X), se trouvait à Paris précisément dans l'année où les reliques furent envoyées par St Louis. Ces reliques étaient entrées en possession de Baudouin de Flandre, « empereur de Constantinople » depuis la 4° Croisade. Suite à des ennuis financiers, il dut mettre ce trésor en gage auprès d'un négociant vénitien opérant à Constantinople, du nom de Querini. Dans l'incapacité de rembourser sa dette, ce trésor échappa à Baudouin. St Louis s'en porta acquéreur. La transaction se fit par l'intermédiaire de deux dominicains. L'un, du nom de Jacques, avait été prieur du couvent dominicain de Constantinople ; l'autre, André de Lonjumeau, avait déjà accompagné le roi lors de sa première croisade et avait déjà été envoyé en ambassade par le roi Louis auprès du khan de Tartarie (dont il connaissait la langue !). Cet André de Lonjumeau n'est cependant pas Liégeois ! Le mystère reste donc entier. On sait par ailleurs que le roi Louis a accordé semblables faveurs à d'autres couvents et monastères en France.
Au 15°s., en 1468, l'église (mais non le couvent) eut à souffrir du « sac de Liège » par Charles le Téméraire. Celui-ci, fils de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, voulait annexer la Principauté de Liège (comme, plus tard, la Lorraine) à ses possessions (Artois, Picardie, Hainaut, Flandre, Nevers, Franche-Comté, Bougogne, ...) afin de former un ensemble territorial continu. Les « valeureux Liégeois » (dont les fameux 600 Franchimontois) s'opposèrent fermement à cette annexion, non parce qu'ils tenaient à leur Prince-Evêque mais parce que les « métiers » et les bourgeois tenaient à leurs privilèges. En fait, ils étaient manipulés par Louis XI, roi de France, qui s'opposait tout aussi fermement à cette annexion qui allait à terme encercler la France et faire des ducs de Bourgogne une puissance rivale sinon supérieure. Charles parvint cependant à ses fins. Le régent nommé par Charles eut, par la suite, les meilleurs rapports avec les Dominicains de Liège. Le couvent occupait à cette époque l'espace compris entre la rue des Dominicains (tout au long), rue du Pont en île et un bras de Meuse. Ce fut aussi un père du couvent de Liège, Jean de Harlenne (de Namur), qui fut chargé, en 1459, de fonder le couvent à Bruxelles.
Le couvent de Liège relevait de la Province de France depuis sa fondation. En 1569, il fut sommé de rejoindre la Province de Germanie Inférieure voulue par Charles-Quint (pour unifier, sous son autorité, tous les couvents des Pays-Bas espagnols) mais retourna à la Province de France dès 1580 (et jusqu'en 1698). En 1698 (et jusqu'en 1794), il fut incorporé à une Province St Rose (1° version), voulue par Louis XIV, regroupant les couvents du Nord de la France et ceux d'Ypres, de Tournai et de Liège). En 1794, il retourna à la Province de Germanie Inférieure mais pour peu de temps puisqu'en 1796 les institutions religieuses furent supprimées par la Révolution Française.
Suite à des dégâts d'incendie en 1674, une nouvelle église fut mise en chantier. Il y eut, à cette occasion, litige avec le chapitre de l'église St Jean l'évangéliste et les travaux ne reprirent vraiment qu'en 1700. Ils furent terminés en 1713. Cette église, avec son énorme et écrasant dôme de style italien (prouesse technique et architecturale par ailleurs), ne fut pas unanimement appréciée.
Dès avant la première occupation révolutionnaire française du 28 octobre 1792, le procureur du couvent, le P. Albert Sentrond, avait pris le chemin de Leipzig avec le Trésor de St Louis pour le mettre en sécurité. Ce trésor fut semble-t-il vendu en 1804 à la princesse Caroline de Saxe (née de Parme, petite-fille de Louis XV et donc descendante de St Louis) par l'un des derniers dominicains de Liège (qui avait fait ses études en Allemagne et était précepteur des enfants du duc de Parme...), le Père Mossay. Ce trésor fut oublié mais retrouvé dans la sacristie de leur château à Bühl à l'occasion d'une exposition des « arts industriels » à Dresde en 1875. Ce trésor fut cédé par l'Allemagne en 1947 au musée du Louvres (il ne reste plus au couvent qu'à en réclamer le retour...).
En 1794, la Principauté comptait sept couvents (mais cela ne correspondait pas au découpage dominicain des Provinces) : Liège, Tongres, Aix-la-Chapelle, Maestricht, Zittart (NL) et Revin (F). Le couvent possédait aussi une maison « terminaire » (pied-à-terre pour la prédication et lieu de retraite) à Waremme. Le couvent de Liège comptait à cette date 20 religieux (18 pères et 2 convers). Le couvent fut fermé de force en 1796. Il ne fut pas vendu aux enchères mais fut réservé pour des services publics. Sous Bonaparte, il servit d'école d'artillerie et l'église de magasin à fourrage pour l'armée.
Le 19 août 1816, le roi des Pays-Bas, d'accord avec la Commission municipale de Liège, décréta que le bâtiment des Dominicains serait cédé à la ville à l'effet d'établir un nouveau débouché et de construire une salle de spectacle sur l'emplacement du jardin du couvent. En 1817, il fallut démolir l'église, menaçée d'écroulement. Le dernier bâtiment de l'ancien couvent (la brasserie, rue du Pont en île) n'a été démoli qu'en 1912.
Le projet de réinstaller un couvent à Liège se fit jour au chapitre provincial de 1905 avec l'idée d'y transférer celui de La Sarte (dont l'existence était donc déjà remise en question). Des discussions avec le Maître Général de l'Ordre, il parut intéressant d'ériger un nouveau couvent à Liège (projet qui avait le plein agrément de Mgr. Rutten, l'évêque de Liège) mais de maintenir La Sarte comme couvent de noviciat et de formation. Un terrain fut rapidement trouvé et acquis au quai Mativa. Les pionniers s'installèrent provisoirement dans une maison proche mais les travaux de construction du couvent ne commencèrent qu'en 1911. Le couvent fut formellement reconnu en 1913. Il développa un apostolat traditionnel de conféries (du Rosaire, des Saints-Noms, du Saint Sacrement, de Jésus-ouvrier, Milice Angélique, ...) mais aussi de nouvelles formes d'action religieuse, passant par des conférences et des cercles d'études et débouchant sur une activité éditoriale (d'abord la « Bibliothèque apologétique » de l'Oeuvre de la défense de la foi, ensuite les éditions de la Pensée Catholique avec ses collections « Etudes religieuses » et ses « Etudes sociales », avant qu'elles ne soient tranférées à Bruxelles en 1951).
Tout au long de ces décennies, les Pères eurent un ministère intense de prédication de "missions paroissiales", de divers apostolats (dans l'enseignement, dans des paroisses, hôpitaux ou prison, auprès des équipes de Tiers-Ordres, ...) ainsi qu'une activité liturgique et sacramentaire dans l'église du couvent même. La vie interne ne semble cependant pas avoir été fort dynamique.
Le couvent fut supprimé en 1987 à cause du petit nombre et du vieillissement des pères qui y résidaient, toutes les forces étant à ce moment concentrées sur le couvent de Froidmont. Il fut vendu au prix le plus bas à l'école technique St Laurent. Une présence dominicaine fut maintenue à Liège par le P. Devillers (desservant à l'église St Barthélémy) et par une équipe du laïcat dominicain.

Le 15 octobre 2005, à l'occasion d'une festivité célébrant le centenaire de la réinstallation des Dominicains à Liège, l'évêque, Mgr Jousten, émit le vœu que les Dominicains refondent un couvent à Liège afin de prendre en charge la pastorale étudiante universitaire et l'animation culturelle chrétienne dans le centre-ville. Entretemps, le Vicariat s'était enrichi de la présence de jeunes frères mais, surtout, la perspective de fermer le couvent de Froidmont à Rixensart permettait d'envisager un redéploiement des frères entre un couvent à Louvain-la-Neuve en projet et une nouvelle implantation à Liège. Des contacts eurent lieu avec le Diocèse tout au long de l'année 2007. Le Maître de l'Ordre rencontra l'évêque de Liège à ce sujet en mars 2008. Une aile du cloître St Jean, édifice du 11° s. en bordure du centre historique de Liège (et non loin de l'emplacement du couvent du 13°s.), fut mis à disposition du Vicariat par bail emphytéotique. Une rénovation profonde fut nécessaire mais la vie communautaire et apostolique pu démarrer dès septembre 2009, sous le patronage de St Albert le Grand.

Appartenances provinciales du couvent de Liège
au cours de son histoire

1232-1569 : Province de France
1569-1580 : Province de Germanie Inférieure
1580-1698 : Province de France
1698-1794 : Province St Rose (1° version, franco-belge)
1794-1796 : Province de Germanie Inférieure
(1796-1905 : couvent supprimé)
1905-1958 : Province St Rose (2° version, belge unitaire)
1958-1987 : Prov. St Thomas d'Aquin (belge francophone)
(1987-2009 : couvent fermé)
depuis 2009: Vicariat  St Thomas d'Aquin

Lieux d'implantation du couvent de Liège
au cours de son histoire

1232-1796 : actuelle rue des Dominicains (jusqu'au Théâtre)
1905-1987 : quai Mativa, 44
depuis 2009 : cloîtres St Jean

Notice dans :
- DE MECHELEER, Monasticon, pp. 410-435
(n.b. : les Archives de l'Etat à Liège ont conservé de nombreuses pièces concernant le couvent mais la plupart sont des documents notariés et comptables)
- BOGAERTS, Dominikanen in Belgïe, pp.140-143 (avec une liste des prieurs de 1250 à 1796)
- CHAPOTIN, M-D, Histoire des Dominicains de la Province de France, Rouen, 1898, chap.7, pp.127 à 148

Brochures :
- van CALOEN,V-M.,o.p., Les Dominicains à Liège, Peeters, Louvain,1905, 40 p.
- GOBERT et alii, Les Dominicains dans la cité de Liège, La Pensée Catholique, Liège, 1932, 40 p. (à l'occasion du 7° centenaire des Dominicains à Liège)
- DENIS, André, o.p., Les Dominicains dans la vie à Liège, in La Vie Liégeoise, déc. 1965, 16 p.

Sources d'archives :
Actes des chapitres provinciaux et autres documents aux Archives vicariales

LOVERVAL        (1946-    1972)

Un chapitre provincial en 1931 avait déjà émis le vœu que soit étudié l'opportunité de fonder un couvent dans le diocèse de Tournai ou de Namur. Cette mission fut rappelée au chapitre de 1935 et encore au chapitre de 1938. Le P. Dautrebande fut cette fois expressément commissioné à cette tâche.
Suite à un concours de circonstances, les Dominicains eurent l'occasion de prendre en charge la paroisse St Joseph à Charleroi – Broucheterre en 1943 (sou curé, l'abbé Genin, désireux d'entrer dans l'Ordre, ayant ainsi négocié son remplacement avec l'évêque de Tournai, Mgr. Etienne Carton de Wiart). Le P. Ramboux en fut nommé curé et le P. Hody, vicaire (ainsi que le P. Boeks, un frère flamand, pour s'occuper des travailleurs flamands établis dans la région).
Ce n'est qu'en 1946 que les Dominicains acquirent une propriété (une villa au milieu d'un grand parc) située au 48, route de Philippeville à Loverval. Le nouvel évêque, Mgr. Himmer, demanda alors aux Dominicains d'abandonner le service de Charleroi-Broucheterre et de prendre celui de la paroisse St Hubert de Loverval sur le territoire de laquelle était situé le couvent. Cette activité paroissiale constitua une activité très prenante. La succession fréquente de différents pères aux fonctions de curé et de vicaire ne fut pas très favorable à l'action pastorale. Fin des années '50, une proposition d'installation aux « Bruyères » (une propriété de la princesse de Mérode) à Marcinelle et une autre à Jumet vinrent mettre une certaine confusion  dans la continuité du projet à Loverval.
Dans les années '60, la communauté fut renforcée par l'arrivée des Pères Feuillat, Gueret et Raveschot qui furent enseignants dans différentes écoles de la région. Composée d'une moyenne de 6 frères dans ces années, la communauté eut son style particulier, simple, convivial et fraternel, facilité par la configuration des lieux. Un oratoire ouvert au public avait été aménagé dans une maison annexe à front de rue. Un projet de construction d'une chapelle au carrefour de la route de Philippeville, à l'extrémité du terrain de l'école des Sœurs, était bien avancé mais échoua finalement.
Les projets provinciaux à Woluwe (1962-66), celui, bien concret, de l'ouverture d'une maison à la rue de la Presse à Bruxelles (intéressant les P. Gueret et Raveschot et ouverte en 1969) et la perspective de travaux de rénovation (et les besoins de financement) de la Ferme de Froidmont à Rixensart (couvent inauguré en 1973), tout cela rendait très sombres les perspectives d'avenir de Loverval. Le chapitre provincial de 1972 décida de la suppression du couvent et la villa fut vendue.

Notice dans :
- BOGAERTS, Dominikanen in Belgïe, 1969, p.154

Sources d'archives :
Actes des chapitres provinciaux et autres documents aux Archives vicariales
dont un historique du P. Bruno DELAVIE

MONS        (1620-1783)

Une maison fut fondée en 1620 avec les autorisations et les soutiens des Archiducs Albert et Isabelle, de l'archevêque de Cambrai (dont relevait Mons jusqu'en 1802) et des magistrats de la ville. Les Dominicains n'y étaient pas des inconnus car des frères de Valenciennes (F) venaient déjà prêcher régulièrement à Mons auparavant. Après diverses implantations provisoires, ils s'établirent définitivement au « Mont du Parc » (rue de Telliers). La fondation fut  formellement érigée en couvent en 1622 et en noviciat en 1625. Les frères reçurent des soutiens financiers pour construire un couvent complet mais les travaux de construction d'une église ne purent commencer qu'en 1704 (grâce au soutien de l'abbaye de Bonne-Espérance). Elle fut inaugurée en 1735. Mais le couvent fut supprimé en 1783 par décision d'un chapitre provincial (de Germanie Inférieure dont relevait le couvent). Il fut vendu en 1798 par décret de la Révolution Française. Plus tard, il fut occupé par une école secondaire des Jésuites. Il existe toujours une « rue des Dominicains » à Mons.

Notice dans :
- DE JONGHE, Belgium Dominicanum, pp.361-365 (avec gravure en l'état de 1715)
- DE MECHELEER, Monasticon, pp.131-146

NAMUR        (1649-1797)

L'installation de Dominicains fut souhaitée par l'évêque de Namur, Engelbert de Blois. La demande fut introduite par le duc de Lorraine Charles IV auprès de l'archiduc Léopold-Willem en 1648. Les premiers frères (de Gand, de Braine, ...) arrivèrent en 1649 et habitèrent diverses maisons mises à leur disposition par des particuliers au centre ville. Mais le clergé et les magistrats de la ville s'y opposèrent vivement (pour des raisons de « droit de collecte »). Ils durent s'installer en dehors de l'enceinte en 1653 mais, suite à une intervention énergique de l'archiduc Léopold en 1657, ils purent reprendre leur activité en toute liberté en ville. Les Pères s'installèrent alors en 1661 près de la Porte de Bruxelles. Le couvent relevait de la Province de Germanie Inférieure. En 1795, il comptait 9 pères et 8 frères convers. Il fut fermé, de force, en 1797.

Notice dans :
- DE JONGHE, Belgium Dominicanum, pp.371-2 (pas de gravure)
- DE MECHELLER, Monasticon, pp. 462-475

TOURNAI        (1624-1796)

Les Dominicains de Lille venaient déjà prêcher régulièrement à Tournai lorsqu'ils reçurent l'autorisation, en 1623, de la ville et de l'évêque d'y fonder un couvent. En 1624, une maison fut d'abord ouverte dans le « réduit des Dominicains ». Elle fut reconnue maison vicariale par le chapitre provincial tenu à Gand en 1625 et comme couvent formel trois ans plus tard, relevant de la Province de Germanie Inférieure. Un couvent fut construit dans les années 1630 et une église entre 1660 et 1666, grâce à des dons de particuliers. En 1680, sous la pression politique de Louis XIV, il fut transfilié, jusqu'en 1781, à la Province St Rose (1°version) mais retourna à la Province de Germanie Inférieure jusqu'en 1794, suite à la volonté de Joseph II. Les frères furent expulsés le 18 décembre 1796. L'année suivante, les bâtiments furent vendus et détruits.

Notice dans : - DE MECHELEER, Monasticon, pp. 241-252 (pas de notice dans DE JONGHE puisque, à son époque, le couvent relevait de la Province St Rose et non de Germanie Inférieure)