dimanche, 07 mai 2017

Quatrième dimanche de Pâques

Philippe Henne

Quatrième dimanche de Pâques

La liturgie peut avoir des expressions très poétiques, mais elle ne sont pas toujours très flatteuses. Voilà qu’aujourd’hui la liturgie nous compare à des brebis, ces bêtes soumises et bêlantes. Franchement, je ne trouve pas cette comparaison particulièrement flatteuse, ni même agréable. Vous et moi, nous avons d’autres ambitions que celle d’être des moutons soumis à un berger, quel qu’il soit. Les images liées à celle du mouton sont tout, sauf flatteuses. Vous connaissez l’histoire des moutons de Panurge. C’est Rabelais, cet auteur truculent du seizième siècle qui raconte cette histoire. C’est un certain Panurge, qui, furieux contre son voisin, s’empare d’un des moutons du troupeau de son ennemi. Il le jette du haut de la falaise, mais voilà que les moutons de Panurge se précipitent eux aussi du haut de la falaise, et ils entraînent avec eux le malheureux Panurge lui aussi. Et l’histoire, la vraie histoire, celle qui s’écrit avec un grand H, nous a montré que parfois des peuples entiers suivent un chef, un Duce, un Führer, et finalement se précipitent, eux et leurs voisins, vers une catastrophe abominable.

            Est-ce vraiment cela que la liturgie d’aujourd’hui nous invite à imiter ? Particulièrement en ce dimanche de prières pour les vocations ? Certainement pas, mais réfléchissons un instant à ce mot vocation. Nous sommes tous invités partout dans le monde à prier pour les vocations. Mais quel prêtre souhaitons-nous avoir ? Quel religieux ou quelle religieuse souhaitons-nous fréquenter ?
            La première chose que je dirai, c’est qu’il n’y a pas de bon prêtre, ni de bon religieux, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de beau modèle ou de bel idéal du prêtre parfait ou du religieux parfait. Consciemment ou inconsciemment, nous avons tous une image un peu molle du bon prêtre ou du bon religieux. Ce doit être quelqu’un qui est toujours gentil, aimable et poli, qui parle avec tout le monde, mais pas trop avec ma femme, qui s’occupe des enfants et des jeunes, mais pas trop, qui doit être cultivé, mais pas trop, autrement je ne comprends qu’il dit. Bref, l’image parfaite du jeune homme ou de la jeune fille de la bonne société bourgeoise du dix-neuvième siècle, qui a passé son adolescence dans un bon pensionnat religieux. Oui, mais si Maximilian Kolbe et Mère Teresa sont des saints, ce n’est pas parce qu’ils furent polis, aimables et gentils. C’est parce qu’ils ont tout donné, parce qu’ils ont quitté leur confort, leurs aises et leurs facilités pour aimer.

            Et c’est là la chose la plus important qui existe pour eux, comme pour nous, c’est être libres de notre confort et notre égoïsme comme le Fils de Dieu l’a été pour quitter le confort du ciel et connaître la trahison sur terre. C’est cette liberté qui caractérise permis à Mère Teresa. Elle a passé toute sa vie dans un pensionnat chic et cher, bien propre. Et, une fois arrivée à l’âge de la retraite, elle s’est mise à soigner des hommes et des femmes qui mouraient dans leur saleté et leurs détritus. C’est cette liberté qui a permis à Maximilian Kolbe de donner tout ce qui lui restait. Les nazis lui avaient pris la liberté. Ils lui avaient interdit de prier avec ses frères. Et lui, il a donné ce qui lui restait, sa vie.

Et c’est à ce moment-là que l’on comprend que prier pour les vocations, ce n’est pas seulement prier pour avoir de bons prêtres et de bons religieux, mais c’est prier pour que chacun d’entre nous, nous puissions réaliser notre vocation de baptisés, d’enfants de Dieu. Nous sommes invités à retrouver la folie de Dieu, celle qui a poussé Jésus à mourir par amour pour nous, à transformer ainsi notre vie non pour éviter tous les ennuis, mais pour pouvoir vivre, libres de notre petit confort et de notre égoïsme, pour offrir aux autres ce que nous avons reçu, l’immense amour de Jésus-Christ pour chacun d’entre nous.


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