dimanche, 23 avril 2017

Deuxième dimanche de Pâques

Philippe Henne

Deuxième dimanche de Pâques

La scène de Thomas l’incrédule est bien connue de tout le monde, même des non-croyants.  L’expression : « je ne croirai pas tant que je n’aurai pas touché » est tellement populaire que certains l’utilisent sans même connaître l’histoire biblique.  Et pourtant aujourd’hui je ne voudrais pas parler de saint Thomas,  mais des plaies de Jésus.  Oui, les plaies de Jésus restent marquées dans son corps ressuscité.  On pourrait imaginer que le corps ressuscité serait un corps glorieux, sans tache, ni défaut.  Mais non ! Le corps ressuscité de Jésus porte les traces de son supplice et de sa mort.  Et c’est même cela qui permet à Thomas d’identifier Jésus.  Nous allons garder nos cicatrices, comme nos défauts, dans l’au-delà parce que cela fait partie de nous.  C’est avec cela que nous avons bâti notre vie : les unes étaient blondes et on s’est moqué d’elles parce qu’elles étaient blondes, les autres sont chauves et on s’est moqué d’eux parce qu’ils étaient chauves.  Cela fait partie de leur vie.  Les uns sont daltoniens, manchots ou sourds, et ils ont dû vivre avec ce handicap.  Et je trouve important que Jésus ressuscité porte les plaies de son supplice parce que cela veut dire que c’est à travers, et non pas malgré ses blessures, que Jésus a réussi sa mission : sauver les hommes.  Nous, nous voudrions éliminer tout ce qui nous empêche de nous épanouir : nos handicaps, nos limites, notre conjoint.  Et Jésus ressuscité nous montre qu’on peut réussir sa vie à travers ses limites, et non pas malgré nos handicaps. 

            Je me suis souvent demandé à quoi je pourrais comparer mon corps, mes facultés intellectuelles, ma structure psychologique par rapport à ma vocation religieuse et à mon amour pour Dieu.  J’ai souvent pensé à un abat-jour.  Vous savez ce morceau de tissu pendu autour de la lampe de chevet.  C’est là pour atténuer la brillance et l’éclat de la lumière.  Il y en a de très jolis, avec des dessins de toutes sortes et, même paraît-il, avec un gros nounours et un petit lapin.  Et donc c’est à travers ou à côté de cet abat-jour que la lumière passe, c’est –à-dire que c’est à travers ou à côté de mon corps, de mon âme et de mon esprit que l’amour de Dieu passe.  Mais je n’aime pas cette image parce que mon corps, mon âme et mon esprit seraient comme des obstacles au rayonnement de l’amour de Dieu.

            Il y a peut-être une autre image plus audacieuse, mais essayons-la.  Ce serait l’image d’un vitrail.  Vous savez, ces grandes fenêtres qui percent les murs de l’église.  Elles sont formées de centaines de petits morceaux de verre de couleurs toutes différentes, et, quand tout va bien, elles forment une belle image d’un saint ou d’un épisode biblique.  Et ces morceaux de verre sont tantôt noirs, tantôt gris, tantôt jaunes, etc.  Nous avons nous aussi des parties de notre cœur qui sont bien sombres et bien tristes.  Nous avons aussi de beaux côtés tout rayonnants de vie et de clarté.  Mais tout cela ne devrait pas arrêter pas la lumière rayonnante de l’amour de Dieu qui éclaire l’intérieur de notre cœur.  Mais, hélas!, parfois la poussière de l’ennui et de la solitude recouvre les verres de notre cœur.  Et il y a aussi parfois la boue du désespoir et de la tristesse qui assombrit tous ces petits morceaux.  Et c’est pour cela que nous sommes ici pour nettoyer le vitrail de notre cœur à l’eau claire de l’amour de Dieu, et pour laisser la lumière de son amour faire chanter les couleurs de notre cœur.

            Oui, les plaies font partie de notre vie.  Ce n’est pas malgré elles, mais à travers elles que nous pouvons communiquer l’amour que nous avons reçu.  C’est comme le regard malicieux qui brille dans les yeux d’une vieille religieuse.  Les rides qui plissent son visage ne sont pas les marques de l’amertume ou de regret, mais ce sont les sillons que Dieu, dans son amour, a creusés dans son cœur et sur son visage.  Elle est jolie, cette amoureuse de Dieu. 


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