Cinquième dimanche ordinaire (B)

Cinquième dimanche ordinaire (B) Philippe Cochinaux

Pourquoi le début de l’évangile que nous venons d’entendre n’a pas été écrit avec les mots suivants : « En ce temps-là, aussitôt sortis de la synagogue de Capharnaüm, Jésus et ses disciples allèrent, avec Jacques et Jean, dans la maison de Simon et d’André. Or, la belle-mère de Simon était au lit, elle avait 37.5 de température. »  C’est vrai que si elle n’avait eu que 37.5, on aurait compris qu’elle ait pu rapidement se lever pour ensuite les servir.  Mais comme la température n’est pas indiquée, c’est que la fièvre doit signifier autre chose que ce que à quoi nous pourrions penser à la première lecture.  Il nous faut alors retourner dans le livre du Lévitique où la fièvre signifie « ce qui grignote la vie » ou pour le dire autrement, c’est lorsque nous sommes marqués par la lassitude, par le poids de l’ennui.  Un peu à l’instar de ces mots tirés de la première lecture : « Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée, il fait des journées de manœuvre. »  Cette fois, tout comme la plainte de Job, nous ne vivons plus, nous vivotons et nous préférons rester dans notre lit attendant des jours meilleurs, espérant le retour du printemps.  La fièvre est un peu comme l’hiver au cœur de notre cœur.  Il ne s’agit pas d’un burn out ou d’une dépression mais plutôt d’une profonde lassitude face à la répétition du quotidien.  Cette fièvre dont souffre la belle-mère de Simon est l’annonce de cette maladie appelée l’aquabonisme.  L’aquabonisme scande notre propre vie par tous ces « à quoi bon ! » prononcés tout au long d’une journée. L’espérance nous a quitté, nous nous morfondons sur notre sort et les « à quoi bon » nous renforce dans notre sentiment de vacuité, de ce vide intérieur qui au fil des semaines peut devenir un véritable gouffre.  Si nous nous sommes laissés engloutir dans ce dernier, il est souvent bien difficile de nous en sortir seuls.

Et là le texte de l’évangile de ce jour nous conduit à nouveau vers l’espérance.  En toute simplicité et surtout en évitant tout caractère merveilleux ou fascinant, le Christ ne prononce aucune parole.  Tout tendrement, il s’approche de cette femme, pose sur elle un regard d’empathie et la saisit par la main. Ce geste est à portée de main de tout un chacun.  Il suffit que nous posions notre regard sur la personne en souffrance et que nous lui prenions la main.  Tout discours sera superflu.  Il suffit juste d’être là, à ses côtés, tout en douceur, tout en tendresse.  Par le biais d’autres êtres humains, le Christ continue de nous accompagner sur le chemin de nos vies.  Il nous lève.  Il nous élève.  Il nous relève. En agissant de la sorte, il nous prouve sa proximité toute délicate et toujours bienveillante à notre égard.  Lorsque nous prenons conscience de cette réalité divine, la fièvre nous quitte également.  Libérés de cette dernière, nous pouvons alors nous mettre à suivre le Christ.  Et ce qui est intéressant dans le récit de la belle-mère de Simon, c’est que pour suivre le Christ, il n’est pas nécessaire de s’en aller, de tout quitter.  Tout comme il en a été pour les premiers disciples, Pierre suit le Christ tout en continuant d’accueillir dans sa maison de Capharnaüm.  Lui et les autres pécheurs retrouveront d’ailleurs leur barque et leur métier après la mort de Jésus.  C’est un peu comme si Jésus venait dire à chacune et chacun d’entre nous : « si tu veux me suivre, rentre chez toi mais pas comme avant, retourne chez toi mais autrement ».  N’est-ce pas ce que fait la belle-mère de Simon.  A peine levée, elle les sert mais cette fois autrement.  Elle ne fait donc pas autre chose mais elle le fait autrement.  Qu’est-ce à dire ? Aucun d’entre nous, nous ne pouvons à l’état actuel des sciences, ajouter du temps à notre vie.  Par contre, il est de notre responsabilité de remettre de la Vie dans le temps.  Et c’est précisément ce que le Christ vient faire avec nous lorsqu’il nous lève, nous élève et nous relève.  Ne craignons pas les tâches répétitives du quotidien.  Remettons de la Vie dans la Vie.  Remettons de l’Infini dans notre fini.  Guérissons à notre tour de nos fièvres pour retrouver autrement le chemin de notre destinée, pour retrouver autrement le chemin de notre accomplissement.  Après chaque rencontre avec le Fils de Dieu, que ce soit lors de nos célébrations, lors de nos moments de prière ou encore lorsque nous sommes la main divine sur cette terre, retournons chez nous autrement.  Redevenons des êtres vivants submergés par la Vie dans nos vies.

Amen


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