dimanche, 19 novembre 2017

33ème dimanche ordinaire

Laurent Mathelot

33ème dimanche ordinaire

Si aujourd'hui le mot « talent » ne signifie plus qu'une aptitude ou une qualité – un don – personnels, cette acception actuelle vient précisément de la parabole que nous venons de lire. Au temps de Jésus, le talent est une mesure de poids et de monnaie. Un talent équivaut approximativement au salaire d'une vie d'un serviteur, cinq talents à ce que gagnera au long de l'existence un ouvrier très qualifié.

Qu'as-tu fais du salaire de ta vie ; qu'as-tu fais, ta vie durant, des dons que Dieu t'a donnés ?

La parabole des talents nous parle une fois de plus, juste avant que Matthieu n'entame les récits de la passion, du jugement dernier : « qu'as-tu fais du don que tu as reçu de Dieu ? ».

On s'imagine - encore trop souvent à tort, je crois – qu'à l'issue de notre vie nous comparaîtrons devant Dieu comme au tribunal. Dieu ne nous jugera pas comme jugent les hommes ; il se contentera d'observer la part de vérité en nous. Et fera mourir tout ce qui dépasse. Ainsi ceux qui ont tout à craindre ici sont les hypocrites de l'amour, ceux qui « disent et ne font pas », dont la part essentielle est fausse, qui trichent en prétendant aimer.

Si on imagine encore trop souvent le jugement de Dieu comme un tribunal, il a fort à penser que c'est parce que c'est comme cela, qu'au crépuscule de notre vie, nous-mêmes réagirons : il se peut en effet fort bien que tous, au soir de l'existence, nous nous posions finalement cette seule question : « qu'ai-je donc fait de ma vie ? »

Il y a des enquêtes qui ont été menées à ce propos. Et ceux qui les accompagnent le savent : à la fin, ce que chacun se reproche, ce sont ses manques d'amour – de n'avoir pas assez, ou pas assez bien, aimé ses proches, un fils, un parent ou une épouse. « Qu'ai-je donc fait de ma vie ? » « Que n'ai-je pas passé plus de temps à aimer, à vivre l'essentiel au lieu de me disperser, de me distraire ou de m'enfouir ? »

Ils étaient trois à avoir reçu du maître des talents : l'un richement doté ; l'autre un peu moins et le troisième assez peu. Mais tous trois ont reçu une part de la richesse de Dieu, une vie dotée de la capacité d'aimer, ce talent qu'Il nous demande de faire fructifier.

Le premier est submergé d'amour et il a fait croître d'autant cette richesse. Le deuxième en a reçu beaucoup lui aussi et il en a également rendu d'avantage. Mais le troisième a eu peur de perdre le peu qu'il avait et il a enfoui son talent d'aimer. Ce que la parabole nous dit c'est que nous avons tous reçu ce talent. Et lorsqu'il s'agira d'entrer finalement dans la joie de Dieu, nous savons pertinemment que la question se posera : « qu'avons-nous donc fait de notre talent d'amour ? ». L'ayant enfoui, suffira-t-il de dire à Dieu « Le voici. Tu as ce qui t’appartient » ?

Nous enfouissons notre talent chaque fois que nous avons peur de témoigner de l'amour ou chaque fois que nous refusons de le faire. Longtemps, moi-même, j'ai eu peur de dire « Je t'aime » à ceux que j'aimais … jusqu'à ce que je n'en puisse plus d'une vie « de pleurs et de grincements de dents ».

Dimanche prochain, nous terminerons cette catéchèse matthéenne sur le jugement de Dieu. L'Évangile nous expliquera ce qu'il entend par la fructification des talents. « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. J’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire » ; j’étais un étranger, j’étais nu, j’étais malade, j’étais en prison, et vous êtes venus témoigner de votre talent d'aimer.  

Alors, penchons-nous dès aujourd'hui sur notre jugement dernier. Pas celui de Dieu. Le nôtre propre. Laissons à Dieu le soin de la fin des temps. Penchons-nous sur le regard que nous porterons nous-même sur notre propre vie à son terme. Qu'en ai-je fait ? Qu'ai-je finalement fait de mon talent d'aimer ?

Et si ce regard sur nous-mêmes déjà quelque peu nous inquiète ; si maintenant déjà nous percevons quelqu'enfouissement de votre capacité d'aimer : tournons-nous dès à présent vers nos proches qui sont peut-être là assis à coté de nous, téléphonons à ceux auxquels nous manquons, allons dire à ceux que nous aimons que nous les aimons. Et s'il nous reste encore du talent allons nourrir l'affamé, vêtir le dévêtu, guérir le malade, réconforter le prisonnier, accueillir l'étranger.

Ne perdons pas de temps ; allons-y maintenant. Débordons de notre générosité ; témoignons des élans de notre cœur. N'ayons plus jamais peur de dire « Je t'aime » à nos proches, à nos amis, à ceux qui nous entourent et aux autres, qui nous sont étrangers.

De grâce, cessons la pudeur amoureuse !

Car viendra le jour de notre propre jugement sur nous-mêmes ; le jour où nous regrettons toutes les fois où nous avons enfoui notre capacité d'aimer ; le jour où il sera trop tard pour commencer à dire « Je t'aime ».


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