dimanche, 12 mars 2017

2ème dimanche de Carême

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Didier Croonenberghs

2ème dimanche de Carême

Je n’aime pas les selfies ! Vous voyez : ce trouble presque compulsif qui pousse certains à prendre tout le temps des autoportraits avec leur smartphone. Bien entendu, ce besoin un peu narcissique de figer l’instant n’est pas nouveau et il est plus ancien que la mode actuelle des selfies. Regardez l’évangile de ce jour : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici, dressons trois tentes." Comme pour dire : "Le paysage est magnifique. Figeons l’instant. Prenons un selfie » Notre culture de l’image ne fait que renforcer ce besoin de fixer, d’immortaliser l’instant plutôt que de le vivre. Or, à force de vouloir conserver tous ces instants qui nous sont donnés, nous passons justement à côté d’eux, à côté de leur saveur d’éternité. Pierre, comme beaucoup d’entre nous, a ce réflexe de l’appareil photo. Comme lui, au lieu d’accueillir l’imprévu de nos vies, nous jetons bien souvent notre grappin sur le présent, nous tentons de capturer l’instant. Or ni l’instant, ni Dieu ne se capturent. La transfiguration est ce récit clé dans lequel Jésus traverse une étape essentielle de sa vie ; où il se dévoile, se découvre une destinée. Il se reçoit de son Père, qui lui dit “Celui-ci est mon Fils”. Voilà cette parole qui nous est adressé également : “Regarde, tu es mon Fils bien aimé”. Deviens ce que tu es déjà au plus intime de toi ! Même si tu grandis grâce aux autres, tu ne te réduis pas à leur regard. Tu es autre que ce que la société veut pour toi, différent de ce que les autres —tes collègues, ta famille— rêvent pour toi, de ce que tes proches envisagent pour toi, de la manière avec laquelle ils te dévisagent. Ton visage est autre que tous ces masques que tu portes parfois. Il y a toujours au plus profond de toi une clarté qui peut réellement resplendir, briller davantage. L’évangile nous invite à gravir cette montagne-là, c’est-à-dire à prendre de la hauteur pour vivre pleinement les moments de dévoilement de nos vies pour ce qu’ils sont, sans vouloir les figer. Il y a donc une luminosité, une lucidité sur nous-mêmes que nous avons à accueillir, lorsque dans l’intimité d’une rencontre, de la prière, d’une lecture, d’un dialogue, nous parvenons à prendre de la hauteur. C’est justement dans ces moments lumineux que nous parvenons à faire le deuil d’une histoire, d’un proche, d’un espoir, d’un projet. Lorsque nous quittons notre ego, celui qui nous empêche une telle lucidité sur nous-mêmes— et que nous nous éveillons au regard de l’Autre qui nous estime. Voilà cette vérité que Jésus découvre pour lui-même sur la montagne. Il se découvre lui-même, en présence de ses disciples, il découvre sa mission, son chemin. Jésus vit une métamorphose et envisage son chemin autrement. Il prend ce visage d’éternité, pose un regard neuf sur sa route, sur son histoire. Il s’entretient avec Moïse et Elie, comme s’il relisait sa vie en silence, pour la vivre plus intensément. Ces moments de vraies transformations, de métamorphoses, nous pouvons toutes et tous en vivre. Et c’est à tout âge qu’il est possible changer de vision. Lorsque nous parvenons à être —ne fût-ce qu'un instant— en harmonie avec nous-mêmes, là où nous nous sentons compris, acceptés, aimé peut-être, pour ce que nous sommes et pas pour ce que nous avons fait. Etre métamorphosé, ce n’est pas être transparent, avec ce faux idéal de dire ce qu’on fait. C’est accepter ce que l’on est, de sorte qu’une sérénité interieure peut rayonner. Et chaque fois que nous poserons sur nous-mêmes un tel regard de lucidité, c'est peut-être la transfiguration de notre monde qui est en marche... En ce sens, la transfiguration est cette manière divine d'éclairer la banalité de nos histoires. Lorsqu’on parvient à être soi-même, on ne recherche ni approbation, ni admiration, mais on est capable de prendre la hauteur pour traverser une étape de sa vie. Pour certains, il s’agira d’apaiser un deuil, de porter désormais un regard non douloureux sur une cicatrice de l’existence ; pour d’autres, il s’agira de quitter un lieu qui les retient en arrière. Cette étape est toujours un moment de métamorphose authentique et profond où nous pouvons montrer un autre visage, envisager une autre route ; accepter le défi d'être plus encore devant les autres ce que nous sommes en vérité devant Dieu, ses fils et ses filles bien aimés. Amen.


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