dimanche, 23 juillet 2017

16ème dimanche ordinaire

Laurent Mathelot

16ème dimanche ordinaire

 Dominique aurait sans doute été mieux désigné pour prêcher aujourd'hui, lui qui a écrit « Mettre sa vie en paraboles ». Je me bornerai à donner une définition personnelle d'une parabole comme la projection dans des réalités concrètes – non pas de notions abstraites – mais de réalités proprement indicibles. Il est ultimement vain de chercher à poser un regard spéculatif sur les réalités divines ; le Royaume de Dieu n'est finalement pas objet de science. On ne peut en parler qu'à travers des images, qui fonctionnent comme autant de litotes : à s'éloigner d'un regard, on dit moins pour dire plus. A nous plonger dans des réalités quotidiennes et éminemment concrètes, comme aime tant à le faire la culture hébraïque, la parabole nous dit l'actualité du Royaume de Dieu – quotidien et éminemment concret – quelque chose de la réalité du Royaume, autant que son caractère proprement indicible.

La Parabole du bon grain et de l'ivraie aborde le thème de la patience du Jugement. On a, par le passé, torturé des générations de chrétiens avec le fait que Dieu voit tout. On trouve encore dans nos églises la représentation d'un œil dans un triangle : Dieu (le triangle symbolise la Trinité), Dieu voit tout. Et je crois que c'est vrai : Dieu sonde en permanence les cœurs et les reins. Il voit tout. Mais c'est trop peu de dire cela. Dieu voit tout certes, mais il ne pose sur nous qu'un regard de tendresse et de patience. Oui, toujours, mon péché l'affecte mais Lui ne voit que l'espérance. Voilà le caractère indicible de la parabole : le jugement de Dieu n'est pas comme le jugement des hommes.

Pour tous, il y aura finalement une sentence qui tombe. Il y aura pour chacun de nous une fin des temps, un moment où nous n'aurons plus la capacité d'agir, et donc d'encore nous convertir. Mais tant que dure la Vie, dure la patience de Dieu.

Ce n'est pas comme ça que nous-mêmes nous jugeons. Notre tendance est plutôt de vouloir directement arracher la mauvaise herbe, extirper le mal – l'ivraie qui pousse au milieu de nous. Face au mal et à la souffrance, nous sommes impatients. Nous cherchons bien souvent à punir, ou à nous punir. Nous posons sur celles et ceux qui nous entourent – sur nous-mêmes aussi – des jugements que nous peinons à réviser, à mesure d'ailleurs du mal qui est fait. C'est le temps de l'impatience. Et trop vite nous condamnons, nous-mêmes ou autrui. Nous perdons patience.

Dieu non.
Dieu n'oublie jamais que nous ne sommes pas les seuls responsables du mal qui passe à travers nous. La parabole dit que c'est l'ennemi du semeur qui répand l'ivraie. Nous ne sommes pas ultimement responsables du mal que nous faisons ; nous sommes simplement responsables de le laisser passer à travers nous, croître en nous, lui donner de l'amplification. Nous ne sommes pas la cause première du mal. Ceci déjà, donne à tout le monde des circonstances atténuantes. A cet égard, le récit du Péché originel n'est pas tant une condamnation de l'homme que le récit de son exonération, en tout cas partielle. Nous ne sommes jamais les seuls responsables du mal que nous faisons.

Dieu n'oublie jamais non plus que, pour une part, nous faisons rempart au mal. Nous sommes capables d'affronter une part de souffrance ; tous nous avons une certaine endurance, une capacité de résistance et même de résilience. Tous, face au mal, nous sommes capables de patience.  D'une certaine patience …

La patience de Dieu est le reflet de sa force. C'est parce qu'il domine tout que Dieu est patient. « Ta domination sur toute chose te permet d’épargner toute chose » dit le Livre de la Sagesse. Notre impatience vient du sentiment que nous avons de ne pas maîtriser la situation. Notre impatience est le reflet de notre faiblesse. Elle survient lorsque le mal a dépassé la limite – notre limite. Alors nous préférons arracher les épis d'ivraie avant qu'ils ne germent encore.

La patience est la mesure du temps que nous accordons à la conversion. « Par ton exemple tu as enseigné à ton peuple que le juste doit être humain – le texte grec dit philanthrope – à tes fils tu as donné une belle espérance : après la faute tu accordes la conversion. » Ainsi, l'impatience est signe de désespérance.

Ceci nous donne des jalons pour notre propre progression spirituelle. Là où je suis impatient, là se loge mon désespoir. Quels sont les comportements que je ne tolère pas ? Et pourquoi particulièrement ceux-là alors que je parviens à en accepter d'autres ? Parce que là se loge mon désespoir. Quels types de personnes ai-je tendance à juger et condamner, à vouloir extirper ? Là se loge mon désespoir. Quel sont les maux du monde que j'ai tendance à ne pas supporter ? Là se loge mon désespoir.

On apprend beaucoup sur soi-même d'une réflexion sur la patience. Nos lieux d'impatiences sont précisément les endroits qui sont appelés à la conversion, les événements sur lesquels nous avons perdu le regard bienveillant de Dieu ; ce qui nous affecte intimement, les maux qui nous rongent.

A contrario, la patience est le signe de la présence en nous du règne de Dieu. C'est dans la patience que nous voyons le mieux, parce que par contraste, que le regard de Dieu passe à travers nous. La patience est le signe que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu'à nous ; qu'il vit déjà en nous.

Une attitude spirituelle prudente me semble être de considérer avec une certaine objectivité nos lieux d'impatiences, parce qu'ils définissent concrètement, pour nous, une zone de conversion.

Mais l'attitude spirituelle nécessaire est de nous réjouir de la capacité de patience dont nous disposons tous. Certes à des degrés divers, mais résolument là. La quête des trésors de patience que nous pouvons trouver en nous est un des plus beaux regards que nous puissions poser sur nos vies.

Car la patience est le signe le plus contrasté de l'Amour.
Et qu'en notre patience, se trouve le règne de Dieu.


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