dimanche, 16 juillet 2017

15ème dimanche ordinaire

Philippe Cochinaux

15ème dimanche ordinaire

Après la lecture d’un tel évangile, vu notre présence en cette église en cette fin de journée, nous pourrions aisément nous dire : nous sommes la bonne terre de Dieu.  Il a semé en nous et ses semailles ont grandi.  Tandis que tous ceux et celles qui ne sont pas là dans nos églises feraient partie des terres rocailleuses, remplies de ronces.  Cette approche serait quelque peu rassurante car elle nous permettrait ainsi de catégoriser les gens.  Il y a les bons d’un côté et les méchants de l’autre, comme dans un film policier.  Mais la vie est plus qu’un film et cette parabole refuse ce type de dichotomie.  Parmi les nombreux messages qu’elle porte, je souhaite en souligner deux : la réalité de notre propre terre intérieure et l’attitude du semeur.

D’abord, la réalité de notre propre terre.  Dieu a fait de nous une « bonne terre » à ensemencer.  Il est vrai qu’avec les aléas de la vie, avec certains événements douloureux tels que la maladie, la perte d’un être cher, des blessures morales, des failles dans l’âme, notre terre personnelle a peut-être un peu perdu de sa richesse première.  A certains endroits de notre cœur, des ronces ont poussé, à d’autres, le terrain est devenu plus sec, plus rocailleux mais il y a toujours un lieu où la terre a gardé sa fraîcheur originelle.  Il s’agit du lieu de Dieu.  Par définition, depuis l’instant de la Création, Dieu le Père a marqué le monde de l’abondance de ses semailles.  Il sème à tous vents et en tous lieux.  En lui, il n’y a ni pertes ni profits.  Tout ne peut être que bon puisque c’est lui qui nous ensemence à partir de sa propre divinité.  Parfois, certains d’entre nous peuvent être traversés par le sentiment que leur terre intérieure est devenue au fil des années un désert stérile où plus rien de bon ne peut pousser.  Puissent-ils se détromper de cette image et se détourner d’une telle désespérance car en nous, il y a toujours un coin de bonne terre où Dieu peut venir déposer ses semailles.  A nous de le trouver, de le retrouver si nécessaire.  Il suffit de rechercher le chemin tracé en nous par le Fils dans l’Esprit.  En le suivant, nous retrouverons ainsi non pas l’ombre divine mais la présence du Père au plus profond de notre être.  Une présence qui ne se contente pas seulement d’une rencontre intime mais qui attend de nous que nous comprenions la mission qui nous a été dévolue dans l’accomplissement du Royaume de Dieu. En Dieu, il y a toujours de l’espoir, rien n’est jamais complètement asséché.  Il suffit d’un petit bout de bonne terre intérieure pour que tout puisse recommencer afin qu’à notre tour nous devenions des semeurs.

Vient ensuite le deuxième message de cette parabole :  l’attitude du semeur.  Tout comme Dieu, celui-ci sème sans compter.  Il vit son travail à profusion.  Il garde toujours l’espérance en n’arrêtant jamais de semer.  Il a peut-être compris que semer, c’est un peu comme s’aimer, c’est-à-dire que ce n’est pas commencer qui importe mais bien recommencer.  Ne jamais s’arrêter et poursuivre inlassablement sa tâche.  Cette dernière n’est pas aisée car semer Dieu, ce n’est pas d’abord semer un savoir, semer un catéchisme, semer une théologie.  Bien au contraire, semer Dieu, c’est semer le désir d’entrer dans une relation avec Lui.  Et c’est justement là que cela se complique : comment donner le goût de Dieu aux autres ?  Comment donner envie de vivre à son tour une relation au plus intime de nous-mêmes avec quelqu’un que nous ne pouvons décrire tellement il est Autre, le Tout-Autre ?  Peut-être en acceptant que Dieu a également semé en nous de nombreuses graines que nous devons à notre tour répandre auprès de celles et ceux de qui nous nous faisons proches.  C’est parce que nous chérissons notre relation à Dieu, que celle-ci nous transforme en profondeur.  Semons alors à foison ces graines divines : des graines de tendresse, des graines de bienveillance, des graines de douceur, des graines d’amitié, des graines de respect, des graines de pardon, des graines de paix, des graines de sourire et tant d’autres graines qui ont été semées en nous par toutes ces personnes qui nous ont un jour donné le goût de Dieu. C’est donc bien en s’aimant que nous semons.  Faisons-le sans compter.  Notre tâche est de semer sans jamais s’arrêter car c’est de cette manière que nous permettrons à d’autres d’un jour entrer en relation avec ce Dieu qui donne un autre sens à nos vies. 

Amen


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