dimanche, 12 février 2017

6ème dimanche ordinaire

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Laurent Mathelot

6ème dimanche ordinaire

Il est probable que la plupart d'entre vous n'a pas choisi d'être baptisée dans la foi chrétienne ; moi non plus. Mais notre présence ici est certainement le signe que nous nous la sommes appropriée, que nous avons fait nôtre ce choix. Nous n'avons pas choisi d'être baptisés, mais nous avons choisi d'être ici.

Pour ma part, parmi toutes les doctrines, toutes les opportunités spirituelles qui s'offrent à nous, je choisis la doctrine catholique parce qu'elle est celle qui me semble la plus difficile ; la plus exigeante. Et peut-être pardonnerez-vous le rigorisme d'un mathématicien qui n'a de joie que dans les problèmes ardus et complexes.

La doctrine catholique est la plus exigeante parce qu'elle implique tout le corps et tout l'esprit. Elle nous implique tout entier. Elle n'a rien d'une théorie, d'une belle pensée ; elle n'est pas non plus une simple éthique, des règles de bon comportement.

Ce qui ressort des lectures d'aujourd'hui, c'est cela, je pense, qui implique et emporte toute notre personne – corps et âme – la totalité de notre être, nous tout entier. Et c'est en cela qu'elle est difficile, et parfois bien exigeante.

« Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le » C'est d'une radicalité inouïe, que nous avons sans doute tendance à estomper. Le péché est vu ici comme une gangrène qui pourrait nous envoyer à la tombe. Parce que c'est le cas !

« Si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la » Ne laisse pas progresser le mal qui te ronge ; tu mourras sinon.

Oh nous sommes libres ! « Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. » Libre à nous, évidement, de choisir l'infidélité ; libre à nous de préférer nous brûler. « La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix ». On peut choisir de se laisser gagner par la gangrène ; nous sommes libres … Mais Dieu « n'a commandé à personne d’être impie, il n’a donné à personne la permission de pécher. » Et le Christ renchérit : « Si [notre] justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, [nous n’entrerons] pas dans le royaume des Cieux. » Libre à chacun, bien sûr, de courir au suicide spirituel ...

Le christianisme est aussi la doctrine la plus difficile parce qu'il est une doctrine de la liberté.

Alors comment vivre cette liberté, comment faire quotidiennement ce choix d'être chrétiens, fidèles et donc bien vivants ?

S'agit-il de nous raboter petit-à-petit, jetant de-ci de-là les parties de nous-mêmes qui nous entraînent au péché ? Il y a de cela, en effet. Nous avons tous à élaguer des branches mortes, à faire tomber des fruits pourris. Avec une certaine objectivité, en posant un jugement presque froid, parfois glacial sur nous-mêmes. Il y a en effet des choses en moi qui doivent changer ou disparaître ; nous le savons tous.

Et sans doute est-il perdu plus que tout autre celui qui s'aveugle sur son propre péché, qui refuse d'affronter sa part de laideur, de faire face à ce qu'il y a en lui de souillé. Une personne proche me disait un jour : « Je veux que l'on m'aime comme je suis ! » A peine prononcée, j'ai détesté cette phrase. « Moi je veux t'aimer comme tu dois être : comme une personne aimante et aimable, vivante et rayonnante, transparente et lumineuse !  Ça ne me suffit pas de t'aimer telle que tu es. » Trop de complaisance sur nous-mêmes et nous nous rendons incapables de nous épanouir. Et oui c'est vrai : parfois faut-il tailler dans le vif.

Mais à trop tailler, à tomber dans un rigorisme abscons, à ce que la vision des maux qui nous rongent emportent même la vision de la merveille que nous sommes : nous nous condamnons tout autant à mourir. A chaque arbuste convient une juste taille. A chacun d'entre nous, il convient de trouver une juste mesure. Aussi y-a-t-il un temps pour la rigueur et un autre pour la vigueur : quand l'hiver arrive il faut tailler ; quand le printemps revient, il faut laisser courir la sève.

Le christianisme est une doctrine exigeante parce qu'elle implique un équilibre difficile, positivement instable. Trop sévère ou trop lâche, le chrétien meurt. Mais immobile, il meurt aussi. Il nous faut résoudre cette difficile équation qui nous entraîne toujours vers l'avant tout en reculant parfois. Il nous faut réussir le difficile alliage de la liberté et de l'obéissance au commandement divin de l'Amour. Il nous faut toujours envisager notre ultime beauté malgré notre laideur.

Le Christianisme est une doctrine exigeante, c'est vrai. Mais personne ne s'attendrait à ce que soit facile une doctrine de l'accomplissement. « Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » nous dit Jésus.


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