dimanche, 29 janvier 2017

4ème dimanche ordinaire

Philippe Henne

4ème dimanche ordinaire

Voici la nouvelle constitution du peuple de Dieu : les Béatitudes. La déclaration des béatitudes est aussi importante que la proclamation des dix commandements. D’ailleurs, vous aurez noté qu’on retrouve les mêmes éléments majestueux. Tout cela se déroule sur une montagne : le mont Sinaï pour les dix commandements, la montagne près du lac de Génésareth pour les béatitudes. Avec les béatitudes, il n’y a pas de tonnerre ni d’éclairs comme sur le mont Sinaï, mais il y a Jésus qui gravit la montagne et qui s’installe. Il s’assied. Il parle comme un maître, comme un chef. Remarquez la place de ce discours : il est au début de sa vie publique. La semaine dernière, on apprenait que Jean Baptiste avait été arrêté et que Jésus avait quitté Nazareth pour aller en Galilée. Là il ne fait pas de miracles. Il parle. Il donne son programme politique : les béatitudes. Il faut avouer qu’elles sont un peu difficiles à comprendre et à mettre en pratique, les béatitudes. Avec les dix commandements, c’était plus clair : il ne fallait pas voler, mentir, tromper, tuer. C’était simple, c’était clair. C’était même un peu trop simple et un peu trop clair. C’est le genre de remarques que l’on fait à un enfant : ne mets pas ton doigt dans le nez, ne mets pas le doigt dans les prises de courant, arrête de crier et de courir. Tout cela, c’est bien, c’est utile, c’est indispensable, mais cela ne donne pas un but dans la vie. Cela reste contraignant et infantilisant. C’est un peu comme si on disait : la vie conjugale, c’est l’application du contrat de mariage. C’est un peu court. Et cela ne rend pas compte de la diversité de la vie. Tous les jours, c’est autre chose, même si on a souvent l’impression que c’est toujours la même routine. Oui, la vie, c’est une invitation à toujours vivre autrement, d’une nouvelle manière, même si on se sent enseveli, écrasé par le poids des habitudes et surtout des limites imposées par les autres. On n’ose plus rire, on n’ose plus aimer. Et c’est là le défi lancé par les béatitudes. Elles commencent par cette remarque : « heureux les pauvres en esprit ». Attention ! Cela ne veut pas dire : heureux les pauvres. Dans l’Ancien Testament, les prophètes se sont toujours révoltés contre l’exploitation des plus riches vis-à-vis des plus pauvres. Et dans le Nouveau Testament, Jésus a vivement condamné l’homme riche qui festoyait alors que le pauvre Lazare était là, devant sa porte, en train de mendier. Non, la pauvreté n’est pas une qualité. Ici, dans les béatitudes, on parle des pauvres en esprit, non pas parce qu’ils sont un peu simplets, mais parce qu’ils sont libres. Les pauvres en esprit, ce sont ceux qui comme le Christ ont abandonné le confort de la cour céleste pour venir sur terre partager la misère des hommes, c’est Mère Teresa qui a quitté la sécurité de son couvent pour aller soigner les gens qui mouraient seuls sur les rues de Calcutta, c’est sœur Emmanuelle qui, elle aussi, quittait la sécurité de son couvent pour aller sur les dépotoirs de la ville du Caire pour s’occuper des enfants miséreux. Nous sommes toujours un peu handicapés par tout ce que nous avons, ou ce que nous croyons avoir. Il est une histoire que l’on raconte dans tous les couvents et dans tous les ordres religieux, c’est la suivante : au début de la vie religieuse, le novice n’a qu’une petite valise ; après ses études et son ordination sacerdotale, il a quelques caisses de livres ; après quelques années de couvent, il faut un camion pour pouvoir déménager ses affaires. Et c’est vrai qu’on accumule de plus en plus d’affaires qui peuvent servir, même si on ne sait plus qu’elles existent et qu’on est tout étonnés de les découvrir lors d’un déménagement. Lorsqu’un homme a neuf mille euros à la banque, il cherche à avoir le dernier euro qui arrondira sa fortune à dix mille euros. Lorsqu’il en a nonante-neuf mille, il cherche à avoir le dernier euro qui arrondira sa fortune, et ainsi de suite. On n’a jamais assez. Et c’est là peut-être un truc pour savoir ce qui nous tient le plus à cœur. Si jamais la maison brûle et qu’on a pas le temps de sauver grand chose, qu’est-ce qu’on sauvera en premier lieu ? Certains diront leur belle-mère et je les crois. Mais réfléchissons un instant pour savoir ce qui a le plus de prix à nos yeux et essayons de le sauver.


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